
La préservation des semences locales est un pilier essentiel pour la conservation de la biodiversité cultivée et sauvage, ainsi que pour l'autonomie des territoires. En Nouvelle-Aquitaine, cette thématique prend une importance particulière, notamment à travers des initiatives visant à promouvoir la production, l'expérimentation et la diffusion de semences adaptées aux spécificités locales. L'engagement des acteurs régionaux et nationaux, des conservatoires botaniques aux agriculteurs et associations naturalistes, souligne la richesse et la complexité des enjeux liés aux semences locales.
Le Rôle Crucial des Semences Locales pour la Biodiversité
Les prairies naturelles de fauche, par exemple, sont une véritable richesse pour le territoire auvergnat et pour le Massif central, souvent reconnues comme « la plus grande prairie de France ». Elles remplissent un rôle socio-économique primordial, fortement liées aux fromages et viandes de qualité, mais également un rôle paysager et des rôles écologiques fondamentaux, agissant comme réservoirs de biodiversité, puits de carbone, et limitant l’érosion des sols.

L’utilisation de graines du commerce, produites et sélectionnées dans des conditions de sol, d’altitude et de climat différents des zones d’utilisation, peut entraîner des difficultés d’implantation et même une « pollution » génétique des espèces fourragères typiques du territoire. L’hybridation entre semences locales et semences « lointaines » conduit indirectement à une homogénéisation de la flore prairiale et, par conséquent, à une diminution de la biodiversité en général. D’après la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), entre 1900 et 2000, 75 % de la biodiversité cultivée a été perdue et l’alimentation repose sur 150 espèces contre 10 000 auparavant. La standardisation des variétés et des races pour répondre aux besoins de l’agro-industrie réduit également la diversité génétique des variétés cultivées.
Initiatives en Nouvelle-Aquitaine pour les Semences Locales
Un programme d’amélioration des connaissances a été lancé en 2015 dans l’ex-région Aquitaine, coordonné par le Conservatoire botanique national Sud-Atlantique et mis en œuvre de façon partenariale. Ce programme visait à favoriser la production de semences locales en fournissant des lots amorces aux producteurs de Végétal local.

Une liste de plantes messicoles a été établie dans chaque ex-région (en Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes) par les CBN en partenariat avec le réseau naturaliste. Cette liste de référence vient compléter et finaliser la liste des taxons messicoles de la région Nouvelle-Aquitaine et celles du territoire d’agrément du CBN Massif central. Parmi l’ensemble des usages potentiels, on peut déjà citer le versement de cette liste à l’Observatoire de la Biodiversité Végétale (OBV) du Conservatoire botanique national Sud-Atlantique, permettant ainsi d’optimiser l’indicateur « messicole » dans les restitutions cartographiques. Les associations naturalistes du Poitou-Charentes ont également créé un guide d'identification pour ces espèces.
La mise en culture de certaines de ces espèces s’est faite en pleine terre sur une parcelle bien drainée et éclairée, dont le choix avait été conjointement fait par la DEV et le CBN Massif central. Le semis a été effectué à l’automne 2017, en monospécifique ou en binôme (brome + coquelicot / brome + nielle / avoine + bleuet) ; une céréale issue de culture biologique (Petit épeautre) a aussi été semée individuellement.
Le Réseau des Conservatoires d'Espaces Naturels (CEN) et le Projet FLoRE
Le réseau des CEN est également très actif sur ce sujet, avec plusieurs Conservatoires d'espaces naturels testant les récoltes et les semis sur leur territoire, notamment le CEN Nouvelle-Aquitaine, le CEN Rhône-Alpes et le CEN Lorraine. Cette expertise sur la thématique des semences locales a conduit à des sollicitations régulières pour apporter cette expérience en France et à l'étranger, par exemple en Espagne, au Portugal et récemment en Colombie.
Chantiers de Récolte, Semis et Partages d'Expérience
Diverses initiatives concrètes ont été mises en œuvre :
- Intervention auprès de deux Groupements d’intérêt économique et environnemental dans le Cantal et le Puy-de-Dôme pour présenter les méthodes de récolte et détailler la méthode de la brosseuse.
- Participation aux journées techniques machinisme spécifique aux semences locales, à l’initiative du CEN Savoie à La Motte Servolex (73).
Investissement Matériel
Des investissements importants ont été réalisés dans le matériel grâce à l’aide de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, incluant un microtracteur, une remorque, un roundballer, etc. Tout ce matériel permet de réaliser certains chantiers en interne et de promouvoir l’utilisation des semences locales pour la restauration des milieux naturels. Un chantier test a été mené sur le plateau du Guery (63) afin de restaurer des Nardaies d’altitude.

