Guide complet de la culture et de l'entretien hivernal de la rhubarbe

La rhubarbe est une plante de la famille des Polygonacées, qui accueille également l’oseille, le sarrasin, mais aussi le rumex et la renouée. On compte une cinquantaine de rhubarbes dans le genre Rheum, dont Rheum rhabarbarum, la rhubarbe des jardins, est la plus connue et cultivée (elle est aujourd’hui nommée botaniquement Rheum x hybridum). On peut trouver des rhubarbes dans toutes les zones tempérées du globe. Originaire d’Asie et cousine de l’oseille, la rhubarbe est une plante vivace robuste et généreuse. Facile à vivre, elle revient fidèlement chaque année au jardin dès les premiers beaux jours.

Plan général d'un potager avec des pieds de rhubarbe bien intégrés

Origine et portrait d'une plante incontournable

La rhubarbe officinale, Rheum officinale, est connue depuis l’Antiquité en Chine comme plante médicinale. Elle est parvenue jusqu’en Europe via la route de la soie vers le Xème siècle, mais a été cultivée comme plante potagère seulement après le XIIIème siècle, car jusque-là elle était considérée comme plante toxique et seulement utilisée en médecine. Il semblerait qu’elle soit originaire d’Asie, voire de Sibérie. Elle est parvenue très tôt jusqu’en Grèce ancienne, où elle était également cultivée pour les propriétés médicinales de sa racine (rhabarbarum est issu du grec “rhubarbe barbare”, barbare dans le sens étranger et non sauvage).

La rhubarbe est une plante herbacée vivace qui peut faire jusqu’à 1,50 m de hauteur et autant en largeur. Elle développe à partir d’un rhizome trapu une rosette de très grandes feuilles gaufrées en forme de cœur et marquées par des nervures très saillantes. Ses immenses feuilles gaufrées ne sont malheureusement pas comestibles mais elles font beaucoup d’effet au jardin. Et elles sont portées par de délicieux pétioles, pas du tout toxiques quant à eux. Les longs pétioles tubulaires et angulaires mesurent jusqu’à 50 cm de long, verts ou rougeâtres selon la variété. Épais, charnus, ce sont eux qui sont consommés, la feuille étant toxique, y compris pour les animaux, à cause de l’acide oxalique qu’elle contient en grande quantité, qui provoque nausées, vomissements et autres troubles digestifs.

Exigences de culture et installation au jardin

En tant que plante comestible, la rhubarbe est logiquement installée au potager, mais la démesure de son pied peut y être une gêne. Alors pourquoi ne pas l’installer au jardin d’ornement ou sa grande taille et tout le reste sauront se faire admirer ! La rhubarbe des jardins est une plante qui n’apprécie pas trop la chaleur et la sécheresse, elle se plaît dans les terrains frais, profonds, bien drainés et riches, au soleil à condition que la terre reste fraîche même par forte chaleur. Dans la moitié sud de la France, vous l’installerez plutôt à mi-ombre. Elle a une préférence pour les sols très légèrement acides, avec un pH allant de 6 à 6,8.

Dans un sol compact, argileux, il sera préférable de la cultiver sur butte, ainsi que dans le cas d’un sol peu profond. Évitez de la planter à proximité de grands arbres, ce sont eux qui pourraient profiter de toute l’eau disponible dans le sol, au détriment de la rhubarbe. Réaliser un apport de matière organique avant la plantation sera toujours bienvenu, ainsi qu’une fois par an, au printemps ou à l’automne. La rhubarbe doit être bien enterrée, dans un trou large et profond, les bourgeons sous 5 à 10 cm de terre. Si vous n’avez pas enrichi le sol au préalable, vous pouvez mélanger compost ou fumier à la terre ôtée du trou qui doit être bien ameublie. Tassez énergiquement avant d’arroser copieusement.

Schéma de plantation d'un rhizome de rhubarbe avec profondeur recommandée

La gestion de la dormance : faut-il protéger la rhubarbe en hiver ?

La rhubarbe perd presque toujours ses feuilles en hiver. Est-ce à dire qu’elle craint le froid ? En réalité, elle ne craint pas du tout le froid ! Ce qui se comprend un peu avec ses origines sibériennes. Le froid lui est de toute façon nécessaire, au moins 1 mois en-dessous de 5°, afin que sa croissance soit vigoureuse et qu’elle produise de nombreux pétioles. Le rhizome résiste en effet jusqu’à -28°, voire bien moins à condition que le sol soit très bien drainé.

Cependant, bien que cette résistance soit effective dans de bonnes conditions, notamment de plantation, elles peuvent ne pas être réunies. Ce qui peut particulièrement être funeste pour le rhizome, c’est un manque de drainage du sol dans lequel il est installé. Car bien qu’il apprécie les sols frais, il craint les excès d’humidité, surtout lorsqu’il fait très froid et que cette eau gèle. Pour préparer la rhubarbe à l’hiver approchant, il est souvent conseillé de la tailler et de la couvrir dans les régions les plus froides. Cette taille est cependant facultative.

