Beauval Nature et la conservation des éléphants : une approche globale de la semence à la savane

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Le ZooParc de Beauval et son association Beauval Nature se sont imposés comme des acteurs majeurs de la conservation des éléphants, mettant en œuvre des stratégies innovantes allant de la reproduction assistée à la protection in situ. L'objectif principal est de préserver ces géants terrestres, dont les populations sauvages sont aujourd'hui gravement menacées.

L'insémination artificielle : une avancée majeure pour la reproduction des éléphants en captivité

La reproduction des éléphants en captivité est particulièrement complexe, rendue d'autant plus difficile par le nombre restreint d'individus en Europe. Face à ce défi, l'insémination artificielle est devenue une technique cruciale. Le Dr Thomas Bernd Hildebrandt, vétérinaire conseil pour les éléphants des parcs zoologiques européens travaillant pour l'IZW (Institute for Zoo and Wildlife Research) à Leipzig, a développé dès les années 90 un protocole permettant cette prouesse chez ces animaux.

Le ZooParc de Beauval a été un pionnier en France dans l'application de cette méthode. En octobre 2010, la toute première insémination d'une éléphante en France a été réalisée à Beauval sur N'Dala, par les mêmes équipes, avec des spécialistes mondiaux de l'insémination des grands mammifères. Après 22 mois de gestation, cette initiative a abouti à la naissance de Rungwe le 20 juillet 2012. Rungwe, un éléphanteau d'Afrique de cent cinquante-cinq kilos et 90 cm au garrot, a fait ses premiers pas devant les visiteurs du zoo, marquant une "première en France". Né d'une gestation de près de 23 mois, Rungwe est le premier petit pour sa mère N'Dala, alors âgée de 23 ans. L'animal est né d'une insémination artificielle tentée parce que la méthode naturelle ne fonctionnait pas. Il est également le premier éléphant d'Afrique né sur le sol français depuis dix ans.

Le suivi hormonal, notamment celui de la progestérone, est essentiel pour confirmer le succès de l'insémination. Il est réalisé grâce aux prises de sang faites lors de l'entraînement médical hebdomadaire. Les vétérinaires peuvent ainsi confirmer la réussite de l'insémination si au-delà de 3 mois le taux de progestérone reste élevé.

Schéma processus insémination artificielle éléphant

Plus récemment, Beauval a continué sur cette lancée. Dans la nuit du 21 au 22 mars, Ashanti, la deuxième éléphante gestante du Zoo de Beauval, a donné naissance à son tour à une petite femelle. La mise bas a été très rapide et sans complication pour la femelle primipare. Après une perte des eaux à 3 h 14, le bébé éléphant a pointé le bout de sa trompe à 4 h 11. Très rapidement, Ashanti a stimulé l'éléphanteau pour qu'il se lève. Après quelques minutes, le petit éléphant était debout et cherchait déjà les mamelles pour se nourrir. La première tétée a été observée par les soigneurs au matin, vers 8 heures. Cet éléphanteau est le deuxième à venir au monde à Beauval cette année, après la naissance de la petite Himba le 15 février.

La banque de semence d'éléphants sauvages : un trésor génétique unique au monde

L'une des innovations majeures initiées par Beauval et l'IZW Berlin est la mise en place d'une banque de sperme d'éléphants sauvages, unique au monde. Cette banque est le fruit d'expéditions de collecte de semence d'éléphants sur des mâles sauvages en Afrique du Sud. Le sperme récolté est stocké au zoo dans des cuves à -180°C.

Les éléphantes, mamans les plus intimidantes de la planète

Cette banque de semence a déjà servi pour l'insémination de N'Dala et est également à la disposition des parcs zoologiques internationaux. Grâce à elle, quelques naissances ont déjà eu lieu en Europe. Ce projet, baptisé "Frozen Dumbo", a été développé par Thomas Bernd Hildebrandt en 2009 et a été rendu possible grâce à la création de cette banque de semences par Beauval Nature et à la participation du Zoo de Pittsburg.

