Le soufre est un élément indispensable dans un jardin naturel. Produit très courant, il est utilisé comme stratégie de traitement dans le potager depuis longtemps. Très employé en agriculture biologique, le soufre est une réponse adéquate du jardinier face aux champignons notamment, car il s’agit d’un fongicide très efficace. Jardin bio ou pas, le soufre est bienvenu en secours contre les agresseurs de vos plantations.

Nature et fonctions du soufre au jardin
Le soufre est un minéral qui se trouve dans les roches, notamment sous forme de cristaux. C’est également un élément que l’on trouve chez tous les êtres vivants car il participe à la formulation des protéines. Environ 90 à 96% de la matière sèche des plantes est composée de carbone, hydrogène et d’oxygène. Le reste est réparti entre les macro et les oligo-éléments. Parmi eux, le soufre représente 0,1 à 0,5% de la matière sèche selon les cultures.
Le soufre est un élément indispensable à la vie car c’est un constituant de 3 acides aminés essentiels (méthionine, cystéine et homocystéine) que l’homme ne peut synthétiser. Ses fonctions sont multiples : c’est un composant des chloroplastes, il active les enzymes dans les processus biochimiques pour la fabrication d’énergie, d’acides gras et de métabolites secondaires d’autodéfense tels que les glucosinolates. Il favorise également le processus de fixation symbiotique, notamment pour permettre aux légumineuses de capter l’azote de l’air via les nodosités.
Le soufre comme solution fongicide, acaricide et répulsif
Il est utilisé dans l’agriculture depuis la haute Antiquité, contre la pyrale de la vigne et quelques autres ravageurs. On parle également de ses effets purifiants. Au milieu du XIXème siècle, on découvre son efficacité pour lutter contre l'oïdium de la vigne et son emploi va se développer à grande échelle pour de nombreuses propriétés :
- Fongicide : L’action du soufre est de ralentir voire de stopper la croissance des champignons. Le processus fongicide proposé par le soufre est de brûler les spores des champignons car il s’oxyde lorsqu’il entre en contact avec les feuilles et se transforme en gaz dans certaines conditions de chaleur et de lumière (ce phénomène s’appelle la sublimation). Il crée donc une barrière de vapeurs soufrées très efficace contre les champignons pathogènes.
- Répulsif : Le soufre est un répulsif contre certains insectes. Vous l’utiliserez contre les punaises, les fourmis.
- Acaricide : Il peut être employé contre les acariens qui provoquent des galles et autres types de maladies chez les végétaux.
Il est commercialisé sous forme de poudre extrêmement fine, la fleur de soufre, ou bien de micro-granules ou poudre épaisse pour être dilué dans de l’eau, on le trouve parfois sous le nom de soufre mouillable sous cette forme.
Le Soufre : Un Élément Essentiel et Fascinant
Modalités d’application et formes commerciales
Le soufre en poudre
Sous cette forme, il suffit de le saupoudrer sur les végétaux à traiter, feuilles et rameaux. Pour une application plus facile, utilisez un soufflet ou une poudreuse. Vous appliquerez le soufre en prévention, juste avant le débourrement (l’ouverture des bourgeons), à raison de 20 g pour 10 m2. En traitement, lorsque la maladie est déclarée, vous doserez de la même manière, 20 g pour 10 m2, à renouveler toutes les semaines jusqu’à disparition complète des symptômes. À savoir : il peut être appliqué directement sur le sol mais cette méthode est peu efficace et elle ne doit être pratiquée que sur les légumes sous serre.
Le soufre mouillable
Il doit être dilué dans de l’eau avant la pulvérisation. Il s’utilise de manière générale à la dose de 7,5 g pour les légumes, les fruitiers et les rosiers, 12,5 ou 20 g par litre pour la vigne, 10 g pour les plantes aromatiques et condimentaires, toujours pour 10 m2. Il est judicieux d’ajouter un agent mouillant qui va améliorer l’adhérence de la préparation, le soufre ne sera ainsi pas tout de suite lessivé par les pluies. Secouez bien le pulvérisateur pour que le mélange soit homogène et mettez en pression. L’application peut être renouvelée toutes les 2 semaines si besoin. Vous le pulvériserez directement sur les zones attaquées, sur les 2 faces des feuilles.
Stratégies de lutte contre les maladies et ravageurs
Le soufre au jardin peut être utilisé surtout en préventif mais aussi en curatif, contre l’oïdium sur les tomates, toutes les courges et sur le rosier, contre le marsonia sur les rosiers, contre tous les champignons des arbres et petits fruitiers (tavelure des poires et des pommes, oïdium de la vigne, des pêchers, nectariniers, abricotiers, taches pourpres des fraisiers…). En curatif, le soufre doit être utilisé au tout début de l’attaque, car son efficacité est courte dans le temps (1 semaine maximum et il est lavé s’il pleut) et peut se montrer insuffisante en cas de forte pression.
Il est utilisé au jardin lorsque la sublimation attendue peut avoir lieu, c’est-à-dire lorsque les températures sont comprises entre 18 et 28° (le mieux c’est entre 23 et 25°) et que le ciel est lumineux. Il est déconseillé lors de températures plus élevées car il peut alors brûler les feuilles et les fruits. La période optimale d’utilisation se situe entre mars et fin juillet. Le soufre peut être mélangé à la bouillie bordelaise, pour traiter un plus grand spectre de champignons pathogènes. Il est cependant recommandé, pour limiter la quantité de produits dans le sol, de plutôt réaliser des applications en alternance.
