L’horticulture et la pépinière constituent un pilier fondamental de l’économie végétale française. Ce secteur, qui allie tradition agricole et exigences industrielles, est au cœur d’une transformation profonde dictée par les évolutions de la consommation, les impératifs environnementaux et les pressions de la mondialisation. Comprendre cette filière nécessite une analyse fine de ses structures, de ses méthodes de production et de ses circuits de commercialisation.
L’Observatoire et la structure de la filière
L’étude des données structurelles de la filière horticole, réalisée par AND International pour VALHOR et FranceAgriMer, offre un éclairage indispensable sur ce secteur. Cette étude de la filière à l’échelle nationale repose sur un suivi rigoureux des entreprises professionnelles. L’observatoire effectue un suivi des entreprises professionnelles de l’horticulture et de la pépinière ornementales, c’est-à-dire celles pour lesquelles la production et la commercialisation de végétaux d’ornement constitue soit l’activité principale, soit une activité complémentaire générant un chiffre d’affaires significatif (paysagistes, maraîchers…).
La méthodologie de l’observatoire a évolué par rapport aux années précédentes. Depuis le rapport sur les données 2021, la méthodologie consiste en une enquête nationale exhaustive, réalisée tous les 2 ans auprès de l’ensemble des entreprises de production et commercialisation de l’horticulture et de la pépinière ornementales. Dans ce contexte, 2 741 entreprises de production et commercialisation ont été interrogées en 2024 ; c’est le nombre total d’entreprises actives identifiées dans le cadre de l’observatoire.

Dynamiques économiques et concentration du secteur
L’étude recense, fin 2023, 2 741 horticulteurs et pépiniéristes en activité, qui pèsent un chiffre d’affaires total de 1 760 millions d’euros HT, dont 16,9 % sont réalisés sur des activités autres que l’horticulture et la pépinière (agriculture, commerce de détail, vente de services, dont aménagements paysagers, etc.). Le secteur a globalement perdu 393 entreprises (- 12,5 %) et 3 529 emplois (- 18,5 % en ETP) entre 2021 et 2023. Le chiffre d’affaires horticole moyen par entreprise progresse cependant de 3,3 % par an (par effet de concentration).
Le nombre d’exploitations recule dans toutes les régions. Quatre régions (PACA, Auvergne Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine, et Occitanie) concentrent plus de la moitié des exploitations. En termes de chiffre d’affaires horticole, trois régions (Pays de la Loire, Auvergne Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine) génèrent la moitié du CA total, avec la région PACA atteignant 58 %. Entre 2021 et 2023, le CA horticole a diminué dans la plupart des régions, à l’exception du Grand Est (+ 18 %), de la Normandie (+ 3,4 %) et de l’Occitanie (+ 0,6 %).
Évolution des surfaces et des modes de production
Entre 2021 et 2023, les surfaces en production ont reculé de l’ordre de 2 000 ha, soit environ - 5,3 % par an. Ce recul concerne en grande majorité les aires de cultures extérieures de pleine terre, en baisse de 14,5 % sur deux ans, avec - 2 028 ha. Le poids des végétaux de pépinières dans le chiffre d’affaires horticole total reste stable entre 2021 et 2023, avec 36,0 % (634 M€) dépassant celui des plantes en pots et à massifs (26,3 %) alors que la tendance antérieure était à un relatif équilibre des ventes des deux grandes catégories.
La production horticole-pépinières s’avère être un secteur de production intensive. Elle se rapproche de l’industrie par l’importance du capital, de travail et des techniques requises. C’est un secteur qui emploie beaucoup de main d’œuvre en agriculture. L’horticulture est passée à la gestion des risques de maladie avec de nouvelles techniques de production (lutte raisonnée, production biologique intégrée, régulation climatique des serres…). Les nouvelles technologies telles que la mécanisation, la robotisation, la palettisation, l’informatisation améliorent les conditions et l’organisation du travail, mais exigent de nouvelles compétences dans la conduite et la maintenance d’installations automatisées.
