
On entend souvent dire que le sel peut être utilisé pour désherber, que ce soit dans les massifs, au potager, ou pour nettoyer une allée ou une terrasse. Cependant, est-ce vraiment une bonne idée ? Le sel n’est pas nocif que pour les indésirables ; il l’est tout autant pour les végétaux alentour, pour la vie du sol, et pour le sol lui-même. Cet article explore les mécanismes d'action du sel sur la végétation et le sol, les risques associés à son utilisation comme désherbant, et propose des alternatives plus respectueuses de l'environnement.
Pourquoi le sel est-il un désherbant efficace, mais controversé ?
Le sel, quel que soit son type (sel de cuisine, gros sel, ou sel de déneigement), agit comme un puissant désherbant par plusieurs mécanismes, principalement en raison de sa composition majoritaire en chlorure de sodium.
Les mécanismes d'action du sel sur les végétaux
Le sel n’agit pas que d’une seule manière sur les végétaux. Il les déshydrate, perturbe leur absorption des minéraux contenus dans le sol, provoque l’accumulation d’ions toxiques, et entraîne un stress oxydatif important.
Déshydratation des plantes par osmose
Le sel provoque une augmentation de la pression osmotique dans le sol, avec pour résultat une rétention d’eau dans le sol. En conditions normales, l’organisme des végétaux est un milieu hypertonique, dont la concentration en sels minéraux est plus importante que dans le sol, milieu hypotonique. La pression osmotique est alors plus forte dans le végétal, l’eau sera donc attirée vers les racines de ce végétal. Cette situation s’inverse en cas d’ajout de sel. La teneur en sels minéraux augmente dans le sol qui devient hypertonique, l’eau est alors attirée vers le sol car la pression osmotique y est plus forte. Les végétaux n’ont alors plus la possibilité de s’hydrater et finissent par mourir. C'est le phénomène de la plasmolyse, observable avec un microscope en utilisant une pelure d'oignon : les cellules diminuent de volume car l'eau quitte les cellules.
Perturbation de l'absorption des minéraux essentiels
Les ions libérés par le sel ont tendance à remplacer les autres ions contenus dans le sol, y compris les ions indispensables aux végétaux tels que le potassium, le calcium ou le magnésium. Ceux-ci seront lessivés par les pluies car plus fixés par les plantes. Ce déséquilibre minéral affaiblit les végétaux et entrave leur croissance.
Accumulation d'ions toxiques et stress oxydatif
Le chlorure de sodium, principal composant des sels de déneigement, peut entraîner une accumulation d’ions chlorure et sodium qui sont toxiques à fortes concentrations pour la plupart des plantes. Cette toxicité provoque un stress oxydatif important, endommageant les cellules végétales. Les symptômes possibles sur les végétaux d’une intoxication au sel incluent le jaunissement des feuilles, la chlorose, les brûlures, les nécroses, le dessèchement du feuillage, l’enroulement des feuilles, et la mort des jeunes tiges.
Comparaison des types de sel pour le désherbage
Plusieurs types de sel sont couramment évoqués pour le désherbage, chacun ayant ses particularités.
Sel de cuisine
Désherber à l’aide de sel fin est très simple : il suffit de saupoudrer les herbes indésirables dont on veut se débarrasser avec du sel de cuisine. On peut agir un jour où il va pleuvoir, soit arroser après le saupoudrage. Une autre méthode consiste à faire bouillir de l’eau salée, à raison de 200 g de sel pour 1 litre d’eau, et à la verser sur les adventices. Si elle est tiède ou froide, c’est uniquement le sel qui va agir ; sinon, il sera combiné avec l’action déjà agressive de l’eau bouillante. Pour bien justifier cette dépense d’énergie et d’eau, il est préférable d’utiliser de l’eau de cuisson salée de légumes, pâtes, riz, pommes de terre. L’amidon contenu dans ces derniers apportera lui aussi ses propriétés désherbantes. Pour un désherbage “à sec”, la quantité de sel dépendra de la surface à désherber.
