Le paysage éducatif français a connu, au cours des dernières années, une mutation profonde de ses modalités de recrutement et de formation. La multiplication des statuts - fonctionnaires stagiaires, étudiants en master MEEF, contractuels alternants (ECA), AED en pré-professionnalisation - a engendré une complexification des parcours d'entrée dans le métier. Au cœur de ce dispositif se trouve la figure du tuteur, pivot essentiel mais souvent fragilisé par des injonctions contradictoires, des disparités de moyens et une reconnaissance indemnitaire jugée insuffisante par les organisations syndicales, notamment le SNES-FSU.

Le contrat de travail : socle des droits des non-titulaires
Le contrat de travail est essentiel et déterminant pour les collègues non titulaires. Il détermine leurs droits, du recrutement à la fin du contrat. Si le code général de la Fonction publique prévoit que les emplois permanents soient occupés par des fonctionnaires, sauf exception, cette exception semble être devenue la règle, accentuée par la loi de Transformation de la Fonction publique de 2019. Une règle appliquée par notre ministère puisqu’il refuse d’améliorer réellement l’attractivité de nos professions et d’ouvrir le nombre nécessaire de postes aux concours.
Les enseignant·es, CPE et Psy-ÉN non-titulaires subissent une réalité marquée par les inégalités et la précarité. À partir du 1er mai 2026, l’adhésion à une mutuelle collective devient obligatoire pour tous les personnels. Sauf exception, vous n’aurez plus la liberté d’adhésion et de choix pour votre complémentaire santé. En matière de protection sociale, le décret n°2024-641 du 27 juin 2024 a apporté des avancées en matière de congés pour raison de santé, mais le décret n°2025-197 du 27 février 2025 modifie les règles de rémunération des agent·es placé·es en congé maladie ordinaire.
La diversité des tutorats : une nébuleuse de missions
La réforme de la formation initiale entrée en vigueur a conduit à une multiplication des situations pour les entrantes dans le métier ainsi qu’à une multiplication des types de tutorat. Le rôle du tuteur est d’accompagner et de conseiller le collègue contractuel admissible dans l’organisation des programmes, la construction de séquences pédagogiques et la tenue de classe.
Il existe aujourd'hui plusieurs catégories de personnes nécessitant un tuteur :
- Les étudiants en licence, M1 MEEF ou M2 MEEF en stage d’observation et/ou de pratique accompagnée (SOPA).
- Les Emplois d’Avenir Professeur (EAP1).
- Les Étudiants Apprentis Professeur (EAP2).
- Les étudiants en M1 MEEF en alternance qui sont contractuels.
- Les fonctionnaires stagiaires.
Le SNES-FSU dénonce les effets de la réforme de la formation des enseignants et CPE et dénonce les conditions d’affectation et de formation des stagiaires qui constituent une régression majeure. Les missions des tuteurs / conseillers pédagogiques sont très lourdes et nécessitent une décharge de service pour les mener à bien. Le rôle central du tuteur dans la titularisation des fonctionnaires stagiaires depuis 2010 biaise totalement sa mission de formation, et la relation de confiance qui devrait s’établir avec le stagiaire.
Le rôle du tuteur
Les enjeux du tutorat des contractuels admissibles
Les contractuels admissibles représentent une catégorie particulière. Le rectorat leur propose des contrats à durée déterminée (CDD) comme agent non titulaire de droit public de l’État. Le temps de service est défini par la circulaire 2013-2 du 23 mai 2013. Les contractuels admissibles perçoivent un forfait brut mensuel correspondant au tiers-temps, à la rémunération d’heures supérieures éventuelles au-delà de ce tiers temps et à une indemnité au prorata du service.
Sur le terrain, la réalité est souvent marquée par une improvisation administrative. Comme en témoignent les échanges entre collègues, les affectations arrivent parfois tardivement, laissant les tuteurs sans informations précises sur leurs prérogatives. Certains chefs d'établissement présentent la mission comme un simple accompagnement, tandis que les INSPE peuvent exiger une évaluation formelle pour la validation de modules. Cette déconnexion entre les attentes institutionnelles et la pratique quotidienne crée une situation tendue, loin de l'objectif d'une entrée sereine dans le métier.
Gouvernance des ESPE et conditions de formation
Les Écoles Supérieures du Professorat et de l’Éducation (ESPE) ont pour mission de former les futurs enseignants et CPE. Le SNES-FSU pointe régulièrement des problèmes de gouvernance et de manque de moyens. Les représentants élus des personnels et des usagers sont minoritaires au sein des conseils, et les moyens ne sont pas fléchés, empêchant une mise en œuvre satisfaisante des maquettes. Les cours à effectifs réduits sont souvent remplacés par des cours magistraux, et les concertations pour organiser la formation se font souvent sur la base du bénévolat.
Le SNES-FSU revendique une modification du mode de gouvernance afin de permettre une meilleure représentativité des personnels et usagers. Les moyens doivent être augmentés et fléchés. Il est crucial que le tutorat ne soit pas perçu comme une simple mission administrative, mais comme un véritable levier de formation continue entre pairs.
Droits syndicaux et protection des personnels
Les stagiaires et contractuels disposent des mêmes droits syndicaux que les titulaires, notamment le droit de grève, le droit à l'information et le droit de participer à des stages syndicaux nationaux et académiques. Le SNES-FSU insiste sur le rôle des S1 (sections syndicales d'établissement) qui doivent être des lieux de soutien, d'écoute et de lutte pour améliorer les conditions d'entrée dans le métier.

Il est rappelé que les stagiaires ne sont pas tenus d'effectuer des heures supplémentaires. Concernant la surveillance des examens nationaux comme le baccalauréat ou le brevet, aucun texte ministériel ne prévoit de les en dispenser, bien que le SNES-FSU intervienne pour que les stagiaires n'ayant pas exercé au niveau correspondant ou étant admissibles à un concours ne soient pas convoqués, afin de préserver l'intérêt des élèves et des personnels.
La défense des droits individuels et collectifs reste la priorité. Face à la précarisation accrue et à la diversité des statuts, le SNES-FSU continue de plaider pour une véritable année de formation, une rémunération décente et un tutorat reconnu, doté de moyens réels, loin des logiques comptables qui dégradent le service public d'éducation.
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