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Définitions et spécificités métiers : Horticulture vs Pépinière
Lorsque l’on parle de pépinières, le métier d’horticulteur n’est pas très loin. Les professionnels de l’horticulture et de la pépinière sont en effet voisins. Un horticulteur s’occupe des plantes d’intérieur et un pépiniériste des plantes d’extérieur. En horticulture, une pépinière est une parcelle de terre dédiée à la reproduction et à la culture de plantes ligneuses (arbres) et vivaces jusqu’à ce qu’elles atteignent un stade suffisamment avancé pour être transplantées.
Les pépinières sont des lieux où l’on fait pousser des plantules pour les replanter par la suite. On distingue généralement :
- Les pépinières temporaires : Elles sont implantées sur le site de plantation envisagé par le propriétaire forestier ou bien dans son voisinage. Une fois les plants destinés à être plantés ont atteint la bonne taille, la pépinière est alors intégrée au site à planter.
- Les pépinières permanentes : Elles sont sur un même lieu et contiennent des plants en grand nombre : à partir de 100 000.
Le saviez-vous ? Le mot horticulture provient du latin « hortus » qui signifie jardin. L’horticulture désigne l’art de cultiver les jardins (fleurs, plantes ornementales, fruits et des légumes) mais également la conservation des plantes, la gestion des sols, la conception des paysages et la restauration.
Circuits de distribution et zone de chalandise
La zone d’influence géographique des producteurs français évolue lentement et reste toujours en 2023 globalement orientée sur les marchés locaux (vente sur l’exploitation ou dans un rayon de 10 km) et régionaux (dans un rayon de 200 km) ; ces deux zones de chalandise constituant la destination de près des deux tiers des ventes de végétaux en valeur. Les ventes à l’expédition au-delà de 200 km pèsent pour moins de 30 % et l’export pour environ 6 %.
La distribution des produits emprunte plusieurs circuits : la vente directe, les jardineries, les grossistes qui alimentent les grandes surfaces, les fleuristes et enfin, les paysagistes. Le débouché global par segments de marché évolue lentement. Les ventes au détail, réalisées sur les exploitations et/ou les marchés de plein air et/ou en VPC, bien qu’en recul d’un point, restent le premier débouché en valeur, avec près d’un quart du chiffre d’affaires horticole cumulé.
Il est important de noter que la production horticole française couvre moins de la moitié de la consommation nationale. La France importe essentiellement en provenance des Pays-Bas. 40% des végétaux d’intérieur achetés en France sont cultivés en France, en revanche 61% des végétaux d’extérieur achetés en France sont cultivés en France.

Défis et perspectives de la filière
Les entreprises sont contraintes de passer d’une logique de produit à une logique de marché. Par conséquent, tous les salariés horticoles, quel que soit leur domaine d’intervention (production, vente, administratif…), doivent tenir compte de cet environnement pour ce qui concerne les marchés, les clients et les contraintes de distribution (délais, quantités, qualité). Le secteur n’échappe pas à la mondialisation des marchés qui l’oblige à renforcer les valeurs techniques de production comme la lutte raisonnée et la régulation climatique des serres.
Parallèlement, cette filière exige toujours plus de créativité dans la production de nouvelles espèces afin d’anticiper les attentes des clients. Ainsi, les entreprises sont passées d’une culture produit à une culture client. Pour apporter les réponses adaptées et acquérir de réelles compétences technologiques, elles ont dû faire appel à des compétences nouvelles. Le groupe filière ornementale regroupe des scientifiques de 4 départements INRAE (ACT, AES, BAP, SPE) ainsi que des responsables des instituts techniques tel que ASTREDHOR, et de l’association « Plantes & Cité ». Le groupe se consacre à une réflexion sur la filière ornementale par un travail de veille et d’analyse sur les enjeux de la filière en lien avec les recherches menées à l’INRAE.
Les enjeux sont multiples : compétitivité, transition agroécologique et adaptation aux contraintes budgétaires des collectivités. Malgré ces défis, la filière horticole française continue de jouer un rôle majeur dans l’aménagement du cadre de vie, portée par une demande de nature croissante de la part des citoyens. La multitude et la variété des produits mis sur le marché (fleurs, plantes, arbres…) développent des emplois dans la logistique (traitement, suivi, expédition des commandes), témoignant d’une filière en constante mutation vers plus de services et une technicité accrue.
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