Actuellement, la troisième édition de Frozen Dumbo est en cours dans la réserve de Selati en Afrique du Sud. Le procédé consiste à récupérer la semence de plusieurs mâles célibataires et reproducteurs sauvages. Le précieux liquide, une fois récolté, est dilué avec des solutions nutritives et cryoprotectrices avant d'être refroidi dans un réfrigérateur, puis cryopréservé à une température de -180°C. Il est ensuite rapatrié à la clinique vétérinaire du ZooParc de Beauval pour y être stocké. L'enjeu de ce projet est capital : à terme, il permettra de donner naissance à des éléphanteaux, futurs candidats pour le renforcement des populations d'éléphants sauvages par le biais de la réintroduction. Le projet "Frozen Dumbo" permet dans ces conditions d'élever des individus en les soustrayant aux menaces qui pèsent sur leur espèce, et offre donc un nouvel espoir dans la conservation des éléphants. Les premières inséminations à l'aide de semence congelée ont déjà permis de donner naissance à une dizaine d'éléphanteaux dans les parcs européens.

Dans ce contexte, des équipes de Beauval Nature, de la Fundación Bioparc et de l'IZW (Institute for Zoo and Wildlife Research) ont récemment rejoint l'Afrique du Sud afin de prendre part à la troisième mission Frozen Dumbo et continuer d'enrichir la banque de semences.

Les éléphants d'Afrique : des espèces en danger critique d'extinction

Les éléphants d'Afrique sont les plus gros animaux terrestres vivants. Ils sont répartis en deux espèces principales : l'éléphant de savane et l'éléphant de forêt. Les éléphants de savane évoluent en groupes matriarcaux pouvant aller de moins d'une dizaine d'individus à environ 70 membres, tandis que les éléphants de forêt vivent en groupes de 2 à 8 individus. Les femelles vivent avec les jeunes qui ne sont pas encore en âge de se reproduire. Les éléphants de forêt sont herbivores et leur régime alimentaire se compose principalement de fruits, de feuilles, d'écorces et de brindilles d'arbres de la forêt tropicale.

Carte de répartition des éléphants d'Afrique

À ce jour, l'éléphant de savane est classé « en danger d'extinction » et l'éléphant de forêt « en danger critique d'extinction » sur la liste rouge de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Ces deux naissances à Beauval sont donc essentielles pour la préservation de l'espèce. Les populations sauvages ont été décimées en Afrique, notamment pour le commerce d'ivoire, pourtant interdit internationalement dès 1989. À cette époque, il ne restait plus que 600 000 individus sur le territoire africain, contre plus de 3 millions au début du 20ème siècle.

Gestion des conflits Hommes-Éléphants : une priorité pour la conservation in situ

La préservation des éléphants ne se limite pas à la reproduction en captivité. La gestion des conflits Hommes-Éléphants est devenue une part importante du travail de certains gardes forestiers, comme ceux de la Fondation Big Life. En effet, lors de leurs migrations, les éléphants se retrouvent confrontés à des villages qui ont été implantés sur les voies qu'ils empruntent depuis des générations. Face à ces obstacles, les éléphants ont deux choix : les contourner ou les traverser. La seconde option entraîne généralement de gros dégâts lorsque les éléphants traversent les champs. Aussi, la sécheresse augmente la probabilité des conflits Hommes-Éléphants. Les cultures, même si elles aussi sont atteintes par le manque d'eau, représentent une source de nourriture attrayante pour les éléphants.

Dans le Rambo Group Ranch, des rangers patrouillent quotidiennement pour lutter contre le braconnage et agissent pour la résolution de conflits entre les Hommes et les éléphants. Pour cela, ils mettent tout en œuvre pour que les éléphants ne pénètrent pas dans les zones cultivées par les Hommes, à travers l'installation et la maintenance de clôtures, et la gestion des éléphants qui pénètrent dans les cultures pour les faire sortir indemnes.