Sel de déneigement
Désherber avec du sel de déneigement est tout à fait possible car il ne diffère pas du sel fin. Le sel de déneigement a l'avantage de se trouver en gros conditionnements, de 25 kg généralement. Comme le sel de cuisine, il est constitué de chlorure de sodium, mais on en trouve également à base de chlorure de magnésium ou de calcium qui sont moins agressifs, et donc ne pourront pas servir pour le désherbage. Le sel de déneigement est un allié redoutable contre les mauvaises herbes pour plusieurs raisons. Sa composition chimique est conçue pour résister aux conditions climatiques rigoureuses, ce qui en fait un produit durable et efficace. Il fonctionne en créant un environnement hostile pour les plantes indésirables, limitant ainsi leur croissance. Les effets du sel de déneigement peuvent être observés en quelques jours seulement. Les mauvaises herbes commencent à faner rapidement, et une application ciblée suffit souvent à stopper leur propagation.
Gros sel
Utiliser le gros sel pour désherber est plus judicieux qu’utiliser le sel fin, car il est vendu en plus gros conditionnements et rend l’opération encore moins coûteuse. On peut, comme avec le sel fin, en disperser au pied des indésirables, ou bien le diluer dans de l’eau pour pulvériser de plus grandes surfaces. Le dosage d’eau et gros sel pour désherber est le suivant : pour 1 litre d’eau, il faut 200 g de gros sel.
Sel d'Epsom
Désherber avec du sel d'Epsom n’est pas possible ; celui-ci est plutôt utilisé comme un engrais pour les cultures. Le sel d’Epsom est composé de sulfate de magnésium, et le magnésium est un nutriment absolument nécessaire pour les végétaux.
Les risques et les inconvénients de l'utilisation du sel comme désherbant
Bien que le sel soit efficace pour éliminer les mauvaises herbes, son utilisation présente des risques importants pour l'environnement, le sol et les autres végétaux.

Impact sur le sol et sa fertilité
Le sel a une influence nocive sur le sol : non seulement il détruit les micro-organismes qui y vivent, mais il modifie également sa structure. Le sol se tasse et perd en perméabilité, ce qui rend difficile toute future plantation, excepté celle de plantes halophiles. C'est une solution permanente pour les zones dans lesquelles vous ne voulez plus jamais que quoi que ce soit d'autre se développe. Le sel sert à affaiblir l’intégralité du sol et peut l'endommager de façon permanente.
Toxicité pour les végétaux non ciblés
Le sel ne fait pas de distinction entre les mauvaises herbes et les autres plantes ; il les tue toutes et elles ne reviendront jamais. Il est prudent de n’utiliser ce désherbant au sel que sur les parties non cultivées de votre jardin, comme les allées, la cour ou la terrasse. Cependant, même utilisé ainsi, une fois dans la terre, le sel va se disséminer et être capté par d’autres végétaux. Les arbres notamment ont des systèmes racinaires qui mesurent plusieurs kilomètres. Lorsque le chevelu racinaire capte du sel, il va le stocker. Au-delà d’une certaine quantité, l’arbre va mourir.
Contamination des nappes phréatiques
Le sel peut également s’infiltrer dans les nappes phréatiques et y provoquer des perturbations. En se dissolvant, il peut pénétrer dans l’eau de ruissellement, affectant ainsi les écosystèmes aquatiques voisins. La salinisation des terres est un phénomène très préoccupant dans certains pays, comme l'Australie, où la destruction de la végétation naturelle et de mauvaises pratiques d'irrigation ont provoqué la remontée des nappes phréatiques qui sont naturellement salées, rendant certaines régions impropres à toute agriculture.
Réglementation et précautions d'emploi
Les substances qui ne disposent pas d’une AMM (Autorisation de Mise sur le marché) ou qui ne font pas partie de la liste des substances de base des produits autorisés au jardin ne doivent pas être utilisées comme désherbant. Le chlorure de sodium fait partie de cette liste, mais uniquement comme fongicide et insecticide. Dans les recommandations le concernant, il est dit ceci : « Précautions : Prendre en compte la salinité préexistante du sol, afin d’éviter tout effet négatif sur la fertilité et la structure du sol. Application : Ne pas pulvériser chaque année, uniquement dans les cas d’urgence. » Une application raisonnée est cruciale pour minimiser les impacts négatifs sur l’environnement.
