Le Triticale : Une Céréale Moderne aux Multiples Atouts, de la Rusticité à l'Innovation Génétique

Le triticale, espèce hybride issue du croisement entre du blé tendre et du seigle, est cultivé depuis seulement 150 ans. Son nom vient d’ailleurs de la fusion de « Triticum » pour blé et de « Sécale » pour le seigle, illustrant son double héritage. Cette céréale des temps modernes, née du croisement du blé et du seigle, a été conçue afin de tirer parti des propriétés de chaque espèce : la bonne teneur en protéines du blé et la rusticité du seigle. Le tout premier essai du croisement a eu lieu en 1876, mais la plante obtenue était malheureusement stérile. La première variété de triticale est inscrite en 1983. En France, on cultive le triticale surtout sous la forme grainière pour l’alimentation animale, bien que d’autres utilisations en pâturage et ensilage se développent. Très apprécié des éleveurs, et autoconsommé en majorité à la ferme, le triticale est peu collecté en France.

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Les Caractéristiques Agronomiques et les Avantages du Triticale

Le triticale possède de nombreux atouts, combinant la rusticité du seigle et la bonne teneur en protéines du blé. C’est l’une des espèces céréalières avec le meilleur rendement paille, qui dépasse celui du blé, tout en conservant une productivité grainière élevée. La hauteur de paille est un autre critère qui pousse les éleveurs à choisir une variété de triticale dans leur emblavement. Le rendement paille du triticale est supérieur de 50 % à celui du blé tendre pour un rendement grain équivalent en 1re paille et supérieur en 2e paille.

Pour répondre aux critères des agriculteurs et du marché, une bonne variété de triticale doit avoir une productivité importante et régulière, un excellent comportement agronomique, ainsi qu’une très belle qualité de grain et de paille. Dans tous les cas, le triticale a toujours un excellent pouvoir de tallage. Sa capacité à produire des épis avec un nombre important de grains (70-80 épis) vient compenser un manque de PMG. La rapidité de développement foliaire du triticale, que le marché bio apprécie particulièrement, tout comme sa capacité couvrante, sont des qualités intéressantes. Cette dernière est même l’une des qualités les plus intéressantes pour la filière bio, car elle permet au triticale de recouvrir rapidement le sol pour concurrencer, voire empêcher le développement des adventices, et ainsi contribuer efficacement au désherbage, en plus d’éviter des passages mécaniques coûteux.

Le triticale est une espèce céréalière résistante au froid, puisqu'issu du croisement entre le seigle, rustique, et le blé. Il présente une très bonne résistance aux climats froids courant tallage et s’adapte bien aux sols difficiles, sujets à l’hydromorphie. Il n’est pas sensible aux maladies du pied ce qui explique son bon comportement en 2e paille. Le triticale est également une espèce à bonne résistance aux maladies foliaires et du pied (rouille jaune, rouille brune, oïdium, septoria tritici, rhynchosporiose, piétin-verse…). La force du triticale réside également dans sa plus grande souplesse que le blé dans l’élaboration du rendement.

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Culture et Conduite du Triticale : Spécificités et Précautions

En France, le triticale est cultivé dans deux grands bassins de production (Bretagne, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire ainsi que Auvergne-Rhône-Alpes). C’est sous sa forme grainière, et dans les zones d’élevage, comme le Massif-Central et la Bretagne, que le triticale est le plus cultivé.

Choix de la Variété et Date de Semis

En plus de choisir la variété de triticale adaptée à son territoire, il faut ensuite déterminer la date de semis appropriée. Pour cela, deux critères sont à prendre en compte : l’alternativité de la variété de triticale, et sa précocité épiaison et à montaison. Pour les premières dates de semis, on doit s’appuyer sur la précocité à montaison, c’est-à-dire la date à laquelle apparaît le stade de l’épi 1cm, afin de minimiser le risque de gel d’épis. Puisqu’issu du croisement entre le seigle, rustique, et le blé, le triticale est une espèce céréalière résistante au froid. Vous pouvez ainsi le semer en zone de moyenne montagne vers la mi-septembre. Quant aux dernières dates de semis, elles doivent être réalisées avec des variétés de triticale alternatives et précoces à maturité.

