Le séneçon commun, ou Senecio vulgaris L., est une plante herbacée annuelle appartenant à la vaste famille des Astéracées (autrefois appelées Composées), tout comme le pissenlit. Compagnon fréquent des villes, des friches, mais aussi des milieux agricoles, nous sommes nombreux à le croiser dans notre quotidien. Souvent considéré comme une « mauvaise herbe » ou une adventice, il s’épanouit dans tous les milieux modifiés et aménagés par l’humain, des trottoirs et rues aux friches urbaines, chemins et milieux agricoles. Cette omniprésence en fait une espèce cosmopolite, présente principalement dans les régions tempérées du globe, et ponctuellement dans les autres.

Son nom, qui provient du mot latin « senex » signifiant « vieil homme », fait référence aux aigrettes blanches de la plante, qui ressemblent à de minuscules têtes de vieillard. Autrefois, le séneçon commun était parfois utilisé comme plante médicinale, sous forme de tisane ou pour soigner les contusions et les problèmes de peau. Cependant, il a été constaté que sa consommation peut entraîner des problèmes de foie et des vomissements.
Identification et Caractéristiques Botaniques
Le séneçon commun est une plante annuelle dont le cycle de développement est de courte durée, d'environ 100 jours, voire un peu plus de 3 mois pour un cycle complet de graine à graine. Cette rapidité lui permet de germer, croître et fleurir toute l'année, réalisant ainsi jusqu'à trois, voire quatre générations sur une seule année. Il est indifférent aux conditions climatiques, ce qui renforce sa capacité à coloniser divers environnements.
La plante est très variable, présentant une tige anguleuse, creuse et souvent ramifiée, qui peut atteindre de 10 à 60 cm de hauteur. Les feuilles sont alternes et glabres ou légèrement pubescentes, parfois aranéeuses (comme couvertes d’une toile d’araignée), de couleur vert foncé, parfois violacée au niveau de la nervure centrale de la face supérieure des jeunes feuilles. Elles sont pennatifides à lobes irréguliers, étalés, anguleux et dentés. Les feuilles inférieures sont atténuées en pétiole, tandis que les caulinaires sont embrassantes et auriculées. Le feuillage est généralement découpé en lobes dentelés, et les jeunes feuilles peuvent être couvertes d’un duvet blanc. Les cotylédons sont petits et éphémères, et les premières feuilles se développent en une rosette éphémère de disposition alterne.

Les inflorescences sont des capitules à fleurs toutes tubulées et de couleur jaune, regroupés en corymbes denses. Chaque capitule se caractérise notamment par l'absence de ligules et est entouré de deux types de bractées, avec un calicule de 8 à 10 bractées à pointes noires. Ces capitules cylindriques peuvent apparaître sous forme de plusieurs têtes, pouvant contenir jusqu’à 20 fleurs, et elles apparaissent parfois tombantes avant la floraison. La floraison du séneçon commun s'étend de mars à novembre en fonction des régions, mais la plante peut fleurir presque toute l'année, en toutes saisons.
Le séneçon commun, comme bon nombre d’Astéracées, est dit « anémophile », ce qui signifie que ses graines se dispersent facilement au gré du vent. Cette méthode de dispersion, couplée à sa capacité à produire plus de 1 000 graines par an, contribue grandement à sa propagation et à son caractère invasif dans les jardins et les champs cultivés ou en friches.
Séneçon commun
Toxicité et Impact sur les Herbivores
Bien que le séneçon commun soit une plante commune, il est important de noter sa toxicité, particulièrement pour les herbivores. Les séneçons contiennent des substances toxiques, appelées alcaloïdes pyrrolizidiniques (AP), qui détruisent les cellules du foie de façon irréversible. Après ingestion, ces substances sont métabolisées au niveau du foie en métabolites très toxiques pour les vertébrés, notamment pour les chevaux, et y provoquent de graves lésions hépatiques, souvent mortelles.
Toutes les parties du séneçon (feuilles, fleurs, fruits…) sont toxiques pour le cheval en cas d’ingestion, qu’elles soient consommées sur pied au pâturage ou séchées dans les fourrages. La toxicité est particulièrement élevée aux premiers stades de végétation (jeunes pousses). Cependant, la richesse en alcaloïdes pyrrolizidiniques dépend de nombreux facteurs, tels que les conditions pédoclimatiques, et la toxicité de la plante est en réalité très variable d’une espèce à l’autre, voire au sein d’une même espèce. Le séneçon commun serait moins toxique que le séneçon de Jacob (Senecio jacobaea) et le séneçon du Cap (Senecio madagascariensis), mais il reste une menace. De plus, la sensibilité des chevaux aux AP serait également variable d’un individu à l’autre.
Normalement, en raison de leur goût amer, les séneçons sont peu attractifs et sont ignorés par les chevaux au pâturage. Cependant, il arrive que les chevaux en consomment dans des conditions particulières :
- Séchage dans les fourrages : Le séchage diminue l’amertume de la plante, rendant le séneçon séché dans les fourrages plus appétent que le séneçon sur pied. Les foins et enrubannés contaminés par la plante, issus de prairies de mauvaise qualité envahies par des séneçons, constituent ainsi une source majeure d’intoxication.
- Périodes de sécheresse : En période de sécheresse au pâturage, lorsque les espèces fourragères d’intérêt commencent à souffrir et que le couvert prairial se dégrade, le séneçon, qui résiste bien aux conditions sèches ainsi qu'aux hivers froids, devient plus attractif. Il arrive alors que les chevaux en consomment, notamment les fleurs et les feuilles.

