Analyse complète : Le sens caché de la parabole du figuier stérile

La figure du figuier est omniprésente dans les Écritures, portant une charge symbolique qui dépasse la simple botanique. Dans le Nouveau Testament, l'épisode du figuier stérile, relaté sous différentes formes par les évangélistes, constitue une clé de lecture essentielle pour comprendre le ministère de Jésus, le jugement sur le Temple et l'appel adressé à chaque disciple.

Illustration thématique d'un figuier dans une vigne ancienne

Le contexte historique et symbolique : Le figuier et le Temple

Jésus est un personnage surprenant. Il guérit des malades, touche des lépreux, rencontre des publicains, des gens de tous bords. Il pardonne les péchés. Il appelle comme disciples des gens simples, des pêcheurs aux mains calleuses des bords du lac de Galilée ou des gens étiquetés peu recommandables, qu'il juge autrement. En absolue liberté Jésus, le prophète de Galilée, vit sans tabou, ce qui gêne profondément.

Dans l'épisode du figuier, deux histoires s'enchevêtrent. L'évangéliste Marc affectionne cette façon d'écrire. Les deux histoires sont la malédiction et le dessèchement du figuier, et le jugement sur le temple. Les deux s'éclairent mutuellement. Ce qui se passe pour le figuier éclaire ce qui se joue pour le temple, dans lequel Jésus vient d'entrer : plus jamais il ne portera de fruit, car il a déçu l'attente. Ce qui se passe pour le figuier est donc symbolique de ce qui se passe pour le temple.

Le figuier, aussi bien que la vigne, sont des figures que la bible aime pour désigner Israël. Du figuier ou de la vigne, c'est-à-dire de son peuple, Dieu attend le bon fruit. Et il n'est pas le seul : tous attendent de la religion du temple qu'elle abreuve leur soif intérieure, leur désir de la rencontre de Dieu. Mais on leur a placé trop d'obstacles. Les scribes et les pharisiens durcissent la Loi, comme si Dieu en demandait toujours plus, au risque d'exclure. Ainsi ils ont malmené le temple, y plaçant trop de parvis comme des barrières de pureté.

La stérilité comme obstacle à la vie

« Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le donc : pourquoi occuperait-il la terre inutilement ? » Cette exigence du maître de la vigne, rapportée par Luc, résonne comme un cri d'alarme. Le figuier occupe une position privilégiée dans le terrain du maître, mais il déçoit l'attente légitime de son propriétaire.

Déjà du temps de Jérémie, 6 siècles avant Jésus, le peuple se vouait au temple en de véritables incantations, tout en malmenant l'alliance dans une pratique sociale dévoyée, d'exclusion, de tromperie, de piétinement du pauvre. Jésus annonce une pareille fin du temple. Cette maison est une maison de prière pour les nations, dit Jésus. Or il est sec, jusqu'aux racines. Il ne porte pas le fruit de miséricorde attendu. C'en est fini de lui.

Le geste de Jésus anticipe la fin. Il se comporte en fils - de Dieu - et voit à la manière de Dieu. Les feuilles de figuier, pour Adam et Eve et donc symboliquement pour nous, c'est la bonne conscience à bon marché, et Dieu refuse cela : c'est lui qui cachera l'imperfection, qui pardonnera le péché, après qu'on l'ait montrée. Ce n'est ni la religion de la bonne conscience, ni la religion de la culpabilité infinie ; c'est la religion où l'on dit : « Oui, Seigneur, je ne suis pas parfait, je ne suis pas autosuffisant, il faut que je donne des fruits, mais Seigneur, pardonne-moi ».

Schéma explicatif de la symbolique du figuier dans la tradition biblique

La patience du vigneron : Une théologie de la grâce

C'est dans la réponse du vigneron que réside le cœur battant de la parabole : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je creuse tout autour et que j’y mette du fumier. » Le vigneron, celui qui s'occupe de la vigne du Maître, pense que, avec un peu de fumier au pied, le figuier finira bien par être fécond et donner des fruits. Le vigneron est patient et ne veut pas désespérer.

On a vu dans ce vigneron l’image de Jésus qui intercède pour nous. Dieu, dans son amour, accorde des grâces nouvelles à celui qui ne les mérite pas, afin de l’amener à se transformer. À l’homme désobéissant, Dieu fait entendre sa Parole, sentir sa présence et sa protection. L’histoire n’est pas achevée. On ne sait si le figuier portera enfin des fruits. C’est qu’au moment où Jésus parle, le peuple, son peuple, n’a pas encore pris position à son égard. L’histoire de l’Église reste toujours ouverte.

