
L'idée selon laquelle les salades seraient blanchies à l'aide de désherbants avant leur commercialisation est un sujet qui a suscité de vives réactions et de nombreuses interrogations. Ce "hoax", ou canular, a circulé et continue d'alimenter les conversations, notamment en raison des préoccupations croissantes concernant l'utilisation des produits phytosanitaires et leur impact sur la santé humaine. Bien que l'affirmation d'un blanchiment direct des salades avec des désherbants soit une fausse information, elle met en lumière des problématiques bien réelles liées aux pratiques agricoles et à la transparence de l'industrie agroalimentaire.
La Genèse du Hoax : Une Légende Urbaine Tenace
Le récit du blanchiment des salades par désherbant semble avoir pris racine dans la méfiance du public envers l'industrie agricole et l'utilisation généralisée des pesticides. Une personne a affirmé que l'on ne recule devant rien pour faire du fric, suite à ce que lui a dit une personne concernant le désherbage des salades pour les blanchir. L’augmentation alarmante du nombre de cancers et le sujet des pesticides sont des sujets tabous en France. Cependant, les légumes à l’étalage ont l’air bien honnêtes, bien mignons et bien proprets, ce qui est rassurant.
L'histoire décrit comment un ami travaillant chez un maraîcher aurait révélé cette pratique : un léger coup de désherbant sur la salade juste au moment de la commercialisation. L'objectif allégué était d'obtenir ce cœur jaune-blanc tant apprécié dans les scaroles, une couleur que les jardiniers savent difficile à obtenir naturellement, même en bloquant la lumière avec un pot de fleur. Une personne, Rosie, a mentionné avoir reçu cette information et, après des recherches, a conclu qu'il s'agissait d'un hoax. Elle a précisé qu'effectivement, le désherbant est massivement utilisé dans les champs, et quand un champ a été traité, c'est facile à voir car la végétation prend une jolie teinte légèrement rougeâtre avant de virer couleur paille, ce qui n'existe pas normalement dans le paysage.
Rosie, dans un échange en ligne, a exprimé son incrédulité face à cette méthode, déclarant n'y pas croire, sans fausse honte. Elle a avoué utiliser du Roundup, non pas pour son jardin, mais pour les allées, et a constaté qu'au bout de quelques jours, tout est grillé, rendant impossible l'obtention d'un cœur blanc de salade de cette manière. Une autre personne a également jugé que ce n'est pas possible de blanchir les salades au désherbant, car elles seraient toutes fanées et invendables.
Les Réalités du Blanchiment des Salades : Des Méthodes Naturelles et une Fausse Comparaison
Le blanchiment des salades, en particulier des variétés comme la scarole ou la frisée, est une pratique horticole bien réelle qui vise à rendre le cœur des feuilles plus tendre et moins amer, tout en lui donnant une couleur plus claire, souvent jaune-blanc. Cependant, cette opération est réalisée par des moyens purement naturels, sans recours à des produits chimiques.
La technique consiste à priver le cœur de la salade de lumière, ce qui empêche la photosynthèse. Sans lumière, la chlorophylle, responsable de la couleur verte des plantes, ne peut pas se développer. Cela peut être fait de différentes manières :
- Liage des feuilles : Les feuilles extérieures de la salade sont attachées ensemble pour recouvrir le cœur.
- Couverture : Un pot de fleur, une cloche opaque ou un autre objet est placé sur la salade quelques jours ou une semaine avant la récolte.
- Culture sous abri : Dans certains cas, des variétés spécifiques sont cultivées sous des abris ou avec des techniques qui limitent l'exposition directe au soleil du cœur.

L'idée d'utiliser un désherbant pour blanchir une salade est absurde d'un point de vue agronomique. Comme l'ont souligné plusieurs intervenants dans les discussions en ligne, les désherbants, par leur nature même, sont conçus pour détruire les plantes indésirables. Rosie a expliqué que les désherbants sont pulvérisés sur les feuilles : soit ils les brûlent comme le ferait du vinaigre ou de l'eau chaude, soit ils descendent dans les racines de la plante ce qui a pour effet de la faire crever en totalité. Une salade traitée avec un désherbant ne blanchirait pas ; elle dépérirait, brûlerait et deviendrait invendable.
La scarole au cœur jaune-blanc que l’on trouve au rayon des légumes est le résultat de ces techniques de blanchiment traditionnelles et non d'une application de désherbant. La confusion ou la mauvaise interprétation de ces pratiques, couplée à une défiance grandissante, a probablement contribué à la propagation de ce hoax.
Salade : Comment blanchir le coeur d'une scarole avec une ficelle ! rapide et facile
L'Ombre des Pesticides : Une Réalité Qui Alimente les Craintes
Si le hoax du blanchiment des salades au désherbant est faux, il n'en reste pas moins que l'utilisation massive des produits phytosanitaires dans l'agriculture est une réalité bien établie et une source de préoccupations légitimes. Le sujet des pesticides et de l’ensemble des produits phytosanitaires est un sujet tabou en France.
