Le triticale, première céréale créée par l'Homme, est un hybride relativement récent dans l'agriculture, né du croisement entre le blé (Triticum) et le seigle (Secale). Cette union lui confère des avantages uniques, combinant la productivité du blé avec la rusticité du seigle. Découvert en 1888, ses premières variétés cultivées datent des années 1980. Très semblable au blé en aspect, il se distingue par des caractéristiques agronomiques et économiques qui en font une culture de plus en plus prisée, notamment dans les systèmes d'agriculture bas-intrants et les zones d'élevage.
Caractéristiques botaniques et agronomiques du triticale
Le triticale tire son nom de ses deux parents, le blé (Triticum) et le seigle (Secale). Cette hybridation lui permet de bénéficier de la productivité de l'un et de la rusticité de l'autre. Au niveau de la protection fongicide, la culture du triticale est plus rustique que le blé, ce qui permet à l'agriculteur d'être plus souple dans ses interventions de traitements phytosanitaires.
Morphologie et production de paille
La hauteur élevée du triticale, héritée du seigle, peut atteindre entre 60 et 150 cm à maturité. Cette caractéristique permet une production abondante de paille. La paille du triticale est présente en quantité et en qualité, puisqu'elle absorbe davantage que celle du blé, soit 50 % de plus par rapport au blé avec une meilleure absorption. Sa qualité de paille provient du croisement initial avec le seigle. Cette production importante de pailles de qualité en fait une culture intéressante.
Rendement et adaptation aux sols
Le triticale possède un rendement théorique proche du blé, soit 70 quintaux par hectare, tout en ayant une partie de la rusticité du seigle. Il a l'avantage d'être moins exigent aux différents types de sols : il s'adaptera plus facilement aux conditions difficiles. Il s'adapte à de nombreux contextes pédoclimatiques et demande moins d'apports d'azote et de phytosanitaires que le blé. Cette espèce s'adaptera à davantage de types de sol et de climats, notamment en zone de montagne ou en situation d'excès d'eau. Il s'adapte facilement aux sols acides et hydromorphes ainsi qu'aux climats froids et humides. C'est pourquoi il convient à l'agriculture biologique.

La culture du triticale
La culture du triticale est généralement considérée comme facile, car elle est assez similaire à celle du blé. Toutefois, quelques spécificités liées à sa rusticité et à son comportement doivent être prises en compte pour optimiser sa réussite.
Semis du triticale
Les semis du triticale sont calés sur ceux du blé. La date de semis dépend de la région et de la variété. Le triticale est semé entre juin et septembre, selon les variétés. Les préconisations de dates de semis sont souvent très proches du blé. Pour le triticale d'hiver, il se fait généralement de mi-octobre à fin novembre. La densité de semis s'ajustera aux conditions d'implantation et est typiquement inférieure de 15 % à celle du blé tendre, car le triticale est plus couvrant que son parent. Il est important de noter qu'augmenter la densité de semis n'a pas nécessairement d'effet bénéfique sur le rendement ; au contraire, dans le cas du triticale, cela risque d'augmenter le risque de verse.
La profondeur de semis optimale pour le triticale est entre 2 et 5 cm, selon l'humidité du sol. Diverses méthodes de semis sont très adaptées, notamment le semis à la coupe, le semis à la volée, le semis avec semoir à dents ou à disques, ainsi que le semis recouvert lors de l'opération de déchaumage ou non recouvert déposé au niveau du rouleau du déchaumeur.
Attention : Un semis trop précoce exposera les jeunes plants au gel, tandis qu'un semis trop tardif fait apparaître le risque d'échaudage sous les chaleurs d'été. En effet, le triticale a besoin de 100 degrés-jours de plus que le blé pour terminer le remplissage de ses grains.
Réussir ses semis [TUTO]
Gestion des maladies et protection phytosanitaire
La bonne résistance du triticale face aux maladies permet à l'agriculteur d'être plus souple dans ses interventions de traitements phytosanitaires. La culture du triticale est plus rustique que le blé, ce qui permet d'être plus souple dans les interventions.
Le triticale peut être touché par différentes maladies observées aussi sur le blé (rouilles jaune et brune, fusariose, oïdium, piétin-verse, septoriose) et par la rhynchosporiose. Les interventions phytosanitaires permettent de lutter contre les maladies au printemps, mais il est possible d'agir en amont. L'agronomie est un levier important pour diminuer la pression des maladies sur les cultures : date et densité de semis, rotation. En effet, pour limiter le risque fusarioses, le choix du précédent et du travail du sol sont essentiels.
