La gestion de l’eau dans le vignoble est devenue une préoccupation majeure pour les viticulteurs, poussée par les changements climatiques récents, les pénuries hydriques prévues par le GIEC et le réchauffement des températures estivales. Ces facteurs contraignent les professionnels à repenser l’hydratation de leurs parcelles, non plus comme une simple option, mais comme une nécessité pour assurer la survie du végétal et la qualité de la production.

Le cadre réglementaire et les contraintes de l'irrigation
L’arrosage des vignes est un sujet strictement encadré en France. Les Décrets de 2006 ou 2017 rappellent que l’irrigation entre le 1er mai et le 15 août est soumise à de nombreuses conditions assez strictes. Pour les AOC, l’irrigation est autorisée après la récolte et jusqu’au 1er mai. Cependant, l’interdiction peut être levée entre le 15 juin (ou la floraison) et le 15 août (ou la véraison). Pour cela, le syndicat de défense de l’appellation d’origine concernée effectue une demande de possibilité d’irrigation précisant la durée souhaitée de celle-ci auprès du directeur de l’Institut national des appellations d’origine (INAO).
En période de canicule et forte chaleurs, il est possible que l’arrosage de la vigne soit interdit pour économiser et permettre aux nappes phréatiques de se remplir. Dans ce cas-là, si vous avez récolté de l’eau de pluie, utilisez-la. Depuis près d’une décennie, des viticulteurs du Sud-Ouest sont confrontés à une augmentation pénalisante de la contrainte hydrique sur certaines de leurs parcelles et se posent la question du recours à l’irrigation.
Principes fondamentaux de l’arrosage : l'âge et les besoins
Une vigne n’a pas les mêmes besoins concernant son arrosage selon son âge : un pied jeune nécessitera par exemple davantage qu’un pied adulte. Un premier point à prendre en compte est l’âge de la vigne. Un conseil valable pour les différentes étapes est celle de la « douche » : il est préférable d’arroser avec de grandes quantités une fois vos vignes, plutôt que d’arroser un peu tous les jours. En effet, il est nécessaire que l’arrosage aille vers les profondeurs sans stagner vers la surface.
- Le pied de vigne non planté : Lorsque vous plantez une nouvelle vigne, vous devez nécessairement la réhydrater : elle a peut-être passé plusieurs journées sans être arrosée dans un carton ou dans une serre de pépinière. Pour une vigne achetée sur internet, dès réception du colis, il est important de la réhydrater avant plantation en la trempant presque en totalité durant 24h dans un seau d’eau au frais.
- Le pied de vigne adulte : Une fois que les racines de la vigne seront profondes et installées, l’arrosage sera de moins en moins régulier. Il est inutile d’arroser tous les 2 jours ou toutes les semaines car cela va favoriser un système racinaire de surface et le jour où vous oublierez d’arroser le plant n’aura pas les réserves nécessaires pour affronter ce léger coup de sec.
Techniques d’irrigation : du traditionnel à l'efficience technologique
Les méthodes d’arrosage de la vigne sont multiples : néanmoins, plus nos connaissances technologiques avancent, plus l’efficience de certaines méthodes sont mises en avant.
- L’aspersion sur frondaison : Elle présente une efficience relativement faible. L’aspersion va perdre en efficacité dès que les conditions météorologiques sont venteuses ou caniculaires : en période de sécheresse, les pertes liées à l’évaporation sont trop importantes. La dispersion de l’aspersion peut trop arroser les feuilles, ce qui abîme le raisin et provoque des maladies.
- L’irrigation à la raie : Cette méthode présente encore une efficience faible : l’évaporation en période de sécheresse est toujours trop importante et l’installation du matériel va abîmer les couches supérieures de la terre.
- L’aspersion proche du sol : Cette méthode permet d’éviter d’humidifier les feuilles et les raisins, ce qui minimise le risque de maladies tout en proposant une irrigation relativement uniforme, sans impact des conditions météorologiques venteuses.
- La méthode de la cuvette : Il suffit de créer autour du cep récemment planté un cercle de terre d’une hauteur d’environ 10-15 centimètres qui va conserver l’eau autour du plant et éviter qu’elle ne s’échappe. Elle sera à renouveler tous les 6-12 mois car avec le temps elle risque de s’affaisser.
- La subirrigation : Peu connue mais très efficace, elle utilise le niveau naturel de l’eau souterraine pour irriguer les vignes par capillarité. Cette méthode est particulièrement adaptée aux régions avec des nappes phréatiques accessibles.