En conditions irriguées, le semis doit être réalisé pendant que les températures sont encore clémentes pour permettre à la semence de germer et d’atteindre un certain stade de croissance avant la chute des températures. Les semis tardifs occasionnent le raccourcissement du temps du tallage. Les périodes de semis les plus indiquées en Mauritanie se situent entre le 1er Novembre et le 15 décembre avec quelques particularités pour le blé dur. Le choix dépend fortement du degré de stress que peut subir la culture, du sol, du climat et de la rentabilité. Dans le cas du système de décrue, les semis entre le 15 et le 25 octobre seront privilégiés, car ils favorisent le développement de la culture en l’absence d’adventices.

Densité de Semis et Apports Azotés

En raison de l’excellent pouvoir de tallage du triticale, il est recommandé de diminuer la densité de semis de 15% par rapport à celui du blé. La densité de semis ne doit pas dépasser 85 % de la densité de semis préconisée pour le blé tendre. Le triticale est en effet une espèce très couvrante et une densité de semis élevée n’apporte aucun bénéfice sur le rendement. Pire, il favorise la verse. De même, le triticale nécessite des apports azotés réduits, de 20% à 25% plus faibles qu’un blé. Les besoins en azote sont également plus faibles pour le triticale : 2,6 kg d’azote par quintal contre 3 kg/q pour le blé tendre.

Gestion des Maladies et Adventices

Seulement quelques précautions sont à prendre pour une bonne conduite culturale du triticale : espèce avec une hauteur de paille élevée, il faut maîtriser sa croissance, pour éviter la verse. La fusariose est un risque à ne pas négliger, car c’est une maladie difficile à gérer avec les traitements fongicides. Il est donc essentiel de choisir une variété de triticale tolérante à la fusariose. Éviter les précédents maïs, sorgho, et melon, qui favorisent la production de fusarium, est une deuxième solution pour limiter le risque de fusariose. Cependant, les variétés de triticale ne sont pas sans défaut. Si les travaux de sélection ont permis de réduire nettement sa sensibilité à la verse, le triticale présente un très fort risque de germination sur pied en cas de climat humide en fin de cycle.

Le triticale est également très sensible à l’oïdium qui peut apparaître brusquement et causer d’importants dégâts. Les attaques de Geomyza tripunctata peuvent s’avérer fortement préjudiciables à la culture. En revanche, le triticale montre une plus forte sensibilité à l’oïdium et à la rouille jaune. La sensibilité de la culture aux rouilles est très variable d’une variété de triticale à l’autre. Il convient de suivre attentivement le comportement des variétés vis-à-vis de la rouille jaune, qui peut être très évolutif d’une campagne à l’autre. Les dernières années ont montré de fortes attaques de rouille jaune sur des variétés réputées résistantes jusqu’ici. Des problèmes nouveaux de rhynchosporiose font leur apparition également.

La stratégie de désherbage est semblable à celle du blé bien qu’il y ait moins de produits autorisés sur cette espèce. Le même cortège d’adventices accompagne ces deux cultures. Dès le stade 2 - 3 feuilles du blé, les interventions doivent être faites sur des adventices jeunes. L’efficacité maximum est obtenue au stade filament des graminées et cotylédons des légumineuses.

Irrigation

Un apport de 1800 à 2000 m3/ha d’eau est fractionné sur tout le cycle végétatif de la plante. Le 1er apport est généralement drainé 2-3 heures après semis, ainsi une fréquence d’irrigation est adoptée selon le type des sols : tous les 3 jours (sol sableux), 7 jours (sol argilo-limoneux) et 10 jours (sol argileux). Les périodes les plus sensibles au manque d’eau sont : stade tallage-début montaison, début épiaison-floraison, remplissage du grain. Cela permet de maximiser et régulariser les rendements en particulier dans les sols à faible réserve en eau.

Précédents Culturaux

Particularité du triticale par rapport aux autres espèces céréalières : il est très bien adapté en précédent blé. Le blé, culture exigeante, doit être positionné derrière une légumineuse pour bénéficier de forts reliquats azotés (plus de 200 kg d’azote / ha libérés en cumulé après retournement d’une légumineuse).

Débouchés et Valeur Nutritionnelle du Triticale

L’un des débouchés principaux du triticale est l’alimentation du bétail. Ses grains riches en lysine et en phosphore digestible conviennent parfaitement aux élevages avicoles ou porcins. Il est souvent produit pour de l’autoconsommation. L’agriculteur utilise sa propre récolte pour créer la ration adaptée à ses animaux. Au-delà de la richesse nutritionnelle de ses grains, d’autres critères physiques sont à prendre en compte pour choisir la meilleure variété de triticale : le taux de protéines, le Poids Spécifique (PS) et la viscosité. Lorsque le triticale présente des teneurs élevées en viscosité, il a une valeur énergétique moindre. De même, une viscosité importante entraînerait une dégradation de la tenue des fientes chez les volailles.