Le jardinier ne fait pas que parler. Il s'engage aussi à agir. Il faudra creuser, mettre du fumier, aérer et enrichir le sol. Jésus sait que son travail peut être vain. Il compte avec un échec possible, mais il tente tout pour le salut. Cette patience infinie de Dieu s'inscrit dans l'interprétation infinie des écritures. Nous n'en n'aurons jamais fini de découvrir les trésors que Dieu nous offre pour nos vies. Avec Dieu, dans la foi et la patience, c'est chaque jour la saison des figues.

La géographie spirituelle du disciple

En filigrane de ce récit se donne à lire un véritable petit guide, une géographie du disciple. Il est attendu de lui qu'il ait la même faim spirituelle que Jésus. Mais aussi qu'il porte du fruit, c'est-à-dire qu'il mène une vie qui a le goût de l'évangile, en ayant des racines profondes et vivantes, c'est-à-dire une foi solide. Qu'il aille donc à la source, d'une prière confiante, et à la source du pardon donné.

Il ne s'agit pas de se contenter de "feuilles" religieuses, de rituels qui masquent une absence de transformation intérieure. L'enjeu est de savoir si oui ou non vous portez des fruits. Les fruits, en effet, ne profitent pas à l'arbre qui les porte, au contraire, ils lui coûtent, ils sont donnés pour les autres, c'est l'enjeu de son utilité dans le monde, et de sa descendance.

Qu’est-ce que la croissance spirituelle ?

Au-delà du jugement : L'espérance pour Israël et pour l'Église

Avons-nous le droit nous, chrétiens, de nous substituer à Dieu et d’infliger à l’ancien peuple élu le jugement que seul Dieu a le droit d’exercer sur tous ? J’ai une certitude que je partage avec saint Paul. Dieu laisse à Israël la possibilité de se repentir, et l’apôtre est plein d’espérance à son sujet. Viendra le jour où Israël reconnaîtra le Messie promis et confessera le nom de Jésus-Christ, en qui seul il trouvera le salut promis.

Mystère oui, mystique non ! Cette espérance ne nous autorise pas à affirmer de manière doctrinaire que nous savons parfaitement quel sera le sort d’Israël, car Dieu ne nous révèle pas les secrets de son action concernant le salut ou le rejet d’autrui. Jésus, comme toute la Bible, s’adresse à nous personnellement, en nous posant la question essentielle : Quelle est votre attitude personnelle face à l’offre de la grâce ? Vous êtes tenus d’y donner une réponse personnelle, sans trop vous préoccuper de la manière dont Dieu agit vis-à-vis d’autrui.

Personne n’est jamais perdu aux yeux de Dieu, car sa patience est infinie et sa grâce surabonde là où le péché abonde. Voilà ce que le Christ dit dans cette parabole du figuier stérile. La Parole travaille, et attend d’être pincée pour être fécondée ; c’est le sens de la grâce qui nous est accordée. Une patience infinie de Dieu qui s’inscrit dans l’interprétation infinie des écritures et que nous connaissons par la patience infinie de Jésus Christ.

L'interprétation contemporaine : La Parole vivante

Les Écritures ne sont pas la Parole de Dieu en elles-mêmes, elles sont le témoignage, la trace d'une foi. Pour que la Parole de Dieu surgisse, il faut une rencontre, il faut que cette Parole nous soit adressée, que les mots deviennent des mots qui nous touchent, que les images deviennent des images qui évoquent un signe pour notre propre vie. Il faut que la Parole trouve à s’incarner en nous.

Comme l'illustre la parabole, le vigneron utilise la fumure : amender avec la matière de nos expériences passées, de nos ratages, de nos essais sans succès, des deuils qu’il aura fallu faire, bref, avec ce qu’on croyait inutile ou perdu et qui pourtant, nous fait comprendre autrement ce que nous avons à faire. Enrichir la profondeur des racines et nourrir constamment la réflexion.

Diagramme représentant le cycle de la foi, de la patience et de la croissance

Chacun aura besoin de son petit insecte pollinisateur pour que les Écritures deviennent Parole de Dieu pour lui et que les trésors renfermés dans la Bible éclosent comme des milliers de fleurs dans la figue fécondée. Certains auront besoin qu’un prophète ou qu’un prédicateur, jouant le rôle de « pinceur de figue », pour qu’enfin la Bible devienne Parole vivante dans sa vie et le transforme en profondeur. Pour d'autres, un événement, un incident, une rencontre, suffiront à piquer au vif ceux qui ne demandaient qu’à être réveillé. Le salut alors prend vie, et la dignité tant recherchée prend corps dans les gestes concrets de l'existence quotidienne.

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