Seco Fertilisants : Chronique d'une Liquidation Judiciaire et ses Répercussions

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L'entreprise Seco Fertilisants, une entité chimique spécialisée dans la fabrication d'engrais et de fertilisants, a traversé une période tumultueuse, culminant par sa liquidation judiciaire. Basée à Ribécourt-Dreslincourt dans l'Oise, cette société, fondée en 1934, a longtemps été un pilier de l'économie locale. L'annonce de sa liquidation a été perçue comme un véritable coup de tonnerre, laissant derrière elle 88 salariés dans l'incertitude et soulevant des questions sur les dynamiques du marché des engrais et les stratégies des grands groupes industriels.

Genèse des Difficultés et Redressement Judiciaire

Les difficultés de Seco Fertilisants n'ont pas émergé du jour au lendemain. L'entreprise a connu une année 2016 très difficile, à l'instar de l'ensemble de la filière agricole, suite à des rendements catastrophiques. Malgré une année 2017 en nette progression et une équipe de cadres renouvelée et motivée, des difficultés persistantes ont conduit à placer l'entreprise en redressement judiciaire le 17 avril 2018. Cette décision faisait suite à une procédure de sauvegarde ouverte le 29 janvier 2018 par le tribunal de commerce de Lille.

Durant cette procédure de sauvegarde, des acheteurs intéressés avaient été présentés aux deux actionnaires de Seco Fertilisants, Prayon et Yara. Cependant, Yara, actionnaire à 50% depuis 2007, a systématiquement refusé les offres de reprises. Les relations entre Yara et sa filiale étaient tendues, notamment parce que l'entreprise de Yara située à Montoir-de-Bretagne (44) entrait en concurrence directe avec celle de Seco. C'est dans ce contexte que Seco Fertilisants a opté pour la procédure de redressement judiciaire, un mécanisme permettant de s'affranchir de l'avis de l'actionnaire majoritaire, seul le tribunal et deux administrateurs judiciaires ayant alors voix au chapitre concernant les repreneurs.

Le producteur d'engrais, qui avait été mis en sauvegarde le 29 janvier, a vu les potentiels repreneurs avoir jusqu'au 22 mai pour déposer leur dossier, le tribunal de Lille devant délivrer sa décision le 29 mai. Seco Fertilisants, usine chimique spécialisée dans la fabrication d'engrais complexes pour une agriculture raisonnée, souffrait d'un marché en stagnation et dépendait directement de la santé de la filière agricole.

Le Projet de Reprise et les Acteurs Impliqués

Face à cette situation critique, un projet de reprise a été mené par une partie des managers de l'entreprise. Ce projet prévoyait de conserver les actifs de Seco Fertilisants et 66 salariés sur les 88 que comptait l'entreprise. Selon Adrien Deceuninck, responsable communication et marketing, et membre de l'équipe de cadres ayant présenté ce plan, la taille actuelle de l'entreprise ne permettait pas d'absorber les coûts fixes, dans un marché agressif et stagnant. Les managers étaient à la recherche d'environ 800 000 euros pour financer leur projet de reprise.

Infographie : Causes principales des difficultés de Seco Fertilisants

La solidarité s'est mise en place durant cette période sombre. Certains salariés ont décidé de participer au capital de la nouvelle société, des petites sommes qui, mises bout à bout, devenaient représentatives. Les élus locaux se sont également mobilisés en soutien à l'entreprise. Le maire de Ribécourt-Dreslincourt, Jean-Guy Létoffé, la députée Carole Bureau-Bonnard, ainsi que le président de la Région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ont assuré de leur soutien. Tous ont conscience de l'importance de Seco Fertilisants pour la vie locale, de nombreux employés vivant sur place, leurs parents ayant travaillé dans cette usine, et parfois des couples y travaillant encore. Le maire (SE) Jean-Guy Létoffé de Ribécourt-Dreslincourt s'est dit inquiet, soulignant le caractère dramatique de la situation pour la vie locale et estimant que près de 300 emplois indirects pourraient être concernés.

Le tribunal a reporté l'audience au 10 juillet 2018 pour savoir si la société serait ou non placée en liquidation judiciaire. L'entreprise, qui a généré 60 M€ de chiffre d'affaires sur 2017, assurait maintenir son rythme de production et avoir la trésorerie nécessaire pour poursuivre son activité, n'étant pas en cessation de paiement auprès de ses fournisseurs. Seco Fertilisants a réalisé 57 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2017, pour un résultat net négatif de 1,5 million d'euros. Le site de Ribécourt-Dreslincourt était l'unique site de production de Seco et produisait 225 000 tonnes d'engrais granulés soufrés chaque année, avec un total de 220 tonnes d'engrais produites annuellement.

La Liquidation Judiciaire et ses Conséquences

L'annonce de la liquidation judiciaire est tombée comme un coup de tonnerre. Le 17 juillet 2018, le tribunal de commerce de Lille a prononcé la liquidation judiciaire de Seco Fertilisants, entraînant la disparition de 88 emplois. Les liquidateurs judiciaires sont venus annoncer la décision aux 88 salariés, suscitant un sentiment d'abattement général. Un salarié a témoigné : « On s'en doutait un peu mais c'est un gros coup derrière la tête. On était en stress depuis de longs mois, cela va continuer jusqu'à ce que l'on découvre les conditions de notre licenciement pour raison économique. » Ce dernier devait intervenir en septembre, toujours selon ce même salarié chargé de la production d'engrais. L'entreprise était en cessation de paiement depuis janvier.

