Le Misho est le nom japonais pour désigner la culture d’un bonsaï à partir de graines. Cette méthode prend le plus de temps de toutes les méthodes de culture du bonsaï, mais elle offre une maîtrise totale de l’élaboration du sujet, dès son plus jeune âge. Cultiver un Bonsaï à partir d’une semence peut être très gratifiant, permettant de façonner son bonsaï dès ses premiers instants.

Origines et principes fondamentaux
Qui ne connaît pas le bonsaï, cet arbre miniature cultivé dans un pot ? Si la culture de ces "paysages en pot" remonte à la Chine ancienne, à l’ère de la dynastie des Han, elle n'est pas encore près de disparaître aujourd'hui. Il faut garder à l’esprit qu’il n’existe aucune « graine de Bonsaï » puisque les Bonsaïs sont des arbres d’essences normales.
Pourquoi former un bonsaï à partir d’une graine est considéré comme la voie royale du bonsaï ? Parce que vous avez un contrôle quasi-total sur tout le développement de l’arbre. À l’opposé, lorsque vous partez d’un plant de jardinerie ou d’un yamadori, vous devez composer avec ce que vous avez. Restez humbles, car pour beaucoup d’entre vous, le bonsaï n’est qu'un loisir. Vous ferez certainement des erreurs sur vos premiers semis, mais ce n’est pas grave.
Sélection et préparation des semences
Tout d’abord, il faut collecter ou acheter des graines appropriées de l’espèce d’arbre souhaitée. On peut les collecter sur les arbres aux alentours, ou l’on peut choisir de les acheter dans un magasin. Pour optimiser vos chances, préférez ramasser les graines à maturité directement sur l’arbre, sur les branches les plus hautes.
Des graines comme les châtaignes et les glands sont faciles à trouver en forêt. Des graines de conifères peuvent être trouvées dans leurs cônes. Dès que l’on a collecté des cônes de pins, il faut les stocker dans un endroit chaud afin qu’ils relâchent les graines d’entre leurs écailles. Certaines graines demandent également un peu de préparation avant de les semer, notamment celles des arbres à fruits, comme les pommiers. Nous vous conseillons plutôt d’ouvrir les petites pommes pour en extraire les petites graines qui s’y trouvent.
Stratification de graines (érable du Japon) - Monjardindansleslandes
Le test de viabilité et la stratification
Avant de semer, les graines doivent être trempées dans l’eau toute la nuit pour voir lesquelles sont viables : celles qui coulent au fond germeront. Cette étape consiste à immerger les graines dans un récipient d'eau pendant une période de 24 heures ou plus, ce qui permet à l'eau de pénétrer profondément dans la graine.
Si l’on veut semer hors saison ou faire pousser des espèces qui ne poussent pas dans son propre climat, il peut être nécessaire de passer par un processus appelé « stratification ». La stratification consiste à conserver les semences dans de bonnes conditions, souvent au réfrigérateur, pendant une durée spécifique à l’espèce. Mélangez les graines dans un sachet plastique contenant du sable légèrement humide, et placez le tout pendant 2 mois dans le bac à légumes.
Le processus de semis : mise en terre
Le choix du substrat joue un rôle essentiel dans la réussite de la germination. Un substrat doit être suffisamment fin pour permettre une bonne adhérence des graines. La couche inférieure du pot (environ 1/4 de part) doit être remplie d’un mélange de terre grossière. Sur la couche inférieure, il y a une couche avec de l’akadama, du gravier fin et de la terre, dans le ratio : 1/2 + 1/4 + 1/4.
Placez les graines sur le dessus du sol, en les espaçant de 2 à 5 cm selon la taille de la graine. Une fois humidifié, tassez délicatement le substrat pour qu'il soit stable sans être compacté. Utilisez de préférence un vaporisateur pour humidifier doucement la surface afin de ne pas déloger les graines. Après chaque arrosage, il ne doit pas y avoir d’eau stagnante au fond du pot.
Soins aux jeunes plants et taille du pivot
Lorsque vos plants ont fait au moins deux paires de feuilles, il est temps de les repiquer dans des petits pots individuels. Il y a une étape essentielle à faire à ce moment : couper la racine pivot. C’est la grosse racine, prolongement du tronc, qui va chercher à s’enfoncer dans le sol. Ce que nous voulons, c’est avoir des racines qui partent en étoile autour du tronc. En coupant le pivot au-dessous de petites racines latérales, vous allez stimuler ces dernières. Utilisez un cutter avec une lame propre, et taillez environ 1 centimètre au-dessous des racines latérales.

Techniques de formation : structure et mouvement
Il y a de nombreuses façons de créer un bonsaï. Le principe est de laisser pousser pour faire grossir, tailler, laisser pousser, tailler.
La méthode de croissance libre
La première méthode est de laisser pousser le tronc jusqu’à la hauteur voulue. Les branches ne seront pas systématiquement taillées une fois arrivée à la longueur souhaitée. Il faut plutôt les laisser pousser pendant toute la saison, puis les raccourcir pendant l’hiver. Cette méthode permet un travail tout en douceur, sans avoir de grosses cicatrices, et donne un résultat très naturel.
Le "Clip and Grow"
La seconde méthode consiste à faire le « clip and grow » sur le tronc et les branches. Vous laissez pousser le tronc jusqu’à la moitié du diamètre souhaité, puis vous le rabattez fortement. Des bourgeons vont apparaître sur le bois nu. Cette méthode fonctionne bien si vous souhaitez obtenir un gros tronc, mais l’essence choisie doit pouvoir rebourgeonner facilement sur le vieux bois.
Entretien, arrosage et rempotage
Le pot du bonsaï doit être surélevé par rapport à la coupelle située en-dessous de ce dernier. Généralement, les pots pour bonsaï ont des "pieds". Si ce n'est pas le cas, il faut alors impérativement le surélever à l'aide de petits objets. La fréquence d'arrosage dépend de plusieurs facteurs : il faut arroser en effet différemment les bonsaïs selon leurs espèces, leur orientation, la période de l'année.
La technique d'arrosage recommandée est le bassinage : arroser en pluie fine le haut du bonsaï jusqu'à ce que les premières gouttes tombent par les trous de drainage. Quelques arbres, qui n'aiment pas l'humidité sur leurs feuilles, n'aiment pas le bassinage : chêne, érable, mélèze.
L'affinement et la patience
Le semis est LA véritable école de patience. Comptez au moins 15 ans pour obtenir un feuillu en bonsaï à partir d’une graine. Vous allez travailler la ramification, finir de fermer les cicatrices. Progressivement, la patine va apparaître sur l’arbre : l’écorce des pins va se craqueler, celle des érables du Japon va commencer à se griser. Pour l’amateur qui se lance, il faut plutôt voir le semis comme une activité complémentaire ou un amusement sans prétention. Ce qui fait la supériorité du Japon sur l’Europe, c’est qu’ils possèdent des bonsaïs cultivés depuis des décennies.