La culture des agrumes, qu'il s'agisse de mandariniers, de citronniers ou d'autres variétés, soulève de nombreuses questions chez les jardiniers. Entre le désir de faire pousser un arbre à partir d'un pépin et la nécessité de comprendre le rôle crucial du porte-greffe, il est essentiel de démystifier les techniques de multiplication. La question de savoir s'il est obligatoire de greffer un agrume pour qu’il produise des fruits est très répandue, mais elle repose sur une part de vérité nuancée.

Les agrumes issus de semis : mythes et réalités
Contrairement à une idée reçue bien ancrée, un agrume né d’une graine n’est pas forcément condamné à rester stérile ou à produire des fruits décevants. Tout dépend de l’agrume concerné. Certains agrumes dits « fidèles au semis » permettent d’obtenir des arbres dont les fruits sont identiques à ceux de la plante mère. C’est le cas du Combava, de l’Ichang papeda, du Bigaradier, du Yuzu japonais, du Citron caviar, du Citron de Java, de la Lime mexicaine, du Mandarinier Satsuma, de la Lime du désert australien, de la Pompia sarde ou encore du Kumquat.
Ces plants, cultivés à partir d’une graine, sont appelés « plants francs ». Ils se développent sur leurs propres racines, exploitant le patrimoine génétique complet contenu dans la graine, ce qui leur confère souvent une meilleure vigueur, une résistance accrue aux maladies et une grande longévité. Cependant, la règle n’est pas universelle. Beaucoup d’agrumes modernes sont des hybrides dont les graines ne garantissent pas une descendance conforme, pouvant mener à des arbres plus épineux ou aux fruits de qualité variable. De plus, la mise à fruit des plants issus de semis est généralement beaucoup plus lente, nécessitant souvent 6 à 8 ans, voire jusqu'à 10 ans, contre seulement 3 ans pour un sujet greffé.
La technique du bouturage : une alternative crédible
Le bouturage est une méthode moins connue mais efficace pour obtenir un arbre identique au pied d’origine sans recourir à la greffe. Cette technique consiste à prélever un morceau de branche, idéalement une tige semi-aoûtée de 10 à 15 cm portant quelques feuilles, et à le faire s’enraciner dans un substrat léger et humide à une température constante d’environ 25°C.
Si le bouturage permet d’éviter l’incompatibilité de certains porte-greffes, il ne permet pas pour autant d’accélérer la mise à fruit. Les résultats varient selon les espèces, certaines s'enracinant facilement tandis que d'autres se montrent plus capricieuses. Néanmoins, pour un jardinier souhaitant multiplier son propre citronnier, c'est une option qui, en principe, fonctionne bien et permet d'obtenir un arbre productif plus tôt que par le semis.
Bouturage des agrumes par Charles GRATIEN
L'importance stratégique du porte-greffe
La greffe est la méthode la plus fiable pour reproduire fidèlement une variété tout en améliorant la vigueur, la précocité de mise à fruit et la résistance aux contraintes environnementales. Le choix du porte-greffe doit se faire avec discernement, car c'est de lui que dépendront la résistance, la productivité et la qualité gustative.
Les grands types de porte-greffes
- Citrus aurantium (Bigaradier) : Très utilisé, il s'adapte à la majorité des sols, même calcaires et salins. Il offre une bonne vigueur à l'arbre, bien que la mise à fruit soit un peu lente. Il est reconnu pour sa résistance à la gommose, au phytophthora et à la psorose.
- Poncirus trifoliata : C'est une variété à part entière, réputée pour sa rusticité exceptionnelle (tenu au froid jusqu'à -20°C une fois adulte). Son système racinaire peu profond le rend idéal pour les sols humides et lourds. Toutefois, sa croissance est très lente et il présente des incompatibilités avec certains citronniers et cédratiers.
- Poncirus trifoliata 'Flying Dragon' : Avec son port tortueux, il est principalement utilisé pour les plantations à haute densité ou pour la culture en bonsaï grâce à son effet nanisant.
- Citrange 'Carrizo' : Hybride entre un oranger et un poncirus, il assure une forte vigueur et une mise à fruit rapide. Il est idéal en sol acide et limoneux, offrant une excellente productivité et des fruits de qualité.
- Citrus limonia 'Volkameriana' : Très apprécié dans le bassin méditerranéen pour les citronniers, il excelle en sols secs et acides. Il augmente significativement le calibre des fruits et la vitesse de production.

Le processus de greffage : une expertise accessible
Beaucoup de gens pensent que le greffage est trop complexe, mais il s'agit d'une technique de précision visant à unir un greffon (issu d'un arbre-mère performant) à un porte-greffe robuste. Les étapes fondamentales sont les suivantes :
- Préparation du porte-greffe : On fait germer des graines d'agrumes vigoureux (souvent des citrons à peau rugueuse ou des bigaradiers) dans des contenants adaptés. On ne laisse pousser qu’une seule tige principale.
- Choix du greffon : Lorsque le porte-greffe atteint le diamètre d'un crayon, on prélève une jeune pousse d'un arbre-mère de la variété souhaitée.
- Union : À l'aide d'un outil tranchant, on prélève un bourgeon avec une « queue » d'écorce pour l'insérer sous l'écorce du porte-greffe.
Cette union permet de combiner les racines adaptées au terroir avec les qualités gustatives du fruit souhaité. Bien que la greffe soit une compétence technique, elle demeure la clé de voûte de l'arboriculture fruitière moderne, permettant de sécuriser la production sur le long terme tout en surmontant les défis climatiques et édaphiques (nature du sol). Le choix entre semis, bouturage ou greffe dépendra donc de vos objectifs : conservation du patrimoine génétique, rapidité de récolte ou adaptation spécifique à votre environnement.