La biodiversité au cœur de l’exploitation : jachères, semences et faune sauvage

La gestion de la biodiversité au sein des exploitations agricoles ne relève plus aujourd'hui d'une simple option environnementale, mais constitue un pilier fondamental de la durabilité agronomique. Les jachères, autrefois perçues comme de simples outils d'ajustement de la production au marché (PAC), sont devenues des leviers stratégiques pour restaurer la fertilité des sols et offrir un refuge indispensable à la faune sauvage. En réintégrant des éléments naturels au sein des paysages cultivés, agriculteurs et gestionnaires de la nature parviennent à concilier impératifs de production et préservation des écosystèmes.

Schéma illustrant le rôle des jachères comme corridor écologique au sein d'une parcelle agricole

Les multiples facettes des jachères environnementales

Les jachères reposent le sol et cassent le cycle des parasites tout en favorisant la pollinisation et en offrant un refuge aux animaux. Autrefois partie intégrante des pratiques culturales en Europe, la jachère avait disparu avant de retrouver une actualité sous le vocable de gel des terres comme moyen d’ajustement de la production au marché. Aujourd'hui, on distingue plusieurs typologies adaptées aux objectifs de l'exploitant :

  • La jachère fixe (hors gel industriel) : Implantée en bandes de 10 à 20 mètres de large, cette jachère est conduite de façon pluriannuelle et est constituée de céréales en règle générale.
  • La jachère mellifère ou apicole : Elle est composée de légumineuses (sainfoin, trèfle violet, mélilot, etc.), souvent accompagnée d’espèces annuelles comme la phacélie.
  • La jachère environnement faune sauvage (JEFS) : La JEFS classique présente un mélange composé de graminées et de légumineuses.

L'implantation d'une jachère répond à un double intérêt. Pour l'agriculture, elle concurrence les mauvaises herbes, rompt les cycles parasitaires, repose la parcelle, limite le lessivage des intrants et améliore la structure ainsi que l’activité organique du sol. Pour la biodiversité, elle assure une meilleure alimentation des pollinisateurs, fortifie les colonies d’abeilles, offre un refuge et un site de reproduction, augmente la période de floraison et fournit des ressources alimentaires aux oiseaux (insectes et graines).

Stratégies d'implantation et recommandations techniques

Pour réussir l'installation d'un couvert végétal, la précision technique est de mise. Il est recommandé de favoriser les couverts pérennes qui ont une pousse lente pour éviter le salissement des parcelles et de diversifier les espèces, notamment les légumineuses, pour favoriser la biodiversité végétale et animale. Il est également conseillé de réduire la densité de semis d’environ 50% par rapport à une prairie classique.

La préparation du sol est une étape cruciale. Il faut s'attaquer à l'ancien gazon en le labourant afin que les vieilles graines ne puissent plus germer. Lorsque l'ancien gazon, y compris les mauvaises herbes, a été labouré en profondeur, vous pouvez niveler le sol pour créer un lit de semences. La période favorable pour le semis correspond au moment où le sol s’est bien réchauffé, afin de favoriser une germination rapide et homogène. Pour la plupart des mélanges de type vivace, le semis doit avoir lieu de la fin de l’été jusqu’au milieu de l’automne.

Diversité biologique des sols, le rôle de la faune : vers de terre, escargots, insectes…

La composition des mélanges est l’un des points clés de la réussite. Au printemps, les insectes auxiliaires et pollinisateurs bénéficient d'une grande quantité de ressources alimentaires. Or, cette manne s'amenuise petit à petit au cours de la période estivale. Toutes les espèces de ce mélange fleurissent à des moments différents permettant ainsi de maintenir, dans la durée, les insectes bénéfiques. De plus, il procure une grande diversité de pollens et de nectars aux abeilles, aux abeilles sauvages, aux bourdons et autres papillons.

La gestion différenciée et l'entretien des couverts

L'entretien des couverts doit respecter le rythme biologique de la faune. La date du fauchage est conditionnée par la localisation géographique et la nature même du mélange, afin d’éviter l’inesthétisme. Pour rester dans le cadre de l’objectif de rendre naturelle la vie du couvert végétal, il est intéressant de ne pas faucher toute la surface en une seule fois, afin d’éviter de perturber subitement les ressources de diversité faunistique et floristique installées.

Certains experts préconisent que la période de non-interventions (broyage, fauchage) des jachères et bandes enherbées soit plus large, du 1er avril au 15 août de chaque année, afin de coïncider avec la nidification des espèces qui utilisent ces milieux. Après la floraison, on demande d’ailleurs aux agriculteurs de les laisser en place puisque les animaux s’y sont habitués : cela permet à la faune sauvage de s’y réfugier pour passer l’hiver.

