Optimisation des Sols Maraîchers : Décompactage, Fissuration et Agriculture Biologique de Conservation

La compaction des sols agricoles représente un défi majeur, affectant insidieusement le rendement des cultures, ralentissant le drainage et augmentant la vulnérabilité aux maladies. Dans le contexte de l'agriculture de conservation des sols (ACS), comprendre les différentes approches de décompactage est essentiel pour maintenir la fertilité et la vitalité du sol. Cet article explore les distinctions entre décompacteurs et fissurateurs, analyse les causes et les impacts de la compaction, et met en lumière les pratiques innovantes de l'Agriculture Biologique de Conservation.

Compaction du sol vue en coupe

La Compaction des Sols : Un Enjeu Fondamental

Le tassement du sol, phénomène physique de déformation des couches de sol sous l'effet d'une pression externe, diminue la porosité structurale essentielle à la circulation de l'eau et des gaz. Un sol sain est idéalement composé d'environ 25% d'eau, 25% d'air, 45% de matière minérale et 5% de matière organique. Dans un sol compacté, la densité apparente augmente, réduisant l'espace poral et rendant le sol plus dur et plus lourd.

Porosité et Ses Enjeux

La porosité représente le volume des "vides" du sol, les pores, par lesquels circulent l'eau et les gaz. Elle est cruciale non seulement par sa quantité mais aussi par la qualité de son organisation. On distingue les macropores, où circulent l'air et l'eau, et les micropores, où l'eau est stockée. L'enjeu majeur est de maintenir un réseau continu de porosité sans ruptures. Les outils de travail du sol tendent à créer de la macroporosité, tandis que la vie biologique génère une macroporosité reliée à la microporosité, observation clé dans les sols en ACS.

Schéma de la porosité du sol (macropores et micropores)

Sensibilité des Sols à la Compaction

Tous les sols ne réagissent pas de la même manière au tassement. Plusieurs facteurs déterminent leur sensibilité :

  • Texture du sol : Les limons et les sables confèrent une plus grande sensibilité au tassement, surtout en sol acide. Les argiles, quant à elles, augmentent la résistance au tassement en conditions sèches, mais deviennent très vulnérables en conditions humides en raison de leur forte capacité de rétention d'eau. Cependant, les cycles de gel-dégel et de rétraction-dilatation des argiles peuvent favoriser une fissuration profonde et une décompaction naturelle.
  • Présence de pierres : Les éléments grossiers, comme les pierres, réduisent la sensibilité à la compaction en maintenant une certaine porosité et en absorbant une partie de la pression exercée par les engins.
  • Teneur en eau : L'eau diminue la cohésion des particules du sol, rendant les modifications structurales plus faciles. Un passage sur un sol mal ressuyé provoque donc davantage de dégradations structurales qu'un passage sur sol sec.
  • Matière organique et calcium : Ces éléments sont des facteurs de stabilité de la structure du sol. Ils favorisent la formation de complexes argilo-humiques et de ponts calciques, renforçant la cohésion des particules. L'ACS, en augmentant la matière organique, améliore la stabilité structurale et permet une entrée plus rapide dans les parcelles sans compaction excessive. Les racines des cultures et des couverts végétaux contribuent également à cette stabilité.

Impacts Négatifs de la Compaction

La compaction du sol a des répercussions néfastes à plusieurs niveaux :

  • Sur les cultures :
    • Tassement de surface : En année humide, il entraîne une mauvaise infiltration de l'eau et une asphyxie racinaire, réduisant la productivité. En année sèche, il limite l'enracinement, en particulier pour les racines pivotantes et les tubercules, avec un risque d'asphyxie.
    • Tassement profond : En année humide, l'impact est limité car la résistance du sol à la pénétration racinaire est réduite par l'humidité. En revanche, en année sèche, il affecte la productivité en limitant l'accès des racines aux ressources profondes.
  • Sur l'environnement : La compaction entrave la circulation de l'eau et des éléments minéraux, augmentant la conversion de ces derniers en formes gazeuses (ex: azote) et leur échappement dans l'atmosphère, entraînant des pertes financières et des émissions de gaz à effet de serre. Elle peut également provoquer une acidification du sol en surface et une érosion accrue due au ruissellement de l'eau.

