Après un été chaud et sec, la nature reprend ses droits au sein de la forêt-jardin, marquant le passage à une nouvelle saison. Les fraisiers remontants ont offert une seconde récolte jusqu'aux premiers jours de novembre, prouvant la résilience des plantations face aux variations climatiques. Ce retour de la fraîcheur en septembre a permis un allègement des arrosages, prélude à leur arrêt complet en octobre. L'événement le plus marquant de cet automne est sans conteste le premier anniversaire du projet, célébrant deux saisons d'efforts et d'apprentissage.

Un Bilan Positif et une Équipe en Mouvement
Le bilan de ces deux premières années est globalement positif, avec un taux de survie moyen de 85 % pour l'ensemble des plantations (haie champêtre, fruitiers, arbustes, herbacées), atteignant même 95 % pour la haie champêtre. Ces résultats témoignent de la pertinence des choix de conception et de la vigueur des espèces sélectionnées.
Le projet a rassemblé une trentaine de personnes différentes au fil de l'année, unies par une volonté commune de faire prospérer cet écosystème. Volontaires de passage, permanents des projets TERA, voisins, tous ont contribué à l'élaboration et à l'entretien de ce jardin-forêt. Si le plaqueminier (kaki) du vieux verger n'a pas encore donné de fruits, il offre un spectacle visuel remarquable à l'automne.
L'équipe a connu des évolutions significatives. Kenny et Olivier ont pris des chemins différents, tandis que Lisa continue de jouer un rôle clé dans la cartographie, les tracés sur le terrain et le suivi de la biodiversité, tout en se concentrant sur son projet de boulangerie. Frédéric et Francesco ont vu leur implication croître au cours de l'année. Cette instabilité, bien que source potentielle de stress, fait partie intégrante de la gestion collective. La mobilisation continue de nombreux permanents et volontaires, tels que Jonathan, Agnès, Cyprien, Antoine, Lazhar, Manue, Alain, Quentin, Amélie et Pierre, souligne l'engagement collectif envers la vision d'une forêt qui, à terme, prendra soin de ses habitants.
Objectifs et Végétalisation pour la Seconde Année
La seconde année du projet est axée sur l'expansion et la densification. L'objectif est de porter la surface des guildes végétales à environ 2000 m², tout en finalisant la haie champêtre initiée en 2017. Les guildes implantées durant la première année seront densifiées, notamment au niveau des herbacées.

Le printemps verra la construction d'une cabane de jardin au cœur de la forêt-jardin, visant à optimiser le temps de travail en rapprochant les outils et les consommables. De nouvelles plantations, « hors guildes », enrichiront la diversité végétale sur l'ensemble du site. L'expérimentation des guildes végétales se poursuit avec l'implantation de nouvelles entités : une guilde du kiwi, une guilde de la vigne, et la haie des abeilles.
L'extension progressive du jardin-forêt s'organise d'est en ouest, du haut de la pente vers le bas, migrant des sols pauvres vers des terres plus riches. La légende du plan indique la présence de pêchers (Pe), pommiers (Pom), pruniers (Pr), cerisiers (Ce), la haie des abeilles (Hab), la vigne (V), le noisetier (N).
Pour la seconde partie de la haie champêtre, une stratégie de brise-vent est adoptée, avec l'ajout d'une rangée d'arbres de haut jet implantée en quinconce derrière la première ligne. Les espèces locales sont privilégiées, souvent prélevées directement sur le domaine, minimisant ainsi les coûts financiers et l'empreinte carbone liée au transport. Le taux de reprise, bien qu'incertain, est compensé par la gratuité des plants et boutures.
Conception d'un Système d'Irrigation Durable
Un plan d'irrigation, combinant goutte-à-goutte et microaspersion, a été élaboré. L'objectif à long terme reste de minimiser l'usage de l'irrigation. Cependant, la pauvreté et la compaction des sols, particulièrement dans la partie est de la parcelle, rendent la vie difficile aux plantes en été. Pour pallier ces difficultés et favoriser le développement d'un ombrage protecteur, un soutien à la croissance des guildes est mis en place. Les amendements apportés sur plusieurs années (paille, broyat, fumier) contribueront à renforcer la résilience face aux sécheresses.

