La gestion phytosanitaire des cultures céréalières repose aujourd’hui sur une combinaison précise de mesures agronomiques et de traitements de semences (TS) ciblés. Ces outils, indispensables dans les situations à risque, permettent de sécuriser la levée et de garantir le potentiel de rendement en limitant les pressions biotiques dès les premiers stades de développement de la plante.
La protection insecticide : gestion des ravageurs du sol et des vecteurs de viroses
La protection des semences contre les ravageurs utilise des substances actives aux modes d'action variés, allant de la systémie à l'action de contact, afin de répondre aux spécificités des cycles biologiques des agresseurs.
Le cas spécifique du Gaucho 350 et des pucerons
Le Gaucho 350, efficace vis-à-vis des pucerons, reste conseillé sur semis précoce d’orge. Avec une présence prolongée de pucerons sur plusieurs semaines pour un taux de plantes habitées proche de 10 %, l’essai conduit à Montans (81) a confirmé l’efficacité de cette spécialité avec une forte réduction des symptômes de Jno. Gaucho 350 présente également une efficacité vis-à-vis des cicadelles. Elle n’est pas totale, notamment en cas d’infestation tardive, mais souvent supérieure à celle d’un traitement en végétation.
Il est important de noter une évolution réglementaire majeure : l’imidaclopride n’est plus autorisée sur semences de céréales à paille pour un semis réalisé entre janvier et juin. La spécialité Gaucho 350 peut toujours être utilisée pour les semis d’automne ou de tout début d’hiver (avant le 1er janvier). Hormis cette restriction, les usages homologués pour les spécialités insecticides restent identiques à ceux de la campagne passée.

Lutte contre les ravageurs du sol : Taupins, mouches et zabres
Les substances actives disponibles pour lutter contre les ravageurs du sol sont des pyréthrinoïdes. Elles ne pénètrent pas dans la plante, leur action a lieu dans le sol. Les TS insecticides s’appuient ainsi sur deux molécules : la téfluthrine à 20 g/q (Attack, Austral Plus Net, Thrintoba) ou la cyperméthrine à 60 g/q (Langis/Signal).
- Protection contre les taupins : Les trois spécialités disponibles, Gaucho 350, Attack et Langis présentent une efficacité comparable face aux attaques survenant à l’automne. Cependant, les pyréthrinoïdes, avec une persistance accrue, permettent de mieux contenir des attaques tardives au printemps.
- Protection contre la mouche grise des céréales : La protection insecticide des semences à l’aide de pyréthrinoïdes (Attack, Langis) reste conseillée pour certaines régions (Champagne-Ardenne, Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Centre) dans les situations à risque : précédents betterave, blé déchaumé juste après la moisson, colza, pommes de terre, oignons. Si l’efficacité moyenne, proche de 50 %, permet de contenir les attaques, il est nécessaire de rester vigilant quant à l’application du produit pour éviter un sous-dosage.
- Protection contre le zabre : La présence de ce ravageur est favorisée par des rotations courtes (orge/blé), la présence de graminées pendant l’interculture et l’absence de travaux du sol profonds. Gaucho 350 doté de propriétés systémiques présente une bonne efficacité face aux attaques survenant à l’automne, alors que la spécialité Attack (contact) permet de contenir des attaques plus tardives. Contre le zabre des céréales, seuls les traitements de semences à base de téfluthrine sont autorisés.
Lutte contre les maladies : enjeux fongiques et sanitaires
Au-delà des insectes, la préservation de la qualité sanitaire des semences est primordiale pour éviter la propagation de champignons pathogènes responsables de pertes économiques importantes.
La carie commune du blé : vigilance et prévention
La carie commune du blé reste présente sur le territoire en raison du fort pouvoir de propagation des spores. Un seul épi carié contient des millions de spores qui, disséminées lors du battage, viennent contaminer la récolte, les futures semences, le sol ainsi que le matériel agricole. La lutte chimique contre la carie repose uniquement sur la protection fongicide des semences. Plusieurs traitements sont très efficaces face à une contamination des semences et du sol. Citons par exemple Vibrance Gold, Celest Power, Rubin Plus ou encore Redigo.
En agriculture biologique, face à la contamination des semences, deux spécialités sont autorisées : Copseed et Cerall. Le Procédé ThermoSem (Thermoseed Global, Suède) offre une alternative intéressante à la désinfection chimique des semences vis-à-vis de la carie, mais elle ne permet pas de s’affranchir de cette maladie si la contamination vient du sol.

Gestion du charbon nu sur orge
Sur orge, la présence de charbon nu est toujours signalée sur le territoire. La contamination des semences n’est pas visible car c’est l’embryon qui est infecté. Dans les essais 2022 et 2023 conduits par ARVALIS et par la FNAMS, il est confirmé la très bonne efficacité de Celest Orge Net avec l’apport de 3 g/q de tébuconazole. Notons toutefois que Celest Orge Net est la seule modalité permettant un contrôle quasi-total de la contamination dans les essais réalisés.
Cycles biogéochimiques - Cycle du carbone
Fusarioses et piétin échaudage
La présence de différents champignons, Fusarium graminearum, Microdochium spp., sur et surtout dans les semences, peut entraîner des manques à la levée et des fontes de semis. Il est recommandé de trier soigneusement les semences et d’appliquer en complément un traitement de semences adapté.
Concernant le piétin échaudage, la lutte contre le champignon du sol s’appuie sur différentes techniques agronomiques et le traitement de semences à base de silthiofam. La spécialité Latitude XL a confirmé un contrôle partiel des symptômes sur racines avec un gain significatif de rendement en blé sur blé. Les résultats obtenus lors de 5 essais sur blé tendre ont confirmé une efficacité partielle de Latitude XL, permettant un gain significatif de rendement (+13,2 q/ha soit +29 % de plus que le témoin).
Approche systémique : combiner agronomie et protection chimique
La réussite de l’implantation céréalière ne saurait reposer exclusivement sur la chimie. La connaissance de la parcelle (historique de dégâts ou présence de larves avant semis) permettra d’évaluer le risque et d’adapter la protection.
- Leviers agronomiques : La lutte par la protection insecticide peut être renforcée par des mesures agronomiques : augmentation de la densité de semis ou choix d’une variété à fort tallage peu sensible au froid. Les principaux leviers contre le zabre reposent sur l’allongement des rotations, un déchaumage aussitôt après la moisson, avec retrait rapide de la végétation fauchée, et un travail profond du sol avant l’implantation.
- Qualité des interventions : Le choix de ce type de protection s’appuie notamment sur la qualité sanitaire des semences, l'historique parcellaire et la date de semis. Ces critères déterminent les risques d’infections et/ou de nuisibilité des bioagresseurs. Une lutte en végétation reste possible pour les pucerons, mais elle nécessite une surveillance attentive des parcelles dès la levée pour réaliser le traitement au bon moment.
En somme, la gamme des TS céréales offre une protection contre diverses maladies des semences ou du sol et contre les ravageurs du sol. Ces traitements, souvent incontournables dans les situations à risque, sont à utiliser à bon escient, en intégrant systématiquement des pratiques culturales favorisant une croissance robuste de la culture.