
Dans le contexte actuel où les aléas climatiques se multiplient et où la recherche d'autonomie fourragère et protéique est une priorité pour de nombreux éleveurs, le méteil s'impose comme une solution agricole stratégique. Ce mélange de céréales et de légumineuses, bien que délicat à maîtriser, offre une adaptabilité et une souplesse remarquables, permettant de diversifier les ressources fourragères tout en limitant les intrants.
Qu'est-ce que le Méteil ?
Le méteil est un mélange de plusieurs espèces végétales, incluant des céréales (comme le triticale, le blé, l'orge ou l'avoine), des protéagineux (tels que le pois fourrager, le pois protéagineux ou la féverole), et des légumineuses (comme la vesce). Il est destiné à être récolté soit en grain, soit en plante entière pour le pâturage, l'ensilage ou l'enrubannage. Bien que la récolte en foin soit rare dans les zones tempérées, elle est pratiquée dans les régions tropicales à saison sèche.
L'intérêt principal de ce mélange réside dans sa capacité à mieux résister aux maladies et à s'adapter aux conditions météorologiques fluctuantes de l'année. En effet, il y aura toujours une espèce plus adaptée à la situation, assurant ainsi une certaine sécurité pour l'agriculteur. Cette culture est réputée pour sa rusticité, ce qui permet de limiter les interventions dans la parcelle.
Grandes cultures - Les méteils en question
Les Composantes Essentielles des Mélanges de Méteil
La composition des méteils peut varier significativement d'une exploitation à l'autre, en fonction des objectifs spécifiques de l'éleveur. Cependant, certaines espèces jouent des rôles clés dans ces mélanges.
Céréales : Structure et Rendement
Le triticale et le blé constituent souvent les éléments de base du mélange, assurant une grande partie du rendement de la culture. Ces céréales servent également de tuteurs pour les légumineuses grimpantes, limitant ainsi le risque de verse, un phénomène où les plantes se couchent au sol. D'autres céréales comme l'orge, l'épeautre ou le seigle sont également utilisées, parfois associées à des graminées fourragères comme le Ray-grass d'Italie pour les méteils destinés à l'ensilage. Il est à noter que les céréales barbues (certains blés, orge) sont déconseillées en ensilage.
Légumineuses : Protéines et Fixation de l'Azote
Les légumineuses sont cruciales pour améliorer la teneur en protéines du mélange et apporter de l'appétence. Leur caractéristique la plus remarquable est leur capacité à fixer l'azote atmosphérique grâce à leurs nodosités, ce qui permet aux graminées de profiter de cet azote, réduisant ainsi les besoins en engrais azotés pour le cultivateur. Parmi les légumineuses couramment employées, on trouve le pois fourrager, le pois protéagineux, la féverole et la vesce.
Il est impératif de choisir des espèces assurant des fonctions complémentaires dans le mélange. Par exemple, au moins une espèce doit pouvoir servir de tuteur pour limiter la verse (triticale, seigle), des espèces productives (avoine, orge, seigle forestier), des espèces apportant de l'énergie (triticale, blé) et des protéines (féverole, pois, vesce).
Exemples de Mélanges et Leurs Spécificités
De nombreux essais et expériences régionales ont permis d'identifier des combinaisons performantes de méteils.
- Triticale 160 Kg + Pois fourrager 25 Kg : Ce mélange a fait ses preuves en termes de productivité.
- Orge 80 Kg + Pois protéagineux 150 Kg : Offre un bon potentiel en protéines, mais peut attirer le gibier et est plus sensible aux maladies.
- En plaine, Trticale 80 kg + Féverole 120 kg : La dose de féverole doit être ajustée en fonction du poids des 1000 grains, très variable pour cette espèce, en visant 25 graines de féverole au m².
Pour une récolte en enrubannage, il est recommandé de diminuer, voire de supprimer le triticale, d'augmenter l'avoine et d'utiliser un blé sans barbe. Une association typique dans ce cas serait 20 Kg de triticale et 80 Kg d'avoine, ce qui diminue le rendement mais améliore l'appétence.

Itinéraire Technique du Méteil
La réussite d'une culture de méteil repose sur un itinéraire technique précis, depuis la préparation du sol jusqu'à la récolte.
Préparation du Sol et Semis
Les méteils à base de blé et de seigle sont semés tôt à l'automne, en même temps que les orges et avant les autres céréales. La dose de semis ne doit pas dépasser 300 à 350 grains/m². Pour des mélanges d'hiver avec une forte proportion de céréales (180 à 300 grains/m²), les mélanges Triticale-Pois ou Triticale-Avoine-Pois fourrager-Vesce sont souvent privilégiés.
En raison des poids de semences très différents entre les espèces, il est crucial de bien mélanger les semences avant et régulièrement pendant le semis pour éviter la sédimentation dans la trémie. Si le mélange contient de la féverole, il est plus prudent d'effectuer le semis en deux passages, la féverole nécessitant une profondeur de 7 à 8 cm pour limiter les risques de gel.
