L'Espagne, riche de son histoire agricole et de sa diversité géographique, se positionne comme un acteur majeur dans l'élevage ovin. Ce secteur, ancré dans des traditions séculaires, s'adapte constamment aux défis économiques et environnementaux, tout en cherchant à optimiser la qualité et la productivité. La production de semence de mouton joue un rôle crucial dans cette dynamique d'amélioration génétique et de pérennisation des races.

La Genèse de la Laine Mérinos et son Héritage Espagnol
L'histoire de la laine mérinos est intimement liée à la péninsule espagnole. Cette race de moutons provient probablement d'une race de moutons d'une tribu berbère d'Afrique du Nord, les « Beri-merines ». Au XIIe siècle, l'Espagne était déjà reconnue pour la production de laine de haute qualité. L'arrivée des mérinos en Europe via les Maures a permis à l'Espagne de produire la meilleure laine d'Europe. Cette race s'est ensuite étendue à d'autres pays européens comme l'Autriche, la France, le Danemark, l'Italie, l'Angleterre et certains États allemands.
Le mouton mérinos est caractérisé par un rendement laineux excellent, produisant environ 4 à 5 kg de laine très fine par an. Cette laine est exceptionnellement blanche, très douce en fibres et parfaitement structurée. Les moutons mérinos ont dix fois plus de poils par centimètre carré que les moutons normaux, en partie grâce aux nombreux plis cutanés. La couche naturelle de cire, la lanoline, garantit que la laine reste souple après le traitement. Bien que sa fertilité ne soit pas la plus élevée, avec en moyenne 1,5 agneau par brebis, sa production de laine en fait une race prisée. Le mouton mérinos est un mouton mince et de taille moyenne, avec une tête expressive, de la laine jusqu’au large front, par-dessus les yeux jusqu’aux joues, et des cornes torsadées en spirale proches de la tête.
Les Entreprises Espagnoles au Cœur de l'Élevage Ovin
Plusieurs entreprises espagnoles se distinguent dans le domaine de l'élevage ovin et caprin, offrant une gamme de services et de produits essentiels au secteur. Genética Española est une entreprise spécialisée dans la collecte de semences et d'embryons chez le bétail, tant ovin que caprin, et se consacre à la vente de ces produits. Ces activités sont fondamentales pour l'amélioration génétique des troupeaux et la diffusion de caractéristiques désirables.
D'autres entreprises sont fortement impliquées dans l'élevage, l'engraissement et l'abattage de veaux et d'agneaux, en particulier l'agneau mérinos. Ces structures intègrent souvent l'ensemble du processus, de l'élevage à la commercialisation. Certains élevages sont certifiés bio et se dédient à l'engraissement et à l'abattage halal de viande d'agneau et de veau espagnols de première qualité. Spainfy, par exemple, exporte les meilleurs produits carnés avec une qualité maximale garantie, en respectant les normes les plus exigeantes. Agropienso, créée en 1979, est un fabricant d'aliments composés qui s'est positionné comme une entreprise majeure dans son domaine, avec un investissement constant en R&D.
Dans le secteur de l'équipement, des entreprises comme NIOGLAS, créée en 1981 à Castellbisbal (Barcelone-Espagne), sont des fabricants de profils structurels en PRFV-GRP pour l'équipement des élevages, notamment porcins, mais dont les innovations peuvent inspirer d'autres types d'élevages. KUBUS, SA, basée dans la capitale de l'Espagne depuis 1986, est une entreprise leader dans la technique d'insémination artificielle (IA) des porcs, exportant ses produits vers plus de 40 pays, soulignant l'expertise espagnole en biotechnologies animales.
Interview Mr Carron Fabrice éleveur en génétique o
La Conservation des Races Traditionnelles Pyrénéennes et la Coopération Transfrontalière
La conservation des races ovines traditionnelles pyrénéennes est un enjeu majeur pour le secteur. Andrés Legarra souligne que le secteur ovin en montagne doit redoubler d’ingéniosité pour éviter que les contraintes économiques ne forcent les éleveurs à renoncer à leur race traditionnelle pour des races plus productives et intensives. La majorité des éleveurs préfère entretenir les prairies, faire pâturer et organiser la transhumance, surtout dans des régions où les difficultés s'accumulent, comme certaines zones du centre de l’Espagne confrontées à la sécheresse, aux prix du lait et à l'indisponibilité des prairies.
Les races locales, comme la Manech en France et la Latxa en Espagne, partagent de nombreuses similitudes, avec des différences morphologiques et de couleurs légères. La laine des Latxa est qualifiée de rustique, le terme "Latxa" signifiant étymologiquement « rugueux ». Historiquement, les brebis noires sont plutôt associées à la transhumance, tandis que les rousses sont celles des collines, et ces couleurs se retrouvent des deux côtés de la frontière. Les éleveurs des deux nationalités ont toujours échangé leurs bêtes, malgré les difficultés logistiques et contraintes sanitaires.
L'objectif commun est de disposer de brebis équilibrées et rentables. L’amélioration génétique consiste à choisir collectivement les meilleurs béliers et à diffuser leur semence porteuse des gènes. Il est primordial de maintenir une dynamique collective opérationnelle, car une race entretenue par peu d’éleveurs réduit ses capacités génétiques au fil du temps. Un projet de coopération transfrontalière (2017-2021), s'étendant sur plusieurs départements et régions (Haute Garonne, Pyrénées Atlantiques, Navarra et Euskadi), vise à optimiser les choix des semences de béliers et à perfectionner l'organisation de la diffusion de ces semences de manière transfrontalière, afin de partager les ressources génétiques.