Un risque important en sortie d'hiver est le gel au stade épi 1 cm. La date de semis dépendant de la région et de la variété : une plante précoce à montaison sera semée en dernier pour éviter le gel d'épi en sortie d'hiver. Comme sur les autres céréales, un jaunissement des feuilles peut arriver en sortie d'hiver. Il peut être corrigé s'il s'agit de carence en azote avec la fertilisation. En cas de dégâts sévères liés à des phytotoxicités, il peut arriver de devoir retourner la parcelle.
Récolte du triticale
Pour le triticale d'hiver, la récolte se fait principalement en juillet. La germination sur pied est fréquente en triticale. Pour l'éviter, il est possible de recourir à une variété peu sensible ou de récolter dans de bonnes conditions. De plus, c'est une espèce particulièrement sensible à l'humidité en fin de cycle, qui peut provoquer une germination sur pied des grains.
Bénéfices économiques et agronomiques du triticale
Le triticale offre de nombreux avantages, tant sur le plan économique pour les agriculteurs que sur le plan agronomique et écologique pour les systèmes de culture.
Bénéfices économiques
Le triticale est cultivé majoritairement pour l'autoconsommation sur les élevages. Le débouché majoritaire du triticale est l'alimentation animale. Le grain et la paille sont utilisés essentiellement en autoconsommation. La production importante de pailles et de grains en fait une culture intéressante pour une valorisation en biogaz. C'est particulièrement vrai pour les variétés précoces à montaison rapide en sortie d'hiver. Le triticale est apprécié du bétail et présente une bonne digestibilité. Il convient ainsi parfaitement à l'alimentation animale, qu'il s'agisse de bovins, d'ovins ou de volailles.
Les coûts des semences de triticale sont également attractifs, avec des prix allant de 11 à 25 € par hectare pour les semences de ferme, et autour de 70 €/ha pour les semences commerciales.
La moitié de la production française de triticale est autoconsommée, néanmoins, il est possible de la commercialiser. La qualité physique des grains entre en jeu dans les transactions via le poids spécifique (PS) et la teneur en protéines. Les mycotoxines sont aussi contrôlées, mais il est très rare qu'un lot soit au-dessus des seuils de commercialisation.
Des débouchés en panification, en brasserie ou en production de sucres pour l'industrie sont en développement, ouvrant de nouvelles perspectives de valorisation. Le triticale est également un très bon candidat pour la méthanisation.

Bénéfices agronomiques et écologiques
Du point de vue agronomique, le triticale est très couvrant et donne de très bons résultats en association avec des légumineuses. Il affine la structure du sol en surface par son réseau racinaire fasciculé (divisé en de nombreux faisceaux). La biomasse importante et le captage d'azote en font un bon concurrent des adventices, qui laisse une parcelle propre derrière lui.
Sur le plan écologique, le triticale étant particulièrement rustique, il s'adapte parfaitement à une conduite bas intrants, avec peu d'apports d'azote et peu d'interventions phytosanitaires. Restant en place particulièrement longtemps, il assure une couverture du sol dans la durée, ce qui limite le lessivage. Il peut être valorisé facilement en tant que fourrage ou en Culture Intermédiaire à Vocation Énergétique (CIVE) d'hiver, pourvu que son développement soit suffisant. Sa teneur élevée en MAT (Matière Azotée Totale) en fait un excellent fourrage. Le triticale peut également être utilisé comme couvert agri-faune et comme CIPAN (Culture Intermédiaire Piège à Nitrates) en été et en hiver.
Triticale et associations de cultures
L'association du triticale avec d'autres plantes peut apporter des bénéfices supplémentaires en termes de rendement, de gestion des adventices et d'amélioration des sols.
Associations conseillées
L'association du triticale avec des plantes de la famille des Fabacées, qui fixent l'azote de l'air, donne d'excellents résultats. En combinant deux familles botaniques, les espèces du couvert se concurrencent peu, et le triticale profite de l'apport d'azote issu des Fabacées. On obtient ainsi un rendement du mélange supérieur à celui des deux espèces séparées !
Exemples d'espèces à associer avec le triticale :
- Avoine rude
- Féverole
- Pois fourrager d'hiver
- Seigle forestier
- Trèfle blanc
- Trèfle incarnat
- Vesce
Exemples de mélanges d'espèces incluant le triticale :
- Triticale + Trèfle blanc ou incarnat + Vesce
- Triticale + Pois fourrager d'hiver
- Triticale + Seigle forestier + Féverole
- Avoine rude + Pois fourrager d'hiver + Triticale + Vesce
- Trèfle incarnat + Triticale + Vesce

Associations déconseillées
Le triticale peut concurrencer des crucifères pour l'azote, selon la proportion de chaque espèce dans le mélange. Il est donc important d'ajuster les proportions pour éviter une compétition excessive.
