Guide complet sur la multiplication du bambou : Techniques et savoir-faire

Le bambou séduit par sa croissance rapide et son feuillage persistant qui apporte une touche d'exotisme au jardin. Ces plantes exotiques, mi-vivaces, mi-arbustes, fascinent les jardiniers par leur robustesse et la beauté de leurs chaumes dressés, porteur de belles feuilles persistantes. Multiplier cette plante permet d'agrandir sa collection sans frais supplémentaires tout en conservant les caractéristiques des variétés appréciées. Toutefois, les implanter au jardin ne doit pas être décidé à la légère, car nombre de bambous s'avèrent de redoutables envahisseurs.

Illustration d'un jardin paysager utilisant différentes variétés de bambous pour créer des écrans végétaux naturels

Comprendre la nature des bambous : Rhizomes traçants vs cespiteux

Les bambous sont des graminées dotées d'un système racinaire particulier. Il se développe en effet à partir de rhizomes qui sont en fait des tiges souterraines. Ces rhizomes diffèrent donc des racines par leur horizontalité et leur capacité à produire des tiges aériennes et des racines. Dans leur très grande famille, les bambous se différencient par leur type de rhizomes. Certains sont leptomorphes c'est-à-dire traçants, et d'autres pachymorphes, c'est-à-dire non traçants.

Les bambous aux rhizomes traçants ont tendance à l'envahissement, tout simplement parce que leurs rhizomes, longs et minces, produisent tout à la fois de nouvelles cannes et de nouveaux rhizomes. De plus, ils poursuivent leur développement sous le sol, parfois jusqu'à 5 mètres en une année pour les variétés les plus prolifiques. Entrent dans cette catégorie les Phyllostachys, les Pleioblastus, les Sasa et Pseudosasa, les Arundinaria. En revanche, les rhizomes non traçants des bambous cespiteux ne produisent pas de nouveaux rhizomes et se développent de façon ramassée. Entre dans cette catégorie les différentes variétés de Fargesia.

La division des rhizomes : La méthode de multiplication reine

En matière de multiplication de végétaux, plusieurs techniques existent : bouturage, marcottage, greffage, division de touffes… Mais les bambous ne peuvent être multipliés que d'une seule façon : par division de rhizomes. C'est en fait l'équivalent de la division de touffes pour les vivaces. Il s'agit de prélever un tronçon du rhizome et de le replanter ailleurs. Une technique simple et efficace !

Il convient de multiplier le bambou au printemps ou en début d’été, lorsque la plante développe ses racines les plus dynamiques. Les bambous âgés d’au moins trois ans se prêtent mieux au bouturage. Il est préférable de travailler par temps frais, quand le sol conserve une humidité naturelle. Avant toute intervention, il faut arroser le sol s’il est trop sec. Ceci va faciliter la division.

Schéma explicatif montrant la différence structurelle entre un rhizome traçant et une motte cespiteuse

Technique pour les espèces traçantes

La division des rhizomes constitue la technique la plus courante pour multiplier les bambous traçants. Il suffit de localiser un rhizome sain portant plusieurs tiges solides, puis de soulever délicatement la motte pour préserver les racines fines.

  1. Repérez les chaumes éloignés de la touffe principale.
  2. Avec une bêche tranchante, d'un coup sec, coupez le rhizome entre le pied mère et la nouvelle canne.
  3. Déterrez la motte autour de la canne en conservant un maximum de racines.
  4. Raccourcissez les chaumes en gardant quelques nœuds.
  5. Replantez immédiatement dans un trou préalablement préparé avec du compost.

Technique pour les espèces non traçantes (Fargesia)

Pour les bambous non traçants comme les Fargesia, il convient de creuser autour de la motte avec précaution et de prélever un morceau comportant 4 à 5 cannes. Cette méthode demande plus de délicatesse mais offre d’excellents résultats. Il est préférable d'utiliser une bêche bien affutée pour éviter d'abîmer les rhizomes. Utilisez un sécateur bien aiguisé, propre et désinfecté pour sectionner la motte.