Environnement : le rôle clé des cultures de couverture dans la préservation des sols

Les Causes de la Compaction et Stratégies pour l'Éviter

Pour prévenir la compaction, il est crucial d'identifier et de comprendre ses principales causes :

1. La Circulation des Engins

La circulation d'engins agricoles est une source majeure de compaction. On distingue les tassements superficiels (0-10 cm) et les tassements profonds (20-30 cm et au-delà).

  • Tassement de surface : Principalement provoqué par la pression exercée sur le sol, il dépend de la qualité des pneumatiques et de la fréquence des passages. Une surface de contact des pneus maximale est souhaitable. À masse égale, la pression au sol peut doubler entre un pneu de 600 mm et un de 900 mm de largeur. La pression de gonflage joue un rôle essentiel : une pression réduite (ex: de 1.5 bar à 0.8 bar) augmente la longueur de l'empreinte et diminue la pression au sol. Les pneus radiaux, par leur meilleure déformation, offrent une meilleure surface de contact que les pneus diagonaux. Un diamètre de pneu plus important augmente la longueur de l'empreinte, permettant de réduire la largeur pour une surface de contact équivalente. L'effet du nombre de passages se manifeste dès le premier : les passages ultérieurs, à charge égale, accentuent la compaction de surface sans affecter la profondeur. Il est donc préférable d'effectuer plusieurs passages légers plutôt qu'un seul passage lourd, car le sol peut plus facilement retrouver une bonne porosité de surface qu'en profondeur. L'utilisation de chenilles peut augmenter la surface de l'empreinte, mais l'impact dépend de la tension de la bande de roulement et du nombre de galets, avec des "pics" de pression sous ces derniers.
  • Tassement en profondeur : Au-delà de 25 cm, le tassement est principalement lié à la charge par essieu. Il est recommandé de ne pas dépasser 17 tonnes par essieu pour éviter une compaction au-delà de 30 cm, même en sol proche de la capacité au champ.
  • Gestion des passages : Si le sol est sec en profondeur, il est plus résistant, limitant le risque de tassement profond. Il est alors préférable de privilégier la "marche en crabe" pour réduire l'intensité du tassement de surface. En revanche, si le sol est humide en profondeur, le risque de tassement profond est élevé. Dans ce cas, il est conseillé d'opter pour la "marche roue dans roue" afin de limiter la zone affectée par les tassements profonds, le second passage n'augmentant pas la profondeur du tassement.
  • Télégonflage : Cette technologie permet d'adapter rapidement la pression des pneus à l'utilisation (route ou parcelle). Une pression réduite augmente la surface de contact au sol par déformation latérale et longitudinale du pneu. Cependant, il est crucial de rester vigilant : au-delà d'une certaine charge, et en deçà de la pression minimale supportée par le pneu, la déformation cesse, et la pression au sol et le tassement augmentent, risquant de dégrader la structure du pneu. Le télégonflage, s'il est mal utilisé, pourrait inciter à des charges plus lourdes, compactant davantage le sol en profondeur.

2. Travail du Sol

Le non-travail du sol est un pilier de l'ACS. Un travail du sol superficiel, bien que moins impactant que le labour conventionnel, peut néanmoins perturber la structure naturelle du sol. Ces opérations brisent les agrégats, réarrangent les particules, et diminuent la porosité, rendant le sol plus dense et plus vulnérable à la compaction. De plus, ce "grattouillage" accélère la décomposition de la matière organique et empêche la formation du mulch de surface, pourtant crucial pour maintenir la structure du sol et favoriser la formation d'agrégats. L'activité microbienne, essentielle à cette formation d'agrégats stables, est également altérée.

