L'art ancestral du Romarin en bonsaï : Esthétique du cascade et techniques de culture

Le romarin (Salvia rosmarinus, anciennement Rosmarinus officinalis) est bien plus qu’une herbe aromatique de cuisine. Dans le monde du bonsaï, il est apprécié pour son caractère "ancien", même à un jeune âge : l'écorce se détache par bandes, le bois mort (Jin et Shari) est magnifiquement préservé et devient blanc argenté, et le feuillage dense produit des fleurs bleu-violet enchanteresses. C'est une plante qui parle de soleil, de mer et de roche. Originaire du bassin méditerranéen, il pousse à l'état sauvage sur les falaises calcaires et les zones côtières, ce qui en fait un candidat idéal pour le style « cascade » ou « rocher ».

Bonsaï de romarin en style cascade sur rocher

Les particularités biologiques et le caractère méditerranéen

Buisson persistant pouvant atteindre 3 mètres grâce à ses racines profondes et solides, le romarin est une plante héliophile : il veut le plein soleil. La lumière directe est essentielle pour que les entre-nœuds restent courts et la végétation compacte. À l'ombre, les branches s'allongent et la plante s'affaiblit rapidement. Ses feuilles font 2 à 3 mm de long et 1 à 3 mm de large. Elles sont persistantes, opposées, sans pétiole, lancéolées et coriaces.

Le romarin est une plante incontournable des jardins méditerranéens. Facile à cultiver, toujours verte, résistante à la sécheresse et au froid, elle parfume à la fois le jardin et la cuisine. Ses feuilles persistantes, fines et coriaces, libèrent un délicieux parfum lorsqu’on les froisse, et sa floraison délicate attire abeilles et pollinisateurs. Le romarin fleuri de mars à octobre.

Prélèvement et sélection du sujet

Pour le prélèvement, toujours prendre une plante avec un potentiel et du caractère. Le feuillage doit être le plus proche du tronc ou des branches. La période de prélèvement idéale se situe entre février et avril, alors que la plante a préparé sa floraison, mais surtout pas durant celle-ci. Septembre peut être également une bonne période. Il faudra le mettre en serre "humide" après le prélèvement. On pourra également le brumiser ou le bassiner afin de l'aider à la reprise.

Le romarin réagit très vite s'il manque d'eau. Il montrera rapidement des signes de reprise ou de carence. En général, le romarin ne bourgeonne jamais en arrière. Une branche sans végétation sera considérée comme morte. Pourquoi une branche s'est-elle soudainement desséchée après la taille ? Vous avez probablement coupé trop loin, enlevant ainsi toute la verdure. Le romarin n'a pas de bourgeons latents sur le vieux bois comme les arbres à feuilles caduques. Si vous enlevez toutes les feuilles d'une branche, celle-ci meurt.

Substrat et rempotage : La gestion de la motte

Le romarin a des racines fines et délicates qui pourrissent rapidement en cas de stagnation de l'eau, mais qui se dessèchent tout aussi rapidement si elles restent trop longtemps sans eau en été. Le drainage doit être parfait. Le substrat doit être très drainant en mélangeant pouzzolane, pumice, akadama, sable de rivière et poudre d'os marine.

Lors du rempotage, il faut éclaircir et nettoyer la motte de terre, ce qui permettra d'enlever les racines d'autres plantes. Ne garder que 2 ou 3 racines secondaires qui aideront dans le futur de l'arbre quand il sera mis dans son pot définitif. Le pot devra être très proche du tronc. Il faudra garder le pain racinaire proche du tronc. Il faudra simplement raccourcir les racines, d'où l'importance d'un bon substrat lors du premier rempotage. Le rempotage se fait à la fin du printemps (mai), de préférence après la floraison, tous les 2 ou 3 ans. Faites très attention aux racines lors du rempotage : ne réduisez jamais drastiquement la motte (maximum 20-30%) car le romarin a du mal à se remettre d'un traumatisme racinaire important. Pour le suivi, rempotez tous les 5/6 ans et ne changez pas toute la terre, changez juste 1 à 2 centimètres autour de la motte et le dessous.

Schéma de rempotage pour un bonsaï de romarin

Taille de structure et entretien : L'art de la patience

Le romarin répond bien à la taille en produisant de nouvelles pousses. Il faut tailler régulièrement afin d’éviter de perdre les rameaux près du tronc. Il ne faut pas tailler après octobre si on veut voir la plante fleurir au printemps. On doit surveiller les pousses au printemps car si elles poussent trop fort, les entre-nœuds seront très longs.