Le problème des mauvaises herbes à rhizomes
Le sel n'est pas très efficace pour tuer les mauvaises herbes à rhizomes souterrains. En effet, les mauvaises herbes telles que le chiendent peuvent rester dans le sol et germer plus tard dans la saison, même après avoir été traitées avec du sel. Le chiendent nécessite l’utilisation d’une fourche-bêche qui permettra d’ôter la totalité de la souche.
Alternatives écologiques et durables au désherbage au sel
Face aux inconvénients du sel, de nombreuses méthodes alternatives, plus respectueuses de l'environnement, peuvent être privilégiées pour l'entretien des trottoirs et allées.
ASTUCE pour FABRIQUER son DÉSHERBANT
Le désherbage manuel : l'option la plus écologique
Certes contraignant et fatiguant, le désherbage manuel reste très efficace, et s’il est réalisé avec beaucoup de régularité il devient de moins en moins nécessaire. On dit d’ailleurs que plus on désherbe moins on désherbe ! Pour être vraiment efficace, il faut respecter quelques règles.
Choisir le bon moment
Désherber à la bonne saison : le printemps est l’un des moments les plus judicieux pour désherber. Les adventices sont alors à peine levées et faciles à arracher d’une terre humide. Plus vous en supprimerez à ce moment-là, plus le reste de l’année sera tranquille. L’automne est également une bonne période. Le sol est chaud et humide, ce qui favorise la levée de nombreuses indésirables. Les ôter à ce moment-là vous facilitera le travail au printemps. Désherber au bon moment : vous travaillerez de préférence le matin de bonne heure, lors d’une journée ensoleillée.
Adopter les bonnes techniques et outils
Le bon geste pour désherber : pour réellement supprimer les indésirables vivaces, il est important d’arracher leur racine en même temps que les parties aériennes, et en totalité. En effet, elles ont la fâcheuse propriété de pouvoir se développer à partir d’un petit bout de racine. Pour les adventices à stolons comme le trèfle et les orties, il est important de tirer doucement ces tiges enracinées pour en supprimer le plus grand nombre. Les adventices annuelles, elles, doivent être supprimées avant la floraison pour éviter les semis spontanés toujours très nombreux. Le bon outil pour désherber : le trèfle, l’ortie, les pissenlits, les chardons sont arrachés à l’aide d’un couteau à désherber.
Le faux-semis
Le faux-semis est une méthode souvent employée pour la création d’un massif ou au potager. Il consiste à préparer une surface (par temps doux) puis à l’arroser et à patienter quelques jours. Toutes les adventices présentes à l’état latent dans le sol vont alors lever et seront faciles à éliminer à l’aide d’un râteau ou d’un sarcloir.
Couvrir le sol : une méthode préventive et durable
Si vous avez une surface entière à désherber, couvrir les adventices pour stopper leur accès à la lumière est un bon moyen pour s’en débarrasser.
Paillage et feutre géotextile
Tapis en fibres naturelles, cartons, nattes de paillage peuvent être utilisés. Cette méthode très efficace demande par contre du temps ; il est conseillé de laisser en place le couvert 6 mois pour une destruction totale des indésirables. Lors de la création d’une allée ou d’une terrasse, pensez au feutre géotextile à placer sous votre revêtement : il formera une couverture invisible qui stoppera la repousse des indésirables. Le paillage, qu’il soit organique ou minéral, permet de bien limiter le développement des adventices. De plus, comme il maintient le sol plus souple, elles s’arrachent plus facilement.
Entretien du gazon et plantes couvre-sol
Dans le gazon : évitez de tondre à ras, privilégiez une tonte haute qui va défavoriser les adventices. Elles seront obligées de lutter pour accéder à la lumière et pour leur espace et seront moins robustes, donc plus faciles à supprimer. Les plantes couvre-sol sont souvent vigoureuses et peuvent étouffer toute adventice qui désirerait s’implanter à leur place. Pensez-y pour combler les espaces vides dans les massifs ou entre les dalles d’une allée.