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Le goutte à goutte : la référence en viticulture moderne
La méthode recommandée de référence depuis maintenant plus de trente ans pour l’arrosage des vignes est le goutte à goutte, aussi appelée irrigation localisée. D’après la Chambre d’Agriculture, c’est la technique avec la meilleure efficience. Cette technique minimise l’évaporation et le gaspillage d’eau, tout en assurant une humidification ciblée qui évite l’humectation des feuilles et des raisins, réduisant ainsi le risque de maladies.
Installation et dimensionnement
L’installation des rampes, la pose d’un volucompteur se font par la suite, pour finir par reboucher les tranchées. Si vous décidez de vous équiper, il y a de grandes chances pour que vous fassiez appel à un prestataire qui s’occupera du dimensionnement. On estime que la perte en pression entre le compteur et l’arroseur ne doit pas dépasser les 0,8 bars ou kg/cm2. Il est conseillé, afin de limiter les pertes de charge du réseau, d’installer le compteur le plus près possible de l’arroseur. Le système nécessite un appareil de filtration indispensable pour protéger le réseau aval et éviter les colmatages.
Coûts et entretien
La Chambre d’Agriculture de l’Hérault a estimé que le coût annuel de l’irrigation variait de 302 €/ha/an à 570 €/ha/an. Le coût d’installation est estimé entre 1520 à 2400 €/ha de matériel auquel s’ajoutent 420 à 560 € de main-d’œuvre. La durée de vie d’un système goutte à goutte peut être estimée à une quinzaine d’années, même si elle peut aller au-delà si le réseau est correctement entretenu.
L'eau de pluie : une ressource privilégiée
L’eau de pluie a de nombreux avantages : cette dernière est douce (PH6), ne possède pas de chlore, de fluor et peu de sels minéraux. Les stocks utilisés pour le goutte-à-goutte sont d’autant plus efficaces lorsqu’ils proviennent de récolte d’eau de pluie. Pour recueillir l’eau de pluie dans le jardin, utilisez au choix des bacs, pots, jardinières, citernes ou cuves, en préférant un système fermé diminuant l’évaporation pendant les grosses chaleurs. Ajoutez par la suite à votre réserve d’eau un raccordement aux gouttières de votre toit ou abri de jardin afin d’augmenter la quantité d’eau reçue.
Gestion hydrique selon les stades phénologiques
Selon l’état de maturation des fruits, le besoin hydrique diffère :
- Floraison : Une bonne hydratation permet une croissance stable du plant.
- Nouaison : Une contrainte hydrique aurait un impact peu désirable. Durant la floraison et la nouaison, une irrigation maîtrisée est essentielle pour éviter les risques de coulure et millerandage.
- Véraison : C’est une période où la contrainte hydrique peut être recherchée selon le type de vin souhaité. La contrainte hydrique pendant cette période n’affecte pas la division cellulaire mais réduit le volume des baies, ce qui peut créer de meilleurs vins de garde.
- Maturité : Le niveau d’alimentation hydrique va être déterminant : plus le fruit sera hydraté, plus il sera acide. Moins il le sera, plus il sera tannique.
Après la récolte, il est crucial de continuer à irriguer les vignes pour aider à la récupération après le stress de la croissance des fruits et préparer les plantes pour l’hiver. Cette période d’hydratation aide à soutenir le développement des racines et le stockage des nutriments essentiels.

Évaluation de l’état hydrique
Plusieurs techniques pour l’estimation de l’état hydrique des plantes ont été proposées pour la vigne. Le potentiel hydrique foliaire a permis d’établir de solides seuils de référence valables à l’échelle internationale et pour différentes situations agroclimatiques. Hernan Ojeda de l’INRA Pech Rouge, sur la base d’informations scientifiques et empiriques, a établi un modèle qui définit un état hydrique optimal par rapport au cycle végétatif et à l’intensité de la contrainte.
Il est important de noter qu’il est fortement déconseillé d’arroser durant la nuit car la fraîcheur, l’humidité et l’absence des rayons du soleil sont des facteurs pouvant entraîner des maladies de la vigne. De même, l’arrosage en plein après-midi, lors des pics de chaleur, n’est pas efficient, puisque la chaleur évaporera une grande partie de l’irrigation. En conclusion, les choix pour l’arrosage du vignoble doivent être déterminés par des soucis d’efficacité, de gestion, de rendement et de sobriété écologique.