L'arrosage manuel de 2000 m², et potentiellement le double d'ici deux à trois ans, n'est plus envisageable, d'autant que la source d'eau a un débit faible en été. Le curage d'un bassin et l'installation d'une pompe adaptée sont prévus pour l'hiver.
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Adaptation et Expérimentation : Apprendre des Succès et des Échecs
La préparation de cette seconde année a débuté dès la fin de l'été, avec la validation des plans et du budget en octobre, et les premières commandes reçues début novembre. L'expérience acquise, tant dans les réussites que dans les échecs, permet une adaptation accrue au terrain et aux défis rencontrés. L'expérimentation de nouvelles solutions est une constante.
La perte de certains baguenaudiers, malgré leur bonne résistance à la sécheresse, a conduit à tester d'autres fixateurs d'azote, comme le goumi du Japon, apprécié pour sa taille raisonnable et la production de fruits comestibles. Des herbacées sensibles à la sécheresse ou aux sols pauvres, telles que la consoude ou les orties, ne seront pas remplacées tant que la qualité du sol n'aura pas été suffisamment améliorée.
L'évolution des conceptions s'étend aux cheminements. Deux guildes, celles du prunier et du cerisier, ont vu leurs contours redéfinis pour faciliter le passage futur d'un tracteur ou les déplacements à pied.
Organisation Collective et Efficacité Accrue
L'organisation collective s'est également améliorée. En l'absence d'une personne référente, un remplaçant est systématiquement désigné pour coordonner les chantiers et les entretiens, assurant une meilleure transmission de l'information. Cette évolution a été particulièrement marquée suite aux défis rencontrés en juin.
Les chantiers de plantation sont mieux gérés grâce à une planification plus étalée de la réception des colis et une estimation précise du travail humain nécessaire. Le piquetage systématique des emplacements en amont permet de gagner du temps lors des plantations. Cette efficacité accrue a permis de réaliser davantage de travail en moins de temps.
À la fin de l'année, les plantations d'arbres et d'arbustes pour la seconde saison étaient terminées, laissant place aux herbacées de la fin de l'hiver au printemps. Alors que débute une nouvelle année, les efforts se concentrent sur l'entretien avant le retour des beaux jours.
Planification de la Production Maraîchère : L'Exemple de "La Source Dorée"
L'expérience de "La Source Dorée" illustre l'importance de la planification dans un projet de production maraîchère. L'objectif initial était de produire la majeure partie des légumes consommés par le restaurant. Un calendrier potager, affiné sur deux années, est devenu un outil essentiel.

La méthode de design en permaculture a guidé les choix, inspirés par les maraîchers franciliens du XIXe siècle pour maximiser le rendement et améliorer le sol. Les légumes sont classés par famille, et une rotation de huit cultures est établie pour chaque planche, assurant un retour de la même culture tous les neuf ans. La production est pensée en mètres linéaires, variant de deux à douze lignes par planche selon le type de légume. Un plan d'action détaille les travaux préparatoires (apport de fumier, compost, faux semis) et leur calendrier.
Un agenda partagé centralise les périodes de semis, repiquage et récolte pour chaque variété. Un suivi hebdomadaire des tâches à accomplir est effectué, et les actions réalisées sont consignées dans un cahier pour permettre un bilan des écarts de planification et une analyse de leurs causes et implications. Cette planification vise à gagner en efficacité pour gérer d'autres activités telles que les plantes aromatiques, l'arboriculture et l'élevage.
Rencontrer son Terrain : Observer la Vie Sauvage
La première étape dans un nouvel espace naturel est l'observation attentive du terrain. La nature des sols (argileux, noir, sableux) dicte les méthodes de culture. La contemplation des plantes sauvages présentes offre des indications précieuses sur la nature du sol et du terrain. Ces plantes, souvent comestibles et médicinales, sont des alliées précieuses.
L'Échelonnement des Semis : Une Clé pour la Gestion des Récoltes
L'erreur courante du débutant est de semer l'intégralité d'un sachet de graines en une seule fois. Cela conduit à une maturité simultanée des récoltes, générant des surplus difficiles à gérer. L'échelonnement des semis et des plantations permet d'étaler les périodes de récolte, facilitant la transformation et la conservation des surplus. Les méthodes de conservation incluent la cuisson à basse température, la mise en bocaux et la stérilisation, les transformations par intermédiaire alcoolique, et le séchage.
Bilan Chiffré et Indicateurs de Production
Un bilan chiffré trimestriel, incluant les temps de travail, les quantités récoltées, les ventes et les indicateurs de production au mètre carré, permet d'évaluer la viabilité économique des cultures. Les rendements (kg/m²) et la rentabilité par planche (€/h) sont analysés pour identifier les axes d'amélioration et ajuster la planification pour les saisons futures.