Un exemple frappant de cette utilisation est mentionné par une personne qui a remarqué une pratique similaire chez les producteurs de pommes de terre de son secteur. Au lieu de faucher les fanes qui poussent avec les pommes de terre, ils traitent le champ avec un « défanant », qui n’est autre qu’un désherbant, une semaine avant la récolte. Cette pratique, bien réelle, vise à faciliter la récolte des pommes de terre et à contrôler la taille des tubercules en stoppant la croissance de la plante.

Ces observations alimentent la méfiance et la recherche de garanties. Jean-Luc, atteint d’un cancer, a été conseillé par les cancérologues de Besançon de ne manger que des légumes de son jardin ou des légumes dont il est sûr de la provenance. Cette recommandation illustre la préoccupation grandissante des consommateurs et des professionnels de la santé quant à la qualité des aliments et à la présence potentielle de résidus de pesticides.
Le glyphosate, principe actif du célèbre Roundup de Monsanto et de nombreux autres herbicides, est au cœur de ces débats. Commercialisé comme herbicide dans les années 1970, son adoption a connu une croissance significative dans les années 1990. Longtemps réputé inoffensif pour la santé humaine et l'environnement, le glyphosate est désormais l'objet de nombreuses controverses et procédures judiciaires.
Le Cas du Glyphosate : Controverses Scientifiques et Conflits d'Intérêts
L'histoire du glyphosate est émaillée de controverses scientifiques et de suspicions de conflits d'intérêts, ce qui renforce les doutes du public sur l'innocuité des produits chimiques agricoles. Une influente étude affirmant que le glyphosate ne présente aucun risque grave pour la santé a été récemment retirée, vingt-cinq ans après sa publication. Cette étude avait pourtant guidé de nombreuses décisions politiques, malgré des alertes antérieures quant à la probité de ses auteurs.
La rétractation de cette étude a été saluée par des chercheurs, mais sa lenteur a interrogé sur l’intégrité de la recherche menée autour de l’ingrédient clé du Roundup. Publié en 2000 dans le journal Regulatory Toxicology and Pharmacology, cet article figurait parmi les plus cités sur le glyphosate, notamment par de nombreuses autorités gouvernementales. La note de rétractation a cité une série de lacunes « critiques » : omission d’inclure certaines études sur les dangers liés au cancer, non-divulgation de la participation de salariés de Monsanto à son écriture et non-divulgation d’avantages financiers perçus par les auteurs de la part de Monsanto.

Elsevier, l’éditeur du journal, a assuré que la procédure de réexamen a été entamée « dès que le rédacteur en chef actuel a pris connaissance des préoccupations concernant cet article, il y a quelques mois ». Cependant, dès 2002, une lettre signée par une vingtaine de chercheurs dénonçait déjà « des conflits d’intérêts, un manque de transparence et l’absence d’indépendance éditoriale » au sein de la revue scientifique, en mentionnant Monsanto. L’affaire avait éclaté au grand jour en 2017 quand des documents internes de l’entreprise ont émergé, révélant le rôle d’employés de Monsanto dans l’écriture de l’étude.
Naomi Oreskes, coautrice d’une publication détaillant l’immense influence de cette étude, s’est dite « très satisfaite » d’une rétractation « attendue depuis longtemps », soulignant que « la communauté scientifique a besoin de meilleurs mécanismes pour identifier et retirer les articles frauduleux ».
Études sur les Effets du Glyphosate et du Roundup
Plusieurs études récentes semblent indiquer que le glyphosate pourrait ne pas être aussi anodin que ses promoteurs le clament. Gilles-Eric Séralini, biochimiste et membre du Criigen, une association dédiée au contrôle des OGM, a orienté ses recherches sur l'impact du glyphosate. Il soutient qu'alors que le Roundup et ses pareils étaient à l'origine employés sur les mauvaises herbes, "ils sont devenus un produit alimentaire depuis qu'on les utilise sur les OGM, capables de les absorber sans succomber".
Son équipe a utilisé des lignées de cellules placentaires humaines, où des doses très faibles de glyphosate ont montré des effets toxiques et, à des concentrations plus faibles, des perturbations endocriniennes. Cela, pour Gille-Eric Séralini, pourrait expliquer les taux parfois élevés de naissances prématurées et de fausses couches constatées dans certaines études épidémiologiques - controversées cependant - portant sur les agricultrices utilisant le glyphosate. Son équipe a aussi comparé les effets respectifs du glyphosate et du Roundup, constatant que le produit commercial était plus perturbateur que son principe actif isolé.
Gilles-Eric Séralini reconnaît que son étude devra être prolongée par des expériences sur l'animal. Il récuse cependant les critiques sur l'absence de lien réaliste entre les doses in vitro et en utilisation normale, insistant : "Les agriculteurs diluent du produit pur et sont ponctuellement exposés à des doses 10 000 fois plus fortes."