Symptômes et Diagnostic des Intoxications
Suivant l’exposition du cheval à la plante, l’intoxication peut évoluer de façon chronique ou aiguë. La sévérité des signes cliniques dépend de la quantité de substances toxiques ingérée.
Intoxication Chronique
L’intoxication chronique est la forme la plus fréquente et fait suite à une consommation régulière de petites quantités de séneçon (de l’ordre de quelques dizaines de grammes par jour) sur plusieurs semaines. Cela génère une accumulation progressive de métabolites toxiques dans le foie. Le cheval peut sembler en bonne santé jusqu’à l’apparition brutale de signes cliniques, parfois plusieurs mois après le début de l’ingestion. Progressivement, on observe :
- Un amaigrissement sans perte d'appétit, suivi d'une dysorexie (troubles de l’appétit) qui accélère l'amaigrissement.
- Des coliques récidivantes.
- De l’ictère (coloration jaune des muqueuses).
- Une photosensibilisation (sensibilité anormale de la peau à la lumière du soleil) se traduisant par des réactions allergiques.
En phase plus avancée, l’atteinte hépatique est si importante que le foie ne peut plus jouer son rôle de détoxification de l’organisme. L’ammoniaque n’est donc plus métabolisé par le foie et intoxique l’organisme. S’ensuivent alors des troubles nerveux, signes d’une encéphalose hépatique, avec une dégradation plus ou moins brutale selon les chevaux, se manifestant par :
- Des modifications de l’état de conscience : excitation ou, au contraire, abattement.
- De l'ataxie (défaut de coordination motrice).
Intoxication Aiguë
Plus rare, l’intoxication aiguë fait suite à une ingestion en quelques jours seulement d’une quantité importante de séneçon, correspondant à 3 à 5% du poids vif du cheval (soit 15 à 25 kg). Elle aboutit à une mort rapide après apparition de troubles nerveux (phases d’excitation et d’incoordination, associées à une baisse de la vision, engendrant des blessures) et digestifs (coliques, perte d'appétit, impactions de l'intestin, soif excessive).
En raison de la diversité des signes cliniques, du temps de latence parfois long entre l’ingestion et l’apparition des signes cliniques, et du manque de spécificité des signes cliniques et biochimiques (concentrations plasmatiques de certaines enzymes, concentration plasmatique en acides biliaires…) liés à cette affection, le diagnostic est délicat à établir avec certitude. Et ce, d’autant plus qu’au sein d’une même parcelle, certains chevaux peuvent présenter des signes plus ou moins tardivement, voire être asymptomatiques.