Synergies agricoles : au-delà de la jachère

Si la jachère est un outil puissant, d'autres pratiques culturales complètent cet arsenal. Les intercultures fixent les nitrates et améliorent la structure du sol tout en offrant aux pollinisateurs une source de nourriture avant l’hiver. Implantées en bordure de cours d’eau, en rupture de pente ou autour des parcelles pour éviter les transferts de produits phytosanitaires, les bandes enherbées offrent aussi le gite et le couvert aux auxiliaires et au gibier.

Les haies constituent également un élément essentiel pour de nombreuses espèces animales : elles leur fournissent nourriture, abri et même site de reproduction. Mais la haie a d'autres avantages pour l’environnement et l’agriculture : elle constitue un abri contre le vent très important et permet de protéger les cultures et les habitations. Elle retient également les eaux lors de gros orages ou de tempêtes. Elle se révèle enfin très utile pour le maintien de la qualité de l'eau des nappes phréatiques grâce aux racines des arbres et arbustes qui filtrent les résidus des pesticides et autres produits.

Le partenariat entre le monde agricole et les chasseurs

La collaboration entre semenciers, agriculteurs et chasseurs permet aujourd’hui de multiplier les espaces qui assurent le gîte et le couvert à la faune sauvage. Le programme « Agrifaune » illustre parfaitement cette dynamique. L’objectif de ce programme est de développer des solutions techniques de terrain pour favoriser la faune sauvage - notamment le petit gibier - tout en limitant au maximum les impacts pour les exploitations agricoles qui s’inscrivent dans la démarche.

Les travaux portent notamment sur l’introduction de bandes enherbées, de haies, d’intercultures ou encore la gestion des bords de champs. La petite faune sauvage, comme les perdrix grises, rousses, les faisans, les alouettes, souffrent de la suppression de leur milieu. Pendant les 5-10 premiers jours après leur naissance, les jeunes poussins ne se nourrissent que d’insectes. Le couvert végétal apporte donc la biodiversité nécessaire.

Photo d'une perdrix grise dans une bande enherbée en bordure de champ

Vers une intégration paysagère et durable

L'approche de la biodiversité demande une réflexion sur la phytosociologie adaptée au site à végétaliser pour une orientation vers un paysage de qualité. Liaison Végétale intervient avec attention dans l’adaptation des espèces dans le milieu (urbain ou rural) propice à des échanges avec la nature environnante. Dans le cas d’un couvert végétal en place, l'objectif est d'identifier les espèces intéressantes à sauvegarder et d'analyser les diversions floristiques possibles.

L'importance de la qualité physique, chimique et biologique du sol avec sa richesse en nutriments est aussi déterminante à la réussite. Pour Liaison Végétale, la fonction est de recréer des espaces naturels et d’aider à la préservation de la biodiversité végétale. D'autres offres avec des spécificités sont disponibles, avec des déclinaisons pour les destinations : verger, vignoble, apiculture, oiseaux, faune sauvage, papillons, zone humide.

La création d'un terrain de chasse ou d'un sanctuaire de biodiversité présente de nombreux avantages. Pour les animaux, mais aussi pour l’homme, ces mélanges de champs sont un régal pour les yeux dès qu'ils sont en pleine floraison. La composition sophistiquée des mélanges de champs sauvages constitue une source de nourriture pour la faune. La création d'un champ sauvage améliore la biodiversité du paysage et constitue un abri où les gallinacés tels que les faisans et les perdrix, mais aussi les oiseaux des champs, peuvent nicher en toute sécurité.

Chacun a aujourd’hui bien conscience qu'une agriculture durable est favorable à la biodiversité, qu'elle soit celle des milieux naturels ou créés par l'homme. En créant un terrain de jeu, vous donnez un coup de pouce à la faune. Les champs de terre sont créés pour offrir à la faune un meilleur biotope. Un champ de fleurs sauvages est un terrain ensemencé en fonction de la faune, incluant les rongeurs tels que les lapins et les lièvres, les chevreuils, ainsi que les oiseaux et les insectes.

L'uniformité des cultures gagne du terrain et les zones non cultivées se raréfient. Le petit gibier de plaine s'en trouve fragilisé. Forts de l’expérience menée, les représentants du monde de la chasse et de l’agriculture continuent de développer des solutions techniques de terrain, prouvant qu'une exploitation agricole peut être à la fois un moteur économique et un refuge pour la vie sauvage, à condition de maintenir une diversité de milieux : lisières des bois, bordures de cours d'eau, jachères, prairies et haies.

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