L'implantation d'une prairie pérenne ne constitue pas une simple opération de semis, mais un véritable investissement agronomique dont les conséquences se mesurent sur plusieurs campagnes. La réussite de cette étape repose sur une compréhension fine des interactions entre les espèces, le milieu pédoclimatique et les outils de précision mis à disposition des éleveurs. Pour accompagner cette complexité, le GNIS a développé des ressources techniques visant à transformer la gestion des mélanges en un levier de compétitivité pour les exploitations.
La précision au service du peuplement : le calculateur du GNIS
Le calcul des doses de semences pour une prairie multi-espèces peut rapidement devenir un vrai casse-tête, car le poids des graines, l'impact sur le peuplement et la pérennité varient selon chaque espèce fourragère. L’étiquette d’un sac de semences comporte le pourcentage en poids du mélange, mais cette composition n’équivaut pas à celle en nombre de semences, du fait de poids de mille grains (PMG) différents entre espèces.
Pour aider les éleveurs à obtenir leur objectif de peuplement, le Gnis a mis au point un calculateur, mis en ligne sur internet, pour faire la conversion. Il permet de connaître le peuplement théorique au champ, en fonction de la composition indiquée sur un sac de mélange prairial. Ce nouvel outil d'aide à la décision vise à être plus précis dans le choix des doses de semences destinées à l'implantation des prairies multi-espèces. Facile d'utilisation, il offre deux portes d'entrée aux utilisateurs :
- Il permet de composer un mélange en choisissant parmi treize espèces de graminées et dix espèces de légumineuses, puis d'ajuster la dose de semis en fonction du peuplement théorique recherché.
- À l'inverse, l'outil permet de calculer le peuplement de la prairie à partir des doses de semis des différentes espèces exprimées en kg/ha sur les sacs de mélanges de semences.

Sur le site, les recommandations du Gnis accompagnent l'utilisateur dans ses choix. Il est également possible de créer un compte pour sauvegarder toutes les compositions de mélanges de semences, auxquelles s'appliqueront ainsi les nouvelles fonctionnalités prévues dans les prochaines évolutions du service, comme la possibilité de classer et d'organiser les compositions, ou encore de choisir, pour chaque mélange, les variétés inscrites au catalogue officiel répertoriées dans Herbe-Book.
Stratégies agronomiques et composition des mélanges
Les mélanges prairiaux, tout comme les associations simples d’une graminée avec une légumineuse ou encore les semis d’espèces pures, constituent aujourd’hui une gamme de solutions techniques pour le semis des prairies. Ces recommandations sont issues d’une brochure éditée par un collectif de l’AFPF (Gnis, Inra, BTPL, Arvalis, RAGT…), sur les préconisations agronomiques pour les mélanges de semences pour prairies en France.
Le Gnis recommande de ne pas associer plus de huit variétés au total, parmi six espèces différentes au maximum. La dose maximale de semis de mélange ne devrait pas dépasser 30 kg/ha, afin que chaque variété puisse s’exprimer. Pour constituer un mélange, il est conseillé d’utiliser prioritairement les espèces à certification obligatoire. La certification des semences fourragères permet aux utilisateurs de bénéficier de garanties sur la qualité de la semence en termes de faculté germinative et de qualité sanitaire, et surtout d’une certitude de bien acheter une variété dont les performances sont connues. Les variétés certifiées sont reconnaissables par l’apposition d’une étiquette bleue sur le sac de semences.
Vidéo explicative de la production de semences agricoles par Exélience
La composition des mélanges doit prendre en compte le pouvoir de concurrence des espèces et variétés au cours de phases-clé de la prairie. Cette notion est complexe et inclut plusieurs critères, recensés et notés pour les espèces majeures : la vitesse d’installation, le pouvoir de concurrence au printemps, la pousse en été et la productivité après 3 ans.
Caractérisation des espèces fourragères majeures
Pour choisir les espèces et variétés à semer, le Gnis préconise de bien considérer la future utilisation du fourrage (pâturage, fauche ou mixte), la nature du sol, la pérennité souhaitée et enfin la répartition de la production.
- Ray-grass anglais (RGA) : La graminée très dominante des zones océaniques tempérées. Son implantation est rapide. C’est la graminée la plus riche en énergie et la plus appétente, bien qu'elle supporte moins la sécheresse et les températures élevées.
- Ray-grass hybride (RGH) : Espèce à implantation rapide, productive sur tout type de sol. Plutôt adapté à la fauche, il est moins remontant et de meilleure valeur nutritionnelle qu’un ray-grass d’Italie.
- Dactyle : Adapté aux sols séchants, il supporte les températures élevées mais est déconseillé dans les sols hydromorphes. Son installation est lente mais sa pérennité est élevée. C’est la graminée la plus riche en protéines.
- Fétuque élevée : Elle aime les sols profonds et supporte bien les sols hydromorphes, la sécheresse et les températures élevées. Très pérenne, elle s’installe néanmoins très lentement.
- Luzerne : Adaptée aux sols calcaires bien drainés. C’est l’espèce la plus productive en conditions chaudes et sèches. Elle est riche en protéines.
- Trèfle violet : S’implante facilement et rapidement. Très productif, il possède une bonne valeur alimentaire, bien équilibrée. Il est adapté à la fauche mais présente des risques de météorisation.
- Festulolium : Issue de croisements entre ray-grass et fétuque, cette famille couvre une très large palette de comportements et d’adaptations aux conditions pédoclimatiques.
Itinéraires de semis et gestion du sol
L’achat de semences pour prairies ne représente pas une simple charge, mais un véritable investissement. Un mauvais choix au départ aura des conséquences sur plusieurs campagnes. Pour optimiser l'implantation de la nouvelle prairie, il faudra d'abord éliminer toutes les causes de dégradation de l'ancienne et veiller à une bonne exploitation de la parcelle.
Avant d'implanter du fourrage, il est primordial de se poser les bonnes questions : quel est l'objectif ? Dans quel état actuel se trouve la parcelle ? C'est seulement après avoir réalisé un diagnostic complet qu'on pourra se lancer dans le choix des espèces et variétés.
Concernant la préparation du sol, le désherbage systémique total non rémanent permet de se défaire des plantes peu désirables (chiendent, chardon, prêle) et relance l’activité biologique. Il est impératif, pour les produits systémiques, de traiter une végétation en pleine activité. Après une fauche, il faut donc attendre que la prairie ait repoussé jusqu’à 10-15 cm. Il faut traiter par beau temps : au moins six heures sans pluie pour que la plante ait le temps d’absorber le produit sans être lavée.