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La direction, dans un communiqué diffusé le même jour, a exprimé ses regrets de ne pas avoir vu « le projet de reprise mené par une partie des managers aboutir ». Le tribunal avait rejeté l'offre de reprise portée par le management, estimant que le projet ne présentait pas les financements suffisants pour assurer la pérennité de l'activité. Seco Fertilisants, qui générait plus de 40 millions d'euros de chiffre d'affaires et possédait entre 5 et 6 millions d'euros de trésorerie, était victime de la stratégie du groupe norvégien propriétaire, Yara, qui avait acheté plusieurs entreprises entrées en concurrence.

Jusqu'en septembre, seuls quelques personnels administratifs devaient travailler à l'écoulement des stocks et à la livraison des commandes en cours. Les autres salariés devaient épuiser leurs soldes de vacances. La déception était palpable chez les salariés et la direction, qui regrettaient la fermeture d'un site à l'histoire si longue et aux implications sociales et économiques importantes pour la région. La SAS SECO FERTILISANTS, dont le RCS est LILLE MÉTROPOLE 925 620 445, et l'activité de fabrication et négoce d'engrais, a vu son destin scellé.

Aspects Juridiques et Administratifs Post-Liquidation

Les procédures juridiques et administratives ont continué à se dérouler après la liquidation. Le 17 novembre 2022, une ordonnance du Tribunal de Commerce LILLE METROPOLE a désigné la SCP ALPHA MJ, prise en la personne de Me Julie HERMONT, es-q co-liquidateur, en remplacement de la SCP LEBLANC LEHERICY HERMONT.

Plus tard, le 10 janvier 2023, un jugement du TRIBUNAL DE COMMERCE LILLE-METROPOLE a prononcé une interdiction de diriger, gérer, administrer ou contrôler directement ou indirectement toute entreprise commerciale, artisanale, toute exploitation agricole et toute personne morale à l'encontre de POTIE Gaétan, pour une durée de 3 ans.

Le Greffe du Tribunal de Commerce de LILLE-METROPOLE a également mentionné un AUTRE ARRÊT DE LA COUR D'APPEL (Jugement du 19 octobre 2023) concernant la SAS SECO FERTILISANTS, Rue Séverine, 60170 Ribecourt-Dreslincourt.

Il est à noter que la dénomination sociale de l'entreprise était anciennement SOCIETE D'ENGRAIS CHIMIQUES ET ORGANIQUES S.E.C.O. au 20 avril 2001, avec une inscription modificative le 31 mai 2001.

À partir du 31 juillet 2024, l'accès aux informations relatives aux bénéficiaires effectifs (RBE), jusqu'ici publiques, sera restreint. Ce changement intervient dans un contexte plus large de gestion des données des entreprises. Le score de souveraineté, qui représente la dépendance de l'entreprise vis-à-vis de l'ensemble de ses partenaires, est un indicateur clé dans l'analyse de la viabilité économique des entreprises.

Les déclarations de créances sont à déposer au Mandataire Judiciaire dans les deux mois de la publication au Bodacc du jugement d'ouverture. La SELARL AJC représentée par ME Colins METALLIER (4 avenue de Flandre 59700 MARCQ EN BAROEUL) et la SELARL FHB prise en la personne de Me BOURBOULOUX Hélène (Tour CB21 16 place de l'Iris 92040 PARIS LA DEFENSE) avaient pour mission d'assister. Le Mandataire judiciaire était la SELAS BERNARD ET NICOLAS SOINNE représentée par Me Nicolas SOINNE (65 boulevard de la République 59100 ROUBAIX) et la SCP LEHERICY HERMONT PRISE EN LA PERSONNE DE ME JULIE HERMONT (10 place du Général de Gaulle 60200 COMPIEGNE). La période d'observation avait initialement été ouverte jusqu'au 29 juillet 2018.

Le Marché des Engrais et la Concurrence

La faillite de Seco Fertilisants met en lumière les défis inhérents au marché mondial des engrais. Une étude détaillée de ce marché, avec un focus sur la France, révèle un environnement agressif et en stagnation, où les entreprises doivent faire face à des coûts fixes importants. Selon Adrien Deceuninck, la taille de Seco Fertilisants ne lui permettait plus d'absorber ces coûts dans un tel marché.

Diagramme : Structure du marché des engrais en France

La stratégie du groupe norvégien Yara, actionnaire majoritaire, a été mise en cause par les salariés et les élus locaux. Accusé d'avoir étouffé financièrement Seco Fertilisants en achetant plusieurs entreprises entrées en concurrence, Yara a été perçu comme un acteur ayant délibérément affaibli sa filiale. Le maire de Ribécourt-Dreslincourt a comparé cette situation à l'expression « Quand on veut tuer son chien on dit qu'il a la rage », suggérant une intentionnalité dans la démarche de Yara. La concurrence directe de l'entreprise de Yara à Montoir-de-Bretagne (44) avec celle de Seco à Ribécourt-Dreslincourt a exacerbé les tensions et les difficultés de Seco Fertilisants.

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