Triticale et rotation de culture
L'intégration du triticale dans la rotation des cultures est une considération importante pour maintenir la santé des sols et optimiser les rendements.
Adaptabilité dans les rotations
Le triticale s'intègre facilement à toutes les rotations de culture, à l'exception de celles comportant des betteraves sucrières avec un risque de nématode Ditylenchus dipsaci. Il y aurait en effet un risque de multiplier ce ravageur dans le couvert. Il est très adapté en rotation avec le blé, le maïs, le colza, l'orge, la pomme de terre, le sorgho et la betterave.
Culture suivante
Le triticale est adapté à tous les suivants hors céréales à pailles. La culture suivante bénéficiera de son effet structurant sur le sol, et de la place nette qu'il laisse après destruction.
Cultures suivantes inadaptées :Après un couvert de graminée comme le triticale, il est impossible de cultier une plante de la même famille, comme une céréale à paille. En effet, maintenir des plantes de la même famille risque à la fois d'épuiser les ressources du sol en azote et en minéraux, et de propager des maladies cryptogamiques comme l'oïdium ou la rouille. Orges et blés sont donc des suivants à proscrire, du fait de l'effet dépressif du couvert de triticale sur ces derniers.
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Les variétés de triticale
Plus de 120 variétés de triticale sont inscrites au catalogue français des semences, offrant aux agriculteurs un large éventail de choix en fonction de leurs besoins spécifiques et des conditions locales. Des informations techniques sont disponibles sur les céréales à paille et les protéagineux, incluant la précocité d'épiaison, l'alternativité, la résistance aux maladies, les composantes de rendement, et les listes recommandées.
De nouvelles variétés sont régulièrement inscrites. Par exemple, après les sept variétés de triticale venues enrichir le Catalogue français en 2024, huit nouveautés ont été inscrites en 2025. Six seront développées en France.
Exemples de variétés récentes
- Rapace : Précoce à épiaison, Rapace se place en tête de sa série sur le plan de la productivité (+ 4 % par rapport à la référence Ramdam). Assez résistant à la rouille jaune, mais assez sensible à l'oïdium et à la rouille brune, ses pertes de rendement en l'absence de protection fongicide sont assez élevées. Il est aussi assez sensible à la verse.
- Reptil : Demi-précoce, Reptil s'est démarqué dans les parcelles non traitées fongicide par ses très bons niveaux de résistance aux maladies foliaires, en particulier vis-à-vis de l'oïdium et de la rouille jaune. Sa productivité moyenne sur 2 ans est légèrement au-dessus de celle de Ramdam. Sa tenue de tige est correcte.
- Requin : Très précoce à épiaison, Requin s'est révélé productif en moyenne sur 2 ans (Ramdam + 4 %). Très résistant à la rouille jaune, mais pouvant présenter quelques symptômes d'oïdium, de rhynchosporiose et de rouille brune, ses pertes de rendement en l'absence de protection fongicide sont légèrement inférieures à la moyenne de sa série. Sa tenue de tige est correcte.
- Rugiro : Demi-précoce à épiaison, Rugiro associe une assez bonne productivité (Ramdam + 2 %) et un bon profil de résistance aux maladies foliaires se traduisant par les pertes de rendement parmi les plus faibles en parcelles non traitées. De plus, sa qualité de grains est bonne, avec des PS très bons et des teneurs en protéines élevées par rapport aux variétés de productivité équivalente.
- Triflor : Précoce à épiaison, Triflor se positionne dans la moyenne de sa série sur le plan de la productivité. Un peu plus court que la plupart de ses concurrents, sa tenue de tige est assez bonne. Dans les parcelles non protégées, il s'est montré assez sensible à l'oïdium, mais très résistant aux rouilles jaune et brune.
- Curling : Demi-tardif à demi-précoce, Curling a une productivité légèrement inférieure à la moyenne de sa série en 2023 et 2024. Malgré quelques symptômes de rhynchosporiose, son bon profil de résistances aux maladies se traduit par des pertes de rendement modérées en parcelles non traitées aux fongicides. Il s'est toutefois montré sensible à la verse dans les essais d'inscription.
