La culture du bonsaï est une pratique qui transforme un arbre en une œuvre d'art vivante. Si la taille et le choix du pot sont des étapes visuellement gratifiantes, le cœur de la réussite réside dans un élément souvent invisible : le substrat. Pour de nombreux amateurs de bonsaïs, leur premier arbre provient d’un magasin à grande surface, d’un centre commercial ou d’une jardinerie. En général, ces arbres sont plantés dans du terreau horticole ou du terreau de jardin, ce qui ne constitue pas un substrat approprié pour une croissance vigoureuse du bonsaï. Alors, pourquoi se soucier autant de la terre à bonsaï ? Après tout, nous pouvons planter un arbre dans notre jardin et il pousse bien. La plupart des propriétaires de bonsaïs qui en sont à leur première expérience ne se préoccupent guère du contenu de leur pot, car ils s’intéressent davantage à la beauté de l’arbre lui-même.

Les fondamentaux : Pourquoi le terreau classique est à proscrire
L'ironie du terme « terreau à bonsaï » est qu’il n’y a pas vraiment de « terre » dans la plupart des mélanges de terreau à bonsaï. En ce qui concerne les bonsaïs, on cherche à développer des radicelles, les « racines nourricières », fines et fibreuses. Ces racines consomment les nutriments présents dans le sol et nourriront le reste de l’arbre. Le terreau normal n’offre pas un environnement propice à la croissance des radicelles. Les racines d’un bonsaï ont besoin d’oxygène. Si elles sont serrées dans de la terre du jardin, il leur est difficile de recevoir l’oxygène dont elles ont besoin.
Imaginez un bonsaï planté en pot dans de la terre de jardin. Lorsque vous l’arrosez, l’eau reste dans le sol pendant plusieurs jours, voire une semaine. Pendant ce temps, les racines n’auront pas accès à l’oxygène dont elles ont besoin. En outre, de nombreux bonsaïs n’aiment pas être les pieds dans l’eau. C’est-à-dire qu’ils n’aiment pas tremper dans l’eau pendant de longues périodes. L’arrosage excessif d’un bonsaï planté dans une terre de jardin peut en fait faire pourrir les racines de l’arbre.
Les propriétés physiques du substrat idéal
Le substrat de culture, c’est la « terre » que l’on met dans le pot pour que l’arbre s’enracine et s’alimente correctement. Les arbres bonsaï préfèrent un substrat bien drainant, avec une aération ou oxygénation maximale et une bonne conduction de la chaleur. Le substrat joue à la fois le rôle de support pour la plante et celui de relais pour l’apport en eau, en air et en chaleur. Alors que la texture peut se définir au toucher, la structure s’évalue indirectement par l’étude de la porosité. Il s’agit de la mesure des volumes vides exprimée en pourcentage du volume total du substrat. Ces espaces peuvent être occupés par l’air et l’eau.
Drainage et aération
L’eau en excès doit être immédiatement drainée hors du pot. Les substrats qui manquent de faculté de drainage sont trop rétenteurs en eau, manquent d’aération et sont sujets à une concentration de sels. Les grains utilisés dans un substrat pour bonsaï devraient être de taille suffisante pour permettre la présence de minuscules trous, ou poches d’air entre chaque grain. Un substrat inorganique, en grains et bien structuré permet un drainage rapide et laisse l’air frais entrer en continu dans le substrat.
Rétention d’eau et nutriments
Tout comme nous avons besoin d’un bon drainage, nous avons également besoin d’une certaine quantité d’eau disponible en permanence dans le substrat. Chaque grain de matière agit comme une éponge absorbant l’eau qu’il peut contenir ou qu’il peut maintenir à sa surface. Ces espaces plus grands favorisent la migration de l’eau et des éléments nutritifs vers l’ensemble des grains de matière, à l’intérieur du pot à bonsaï. Ils favorisent également l’élimination de l’eau superflue.
Analyse granulométrique par tamisage
Les composants minéraux : La base du succès
La majorité des substrats modernes sont composés de matériaux inorganiques qui ne se décomposent pas, garantissant une structure stable sur plusieurs années.
- Akadama : C’est une terre argileuse d’origine volcanique, en provenance du Japon, légèrement recuite au four. Après concassage, traitement et séchage, son aspect est celui de grains homogènes, au pH neutre. Il faut garder en tête qu’après deux ans environ, l’akadama commence à se déliter, diminuant sensiblement l’aération. PS : A noter que l’Akadama est une argile reconstituée sous pression à chaud (double cuisson à 300°C), donc un produit industriel. Elle se délite avec le gel et le dégel de l’hiver.