Expérimentations sur Saint-Flour Communauté
La communauté de communes de Saint-Flour est le théâtre de nombreuses expérimentations :
- Poursuite des suivis démarrés sur le projet du territoire Saint-Flour Communauté (suivis botaniques, transects fourragers, etc.).
- Mise en place de nouveaux tests chez des agriculteurs partenaires.
- Intervention dans le cadre d'une formation auprès des prescripteurs de semences locales (Bureau d’études, Office français pour la biodiversité, etc.).
- Inauguration de la Prairiale. Un projet de récolte et de semis de semences locales est mené avec Saint-Flour Communauté, l’INRAe, le Conservatoire Botanique National du Massif Central, le Lycée Professionnel Agricole Louis Mallet de Saint-Flour, Geyser et une dizaine d’exploitants agricoles. Au programme : récolte à la brosseuse, à la moissonneuse batteuse et test de la technique du transfert de foin vert, tests de germination, calcul de densités de fourrage, de valeur fourragère, etc. ainsi que sensibilisation aux intérêts des prairies naturelles.
A Aix-en-Provence, découvrons une entreprise semencière bio qui participe à la diversité botanique.
Projet « Milieux Ouverts Herbacés » (2016-2017 et 2013)
Ce projet a été marqué par plusieurs étapes clés :
- Fabrication de la Prairiale, première brosseuse à graines du CEN Auvergne. Ce partenariat avec le lycée Industriel du Sacré Cœur à Saint-Chély d’Apcher (48) a permis à deux élèves de BTS de fabriquer cette brosseuse, financée grâce à 42 donateurs sur une plateforme collaborative en ligne et à la fondation Humus.
- Expérimentation de collecte de semences locales avec M. André Salson, agriculteur de l’Aubrac, en 2013. L'objectif était l'utilisation des graines en sursemis sur une prairie de fauche temporaire.
La Filière Herbacée Végétal Local et la Maison de la Semence
La préservation de la diversité est un des fondements de la filière. Cet enjeu se traduit aussi au niveau des activités de multiplication, des moyens de production et des synergies à mettre en œuvre. De fait, la filière Herbacée Végétal Local implique le recours à un large champ de compétences et métiers. La Région, au travers de son Appel à projet « Innovation sociale », permet de dégager des moyens et du temps pour consolider les premiers retours d’expériences, produire de la donnée culturale et développer les partenariats de production semencière.
La MSP d’AgroBio Périgord, créée en 2001, joue un rôle essentiel. Des agriculteurs y hébergent des variétés à multiplier de maïs, tournesol et céréales à paille, pour faire leurs propres semences mais également pour en restituer au collectif. La vocation première de la Maison de la Semence est de conserver et de multiplier des variétés peu communes, d’intérêt patrimonial, local et/ou agronomique. Pour ce faire, elle accompagne la production de semences et diffuse ces variétés auprès de jardiniers et de producteurs. En choisissant de mettre en culture les variétés de ce catalogue, les participants s'engagent à retourner les graines produites, contribuant ainsi à la préservation de la biodiversité cultivée.
Ce collectif regroupe 6 associations qui œuvrent de manière participative à l’expérimentation, la sélection, la transmission des savoirs et connaissances autour des questions d’autonomie semencière, de diversité variétale et de biodiversité cultivée. Les thématiques abordées sont variées : Agriculture, Alimentation, Biodiversité, Climat, DD / Transitions, Économie Sociale et Solidaire (ESS), Jardin, Vivre ensemble / Lien social. Leurs actions incluent l'animation d'ateliers de sensibilisation, des conférences et interventions thématiques, du conseil et de l'expertise, la création d'outils pédagogiques, des formations et des interventions scolaires. Les bénéficiaires de ces activités sont divers : milieu professionnel (agents de collectivités, élus, salariés d'entreprises…), péri-scolaire, scolaires, seniors et grand public. La Maison de la Semence offre un accueil mais ne propose pas de restauration ou d'hébergement. Elle est également adhérente à des réseaux comme RAADAR.