Pour la taille d'entretien, on compte 5 à 6 paires de feuilles par tirage sur le vert. Plus tard, 2 départs de branche se feront. Si vous désirez un seul départ, il faudra enlever un œil. Pour épaissir les tuteurs, pincez avec les doigts les pousses apicales tendres au printemps. Le bois du romarin est très dur. Pour des coupes nettes, utilisez le couteau oblique. Pendant la croissance, raccourcir les branches qui dépassent de la silhouette. Coupez toujours en laissant du vert.

Ligature et travail du bois mort

Les branches du romarin sont très cassantes. La ligature est donc une tâche délicate. Le bois de romarin est extrêmement fragile et se plie. La ligature ne peut se faire que sur des branches très jeunes et vertes. Si vous essayez de plier une branche lignifiée, elle se cassera net sans avertissement. Utilisez du fil de cuivre pour une question de rigidité. Ne cherchez pas à plier la branche en une seule fois. C'est un arbre qui ne peut pas servir pour une démonstration !

Comment obtient-on du bois sec et blanc ? Le romarin a une veine vivante (rougeâtre) qui contraste avec le bois mort. Lorsqu'une branche meurt ou se casse, écorcez-la, nettoyez-la bien et appliquez le liquide Jin. Nettoyez l'écorce la première année sans mettre le tronc à nu à l'aide d'un compresseur d'une puissance de 6 bars, ou une simple brosse à dents.

mise en forme mon romarin

Arrosage et fertilisation : Équilibre et rigueur

Bien qu'elle vive dans des endroits secs dans la nature, la gestion de l'eau est délicate en pot. Attendre que le dessus du substrat soit sec avant d’arroser. Arrosez abondamment lorsque le sol est sec. C'est une plante rustique qui supporte l'eau du robinet. Cependant, un excès de calcaire prolongé peut bloquer l'absorption des oligo-élments.

Fertilisez avec un engrais organique solide à libération lente au printemps et à l'automne. Le niveau idéal NPK est 6-6-8. N'abusez pas de l'azote pour éviter une croissance désordonnée et trop tendre. Un excès d'engrais azoté diminue la qualité aromatique de son feuillage. Fertiliser tous les 15 jours d’avril à juin, sauf en période de floraison.

Protection hivernale et environnement

C'est une plante rustique, mais en pot, les racines craignent les gelées intenses. Dans le Sud, elle vit dehors sans problème. Dans le Nord, si les températures descendent durablement en dessous de -3°/-4°C, elle doit être protégée dans une serre froide ou recouverte de TNT, dans une position ensoleillée. Le bonsaï de romarin n'est pas une plante d'intérieur. Il a besoin de soleil direct, de vent et de températures variées.

En cas de sols trop humides ou d’exposition pas assez lumineuse, l’oïdium (feutrage blanc) peut attaquer le romarin. Si votre romarin se couvre de petits coléoptères ronds dont la carapace se pare de reflets métalliques, il s’agit de la « chrysomèle du romarin ». C’est impressionnant, mais ils ne portent généralement aucun préjudice et ne nécessitent pas de traitement. Pourriture racinaire : signe d’arrosages trop fréquents ou de sol lourd (jaunissement, dépérissement).

Détail du feuillage et de la floraison du romarin

Le romarin dans l'histoire et la culture

Le romarin officinal se trouve à l’état spontané dans tout le midi de la France. Il pousse ainsi communément dans les garrigues, ces terrains secs calcaires. Dans l'Antiquité, en Égypte ancienne, le romarin était utilisé dans les sépultures, notamment celles des pharaons, pour fortifier leur âme dans leur voyage vers l'au-delà. En Grèce antique, dédié à Aphrodite, la déesse de l'amour et de la beauté, le romarin était utilisé pour confectionner des couronnes portées lors de fêtes et par les jeunes mariées. Les étudiants grecs portaient également des couronnes de romarin, car on pensait qu'il stimulait la mémoire.

Empire romain : Les Romains brûlaient des branches de romarin pour purifier l'air et pour ses effets bénéfiques. Moyen Âge : La réputation médicinale du romarin s'établit au Moyen Âge, où il était apprécié comme tonique nerveux et digestif. On le brûlait également pour éloigner les mauvais esprits et, lors des épidémies de peste, pour purifier l'air. Au XIVe siècle, la légende raconte qu'il aurait été mélangé à un alcoolat et utilisé comme parfum par la reine Élisabeth de Hongrie, d'où son surnom d'« eau de Hongrie ».

Aujourd'hui, le romarin reste une plante très importante en permaculture ou tout simplement en jardinage biologique. En effet, sa floraison mellifère et nectarifère attire de nombreux insectes pollinisateurs et auxiliaires. Associez le romarin à des plantes xérophiles aux mêmes besoins : thym, lavande, origan. Elles se soutiennent, limitent les arrosages et composent un massif parfumé et très mellifère.

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