Concernant les acarioses, notamment de la tomate ou contre les phytoptes du poirier et de la vigne, il est important d’agir en début de saison. Pour l’érinose ou les acariens de la vigne, vous diluerez 20 g de soufre dans 1 litre d’eau pour 10 m2, à faire 1 fois dans l’année.

Le soufre comme amendement et engrais minéral
Jusqu’aux années 1990, les dépôts atmosphériques dus à la pollution de l’air couvraient les besoins en soufre des cultures par les phénomènes de pluies acides. Depuis, l’épuration des fumées a fait retomber le taux de soufre dans l’atmosphère à un niveau qui ne répond plus à ces besoins.
Le soufre comme amendement minéral s’utilise au printemps ou en automne, à raison de 500 g pour 100 m2. Le fumier et tous les amendements organiques sont source de soufre, particulièrement le fumier de volaille. Comme engrais ou en cas de carences, vous en apporterez au pied des végétaux. Pour cet emploi, il est plutôt utilisé au travers d’engrais naturels riches en sulfites : fumiers, patentkali.
Le soufre élémentaire est quasiment pur, il est composé de soufre (élément S) à 99,9 %. Il est intéressant de le prendre en compte dans une approche plus globale sur la ferme. Le soufre élémentaire peut être considéré comme un amendement : un apport qui doit être visé sur le long terme. Les micro-organismes oxydent le soufre pour le rendre biodisponible pour la plante sous forme sulfate. Plus un sol est vivant, plus on va avoir un apport régulier de sulfate assimilable. Lorsqu’il est oxydé, une acidification locale se crée au niveau des racines. En sol pH alcalin (>8) cela peut être intéressant pour mettre en solution des éléments minéraux comme le phosphore qui sont bloqués par le pH.
Gestion de la fertilisation et cycle du soufre
Pour comprendre la nécessité d’avoir une gestion correcte de la fertilisation soufrée, il faut d’abord bien concevoir le cycle du soufre dans le sol. La forme préférentielle d’assimilation du soufre par les cultures est l'ion sulfate (SO42-). Le sulfate, tout comme le nitrate (NO3-), est chargé négativement, donc est lessivable. Dans le sol, le complexe argilo-humique, également chargé négativement, ne peut retenir cet ion en cas de forte pluviométrie. La majeure partie du soufre du sol se trouve sous des formes organiques, donc non directement utilisables par les racines. Il le devient par le processus de minéralisation.
Les cultures les plus exigeantes sont avant tout les crucifères telles que le colza, la moutarde et les plantes à bulbe (oignon, ail). On compte un rapport Stotal/Ntotal d’environ 5 pour 1 pour les crucifères, 8 pour 1 pour les légumineuses et 10 pour 1 pour les céréales. Les besoins au cours de l’année ont plutôt lieu après la floraison. La minéralisation opère en présence de chaleur et d’humidité, donc en fin de printemps. Il peut donc y avoir un décalage qui se crée entre la disponibilité du soufre et les besoins des cultures.
Précautions d’emploi et impacts environnementaux
Portez systématiquement un masque, des lunettes de protection et des vêtements couvrants à cause de la vapeur que le soufre dégage, notamment sous forme de fleur de soufre et évitez tout contact avec la peau et les yeux. Appliquez en dehors des périodes de fortes chaleurs (au-dessus de 28°), de vent ou de pluie. N’utilisez pas à proximité de points d’eau ou dans une zone où le produit pourrait être entraîné vers un point d’eau. Stoppez les applications au moins une semaine avant la récolte. Il faut l’éviter pour toutes les variétés de végétaux à feuillage rouge (les feuilles sont plus sensibles à la toxicité du soufre). Le soufre est également toxique pour certains insectes utilisés comme auxiliaires dans la lutte biologique : punaises, acariens et petites guêpes. Son utilisation doit être modérée car il finit par s’accumuler dans le sol, entraînant une acidification de celui-ci.
Il est important de noter que l’action du soufre élémentaire utilisé pour la fertilisation est lente, car il doit être préalablement transformé en sulfate par les bactéries pour pouvoir être absorbé par les plantes. Ce processus dépend de la température et peut prendre plusieurs semaines. L’application doit être effectuée tôt, éventuellement dès l’automne. Les engrais sulfatés sont solubles dans l’eau et leur action est rapide. Ils conviennent donc parfaitement pour remédier de manière ciblée à une carence aiguë.
Les engrais de ferme, produits dans de nombreuses exploitations, peuvent apporter une certaine quantité de soufre aux terres agricoles sans majorer les coûts. Les couverts végétaux sont de vraies usines de recyclage qui limitent les pertes d’éléments nutritifs et les remettent à disposition pour la culture suivante. Un beau couvert végétal va éviter le lessivage de l’azote et du soufre. Les quantités réelles d’éléments nutritifs qui seront restituées dépendent d’une multitude de facteurs : conditions pédoclimatiques, pratiques culturales, mode de destruction du couvert. Si on veut augmenter l’efficience de l’azote, on ne doit pas négliger la fertilisation soufrée.
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