- Pumice (Pierre ponce) : Cette roche volcanique est légère et poreuse. Elle retient une certaine quantité d’eau, mais est généralement considérée comme une partie sèche d’un mélange de sol pour bonsaï. La pumice est utilisée comme composant des mélanges de sol bien drainants.
- Pouzzolane : Roche volcanique de couleur rougeâtre dont les grains sont composés de nombreuses anfractuosités. Sa structure est particulièrement stable dans le temps et résiste même à l’écrasement. Les bords coupants de la roche favorisent le développement des radicelles.
- Zéolite : La zéolite retient l’eau et les nutriments qu’elle relargue au besoin. Ce substrat remplace parfaitement l’akadama. Elle a l’avantage de ne pas se dégrader avec le temps et ne colmate pas le substrat.
- Kanuma : Présente des qualités très proches de l’akadama, souvent utilisée pour les plantes acidophiles.
- Kiryusuma : Composé de gravier volcanique, traditionnellement utilisé pour les pins, il apporte un drainage important.
La question du substrat organique
Certains mélanges tout prêt de substrat pour bonsaï comprennent des ingrédients organiques, comme la tourbe ou l’écorce. Ces éléments ajoutent des nutriments au sol, mais peuvent aussi se décomposer et empêcher le drainage. C’est pourquoi la popularité des sols organiques pour bonsaïs est en baisse. Néanmoins, pour les arbres de climat secs ou ceux cultivés sur un balcon, la tourbe apporte une rétention d’eau conséquente qui permet de diminuer les arrosages. L’écorce de pin, quant à elle, favorise le développement des mycorhizes et des micro-organismes qui participent à la décomposition des matières organiques apportées par les engrais.

Adapter le substrat à l'espèce et à l'objectif
Il n’y a pas un matériau qui soit mieux qu’un autre, tout dépend de l’équilibre recherché et de l’espèce cultivée.
Mélanges types
Pour les conifères, comme les pins et les genévriers, le mélange est typiquement un ratio de 1:1:1 (Akadama, Pumice, Pouzzolane/Kiryu). Pour les arbres à feuilles caduques, comme les ormes et les érables, le mélange est légèrement différent, avec un rapport 2:1:1.
Objectifs de culture
- Développement du tronc : Si vous devez accroître un pain racinaire pour faire grossir un tronc, il faut un substrat composé de préférence de grains gros qui favoriseront le développement de racines longues.
- Finesse de la ramification : En fin de formation, où l’on recherche la finesse de ramification, la taille des grains peut être diminuée, tout en conservant un composant favorisant la division racinaire.
Gestion du pH et de la vie du sol
Le pH peut changer. Lorsque le pH passe de 7 (neutre) à pH 6, la concentration en ions hydrogène décuple. La capacité d’échange cationique (CEC) mesure la capacité d’un matériau à capter les nutriments et à les restituer progressivement. Les composants au CEC élevé ont un effet dit « tampon » : ils modèrent la variation du pH du substrat au fil du temps.
Dans le pot, tout un écosystème est à l’œuvre : l’arbre lui-même à travers ses racines, des bactéries, des champignons (mycorhizes) et de minuscules invertébrés. Les mycorhizes facilitent l’acheminement et l’absorption de l’eau et des nutriments par les racines. En retour, l’arbre leur fournit une partie des glucides qu’il produit par photosynthèse.
Conseils pratiques pour le rempotage
Le rempotage surviendra tous les 2 ou 3 ans et répondra à des exigences assez précises. Une fois l’arbre dépoté, grattez la terre avec prudence pour en délester les racines, démêlez celles-ci tout aussi prudemment et peignez-les. Raccourcissez au ciseau les racines les plus longues, coupez totalement celles qui sont abîmées sans toutefois éliminer plus de 30% du volume racinaire d’origine.
Le drainage est assuré par le perçage impératif du pot. Placez un petit grillage au fond pour empêcher racines et substrat d’obstruer les trous. Tapissez d’une fine couche de substrat et positionnez votre arbre. Comblez minutieusement les espaces avec le reste du substrat. N'oubliez jamais que l'erreur typique des débutants est l'utilisation d'une terre à bonsaïs trop fine. Plus un substrat est grossier, plus il y a d'oxygène dans le sol, ce qui est vital pour la santé à long terme de votre arbre. Chaque arrosage doit chasser l’air ancien et permettre à un air neuf de pénétrer au plus près des radicelles. Si l'eau coule bien et rapidement, les racines vous remercieront.