La multiplication du bambou en pot

Si vous cultivez vos bambous en pot, la technique est assez similaire. Remplissez les nouveaux pots à moitié de terreau auquel vous pouvez ajouter un engrais riche en azote à diffusion lente.

  • Sortez la motte de son pot, la poser à l’horizontale (sur une table ou sur le sol).
  • À l’aide d’une scie, divisez la motte en deux ou trois parties.
  • Coupez légèrement les petites racines avec un sécateur.
  • Installez la motte prélevée dans le pot en prenant la précaution de bien tasser la terre pour éviter les bulles d’air.
  • Arrosez copieusement.

QUAND et COMMENT MULTIPLIER les BAMBOUS NON TRACANTS ? FAITES une HAIE RAPIDEMENT

Le cas particulier des bambous tropicaux et le bouturage de tige

Seuls les bambous d'origine tropicale comme les Bambusa ou les Dendrocalamus se bouturent à partir d'un morceau de chaume. En effet, ces chaumes disposent de bourgeons nodaux proéminents, certains bambous tropicaux ayant même des racines aériennes au niveau des nœuds. Il faut aussi que la paroi des chaumes du bambou utilisé soit épaisse pour que cela soit possible.

Le bouturage à partir des chaumes offre une alternative simple, même sans matériel spécialisé. Il suffit de choisir un chaume jeune de moins d’un an, d’enlever les feuilles à la base. Il suffit d’enterrer, à l’horizontale et à une profondeur de 10 cm, ce morceau de canne dans un mélange de terreau et de sable. Le pot sera maintenu à une température de 20 °C. Au bout de 4 à 6 semaines, la prise de la bouture doit être effective.

Idées reçues sur le bouturage dans l'eau

Peut-on bouturer le bambou dans l’eau ? La réponse est non. Même si le bambou est une plante vivace qui aime beaucoup l’eau, il n’est pas possible de le développer avec une technique de bouturage dans l’eau. La seule espèce de bambou qui peut être bouturée dans l’eau, n’est en fait pas un bambou, mais un Dracaena. On l’appelle le Lucky Bambou ou bambou porte bonheur.

C’est une variété associée au Feng-Shui. Pour faire une bouture de Lucky Bambou, il suffit de couper un morceau de tige, bien vert et avec un nœud. Installer ensuite ce morceau de tige dans un bocal en verre transparent, avec des galets décoratifs dans le fond pour stabiliser l’ensemble.

Entretien et soins après la multiplication

Après la transplantation d'un rhizome ou d'une motte, il est primordial d'arroser régulièrement afin de garantir une bonne reprise. Mais pour autant, il est inutile de le noyer au risque de faire pourrir le bambou. Apportez beaucoup d'eau (mais sans excès) jusqu'à la reprise complète des souches.

  • Fertilisation : Les bambous sont très sensibles aux apports de fumure bien décomposée et d'engrais. Encore faut-il ne pas en abuser.
  • Protection : Évitez l’exposition directe au soleil qui brûle les boutures fragiles. L’excès d’eau décompose les rhizomes et compromet la reprise.
  • Barrières : Pour les bambous traçants, la pose d'une barrière anti-rhizomes est obligatoire pour les contenir et éviter qu'ils n'aillent envahir le jardin du voisin. Installez une barrière en polypropylène à la verticale et d'une hauteur de 70 cm.

Schéma de l'installation d'une barrière anti-rhizome autour d'une plantation de bambou

La multiplication par semis : Une alternative rare

Une autre méthode de multiplication du bambou est de récupérer ses graines lors de la floraison et de les faire germer. Cependant, pour la plupart des espèces, les graines sont disponibles à intervalles très longs et irréguliers. En effet, le bambou fleurit en moyenne tous les 40 à 120 ans en fonction des espèces, avant de mourir. Si on multiplie un bambou en prélevant un rhizome ou un chaume, on produit alors un clone exact du bambou sur lequel il a été prélevé. Ceci peut être problématique si le bambou est déjà âgé et proche de son année de floraison. Avec les graines, il n’y a pas ce problème là : on redémarre de zéro.

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