Le sorgho appartient à la famille des poacées, communément appelées graminées. Dans des régions comme la PACA, caractérisées par des conditions souvent sèches et une carence récurrente en fourrage vert, cette plante suscite un intérêt croissant. Les éleveurs se tournent vers elle pour sécuriser les besoins des lots d’animaux maintenus sur les exploitations durant la période estivale.

Classification et variétés : comprendre les types de sorgho
Le sorgho fourrager est un terme générique qui regroupe plusieurs espèces, précocités et traits d’intérêt. Pour bien choisir, il est essentiel de distinguer les catégories principales.
Sorghos du Soudan (Sudan-grass)
Le Piper est un sorgho herbacé représentatif de cette catégorie. Il se distingue par un fort pouvoir de tallage, avec des tiges et des feuilles fines et nombreuses. Ces variétés sont généralement plus précoces que les hybrides et offrent de bonnes capacités de repousse. Comme elles ne bénéficient pas de programmes d’amélioration génétique récents, elles sont considérées comme des variétés anciennes mais robustes.
Sorghos hybrides (Sudan x Sudan et Sudan x Bicolor)
Plus tardifs que les types Sudan-grass, ces hybrides présentent une productivité supérieure et une meilleure valeur alimentaire. Bien que leur morphologie soit plus grossière, ils sont plus vigoureux. Ils font l’objet d’une grande attention de la part des sélectionneurs qui y intègrent des caractères spécifiques comme le BMR ou le PPS. Pour un usage en fourrage, il est conseillé de privilégier ces variétés hybrides.
Caractères génétiques d’intérêt : BMR et PPS
Les sorghos BMR (Brown Mid Rib ou nervure brune centrale) sont étudiés pour diminuer la teneur en lignine et améliorer la digestibilité, tout en préservant la valeur énergétique pour une ration efficiente. Cependant, moins de lignine dans la variété BMR entraîne un risque de verse beaucoup plus important.
Le caractère PPS (Photoperiod Sensitive) signifie que le sorgho n’épiera que lorsque la durée de la nuit sera supérieure à celui du jour, ce qui n'arrive pas sous nos latitudes durant la période de production. Ces variétés offrent une grande flexibilité, permettant de maintenir une meilleure valeur alimentaire tout en continuant à produire des feuilles de qualité.
Itinéraire technique : implantation et fertilisation
La réussite de l’implantation est déterminante pour le rendement final. Le sorgho est une plante sensible au froid et au gel, ce qui impose une rigueur dans le calendrier.
Préparation et semis
Il est important de respecter une température de sol d’au moins 12°C, ce qui correspond généralement à la fin mai ou au mois de juin selon les secteurs et l’altitude. Pour les projets de plusieurs coupes, le semis est possible dès que le sol est réchauffé, soit environ 15 jours après les semis de maïs.
La graine doit être enterrée à une profondeur de 2 à 3 cm, puis roulée. La dose de semis pour le sorgho Piper est de 25 kg/ha, tandis que les variétés BMR se sèment à 30 kg/ha. Sur un semoir à céréales, on vise une densité de 15 à 20 grains par mètre linéaire.

Gestion de la fertilisation
Un apport d’engrais permet d’optimiser l'utilisation de la biomasse. Une recommandation classique consiste en un apport complet de type 15U de N, 15U de P, 15U de K à 300 kg/ha, ou 150 kg/ha d’ammonitrate 33,5. Pour un suivi précis, il est conseillé d'apporter environ 30 à 40 unités d'azote au semis ou au stade 3-4 feuilles, puis 30 à 40 unités après chaque coupe, si l'eau n'est pas un facteur limitant.
Stratégies d'exploitation et valorisation
Le sorgho peut être utilisé de plusieurs manières selon les variétés. L’Octane est particulièrement adapté à la pâture, tandis que l’Honey Graze et le Piper peuvent être exploités en fourrage (foin, ensilage, enrubannage).
Valorisation en foin et ensilage
Le Piper permet une exploitation rapide et souple. Une première coupe est possible dès 40 à 50 cm de hauteur, soit environ 60 jours après le semis. Si l'objectif est d'obtenir plusieurs coupes, il est impératif de laisser 10 cm de chaumes pour favoriser la repousse. Selon les conditions, 2 à 4 coupes sont réalisables par campagne, avec une fréquence de passage tous les 30 jours environ.
Pâturage et sécurité sanitaire
Le sorgho contient naturellement de la dhurrine, précurseur de l’acide cyanhydrique, qui est mortel à forte dose. À un stade jeune, le sorgho est trop concentré en cette molécule pour être consommé en toute sécurité.
Pour le pâturage ou l’affouragement en vert, il est crucial de respecter une hauteur minimale pour éviter tout risque de toxicité :
- 70 cm pour le Piper et l’Honey Graze.
- 80 cm pour l’Octane.
En cas de doute, une fauche avec un préfanage de 24 heures permet à cette molécule hautement volatile de s’évaporer.
Les points clés de la gestion des risques du projet
Adaptation aux conditions estivales
Le sorgho fourrager, notamment le Piper, supporte les déficits hydriques temporaires. Cette plante présente une résistance au stress hydrique qui la rend intéressante pour des semis réalisés juste après la moisson, voire avant. Son développement est ultra rapide, ce qui autorise des cultures dérobées derrière une culture de paille ou de pois.
Pour maximiser la production tout au long de la période estivale, il est recommandé de semer au moins deux variétés avec des précocités différentes. Étant donné qu'il existe des variations de cycles de trois semaines ou plus, cette stratégie permet de ne pas se laisser dépasser par la croissance de la plante et de maintenir une qualité optimale lors des différentes phases d'exploitation.
En choisissant les variétés en fonction de leur usage - les feuilles fines pour l'appétence et la valeur alimentaire, les feuilles larges pour le volume de biomasse - l'éleveur peut adapter sa production aux besoins réels de son cheptel, tout en s'inscrivant dans une démarche d'agriculture durable. L'utilisation de ces semences s'intègre parfaitement dans les pratiques de recyclage des produits de l'agrofourniture, contribuant ainsi à une gestion responsable des exploitations.