Comment couper la rhubarbe avant l'hiver ? Il vous faut couper toutes les feuilles à ras du sol. Une fois le pied bien nettoyé, vous pouvez si besoin protéger le rhizome grâce à une épaisse couche de paille ou de feuilles mortes. Vous pouvez sans problème incorporer dans ce paillage les feuilles de la rhubarbe que vous avez coupées. Pensez à poser sur cette couche protectrice des cailloux, un filet, des branches ou autre qui évitera qu’elle ne soit balayée par le vent. Autre possibilité : vous pouvez butter le pied de rhubarbe une fois les feuilles coupées. Butter signifie amonceler de la terre, au-dessus de la racine en l’occurrence. Vous poserez ensuite la couche de paille ou de feuilles. Dernière possibilité : recouvrez le pied de la rhubarbe avec du compost ou du fumier décomposé.

Comment protéger vos plantes 🎄 du froid ? ❄️❄️❄️

Entretien saisonnier pour une récolte abondante

Au printemps, dès que les températures se radoucissent, vous découvrirez votre rhubarbe. Elle affichera de nouveaux beaux bourgeons prêts à s’épanouir. Un engrais biologique standard amènera les minéraux indispensables à sa croissance, qui compléteront les apports automnaux. Dès que le sol sera réchauffé, vous paillerez à nouveau la rhubarbe, afin qu’elle reste bien au frais. N’hésitez pas à utiliser ses feuilles pour son paillage, surtout si vous avez fait une belle récolte !

En été, dans les régions douces et humides, le long du littoral atlantique notamment, les seuls soins à fournir à la rhubarbe sont des arrosages en cas de sécheresse. Partout où les étés sont chauds et secs, des arrosages réguliers seront indispensables. Vous prévoierez également un bon paillage, mais celui-ci doit déjà être en place depuis le printemps. La paille est tout à fait adaptée, à laquelle vous pourrez ajouter des tontes de gazon. En automne, c’est à ce moment-là que vous apporterez à cette plante très gourmande un bon seau de compost ou de fumier bien décomposé.

La question du compostage des feuilles de rhubarbe

À cette saison de récolte de la rhubarbe, plusieurs sites Web vous mettent en garde contre l’utilisation de feuilles de rhubarbe dans le compost. Mais cette idée est fausse. C’est un mythe de jardinage. L’élément toxique principal contenu dans les feuilles de rhubarbe est l’acide oxalique, qui est toxique pour les mammifères, les oiseaux et certains insectes s’il est ingéré en quantités importantes. Mais c’est aussi un produit naturel hautement et rapidement décomposable.

Dans un compost bien entretenu, l’acide oxalique ne reste pas intact longtemps. Les vers, les bactéries et autres microbes dégradent rapidement ces molécules. Les feuilles se transforment en eau, en carbone et en nutriments simples. Les racines des plantes n’absorbent pas l’acide oxalique tel quel. Elles prélèvent des éléments simples issus de la décomposition. Le compost mûr obtenu n’enrichit donc pas le sol en acide toxique utilisable par les légumes.

Pour composter les feuilles de rhubarbe en toute sécurité, il suffit de respecter quelques gestes simples :

  • Coupez les feuilles en morceaux. Des feuilles hachées se décomposent beaucoup plus vite.
  • Mélangez les matières « vertes » avec des matières « brunes » (feuilles mortes, paille, carton non imprimé). Visez environ 1 partie verte pour 2 à 3 parties brunes.
  • Évitez d’ajouter une très grande quantité d’un seul coup. Étalez les apports sur quelques semaines.
  • Aérez le tas en le retournant régulièrement. Un compost actif chauffe et accélère la décomposition des composés problématiques.

Illustration montrant le processus de décomposition des feuilles de rhubarbe dans un composteur

Usages alternatifs et conseils pratiques

Plutôt que de jeter, vous pouvez exploiter les feuilles de rhubarbe autrement. Le paillage temporaire est une option intéressante : posez une fine couche de feuilles hachées autour des pieds, puis recouvrez d’une matière plus sèche. Ne laissez pas un tapis épais et compact, car il risquerait de moisir plutôt que de composter. Le purin répulsif est une méthode courante au jardin : macérez 1 kg de feuilles dans 5 à 10 litres d’eau pendant 7 à 10 jours, en remuant de temps en temps. Filtrez ensuite. Usage courant : diluer le purin obtenu à raison d’1 volume pour 10 volumes d’eau avant pulvérisation. Testez d’abord sur une plante afin d’éviter tout effet indésirable.

Il faut savoir que les feuilles de la rhubarbe ont un autre emploi utile à la cuisine : elles sont très efficaces pour récurer les casseroles ! Enfin, il suffit de frotter une feuille après s’être fait piquer par des orties pour ressentir un soulagement très rapide. En suivant ces gestes simples, vous transformez un déchet craint en ressource précieuse, tout en assurant à votre rhubarbe une longévité exceptionnelle, certains pieds pouvant vivre et produire durant des dizaines d’années.

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