Il n’existe actuellement pas de traitement spécifique disponible pour les équidés. Il est recommandé de réaliser un bilan biochimique en cas de doute, c’est-à-dire sur tout cheval ayant été présent dans un pré contenant du séneçon ou en cas de suspicion de contamination d’une balle de foin. Ce bilan permettra de vérifier l’absence de problèmes hépatiques et, le cas échéant, de mettre en place le plus rapidement possible un traitement palliatif pour soutenir la fonction hépatique avant que les signes cliniques apparaissent. Ce dernier consiste notamment à :
- Distribuer une ration plutôt riche (mais pas trop !) en glucides (mélasse, pulpe de betterave, céréales…) et pauvre en protéines (dont la métabolisation participe à la production d’ammoniaque, donc à l’apparition des troubles nerveux) en la fractionnant en un certain nombre de petits repas (4 à 6 repas/jour).
- Administrer des hépato-protecteurs.
- Mettre le cheval au repos et éviter tout stress.
Lorsque le traitement est pris à temps, les chevaux récupèrent souvent totalement. Le pronostic est sombre dès lors que le cheval présente des signes nerveux.
Gestion et Lutte Contre le Séneçon Commun
La lutte contre les séneçons est une entreprise de longue haleine. Le séneçon commun est une espèce invasive qui s’invite généralement dans les jardins et les champs cultivés ou en friches. Bien que la nature du sol lui importe peu, il a une préférence pour les sols argileux, alcalins, acides ou neutres, et s’épanouit encore plus si le sol en question est travaillé et fertile. Sa plantation doit se faire plutôt au printemps ou à l'automne, même s’il peut être planté durant toute l’année. Pour contrôler sa prolifération, il est crucial de mettre en place des bonnes pratiques pour maintenir un couvert végétal de qualité sur les prairies, qu’elles soient destinées au pâturage ou bien à la fauche, afin de ne pas offrir trop d’opportunités de développement au séneçon. Si l’herbe est dense et de bonne qualité, les adventices auront en effet plus de mal à se développer que si le couvert est pauvre.
Gestion du Pâturage
Une bonne gestion du pâturage est essentielle pour limiter la présence du séneçon :
- Éviter le surpâturage en diminuant le chargement (nombre d’équidés par hectare) et en augmentant les temps de repos des prairies.
- Limiter le pâturage pendant les périodes sèches ou, le cas échéant, complémenter en foin, car le séneçon est plus attractif en ces périodes.
- Faucher les refus pour favoriser une meilleure repousse des espèces prairiales.
- Mettre en place un pâturage tournant pour favoriser une pousse de l'herbe homogène.
- Mettre en place un pâturage mixte avec d'autres espèces herbivores (bovins…) pour tirer profit de leur complémentarité de pâturage.
Entretien des Prairies
Un entretien régulier des prairies est également important :
- En prévention : Sur les sols dégarnis, effectuer un sursemis de graminées (ray-grass anglais…) et/ou légumineuses (trèfle blanc…) fourragères. Il peut même être nécessaire de labourer puis ressemer la prairie quand cette dernière est trop abîmée (>20% de la surface dégarnie et/ou rapport espèces prairiales/adventices trop faible).
Lutte Physique
Lorsque seulement quelques pieds de séneçon sont présents de façon éparse dans ou à proximité des prairies, il est tout à fait envisageable de les arracher à la main (surtout le séneçon du Cap). Il est crucial de veiller à les brûler après arrachage et de ne pas les jeter en fumière ou sur un tas de compost, pour éviter tout ensemencement lors de l’épandage du fumier. Il est recommandé d’intervenir au stade jeune plantule ou floraison, avant la production de graines, au risque de favoriser la dissémination de la plante.
Le recours aux outils mécaniques en plein (herse étrille et houe rotative) à des stades plantules (< 2-3 feuilles de l'adventice) renforce la lutte contre les séneçons, mais n’est pas suffisante car cette adventice lève toute l’année.
Lutte Chimique
Lorsque la prairie est déjà bien envahie, il est parfois nécessaire d’avoir recours à la lutte chimique. Il s'agit alors de désherber la prairie en appliquant un traitement herbicide localisé « anti-dicotylédones ». Le traitement localisé « plante par plante » est la meilleure technique, plus raisonnée, car elle limite l'usage des désherbants uniquement sur les zones ou plantes à traiter. L'utilisation de produits phytosanitaires doit être réalisée uniquement par des personnes habilitées (Certiphyto) et dans des conditions de température, de vent et d'hygrométrie favorables. Le stade feuillu des adventices est le plus favorable pour réaliser le traitement.
Il est important de noter que la lutte chimique doit tenir compte de l’émergence de la résistance du séneçon aux herbicides du groupe B (« sulfonylurées », pyroxsulam, florasulam). Les désherbages d’automne, à l’exception des bases isoxaben, agissent sur séneçon sans toutefois le contrôler parfaitement (ex : Trooper, Codix, Fosburi affichent des efficacités entre 50 et 75 %).

Lutte Biologique
Des pistes de lutte biologique sont également à l’étude. Il s’agit du recours à des « auxiliaires des cultures », comme l’introduction d’une rouille spécifique (champignon parasitant la plante et provoquant des pustules jaunes-orangées sur ses feuilles, affaiblissant les plants) ou d’un puceron prédateur du séneçon dans les parcelles colonisées. Ces derniers agissent en tant qu’antagonistes des organismes nuisibles aux cultures.
Menaces et Pathologies du Séneçon Commun
Malgré sa robustesse, le séneçon commun peut être victime de diverses menaces. Il peut être affecté par la maladie des taches brunes, un champignon qui provoque des taches brunes violacées à noirâtres sur les feuilles et les tiges. Une humidité trop importante favorise le développement de cette maladie. Ce champignon peut également attaquer le système racinaire, provoquant des lésions noires au niveau des racines et entraînant alors le flétrissement de la plante.
Le séneçon commun est aussi sujet à l’attaque de Chrysomèles, de petits insectes qui se nourrissent des tiges et grignotent aussi les feuilles, ce qui affaiblit la plante et peut la défeuiller complètement. Pour s’en débarrasser, il est recommandé de retirer les adultes avant la ponte. Cela peut être fait en installant un drap sur le sol et en secouant les plantes pour faire tomber les insectes. Si l’infestation est importante et qu’il y a des larves et des œufs, il faut alors couper les rameaux concernés et les brûler.
Contribuer à la Connaissance Botanique
Des initiatives comme le réseau Tela Botanica invitent chacun à partager ses observations de plantes sauvages. Chaque observation, comme celles de Paul, Alain, Renaud, Catherine et Jean-Pierre qui ont contribué par leurs photos à des articles sur le séneçon commun, est un pas de plus pour faire avancer la connaissance et soutenir la protection de la biodiversité. Ces données contribuent au programme participatif Flora Data de Tela Botanica, dont les informations sont régulièrement versées à l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel). De telles contributions permettent de mieux comprendre la répartition et l'écologie du séneçon commun, aidant ainsi à développer des stratégies de gestion plus efficaces.