Nourrir le monde est un enjeu majeur du 21e siècle. Pour y parvenir, il est essentiel de se pencher sur les semences qui sont, en quelque sorte, la promesse d’une récolte future. Les semences sont plus que de simples graines, elles sont le fruit d’un travail patient et méticuleux de sélection et d’adaptation. Mais comment ces semences arrivent-elles jusqu’à nos champs ? L’industrie des semences a connu une croissance exponentielle au XXe siècle, avec le développement des semences hybrides et des organismes génétiquement modifiés (OGM). Les semences hybrides et les OGM, qui ne sont pas reproductibles, obligent les agriculteurs à racheter chaque année leur semence à l’industrie, entraînant une dépendance économique inédite. Au-delà des questions économiques et environnementales, l’industrie des semences pose aussi un problème de biodiversité. En effet, l’industrie privilégie une poignée de variétés rentables, conduisant à une érosion génétique majeure.

Les semences biologiques : au-delà de la graine
3 millimètres : c’est la taille d’une graine de tomate. À première vue, que ce soit une variété bio ou pas bio, cela ne change rien. Surtout qu’on ne va pas manger directement la graine. Il est donc légitime de s’interroger sur l’utilité réelle d’une semence biologique en comparaison avec d’autres types de graines. Matériel génétique, règlement européen, technique de sélection et pratiques agricoles… de nombreuses équations entrent en jeu. Pour obtenir la certification européenne, une semence biologique doit être issue d’un plant cultivé en bio pendant au moins une génération.
Les semences biologiques se différencient des semences industrielles par leur héritage génétique. Elles ont la capacité d’évoluer pour s’adapter à leur milieu. De plus, l’utilisation de semences biologiques favorise le développement de micro-organismes protecteurs, les endophytes. Cette microflore se développe à l’intérieur des graines et des plants et permet de renforcer la résistance et la résilience face aux menaces extérieures (maladies, ravageurs, gel, canicule…). En limitant l’action des endophytes, la culture de semences conventionnelles augmente, par un effet pervers, le recours à des pratiques chimiques.
L'impact des pratiques conventionnelles sur les écosystèmes
La réglementation qualifie d’agriculture conventionnelle la production à partir de méthodes intensives. On notera notamment l’utilisation d’engrais et de pesticides chimiques. On inclut dans la gamme de semences conventionnelles les semences non traitées (NT). Les graines NT ne sont pas traitées après la récolte. En France, les semences conventionnelles sont largement cultivées par les agriculteurs et par les particuliers dans leur jardin. On ne dispose pas de données précises, mais on peut estimer qu’elles représentent plus de 90 % du marché. Elles concernent aussi bien des plants potagers que des espèces céréalières ou fruitières.
Les plantes mères sont en effet traitées avec des produits chimiques afin de limiter les maladies ou les attaques d’insectes. Si cela facilite la culture de la plante, cela entraîne une pollution des sols, de l’air et des nappes phréatiques ainsi qu’un effondrement de la biodiversité impactant l’équilibre des écosystèmes et la santé des consommateurs. Une synthèse de l’INSERM de la littérature scientifique publiée en 2013 a mis en évidence en France un lien direct entre l’exposition aux pesticides et de graves maladies, comme la maladie de Parkinson et certains cancers.
6 minutes pour comprendre l'importance de la biodiversité
Variétés paysannes et autonomie agricole
Face à l’hégémonie industrielle, des paysans et des associations ont décidé de faire entendre une autre voix, celle de la préservation de la biodiversité et de l’autonomie des agriculteurs. Ces semences paysannes, qui ont façonné nos paysages et notre agriculture au fil des siècles, sont aujourd’hui menacées. Soutenir les semences paysannes, c’est aussi défendre une certaine idée de l’agriculture, plus respectueuse de l’environnement et des agriculteurs, plus proche des territoires et des consommateurs.
Les semences de « variétés paysannes », dites encore « variétés populations » sont celles qu’un cultivateur prélève lors de la récolte en vue d’un semis l’année suivante. On parle couramment dans le cas des semences paysannes, ou de variété population, pour marquer l’importance de la diversité génétique au sein de la même variété, ce qui leur permet d’évoluer et de s’adapter en fonction des variations de l’environnement. Toutes les variétés paysannes sont aussi des variétés parfaitement reproductibles (sauf pollinisation croisée). Une variété reproductible, également appelée “variété à pollinisation libre”, se réfère à une plante dont les caractéristiques génétiques restent stables d’une génération à l’autre lorsqu’elle se reproduit naturellement, par semis.
Comprendre les hybrides F1 et les risques de l'hybridation industrielle
On appelle hybride F1 le croisement entre deux variétés distinctes, dont les graines ne se “reproduiront pas fidèlement” à partir de la seconde génération (F2). En effet, lorsqu’on croise deux lignées parentales pures, les descendants de la première génération F1 portent une combinaison de gènes provenant des deux parents. Cela peut conférer des avantages tels qu’une vigueur accrue, parfois une croissance plus rapide, une productivité plus importante, une meilleure résistance aux maladies ou encore d’autres caractéristiques améliorées par rapport à leurs parents. Cependant, en récoltant des graines d’une tomate hybride F1, le fruit résultant de ces graines que vous aurez plantées serait un mélange génétique aléatoire et ne ressemblerait pas à la tomate d’origine dont les graines ont été récoltées.
En termes pratiques, cela signifie que les cultivateurs doivent racheter de nouvelles graines de ces hybrides brevetés chaque année et ne peuvent pas conserver les leurs pour les resemer. Comprenez qu’il est plus simple, plus rapide et surtout plus rentable de vendre les graines d’une hybridation de première génération et d’en faire la promotion, que de passer une décennie à travailler sur le développement d’une vraie variété, stable par une sélection minutieuse !