Pour les races Latxa et Manech, l’amélioration génétique aide à ce qu’elles fournissent du bon lait, en quantité et qualité suffisante, tout en étant saines et adaptées à leur environnement. On les dit rustiques ou, selon le nouveau terme à la mode, résilientes, c'est-à-dire qu'elles doivent s’adapter au milieu et résister au climat.
L'Amélioration Génétique : Une Histoire Collective et Scientifique
L’amélioration génétique en élevage a une longue histoire et a toujours été une affaire collective. Avant le développement des biotechnologies et de l’insémination artificielle, les fermes s’échangeaient les béliers qui paraissaient puissants dans des foires. Aujourd'hui, 200 à 300 éleveurs délèguent à leur coopérative le choix d’un lot de semences de béliers pour répondre aux besoins spécifiques des producteurs rassemblés. Chaque année, le centre régional choisit le lot jugé équilibré, en tenant compte du précédent lot employé et des contraintes environnementales et économiques à surmonter.
Les outils informatiques, avec les bases de données et les algorithmes de traitement et de tri des informations, permettent de prendre en compte un grand nombre d'animaux et de caractères très divers. Des modèles mathématiques basés sur la génétique sont conçus pour perfectionner ces algorithmes et prendre en compte de nouvelles données, telles que les informations remontant des fermes (caractéristiques des animaux, filiation) ainsi que les échantillons d’ADN prélevés et analysés par des centres de recherches espagnols et de l'INRAE. L'objectif est d'affiner le descriptif des populations et de permettre aux éleveurs de choisir au mieux.
Ce projet de recherche est très fédérateur, permettant aux acteurs de la sélection génétique des deux côtés de la frontière de mieux se connaître. Cela les oblige à se retrouver et à échanger, même lors de réunions trilingues pour dégager des solutions techniques, ce qui amène à se poser de nouvelles questions et à entretenir un collectif primordial. La tentation de remplacer ces brebis, qui ne sont pas énormément productives, par des races plus intensives, parfois en hors-sol (comme la Lacaune en France et l’Assaf, d’origine israélienne, en Espagne), est toujours présente, rendant la conservation des races traditionnelles encore plus cruciale.
Défis et Innovations dans le Secteur Ovin Espagnol
Le secteur ovin espagnol est confronté à divers défis, tels que les variations climatiques et les pressions économiques. Cependant, il continue d'innover pour y faire face. Par exemple, les associés du Gaec de Vialette, en Dordogne, produisent des agneaux toute l’année grâce au désaisonnement lumineux, une technique qui pourrait inspirer d'autres régions. En Loire-Atlantique, le Gaec Frémon produit des agneaux pour approvisionner en direct des bouchers nantais, montrant l'importance des circuits courts. Nicolas Mary, jeune installé en plein air intégral, mise sur la rusticité de la brebis Hampshire pour une conduite économe, soulignant l'intérêt des races adaptées à des systèmes plus extensifs.
L'Association Nationale des Éleveurs de Bétail Sélect de la Race Rubia Gallega illustre l'organisation du secteur pour la promotion et la sélection de races spécifiques. Lilit Hirsch offre des services professionnels spécialisés aux entreprises opérant dans ou liées à des industries spécifiques des régions rurales, notamment du centre de l'Espagne, ce qui met en lumière le besoin d'accompagnement et de conseil pour les éleveurs.

L'accord de libre-échange conclu entre l’Union européenne et l’Australie le 24 mars peut également avoir des implications pour le secteur, en ouvrant de nouvelles opportunités ou en imposant de nouveaux défis concurrentiels. Ces dynamiques exigent une veille constante et une adaptation rapide des stratégies d'élevage et de commercialisation en Espagne.