Si l’on ne souhaite pas avoir recours aux produits phytopharmaceutiques, le labour reste une option, bien qu'il ne soit pas toujours autorisé et présente des inconvénients comme la remontée de mauvaises graines ou de cailloux. Si le labour n’est pas envisageable, il est possible de passer un outil du sol à disques en 2 passages croisés, à 5 à 10 cm de profondeur pour déchausser les plantes, suivis d’un passage de herse rotative.
Techniques de semis et protection des jeunes plantules
Il existe trois types de semoirs bien adaptés au semis direct sur prairies :
- Le type SULKY : Semoir traîné, à distribution classique et monodisque. C’est le modèle le plus universel, mais il est coûteux et lourd.
- Le type EUROGREEN : Semoir porté à distribution classique et double disque cranté. Léger, il est bien approprié aux sols en pente, mais ne convient pas pour les sols caillouteux.
- Le type AMAZONE : Semoirs classiques dont les socs sont équipés de sabots sursemeurs, assurant une pénétration suffisante pour ressemer une prairie.
Pour les mélanges d’espèces dont les semences ont des densités différentes, les utilisateurs doivent mélanger les semences avant et en cours de semis, pour éviter le risque de sédimentation. La profondeur de semis doit être rigoureusement contrôlée à 1 cm. Le plombage est essentiel : une fois le semis réalisé, il est nécessaire qu’il y ait un fort contact terre-graine afin que les premières radicelles sachent bien s’ancrer. La dose de semis visée doit être de 1 000 graines au m².
De multiples ravageurs peuvent occasionner des dégâts sur les jeunes semis. Les taupins (vers fil de fer), les vers blancs (larve du hanneton) et les tipules nécessitent un traitement en plein avec un insecticide adapté deux à trois semaines avant le semis. La lutte contre les limaces doit être particulièrement soignée après un semis direct : dès le semis, il faut placer des pièges (tuiles retournées) et, si nécessaire, épandre des granulés limaticides. Pour assurer la productivité de la future prairie, il est indispensable de désherber les dicotylédones dès le stade 4 feuilles des graminées et 2 à 3 feuilles trifoliées du trèfle.
Optimisation de la pérennité et de l'exploitation
L’attention portée à la première exploitation sera déterminante pour l’avenir de la prairie. Pour éviter les dégâts du piétinement sur des plantes encore faiblement tallées, la première exploitation sera faite de préférence en fauche. Ensuite, une exploitation raisonnée associant fauche et pâturage avec un chargement suffisant, en veillant à l’ébousage, au fauchage des refus et à l’apport d’une fertilisation adaptée, permettra de maintenir un haut niveau de productivité pendant de nombreuses années.
Au-delà du choix du mélange approprié, il est indispensable de porter une attention particulière au pilotage de la fumure de fond (P, K), de la fertilisation azotée et du chaulage. Les préconisations agronomiques sont réparties selon 15 situations, obtenues en croisant 5 types de sol et 3 modes d’utilisation de la prairie : fauche dominante, mixte pâturage et fauche, pâturage dominant.

Les mélanges prairiaux, tout comme les associations de graminée et de légumineuse, constituent aujourd’hui un véritable levier agronomique pour améliorer la compétitivité des exploitations. La réussite repose sur la complémentarité des fonctions recherchées : productivité, qualité (protéines et énergie), pérennité et pouvoir concurrentiel vis-à-vis des mauvaises herbes. Chaque stratégie doit être minutieusement réfléchie, en s'appuyant sur les outils techniques mis à disposition par l'interprofession, pour assurer la résilience du système fourrager face aux aléas climatiques et aux exigences économiques des exploitations.