La paille, dont la production est supérieure à celle du blé, est utilisée pour la litière. Le triticale est une céréale, à vocation fourragère pour les animaux d’élevage, cultivée aussi bien en France, qu’en Europe, en Russie et aux Etats-Unis.

Le Cycle de Vie du Triticale

Le triticale a un cycle de croissance très proche de celui du blé tendre, soit environ 9 mois. Les semis se passent à l’automne. Son origine venant du seigle lui permet de s’adapter aux conditions difficiles ; le triticale s’implante bien même dans des conditions difficiles. Pendant l’hiver, il patiente à un stade végétatif (uniquement des feuilles). C’est à la sortie de l’hiver que les futurs épis (regroupement total des grains serrés en haut de la tige d'une céréale) commencent à se développer au cœur des tiges, pour sortir vers le mois de mai. La moisson des grains de triticale est proche de celle du blé, elle se déroule en juin-juillet selon les régions françaises. Le grain de triticale est ovale, de couleur jaune clair et il mesure un peu moins d’1cm. Il est composé d’enveloppes qui protègent une amande et un germe.

Triticale<em>life</em>cycle

La Biodiversité et la Sélection Variétale des Céréales

La diversité biologique, en constante évolution, se caractérise par différents niveaux d’organisation : écosystèmes, espèces, populations (variétés ou races), et individus. Au sein des espèces, chaque individu a des caractéristiques génétiques différentes. Depuis les débuts de l’agriculture, l’homme puise dans la diversité du vivant et crée des variétés adaptées à ses besoins. La biodiversité est donc un patrimoine précieux pour l’agriculture. Des dispositifs de conservation et de gestion de la biodiversité (Bureau des Ressources Génétiques par exemple) existent pour transmettre aux générations toutes ces variétés.

Les plantes cultivées sont issues des plantes sauvages. La domestication des céréales a été un élément fondateur des premières civilisations humaines, au sortir de la préhistoire il y a environ 10 000 ans, dans le croissant fertile au Proche-Orient. Le matériel héréditaire des plantes est constitué d’ADN, organisé en chromosomes inclus dans le noyau de chacune des cellules de l’individu. Tout caractère héréditaire dépend de l’activité d’unités réparties sur la molécule d’ADN et appelées « gènes ». Chaque gène occupe une position définie sur un chromosome. Le nombre de chromosomes des cellules somatiques d’un individu (symbolisé par le paramètre 2n) est toujours un multiple d’un nombre de base (x), variable avec l’espèce. Chez bon nombre d’entre elles, les cellules de l’individu contiennent 2n=2x chromosomes, on dit qu’elles sont diploïdes. Mais il n’est pas rare chez les plantes cultivées qu’une espèce possède 3, 4 exemplaires ou plus du nombre de base de chromosomes (triploïde, tétraploïde…). Lors d’un croisement, chaque parent donne un jeu de chromosomes (n) à l’hybride qui est obtenu.

Les travaux de génétique contemporaine montrent que la génétique de la domestication des céréales est assez simple. En fait, la domestication a été facilitée pour des espèces qui avaient des caractères phénotypiques favorables et des dispositions génétiques ou reproductives favorisant le maintien d’un type cultivé. Parce qu’elles possédaient des particularités génétiques simples préexistantes et que celles-ci ont été mises à profit par des pratiques agronomiques simples également. Parmi les 4 espèces principales de blé, T. aestivum est la plus importante économiquement avec la plupart des variétés de type blé tendre, adaptées à des conditions naturelles variées. T. turgidum est également très cultivée (variétés de blés durs) et est plus adaptée à des climats secs. Ces espèces sont dites autogames, ce qui veut dire qu’un individu va dans la majorité des cas s’autoféconder.

Méthodes de Sélection Traditionnelle et Moderne

Généralement, la mise au point d’une nouvelle variété demande au moins une dizaine d’années. La sélection est un travail de longue haleine.