Robert Bellé, de la station biologique (CNRS) de Roscoff, rejoint ces conclusions. Son équipe étudie depuis plusieurs années l'impact des formulations au glyphosate sur des cellules d'oursin, un modèle reconnu d'étude des phases précoces de la cancérogenèse. Il prévient que cette dérégulation peut conduire à un cancer, expliquant que lors de la division cellulaire, des erreurs dans la copie de l'ADN sont nombreuses, jusqu'à 50 000 par cellule, ce qui est normalement compensé par des mécanismes de réparation ou de mort naturelle. L'équipe bretonne a récemment montré (Toxicological Science, décembre 2004) qu'un "point de contrôle" des dommages de l'ADN était affecté par le Roundup, alors que le glyphosate seul n'avait aucun effet.
Le chercheur admet qu'ils ont démontré que c'est un facteur de risque certain, mais n'ont pas évalué le nombre de cancers potentiellement induits, ni le moment où ils se déclarent. Pour lui, une gouttelette pulvérisée serait susceptible d'affecter des milliers de cellules. Il ne s'agit pas forcément d'interdire le produit, mais il importe que les utilisateurs prennent toutes les précautions.
Cependant, Sophie Gallotti, coordinatrice des études sur les contaminants à l'Agence française pour la sécurité sanitaire des aliments (Afssa), insiste que "de telles études in vitro ne sont pas suffisantes pour déduire des effets sur l'homme". Monsanto, de son côté, n'est pas impressionné par ces résultats. Mathilde Durif, porte-parole de la filiale française, indique qu'il n'est pas de leur ressort de juger de l'intérêt de ces publications, dont ils ne contestent pas la validité, mais l'interprétation. Elle ajoute que le glyphosate est un produit actif, et qu'il est nécessaire de l'utiliser selon les préconisations. Cette attitude de précaution semble cependant légèrement contredite par les efforts de marketing de la firme.
L'utilisation des désherbants par les particuliers
Au-delà de l'agriculture industrielle, l'utilisation des désherbants par les particuliers est aussi un sujet de débat. Une personne a affirmé utiliser du Roundup dans ses allées et sa cour, reconnaissant qu'à défaut d'être très écologique, c'est efficace. Une autre personne a mentionné : "Je veux bien, mais il faut préparer un nouveau coin de jardin, donc retourner la terre et venir s'en occuper régulièrement car je ne suis pas douée question légumes !!! J'ai un jardin avec un seul pied de concombre, une seule salade ( Dame limace est passée par là !), des plantes aromatiques et des fleurs !!!".
Cependant, un intervenant a interpellé un autre, Christian, en disant : "ton jardin, Christian, tiré à épingles, mais la honte, tu utilises du roundup !!". Ce dernier a précisé qu'il n'utilisait pas de désherbant dans son potager, uniquement dans la cour et autour de la maison dans les zones piétonnières, expliquant qu'il n'avait pas envie de "s'emboconner" (s'empoisonner ou tomber malade), comme on dit en Beaujolais.
La question de l'impact environnemental des désherbants sur les nappes phréatiques est également soulevée : "Oui mais le Roundup, ne descend pas tout droit dans les nappes phréatiques, surtout quand il pleut !!" Ces échanges illustrent la complexité du rapport des individus aux produits chimiques, entre recherche d'efficacité et prise de conscience des risques pour la santé et l'environnement.
Salade : Comment blanchir le coeur d'une scarole avec une ficelle ! rapide et facile
Transparence et Confiance : Les Enjeux Actuels
Le hoax de la salade blanchie au désherbant, bien que démenti, est symptomatique d'une crise de confiance plus large entre les consommateurs, les producteurs et les autorités sanitaires. La demande de transparence sur les pratiques agricoles et la composition des aliments est de plus en plus forte.
L'accès à une information fiable et vérifiée est crucial pour démystifier les fausses rumeurs tout en permettant une prise de conscience des véritables enjeux. Le retrait de l'étude sur le glyphosate, vingt-cinq ans après sa publication, met en lumière les défaillances potentielles dans l'évaluation des risques et la nécessité d'une plus grande indépendance dans la recherche scientifique.
Les consommateurs, comme Jean-Luc qui se tourne vers les légumes de son jardin, cherchent des alternatives et des garanties. Les discussions en ligne montrent un désir partagé de cultiver ses propres légumes, même si les contraintes de temps ou de place sont souvent évoquées.
L'enjeu est de taille : il s'agit de restaurer la confiance dans l'alimentation, de promouvoir des pratiques agricoles durables et respectueuses de l'environnement et de la santé, et de garantir une information objective et transparente. La démystification des hoaxes comme celui de la salade blanchie au désherbant est une étape essentielle dans ce processus, mais elle ne doit pas occulter les défis réels posés par l'utilisation des pesticides et les questions de santé publique qui y sont liées.
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