La Microferme Maraîchère : Installation et Premiers Résultats
Le parcours d'une microferme maraîchère, débutant en tant que cotisant solidaire en EIRL, est un exemple concret d'installation progressive. La mise en culture de jardins permanents, le recours à des serres auto-construites avec des matériaux de récupération, et la mise en place de haies diversifiées pour l'implantation de petits fruits sont autant d'étapes clés.
Le suivi des récoltes, réalisé au poids et à la pièce, permet d'évaluer la valeur des productions en appliquant les prix de vente de la ferme. Des infographies détaillent la répartition du chiffre d'affaires par légume et par point de vente. Les résultats montrent une grande variabilité des récoltes, influencée par des facteurs tels que la météo, la diversification des productions, et l'optimisation des circuits de récolte et de stockage.
La Rentabilité au Mètre Carré et à l'Heure Travaillée
Le calcul de la rentabilité par mètre carré et par heure travaillée est un indicateur crucial pour évaluer la viabilité économique des cultures. L'objectif de 40 000 €/UTH (Unité de Travail Humain), équivalent à environ 16 € par heure travaillée globale, ramène à environ 23 €/heure de production en moyenne. Le suivi de ces indicateurs permet de déterminer la viabilité des itinéraires techniques choisis.
La comparaison des rendements avec la littérature spécialisée aide à évaluer l'intérêt des associations de légumes et à optimiser la production à surface équivalente. L'association de cultures permet de libérer de l'espace et donc de produire davantage sur une même surface.
Les Défis de la Serre et de l'Irrigation
Les conditions spécifiques d'une serre, avec des variations de température importantes, peuvent impacter la production. Le manque d'irrigation adéquate, notamment pour les légumes feuilles et les jeunes plants, constitue un défi majeur. L'installation de systèmes d'aspersion est prévue pour remédier à cette lacune.
L'Importance de la Planification et de l'Adaptation
L'expérience montre que l'adaptation aux conditions locales et l'apprentissage continu sont essentiels. La perte de certains plants, les attaques de ravageurs (limaces, chenilles, altises) et les maladies (mildiou, oïdium, botrytis) nécessitent une veille constante et la mise en place de stratégies de prévention et de lutte adaptées.
La production de plants sur place représente une économie significative par rapport à l'achat en pépinière, tout en assurant une autonomie précieuse. La gestion des récoltes, avec une grande diversité de productions en petites quantités, demande une organisation rigoureuse pour le pesage, le conditionnement et la vente.
Analyse des Succès et des Échecs Culturaux
L'analyse des rendements par culture permet d'identifier les succès et les échecs. Les tomates, courgettes, concombres et mescluns ont montré de bons résultats, tandis que les haricots verts, tomates extérieures, choux-fleurs et poivrons ont rencontré des difficultés. Les causes de ces échecs sont souvent liées à des facteurs tels que le repiquage tardif, un arrosage insuffisant, ou des conditions climatiques défavorables.

La Valeur de l'Autoconsommation et de la Transformation
L'estimation de l'autoconsommation et de la transformation est essentielle pour obtenir une vision complète de la valeur des récoltes. L'irrégularité des montants récoltés chaque semaine est souvent due à l'absence de séries échelonnées pour les différentes cultures.
La Vente au Marché : Défis et Opportunités
La vente au marché représente une part importante du chiffre d'affaires, mais elle est sujette aux aléas météorologiques et à la concurrence. La météo défavorable en début d'août a impacté les ventes, de même que la période de vacances de la clientèle régulière. La fidélisation des clients et la présence régulière sur les marchés sont des facteurs clés de succès.
L'Économie des Jardins et la Recherche d'Autonomie Alimentaire
L'étude de l'intérêt économique des jardins potagers et fruitiers met en lumière l'importance du temps comme ressource rare pour les familles actives. Le revenu horaire par culture est un indicateur pertinent pour évaluer la rentabilité et orienter les choix de production. Les cultures à forte valeur ajoutée, comme les tomates cerises, peuvent justifier un investissement en temps plus important.
La transformation des récoltes (sauces, conserves, lactofermentation) ajoute de la valeur aux produits et contribue à l'autonomie alimentaire. La chaîne complète, de la graine à l'assiette, doit être prise en compte dans l'évaluation globale.
La Butte Lasagne et la Fertilisation Naturelle
La technique de la butte lasagne, avec l'enfouissement de bois mort et de déchets végétaux, vise à améliorer la fertilité du sol et à créer un effet éponge pour retenir l'eau. L'observation des cultures dans ces buttes permet d'évaluer l'efficacité de ces méthodes. L'utilisation de matériaux locaux (aiguilles de pin, tontes de gazon, marc de café, compost, toilettes sèches, urine) contribue à la fertilisation naturelle et à la réduction des déchets.

L'Importance de la Patience et de la Compréhension dans la Démarche Permaculturelle
La permaculture demande patience et compréhension. La nature a son propre rythme, différent du rythme humain. L'abondance créée par la nature s'exprime pleinement lorsque l'on intervient le moins possible. L'adaptation aux limites des ressources planétaires et la gestion des biais cognitifs sont des défis majeurs.
Les Plantes Sauvages : des Alliées Sous-Estimées
Les plantes sauvages, souvent qualifiées de "mauvaises herbes", sont en réalité des alliées précieuses. Elles sont comestibles, médicinales, et contribuent à la biodiversité et à l'équilibre de l'écosystème. Leur culture demande peu voire aucun travail, offrant une nourriture de meilleure qualité nutritive et une solution rentable.
La Collaboration et la Confiance au Cœur des Projets Collectifs
La réussite des projets collectifs en permaculture repose sur la collaboration et la confiance entre les parties prenantes. La recherche d'un point d'eau sûr et la motivation partagée sont des éléments fondamentaux. La gestion des conflits et la communication sont également des aspects importants à considérer.
Conclusion : Une Invitation à l'Observation et à l'Adaptation Continue
Le bilan de ces deux saisons de permaculture révèle un cheminement d'apprentissage constant. L'observation attentive du terrain, l'expérimentation, l'adaptation aux défis, et une organisation collective solide sont les piliers d'une démarche réussie. La forêt-jardin, en constante évolution, offre un espace d'expérimentation précieux pour repenser notre relation à la nature et à la production alimentaire.
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