Engrais verts et non-travail du sol
Entre deux cultures au potager, pensez aux engrais verts. Ils occuperont le sol, empêchant qu’il soit envahi, et le nourriront de nutriments précieux pour vos plantes potagères. De plus, ne travaillez pas trop le sol de vos massifs ou du potager, ce travail de la terre fait remonter des graines d’adventices, leur permettant ainsi de germer.
Les produits de biocontrôle : des solutions naturelles et ciblées
Remplaçant les désherbants chimiques désormais interdits, les produits de biocontrôle utilisent les relations déjà existantes dans la nature pour limiter la présence d’un ennemi des cultures.
Substances naturelles actives
Pour le désherbage, on utilise pour le moment 3 substances naturelles : l’acide pélargonique, l’acide acétique et les acides caprique et caprylique. Ils agissent en détruisant l’épiderme des végétaux, cette couche superficielle qui les protègent des rayons UV. Leurs effets sont visibles très rapidement (bien qu’un peu moins rapides pour les acides caprique et capryliques qui demandent 24 heures) et il est possible de replanter tout de suite. Une fois secs, au bout de 6 heures environ, ils ne présentent plus aucune toxicité pour les animaux. Ils s’utilisent par temps sec et assez doux, au moins 15°C et sont plus efficaces sur des végétaux en état de stress hydrique, donc après un petit moment de sécheresse.
Recettes "maison" à base de vinaigre et bicarbonate
Désherber avec du sel et du vinaigre est une “recette de grand-mère” très employée mais très radicale car elle combine 2 substances nocives pour les végétaux. Le vinaigre n’est d’ailleurs pas un produit autorisé en tant que désherbant. Il est important de noter que ces solutions, bien que naturelles, doivent être utilisées avec précaution en raison de leur acidité qui peut affecter le pH du sol. Le bicarbonate de soude est également un puissant désherbant naturel. Il suffit de deux volumes de vinaigre blanc pour un volume de bicarbonate de soude. Dans un pulvérisateur, mettre d'abord le bicarbonate de soude puis le vinaigre blanc.
Le désherbage thermique : chaleur contre les indésirables
Sorte de chalumeau fixé au bout d’un long bras, le désherbeur thermique permet de détruire une plante en lui infligeant une très haute température durant quelques secondes. Les cellules explosent et la plante meurt très rapidement.
Types de désherbeurs thermiques
On trouve des désherbeurs thermiques électriques ou à gaz, chacun présentant ses avantages et ses inconvénients. Le désherbeur à gaz est puissant et permet un passage très rapide de plante à plante. Par contre, le jardinier doit faire suivre la bouteille de gaz qui l’alimente soit sur un petit chariot soit dans un sac à dos. Le désherbeur électrique est plus confortable à l’utilisation, par contre il est moins puissant et demande un peu plus de temps pour une plante. Cela reste quand même rapide puisqu’il ne s’agit toujours que de secondes.
Avantages du désherbage thermique
Même s’il n’est pas totalement propre puisqu’il utilise du gaz ou de l’électricité, le désherbage thermique a l’avantage de cibler uniquement les plantes “indésirées”, sans provoquer de dégâts au niveau du sol ou de la végétation alentour.
Le rôle des "mauvaises herbes" dans la biodiversité

Il est important de se questionner sur la véritable nature des "plantes indésirables". Attirent-elles et nourrissent-elles nombre d’auxiliaires du jardin ? On peut même en consommer certaines, tandis que d’autres offrent une très jolie floraison. La variété au jardin est garante d’une biodiversité importante et on préconise aujourd’hui de certes limiter ces adventices mais sans pour autant les éradiquer des jardins. Un entretien régulier des dalles est la clé pour éviter la réapparition des mauvaises herbes. En optant pour des méthodes de désherbage naturelles et écologiques, non seulement vous assurez un espace extérieur esthétique, mais vous contribuez également à la santé de l’écosystème local.