Le terme « tuteur » recouvre, dans le paysage socio-économique français, des réalités radicalement différentes. D’un côté, le tutorat étudiant, pilier de la solidarité académique et de l’égalité des chances dans les études de santé ; de l’autre, le mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM), acteur juridique essentiel ; et enfin, le tuteur en entreprise, maillon indispensable de la formation professionnelle. Un paradoxe se glisse sous les feutres et les dossiers : certains tuteurs, en France, touchent à peine le prix d’un service de baby-sitting, quand d’autres affichent des bulletins de salaire dignes d’un jeune manager. Ce grand écart intrigue, voire agace. Qu’est-ce qui explique ces différences abyssales ? Transmettre, protéger, accompagner… Mais aussi payer son loyer. Le métier de tuteur, en France, oscille sans cesse entre engagement et réalité du quotidien.

Le tutorat étudiant dans les études de santé : Un engagement solidaire
Partout en France, les tutorats aident gratuitement ou en échange d'une petite somme symbolique les étudiants de la PACES pour préparer le concours. Ces aspirants médecins, pharmaciens, sages-femmes, dentistes ou kinés peuvent compter sur un allié en or : le tutorat, un dispositif d’aide au concours, soutenus par les facultés. Depuis mi-août déjà, ces étudiants se préparent à l’univers impitoyable de la PACES, première année commune aux études de santé. 80% des 60.000 candidats buttent sur le concours, chaque année.
Ces structures jouent un rôle crucial d'intégration et de méthodologie. Au-delà des QCM qui défilent sur le tableau, l'accompagnement va bien au-delà des entraînements réguliers réalisés dans des conditions réelles du concours. Entre l'aide à l’apprentissage, les conseils d’organisation, de méthodologie ou encore l'aide dans les révisions, les étudiants peuvent avoir accès à des publications qui reprennent et illustrent les cours. « C’est la seule chose qu’on fait payer. Les étudiants peuvent même unir leurs efforts pour bachoter. Lors de séances en petits groupes, ils s’interrogent entre eux sur des notions. C’est une façon plus sympathique de réviser, on retient mieux », explique Charlotte Lassaigne.
La dimension humaine est centrale. Le tutorat vise aussi à offrir un soutien moral. « Le tuteur n’est pas seulement là pour épauler l’étudiant, qui n’est pas qu’une bête à concours, il est aussi présent pour vérifier que celui-ci va bien », souligne Lisa Robinet, vice-présidente chargée des tutorats à l’Association nationale des étudiants sages-femmes (ANESF). Dans cette faculté parisienne, le tutorat est gratuit. Si ce n’est pas le cas partout, les tarifs d’inscription sont toujours très bas. Selon l’Association nationale des étudiants en médecine (ANEMF), il vous en coûtera en moyenne et par an 25,66 euros dans les régions et 18,23 euros en Ile-de-France. Un faible coût qui explique aussi sans doute la popularité du tutorat.
Le mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM) : Une mission d’État
Lorsqu’aucune personne de l’entourage n’est en mesure de prendre en charge la mesure de protection, le juge nomme un MJPM (article 450 du code civil). Le rôle du tuteur professionnel naît rarement du hasard : il s’appuie sur une mesure de protection ordonnée par le juge des tutelles, souvent face à une autonomie fragilisée par la maladie, le handicap ou le grand âge. Chaque action s’effectue sous l’œil attentif du juge des tutelles, voire du conseil de famille lorsque la situation l’exige. Le tuteur n’agit jamais sans rendre des comptes. Inventaire annuel des biens, justificatifs à la clé, décisions expliquées : la transparence devient une seconde nature.
La structure de rémunération du protecteur
La rémunération du tuteur en France dépend d’abord du statut de la personne désignée.
- Le tuteur familial : Parent, enfant, frère ou sœur du majeur protégé, il intervient généralement bénévolement. Le juge peut parfois accorder une indemnité, mais uniquement face à une gestion particulièrement lourde ou compliquée.
- Le tuteur professionnel (MJPM) : Il exerce dans un cadre bien défini par le code de l’action sociale et des familles. Il peut être salarié d’une association, d’un établissement public, ou travailler à son compte. Son salaire mensuel suit des barèmes nationaux précis, prélevés en priorité sur les ressources de la personne protégée.
Le financement s’appuie principalement sur les ressources mensuelles de la personne protégée. Dès que ces revenus dépassent environ 1 400 euros, la participation devient systématique. Le montant de la participation de la personne protégée est calculé sur la base du montant annuel de ses ressources de l’année précédente.