Les OGM et les nouvelles techniques génomiques (NGT)
Une variété OGM, ou “Organisme Génétiquement Modifié”, fait référence à une plante ou un organisme dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne peut pas se produire naturellement. Les modifications génétiques sont généralement effectuées en laboratoire en utilisant des techniques de biotechnologie. Quelques exemples populaires de cultures OGM sont les cultures tolérantes aux herbicides, qui permettent aux agriculteurs d’appliquer un herbicide à large spectre sur tout un champ sans que la culture modifiée soit détruite.
Dernières nouveautés des multinationales de la semence, les variétés NGT que la Commission européenne veut encourager. Les NGT ou NBT, pour “New genomic/breeding techniques”, sont des nouvelles techniques de sélection permettant de modifier le génome d’une espèce vivante sans introduire d’ADN étranger, ce en quoi ils diffèrent des organismes classés OGM. Les semences obtenues par NGT sont donc bien également des organismes génétiquement modifiés camouflées sous une autre appellation. Encore une voie ouverte au brevetage et à la privatisation du vivant, au profit des multinationales.
La question du "Sans OGM" et la réglementation
Paris, le 3 novembre 2009 - Le Haut conseil sur les biotechnologies (HCB) vient de publier son avis sur la définition des filières dites « sans OGM ». Pour le HCB, il est nécessaire de distinguer les filières végétales et animales. « Nous espérons que la possibilité pour les consommateurs de montrer leur choix de produits « sans OGM » provoquera une forte demande, qui contraindra le marché des OGM à céder la place à une agriculture durable tout en préservant au maximum le choix des producteurs et des consommateurs de produire et consommer sans OGM. »
Comme le rappellent un grand nombre de scientifiques, il faut accepter que « sans OGM » signifie « un peu d’OGM » pour rendre la coexistence possible. Cette tolérance est due au fait que de nombreux opérateurs ont fait le choix de ne pas utiliser d’OGM, mais sont dépendants des importations de pays tiers, comme le Brésil, où la règle du sans OGM ne s’applique pas. L’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans les produits biologiques est interdite. Les producteurs biologiques sont également tenus de protéger leurs produits et leurs cultures d’un contact involontaire avec des OGM.
Initiatives pour un avenir durable
Récemment, des initiatives voient le jour pour replacer les semences au cœur de notre agriculture et de notre alimentation. C’est le cas des maisons des semences, des lieux dédiés à la production, à la conservation et à la distribution de semences paysannes. En cultivant et en échangeant leurs propres semences, les paysans retrouvent leur autonomie et contribuent à la création d’un système agricole plus résilient, capable de répondre aux défis du XXIe siècle.

Le développement de variétés potagères adaptées à l’agriculture biologique apparaît comme un levier durable et essentiel. À l’avenir, la biodiversité cultivée reste notre meilleur atout. La tomate Rose de Berne supporte mieux les variations climatiques et les sols moins riches, contrairement à des hybrides modernes qui nécessitent souvent des intrants artificiels. La tomate Rondobella est particulièrement résistante aux différentes lignées de mildiou (Phytophtora infestans). Enfin la mâche d’Étampes bio résiste mieux au gel que d’autres variétés issues de cultures conventionnelles. Et nous, consommateurs, avons un rôle majeur à jouer. Aussi petites soient-elles, les semences sont le reflet de nos choix agricoles et alimentaires. En soutenant les semences paysannes, nous soutenons une agriculture plus respectueuse de l’environnement et des agriculteurs, et nous contribuons à la défense de notre patrimoine génétique. N’oublions pas que c’est dans ces petites graines que se cachent les grandes idées qui dessineront l’agriculture de demain.