Sélection Massale et Lignée Pure

Les premiers agriculteurs ont sans doute pratiqué une sélection massale pour les plantes potagères ou le maïs, mais peu vraisemblablement pour le blé qui demande des quantités de semences élevées. Ce type de sélection consiste à choisir dans la population les plus beaux épis qui correspondent le mieux au type recherché et à les multiplier pour en faire des semences. La sélection par lignées pures est un perfectionnement de la sélection massale : au lieu de multiplier en mélange les plus beaux épis, on cultive séparément chaque épi, on suit sa descendance pendant plusieurs années, on ne garde que les meilleures lignées, les mieux adaptées au climat local. Les variétés obtenues de cette façon sont fortement homozygotes après plusieurs générations d’autofécondation. La descendance d’une plante ressemblera beaucoup à la plante dont elle est originaire.

La Sélection par Croisements

La sélection moderne a véritablement débuté dans les années 1880 avec les premières variétés issues de croisements. Les populations de pays sont progressivement remplacées par les nouvelles variétés obtenues par des agriculteurs sélectionneurs qui deviennent par la suite sélectionneurs. Aucune variété n’étant parfaite, on va choisir parmi les géniteurs disponibles ceux qui pourront corriger ses défauts et essayer de regrouper dans un même individu les qualités des parents en effectuant un ou plusieurs croisements (croisement simple avec deux parents, trois voies avec trois, ou double avec quatre). Les géniteurs peuvent être des variétés inscrites en France ou à l’étranger, des lignées en cours de sélection ou des ressources génétiques.

Les fleurs des céréales sont dites hermaphrodites, c’est-à-dire que la fleur est bisexuée et possède des étamines et des carpelles fonctionnels. Pour réaliser un croisement, il est nécessaire d’éliminer les étamines sur l’individu qui sera utilisé comme parent femelle, sinon la fleur va s’autoféconder. On garde les deux fleurs les plus développées sur les épillets du centre de l’épi, on coupe à mi-hauteur les glumes et on arrache les trois étamines de chaque fleur avant leur maturité. Après deux ou trois jours, l’épi castré est pollinisé par le pollen de la variété choisie comme mâle.

Étapes d'un Programme de Sélection

  1. Grains obtenus (F1) : Ils sont semés sur une ligne de pépinière. Pour un hybride simple issu de « lignées fixées », les plantes sont homogènes.
  2. Grains récoltés (F2) : Ils sont semés en mélange et constituent la population de départ.
  3. Inscription : Lorsque la lignée révèle un bon potentiel sur plusieurs années et est bien fixée, elle est déposée à l’inscription. Pendant deux ans, elle va être comparée aux témoins officiels dans un réseau d’essais géré par le GEVES (Groupe d’Etude et de contrôle des Variétés et des Semences). Si la lignée apporte un progrès par rapport aux témoins, elle sera inscrite au catalogue officiel. Elle sera ensuite multipliée et commercialisée.

La Sélection par Haplo-diploidisation

Cette méthode implique la production de plantes haploïdes (n chromosomes) in vitro. Ces plantes sont obtenues à partir de grains de pollen ou d’ovules et n’auront donc que la moitié des chromosomes. Pour obtenir à nouveau des plantes diploïdes et fertiles, on utilise la colchicine qui permet de doubler le nombre de chromosomes. Cette méthode permet d’obtenir des « lignées fixées » plus rapidement (on peut gagner 2 à 3 années par rapport à une sélection classique basée sur des autofécondations). Le coût financier est important, mais les obtenteurs ont maintenant systématiquement recours à ces techniques pour une partie des descendances de croisement.

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Légende : La production d’haploïdes doublés après pollinisation d’épis castrés par du pollen de maïs, développement de cellules haploïdes de l’ovule en embryon (a), mais sans albumen nourricier. Nécessité de prélever ces embryons 10-15 jours après la pollinisation (b) et de les cultiver in vitro (c).

Innovation Génétique et Avenir du Triticale

Ces dix dernières années ont vu le développement rapide des méthodes d’analyse du génome. En parallèle de l’obtention de la séquence des blés cultivés, celle du blé tendre a été publiée en 2018, les technologies de marquage moléculaire ont rapidement évolué. Un marqueur moléculaire permet de connaître la séquence d’ADN qui est présente à un endroit du génome et donc de déterminer si des individus sont identiques ou différents à cet endroit. Les technologies actuelles permettent d’analyser en quelques heures des centaines d’individus pour des dizaines de milliers de marqueurs moléculaires. Elles permettent de sélectionner les individus d’une descendance qui sont par exemple porteurs d’un gène de résistance à une maladie ou un insecte.