Les méteils fourragers doivent être semés au cours du mois d'octobre. Un semis après le 15 novembre pénalise la production. Pour les semis d'automne, il est conseillé de choisir des variétés à épiaison tardive pour le triticale et l'avoine. Mieux vaut ne pas semer trop tôt pour retarder l'épiaison des céréales et limiter les maladies et le gel sur les protéagineux. Les méteils de printemps peuvent être semés de mars à fin mai.
Fertilisation et Désherbage
Un apport d'engrais azoté n'est pas toujours nécessaire, car la présence de légumineuses assure un approvisionnement en azote minéral pour les graminées. Cependant, des apports peuvent être envisagés, notamment au début du printemps, avec 30 à 50 unités d'azote minéral pour obtenir des rendements légèrement supérieurs (environ 15%). Il faut faire attention à ne pas dépasser cette quantité, car un excès d'azote peut entraîner un développement trop important et la verse du mélange en juin.
Il n'existe pas de produits homologués pour le désherbage des mélanges céréales-protéagineux. Des faux-semis peuvent être intéressants pour limiter l'enherbement avant l'installation du mélange.
Les exportations de Phosphore (P) et de Potassium (K) sont importantes en raison de la récolte en plante entière et doivent être compensées dans la rotation. Il est conseillé de vérifier la disponibilité du sol en P et K avant l'implantation, les légumineuses étant exigeantes en ces éléments.
Récolte et Valorisation
Les mélanges céréales/légumineuses sont exclusivement utilisés pour l'alimentation animale. Ils peuvent être pâturés ou récoltés en foin, en ensilage, en enrubannage ou en grains, constituant une source intéressante d'amidon, de protéines et de fibres digestibles. Ils sont également très appétants s'ils ne sont pas récoltés trop secs.
La date de récolte est cruciale et souvent difficile à déterminer, car les espèces ne mûrissent pas simultanément. Il faut faire un compromis pour maximiser la maturité des céréales (particulièrement les tardives comme l'épeautre) et minimiser les pertes de graines de légumineuses.
- Récolte précoce : Vise une meilleure valeur alimentaire au détriment du tonnage (4 à 5 T de MS/ha), avec une valeur alimentaire moyenne de 0,83 UFL/kg de MS et de 16 à 17,5% de MAT selon la proportion de légumineuses. Le stade de récolte idéal est le tout début épiaison de la céréale ou début floraison du pois fourrager.
- Récolte plus tardive : Privilégie le volume (jusqu'à 8 T de MS/ha), avec une valeur alimentaire intermédiaire (0,75 UFL/kg de MS et 11% de MAT). Ce type de fourrage est destiné aux animaux ayant des besoins limités.
Pour une bonne conservation de l'ensilage, il faut réaliser un préfanage et viser un taux de 30 - 35% de MS à la mise en silo. Pour l'enrubanné, il faut atteindre au minimum 40% de MS pour assurer la conservation, mais il est préférable d'atteindre 50 à 60% de MS.
Le rendement espéré est de 4 à 6 tonnes pour une récolte précoce, et de 6 à 10 tonnes pour une récolte plus tardive.
Le Méteil dans la Rotation des Cultures
Les méteils sont généralement cultivés en cultures intercalaires, c'est-à-dire entre deux cultures principales, car ils sont le plus souvent des cultures d'hiver et ne sont donc pas tributaires des précipitations estivales.
Les méteils fourragers, implantés à l'automne et récoltés au printemps, permettent de constituer des stocks avant la période sèche, augmentant ainsi la période d'implantation des cultures fourragères à l'automne et pouvant compléter les cultures dérobées fourragères.
Associations Spécifiques
- Méteil fourrager sous couvert de prairie : Il est possible de semer une prairie sous un couvert de méteil fourrager. Cette technique sécurise les semis face aux risques de sécheresse. Le méteil est récolté tôt au printemps, laissant la prairie se développer. Ce type de semis (méteil et prairie) doit être fait avant le 25 octobre. La céréale protège les légumineuses du froid.
- Ray-grass d'Italie (RGI) et Trèfle incarnat : Ce mélange est appétent, précoce et productif. Le trèfle incarnat, non météorisant, possède un système radiculaire exceptionnel qui structure le sol. Il permet une large période de semis à l'automne, jusqu'à fin octobre.
- RGI et Vesce velue : La vesce velue peut remplacer le trèfle incarnat, offrant une production apparemment plus importante et une meilleure valeur alimentaire grâce à sa teneur élevée en protéines. Attention cependant à la toxicité de sa graine.
- RGI et Colza fourrager : Ce mélange est destiné à la pâture et peut être semé de juillet à octobre (10-12 kg/ha de RGI et 5 kg de colza fourrager). Il est conseillé de réaliser un semis tous les mois pour assurer une continuité de pâturage et de le faire pâturer au fil pour éviter le gaspillage.
- Seigle fourrager et Vesce : Le seigle, tolérant à la sécheresse et à l'excès d'eau, est productif et pousse à basses températures. La dose de semis est de 50 kg/ha de seigle fourrager et 25 kg de vesce commune, ou 15 kg/ha de vesce velue.