Dans le 5e numéro de Beauval Nature Mag, Daniel Kutata Ole Kaanki, garde forestier pour la Fondation Big Life, a partagé son expérience. L'entraide est primordiale entre les gardes et la communauté lorsqu'il s'agit de ce type de conflits. Les agriculteurs appellent les gardes lorsqu'ils voient des éléphants près de leurs cultures, ce qui leur donne le temps de les arrêter avant qu'ils ne causent des dégâts. En 2022, les patrouilles ont parcouru plus de 9 500 km à pied et plus de 53 000 km en voiture au sein du ranch, afin de surveiller et protéger les espèces présentes. 69 personnes ont été arrêtées au cours des 32 délits découverts par les patrouilles. 268 kg de viande de brousse, 33 kg d'ivoire et 24 sacs de charbon ont été détruits, et divers matériels utilisés par les braconniers ont été confisqués. 93 000 hectares d'espaces ont ainsi été protégés.

Le projet ElefantAsia : une initiative pour la coexistence avec les éléphants d'Asie

Le projet ElefantAsia, mené par le Dr Gilles Maurer, chercheur à Beauval Nature, vise à étudier les conditions de la coexistence entre humains et éléphants d'Asie. Les humains entretiennent depuis des millénaires une relation complexe avec l'éléphant, une espèce à la fois crainte et vénérée. L'éléphant est un symbole culturel et religieux au Laos, mais c'est aussi un patrimoine pour les familles d'éleveurs. La conservation de l'espèce passe aussi par la prise en compte des éléphants domestiques qui, au Laos ou en Birmanie, sont relâchés une partie de l'année, se nourrissent par eux-mêmes et se reproduisent avec leurs congénères sauvages.

Eléphant d'Asie au Laos

Les éléphants d'Asie sont les plus grands animaux terrestres après les éléphants d'Afrique. Les mâles atteignent généralement une hauteur de 2,5 à 3 m au garrot, avec une longueur du corps allant jusqu'à 6 m. Les femelles sont légèrement plus petites. Les éléphants d'Asie ne dorment que 2 à 4 heures par jour. Ils passent leurs nuits à se nourrir et se déplacer pour trouver de l'eau. Herbivores, les éléphants d'Asie se nourrissent principalement de plantes, d'écorce, de fruits, de feuilles et de jeunes pousses. Un éléphant adulte peut consommer jusqu'à 150 kg de nourriture par jour. Les éléphants d'Asie sont des animaux grégaires. Les femelles et leurs petits vivent en groupe dirigé par une matriarche. Les jeunes mâles, après avoir quitté la harde, reconstituent des petits groupes, mais pas durablement. Les mâles dominants sont quant à eux solitaires et ce sont les seuls qui assurent la reproduction. L'éléphante met bas un seul petit éléphanteau, tous les 4 à 6 ans.

L'éléphant d'Asie (Elephas maximus) est classé « En danger » sur la Liste rouge de l'UICN. Sa corpulence est située entre celle de ses deux cousins d'Afrique, l'éléphant de savane étant plus grand et l'éléphant de forêt, plus petit. Il est vénéré dans la plupart des pays d'Asie, ce qui n'empêche pas sa domestication à des fins de travaux, comme en Birmanie (Myanmar) ou au Laos où sa force physique est mise au profit de l'exploitation du bois. Il resterait moins de 50 000 éléphants d'Asie dans le monde, dont près d'un quart de la population est constituée d'éléphants dits « domestiques ». Ils sont semblables à leurs congénères sauvages, tant en termes génétiques que comportementaux.

Les éléphants sauvages sont menacés par la disparition accélérée de leur habitat et le braconnage. Ils provoquent de plus en plus de dégâts lorsqu'ils recherchent de la nourriture dans les cultures agricoles ou lors de migrations.

Le programme Elephant Ambulance au Laos

Le programme Elephant Ambulance comprend l'organisation d'une ambulance pour les éléphants domestiques au Laos. Cette ambulance fournit des soins vétérinaires et assure le suivi et le recensement de l'ensemble de la population d'éléphants du pays. Le programme est mené par Idsara Wild, une société de droit laotien dont la mission est d'apporter un appui scientifique et vétérinaire aux acteurs publics et privés impliqués dans des programmes de conservation et de recherche sur la faune sauvage au Laos.