Le programme d’innovation variétale INRAE / AgriObtentions est orienté vers la création de variétés de blé tendre adaptées à une agriculture durable. Il repose sur un réseau d’unités impliquées dans la définition des objectifs de sélection, la réalisation des croisements, le suivi des pépinières, l’implantation des essais, la réalisation des analyses de qualité et la synthèse des résultats. Les unités d’Estrées-Mons (UE GCIE), de Rennes (UMR IGEPP) et de Clermont (UMR GDEC) coordonnent avec Agri-Obtentions le programme. Encouragée par le plan Ecophyto et le plan Ambition Bio, la part du blé tendre cultivé en Agriculture Biologique (AB) est en augmentation. INRAE a été, jusqu’en 2020, l’unique sélectionneur français ayant inscrit des variétés adaptées à l’AB. On peut citer particulièrement les variétés Skerzzo et Hendrix qui ont été les pionnières en 2011.

Florimond Desprez s’attache dans son travail de sélection à préserver l’atout majeur du triticale, sa bonne résistance à une diversité de maladies foliaires (oïdium, rouilles, septoriose), même en condition de bas intrants. Les équipes de sélectionneurs parviennent à réduire nettement la sensibilité du triticale à la verse, tout en conservant sa production de paille élevée. La diversité des croisements et l’ampleur des ressources génétiques utilisées rendent les variétés futures tolérantes à la germination sur pied et à la fusariose. Florimond Desprez s’engage pour un monde agricole de plus en plus tourné vers l’agroécologie, plus respectueuse de l’environnement, et toujours capable de remplir sa mission nourricière initiale. Florimond Desprez travaille avec différents partenaires en France et à l’international (GIE Triticale, INRAE, ARVALIS, CYMMIT), pour déployer des projets scientifiques d’envergure et accumuler toujours plus de connaissances biologiques et génétiques sur le triticale. Les renseignements fournis sont donnés à titre indicatif et peuvent varier en fonction des conditions climatiques et écologiques ainsi que des techniques culturales.

L'Importance des Semences Certifiées et Bio pour la Compétitivité

La production de semences s’impose aujourd’hui comme stratégique au sein de coopératives comme Axéréal. Le groupe est un leader sur le marché des céréales à paille, avec 11 000 hectares sous contrat de production de semences conventionnelles. Axéréal peut s’appuyer sur de solides infrastructures. La coopérative est également le premier producteur hexagonal de semences de céréales à paille et de protéagineux bio, avec 30 % des surfaces de multiplication françaises, soit 2 500 hectares. 80 000 quintaux de semences de ces espèces en bio sont commercialisés chaque année.

Les semences sont un vecteur de compétitivité pour Axéréal. Pour Jérôme Plé, directeur industriel et supply chain agro-fournitures du groupe, c’est une certitude, et en tout premier lieu pour les agriculteurs de la coopérative. « Nos semences certifiées leur apportent de la valeur ajoutée et leur permettent d’augmenter leur potentiel agronomique et leurs rendements », explique-t-il. C’est là toute la force de la coopérative, qui valorise ainsi les relations étroites entretenues avec les exploitants. Cette proximité lui permet de connaître leurs attentes. « C’est très important d’avoir une coopérative qui sécurise notre approvisionnement en semences, assure Fabien May, administrateur Axéréal et céréalier dans l’Orne. Des semences qui sont adaptées à notre territoire et à ses spécificités. » Au-delà, elles permettent également de répondre aux besoins exprimés par les transformateurs et les consommateurs. « Nous avons par exemple des variétés de blé qui correspondent aux demandes des meuniers, leur assurant un meilleur travail du grain et une production de farine selon leurs volontés », poursuit-il.

Si les semences apparaissent comme un véritable vecteur de compétitivité pour les agriculteurs, elles le sont dans le même temps pour la coopérative elle-même. Cela permet de réaliser un travail d’anticipation stratégique en menant une réflexion sur les semences qui, demain, devront être proposées aux agriculteurs, au vu des évolutions climatiques à venir. Le marché des semences est par ailleurs un levier de développement important pour Axéréal, sur le plan local, mais aussi au niveau hexagonal, et international. « C’est un marché en croissance ces dernières années », confirme Jérôme Plé. « Nous travaillons notamment à la progression de nos activités en Europe centrale concernant les semences de soja », ajoute Fabien May.