À titre exceptionnel, le mandataire peut demander à percevoir une indemnité complémentaire pour l’accomplissement de missions particulièrement longues ou complexes (règlement d'une succession, vente d'un bien, gestion des conflits familiaux). En plus de ces rémunérations et indemnités, le professionnel qualifié peut demander, pour l’accomplissement de sa mission, le remboursement des frais de déplacement.
Le tutorat en entreprise : Transmission de savoir-faire et développement des compétences
Le tuteur est un professionnel expérimenté chargé d'accompagner et de former un salarié, un alternant ou un stagiaire. Il n'existe pas de diplôme spécifique pour exercer la fonction de tuteur en entreprise. Cependant, le tuteur doit être un professionnel confirmé dans son métier, avec une expérience avérée et une bonne connaissance de l'entreprise. L'essentiel est de maîtriser les compétences techniques et les savoirs à transmettre.
Les compétences clés du tuteur en entreprise
- Savoir former et accompagner : Construire un parcours sur-mesure et proposer un accompagnement personnalisé font partie des compétences clés à acquérir.
- Mesurer la progression : La mise en place d’un itinéraire pédagogique facilite le suivi et la personnalisation de l’accompagnement. Cet outil doit être maîtrisé par le tuteur afin de lister les objectifs de l’apprenant.
- Communication constructive : Elle facilite à la fois le dialogue avec l’apprenant et l’appréhension de ses futures missions.
- Leadership : Le leadership d'une personne représente sa capacité à inspirer, à influencer et à guider les autres pour atteindre des objectifs communs.
Dans les grandes structures, le tutorat peut être encadré par le service RH ou formation. Dans les PME, il est souvent assuré de façon plus informelle par un salarié expérimenté. En France, il n'y a pas de salaire spécifique attaché à la fonction de tuteur. La rémunération dépend du métier exercé, du niveau de responsabilité, de l'expérience et de la convention collective applicable dans l'entreprise.
Cependant, certains accords de branche prévoient une prime ou une indemnité forfaitaire pour les salariés exerçant la fonction de tuteur. Son montant varie selon les conventions, mais se situe généralement entre 20€ et 100€ bruts par mois et par tutoré. À titre indicatif, le salaire brut annuel moyen d'un tuteur peut varier de 25 000€ pour un débutant à plus de 55 000€ pour un responsable tutorat dans une grande structure.

Formations et évolution professionnelle
Le métier de tuteur exige une formation continue pour s'adapter aux évolutions législatives et pédagogiques. Pour les tuteurs en entreprise, des organismes comme le CNAM, l'AFPA ou les OPCO proposent des formations spécifiques comme le Certificat de Compétences tuteur en Entreprise (CCTE). La formation « Devenir tuteur en entreprise » offre une approche globale des missions du tuteur et fournit des techniques ainsi que des outils pour assurer une transmission réussie des savoirs.
L'Action de Formation En Situation de Travail (AFEST) est également une typologie de formation efficace pour acquérir rapidement un savoir-faire professionnel mais surtout, comprendre les stratégies internes aux entreprises. Le référent AFEST est responsable de la conception et de la mise en œuvre efficace de cette démarche. Il est essentiel qu'un tuteur ou référent en entreprise complète un parcours référent AFEST pour répondre aux exigences de ses missions.
La formation continue est une manière d'actualiser ses connaissances et de s'adapter aux nouveaux enjeux du tutorat. La majorité des formations dispensées peuvent être financées avec le plan de développement des compétences mis en œuvre dans toutes les entreprises. Les contrats à durée déterminée comme à durée indéterminée peuvent bénéficier de ce financement. Pour savoir comment financer votre formation, il est conseillé de contacter le service formation de votre entreprise.
En conclusion, devenir mandataire judiciaire ou tuteur en entreprise nécessite des compétences et des qualités bien spécifiques pour gérer efficacement les problèmes juridiques, financiers et émotionnels des personnes impliquées. L'intégrité, le sens de la communication, les connaissances juridiques, la résolution de problèmes et une organisation rigoureuse sont les piliers de cette fonction, dont la valorisation financière reste, comme nous l'avons vu, profondément dépendante du cadre d'exercice et de la convention collective applicable.