Le projet Elefantasia est en plein essor au Laos où un accord de collaboration a été signé avec Idsara Wild et Animal Doctors International afin de créer une unité vétérinaire mobile. Cette unité fournit des soins aux éléphants domestiques, mais en même temps fait du recensement et de la sensibilisation. L'objectif est d'améliorer la prise en charge globale des éléphants d'Asie au Laos. Cette collaboration a permis en parallèle d'initier d'autres collaborations avec l'IRD et Anoulak sur d'autres thématiques de recherche, toujours autour de l'éléphant, au Laos mais aussi au Cambodge.

Études sur les populations d'éléphants d'Asie

La disparition des forêts a entraîné une forte augmentation des conflits avec les humains, les éléphants sauvages se rendant de plus en plus fréquemment dans les cultures pour se nourrir. Ces « conflits » engendrent des morts du côté des éléphants comme des villageois. Pour limiter les conflits et mettre en place un programme de conservation, il convient avant tout d'en analyser les causes.

Le parc national de Nakay-Nam Theun au Laos abrite la plus importante population d'éléphants sauvages du pays. En 2008, la mise en eau d'un barrage hydroélectrique a entraîné l'inondation d'une grande partie de l'habitat de cette population d'éléphants. Les éléphants se sont rapprochés des villages et les conflits humains-éléphants ont augmenté dans la région. L'objectif du projet, mené en collaboration avec l'institut de recherche IRD-Laos et l'association Anoulak, est d'estimer la taille actuelle de la population d'éléphants, sa diversité génétique et les mouvements saisonniers des éléphants autour du lac artificiel.

Cependant, compter des éléphants en forêt tropicale est difficile. Pour cela, plusieurs méthodes scientifiques novatrices sont associées. Il s'agit de récolter de façon systématique et répétée les bouses sur un itinéraire prédéfini (transect) pendant six mois. L'ADN de l'éléphant est extrait de chaque bouse afin de l'identifier individuellement. Un modèle statistique permet ensuite d'estimer la probabilité de détection des éléphants et d'en déduire une estimation de leur nombre et de leur densité. Une application smartphone dédiée a été développée pour faciliter la collecte des données et le suivi individuel des éléphants. Développée par une société française, cette application smartphone est à la fois un outil de recensement et de suivi des éléphants domestiques, ainsi qu'un véritable carnet de santé individuel.

Une autre recherche vise à estimer la contribution de la capture d'éléphants sauvages à la dynamique de la population semi-domestique d'éléphants en Birmanie depuis les années 1960 jusqu'à nos jours. Cette étude permettra également de mettre en lumière l'effet potentiel du travail des éléphants sur leurs variables démographiques (taux de natalité et de mortalité).

La récolte d'échantillons provenant de plusieurs pays d'Asie, en particulier le Laos, la Birmanie et le Cambodge, permet de revoir la phylogéographie de l'espèce. L'histoire des lignées généalogiques renseigne sur l'origine de l'espèce, les processus démographiques et génétiques qui ont mené à la distribution et la structuration actuelle de l'espèce. Le projet Elefantasia est mené par le Dr Gilles Maurer, chercheur Beauval Nature.

L'engagement de Beauval Nature : soutenir la conservation mondiale

Le ZooParc de Beauval héberge une harde de 6 femelles et 1 mâle au sein d'un espace de vie de 6 hectares, la plus grande installation à éléphants de France. Akili, le mâle, n'est pas en contact permanent avec les femelles, comme c'est le cas dans la nature.

Beauval Nature est l'association de protection des espèces menacées créée par le ZooParc de Beauval. Participer à la préservation des espèces animales à travers le monde est la mission de Beauval Nature. L'argent confié à Beauval Nature est entièrement reversé à l'un des programmes de conservation et de recherche soutenus par l'association. Si vous voulez nous aider à préserver la biodiversité, vous pouvez faire un don à Beauval Nature.

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