La coopérative œuvre d’ailleurs aujourd’hui à l’intensification de cette dynamique. Depuis 2021 et jusqu’en 2025, les investissements sur le périmètre des quatre usines de production de semences française du groupe ont été multipliés par deux. Au sein du groupe Axéréal, le producteur de semences Fertiberry est spécialisé dans les légumineuses fourragères et les plantes de service. Les productions fourragères correspondent aujourd’hui aux attentes du marché, notamment dans l’Hexagone (qui représente 50 % du marché de Fertiberry). « La luzerne est une source essentielle de protéines pour l’élevage et les agriculteurs sont justement de plus en plus en recherche d’autonomie à ce sujet », explique Pascal Gaucher, responsable opérationnel de Fertiberry. Fertiberry porte donc des objectifs ambitieux pour les années qui viennent, projetant notamment d’augmenter de 50 % son plan de production de luzerne. L’entreprise souhaite dans le même temps élargir géographiquement les territoires où sont multipliées ses semences.

Les Avantages Environnementaux et Économiques des Légumineuses

Les semences produites présentent un autre atout de poids : elles permettent d’engager pleinement la transition agricole portée par le groupe Axéréal. Les trèfles d’Alexandrie ou la phacélie utilisés par exemple par les agriculteurs en intercultures représentent une production française, « ce qui est positif sur le plan du bilan carbone », note Pascal Gaucher. Dans le même temps, le recours aux légumineuses « représente un intérêt stratégique sur le plan de la durabilité, poursuit-il. Ces plantes captent l’azote du sol et de l’air et n’ont donc pas besoin d’azote minéral. C’est positif tout à la fois aux niveaux économique et environnemental. » Surtout, elles vont permettre d’enrichir le sol. « La luzerne, par exemple, est très intéressante en termes agronomiques, poursuit Pascal Gaucher. Son introduction dans la rotation des cultures est à l’origine de nombreux apports ». Le responsable opérationnel de Fertiberry rappelle aussi que « un hectare de luzerne stocke autant de carbone qu’un hectare de forêt ». Les intercultures garantissent par ailleurs une couverture des sols et une protection efficace contre l’érosion. Enfin, la production de légumineuses pourra représenter un atout précieux pour les agriculteurs dans le cadre de la prochaine PAC 2023. La nouvelle programmation modifie en effet les règles de la conditionnalité et introduit une nouvelle aide appelée « écorégime ».

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Développement International : L'Exemple du Soja en Europe Centrale

L’activité semences représente un vecteur de développement économique pour la coopérative. Pour preuve : la dynamique enclenchée aujourd’hui par le groupe en Europe centrale, où Axéréal est un important producteur de semences, tout particulièrement de céréales. Une présence que l’on retrouve dans l’ensemble des pays de la zone avec une approche stratégique basée sur une supply chain performante. La culture du soja est également en forte croissance sur ces terres depuis plusieurs années. « En 2009, la superficie de soja était de 29 000 ha en Hongrie, elle a été de 64 000 ha en 2021 », explique Janos Nemes, représentant régional du comitat de Baranya. Une tendance qui devrait, selon lui, se poursuivre : « La hausse des prix des engrais au cours de 2021 a renforcé l’intérêt pour le soja, qui nécessite moins d’apports que d’autres cultures. Ses superficies devraient donc continuer de croître. »

Une opportunité économique que le groupe Axéréal a saisi, œuvrant au développement du marché des semences dans cette zone géographique. Des travaux ont par exemple été menés pour proposer des variétés plus performantes sur le marché hongrois. La coopérative a vu ses parts de marché progresser (3,4 % du marché des semences de soja en 2021, entre 5,5 et 5,8 % annoncés pour 2022). Des ambitions similaires animent la coopérative en Croatie. « Nous souhaitons proposer au marché du pays la meilleure qualité de semences de soja », explique Danko Vincetić, Responsable opérationnel Axéréal à Nova Gradiška. Pour ce faire, « nous avons investi récemment dans un trieur optique dernière génération, doté de caméras à la pointe de la modernité. Il permet d’obtenir des semences d’une grande pureté et d’une qualité irréprochable ».

Des tests sont par ailleurs menés depuis plusieurs années sur la culture du soja en dérobée (culture menée juste après une précédente culture récoltée tôt), qui représente une opportunité économique pour les producteurs. « Nous sommes désormais en mesure d’accompagner les agriculteurs pour faire une culture de soja après de l’orge, avec la perspective de bons résultats, ne nécessitant que très peu d’intrants », indique Danko Vincetić. Des perspectives porteuses pour la filière soja croate, qui incite le groupe coopératif à mener une réflexion sur d’autres cultures. « Notre trieur optique devrait être un levier de croissance pour d’autres marchés de semences », confirme Danko Vincetić.

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