- Navet, Navette et RGI : Mélange appétent, apprécié des ovins, à semer d'août à mi-octobre (1,5 kg/ha de navet, 4 kg/ha de navette, et 10 kg/ha de RGI).
- Sorghos fourragers : Excellente alternative au maïs, le sorgho nécessite deux fois moins d'eau et produit plus efficacement de la matière sèche. Il résiste à la sécheresse (jusqu'à 40°C, contre 30°C pour le maïs). Les sorghos multicoupes ont une capacité de repousse. Pour le pâturage, il est intéressant de les associer au trèfle d'Alexandrie. Semer à partir de la deuxième quinzaine de mai.
- Millet perlé : Encore plus résistant à la sécheresse et à la chaleur que le sorgho, il nécessite un sol plus chaud au semis (fin mai à début août). Il peut être utilisé en dérobée derrière un ensilage de méteil ou après une céréale moissonnée. Le millet est mieux adapté au pâturage que le moha.
- Moha : Difficile à gérer au pâturage en raison d'une baisse rapide de l'appétence et de la valeur alimentaire après l'épiaison. Il n'a pas de repousse et est mieux adapté pour la fauche (foin, enrubannage). Peut être associé au Trèfle d'Alexandrie.
- Trèfle d'Alexandrie : Trèfle annuel supportant les fortes chaleurs mais craignant le gel. Peut remplacer le trèfle incarnat en culture dérobée de printemps.
- Trèfle de Micheli : Similaire au trèfle incarnat (productif, agressif, non météorisant), il repousse si coupé au stade bouton floral au plus tard. S'implante bien dans les sols humides et résiste aux inondations de courte durée.
Avantages et Limites du Méteil

Le méteil offre de multiples intérêts stratégiques pour les systèmes fourragers, mais présente également quelques limites.
Intérêts
- Autonomie fourragère et protéique : Les éleveurs cherchent de plus en plus à assurer l'autonomie fourragère et protéique de leur exploitation, et les méteils y contribuent en limitant les achats de concentrés.
- Diversification des ressources : Face aux aléas climatiques fréquents, les méteils permettent de diversifier les ressources fourragères, apportant une sécurité au système.
- Adaptabilité et souplesse : La culture permet de récolter à des périodes variées selon l'objectif poursuivi (pâture, ensilage, foin ou grains). Les créneaux d'implantation, de récolte et les modes de valorisation sont multiples.
- Réduction des intrants : Grâce à la fixation d'azote par les légumineuses, les besoins en engrais azotés sont réduits. Le méteil permet également de valoriser les parcelles peu fertiles.
- Santé du troupeau : Le méteil améliore la fibrosité de la ration et dilue l'amidon d'un ensilage de maïs, contribuant ainsi à la santé digestive des animaux. Riches en fibres, ils favorisent la rumination.
- Amélioration des sols : Le méteil assure une coupure performante dans les rotations via une couverture et une bonne structuration du sol.
- Résilience climatique : Récolté en fin de printemps, il est globalement peu soumis au stress hydrique.
Limites et Précautions
- Délicat à maîtriser : Le méteil est une culture peu répandue et délicate, notamment parce qu'il faut que graminées et légumineuses arrivent à maturité simultanément. Prévoir de pouvoir ensiler s'il s'avérait que les différences de maturité devenaient trop importantes et aussi pour éviter le risque de verse.
- Coût des semences de légumineuses : Les semences de légumineuses restent assez onéreuses.
- Toxicité de certaines vesces : Les vesces peuvent être toxiques pour les animaux une fois arrivées à grenaison, comme la vesce velue. Il est préférable de privilégier la vesce de printemps et la vesce de Pannonie.
- Risque de verse : Le pois et la vesce ont tendance à coucher les méteils lorsqu'ils sont présents à plus de 40% dans le mélange.
- Qualité du fourrage : La valeur alimentaire du méteil dépend fortement de la part de légumineuses dans le mélange. La qualité du fourrage récolté est fortement liée au stade de récolte pour les fibres et au taux de protéines. Il convient de les caractériser précisément avant de les utiliser.
Perspectives et Enjeux Futurs
Le méteil peut remplacer totalement ou partiellement l'ensilage de maïs en production laitière et en engraissement. Au vu de la conjoncture actuelle, gagner en autonomie sur son système alimentaire est un atout majeur pour une exploitation.
Bien que les prairies naturelles et temporaires restent la base de la production de fourrages en raison de leur faible coût à la tonne de matière sèche récoltée, les méteils fourragers se sont largement développés grâce à leur productivité et la valeur alimentaire du fourrage obtenu.
La clé de la réussite réside dans le choix judicieux des espèces et de leurs proportions dans les mélanges, en fonction de l'objectif final. Que ce soit pour favoriser les protéines (avec une majorité de légumineuses comme la féverole, le lupin, le pois fourrager, la vesce) ou pour d'autres besoins spécifiques, une réflexion globale à l'échelle du système alimentaire et sur l'impact économique dans la ration est essentielle avant d'inclure un méteil dans sa rotation.