3. Le Semis

Les semoirs de semis direct, bien que minimisant la perturbation du sol, ne doivent pas être négligés en termes de poids. Une vigilance particulière est de mise lors du semis pour évaluer l'état du sol. L'impact du semoir se manifeste à deux niveaux :

  • Les roues : En conditions humides, les roues situées derrière les éléments semeurs peuvent entraver la levée en compactant la surface du sol, limitant son aération.
  • Les éléments semeurs : Le risque est de former des "murailles" et de ne pas produire de terre fine. En cas de pluie, l'eau stagne dans le sillon, entraînant la pourriture du grain. En période sèche, les racines peinent à franchir ces murailles. L'importance de semer sur un sol bien ressuyé avec un semoir correctement réglé est donc primordiale.

4. La Gestion du Pâturage des Animaux

Une gestion optimisée du pâturage est essentielle pour éviter la compaction. Une prairie sous-valorisée engendre des refus et des zones surexploitées, tandis qu'une prairie surpâturée favorise une évolution rapide de la flore due à la compaction. Le pâturage tournant dynamique, avec un temps de présence court (0.5 à 2 jours maximum) et un chargement adapté (entrée des animaux avec une herbe au stade 3 feuilles, sortie avant que la gaine ne soit touchée), est une solution efficace. Une infrastructure herbagère bien organisée (chemins stabilisés, entrées et sorties à chaque paddock, réseau d'eau mobile, haies coupe-vent) facilite grandement cette gestion.

5. La Compaction Naturelle

La compaction naturelle des sols est principalement due à l'eau :

  • Gel : L'eau se transforme en glace, augmentant son volume et exerçant une pression sur les particules du sol. Lors du dégel, l'eau reprend son état liquide, mais les particules ne retrouvent pas toujours leur position initiale, entraînant une compression et une diminution de la porosité.
  • Sécheresse et réhumectation : En l'absence d'eau, les particules du sol se contractent, réduisant la porosité. Lors des précipitations, le sol absorbe l'eau, les particules se dilatent, mais la structure peut ne pas entièrement se détendre, entraînant une certaine compaction.

En phase de transition vers l'ACS, la présence de racines vivantes limite l'impact de ces processus. Il est donc indispensable d'avoir des couverts et des cultures en bon état, en particulier en période hivernale, la plus propice à la compaction du sol.

Décompacteur ou Fissurateur : Choisir la Bonne Approche

Parmi les machines dédiées à l'agriculture de conservation des sols, le décompacteur et le fissurateur sont deux outils distincts, mais souvent confondus. Leur différence est cruciale en termes agronomiques.

Schéma comparatif décompacteur vs fissurateur

Le Décompacteur

Un décompacteur est un matériel de travail du sol profond qui vise à casser les semelles de labour. Ses dents droites et rigides, équipées de pointes ou de lames, agissent généralement entre 20 et 30 cm de profondeur, se positionnant le plus souvent sous la semelle. Régulièrement associé au terme "ameublisseur", il travaille le sol par soulèvement, voire par arrachement. À son passage, les horizons du sol se craquèlent en plusieurs morceaux, pouvant générer des zones creuses et une déstructuration. Cette action peut également entraîner des lissages importants si la dent est équipée d'une lame trop large ou si les conditions sont mauvaises. Le décompacteur est souvent utilisé en combinaison avec des outils de semis pour "relever" les traces de roues de tracteurs.

Le décompacteur requiert une puissance de traction importante en raison de son travail plus profond et du poids de certains matériels, entraînant une consommation accrue en énergie fossile et des rejets de gaz à effet de serre proportionnellement équivalents. Il aère le sol, améliore le drainage et casse les semelles de labour. Cependant, son utilisation demande une vigilance accrue. Il est fortement déconseillé de décompacter avec un matériel lourd en milieu humide, sous peine de créer un lissage et de provoquer des tassements. Un décompacteur peut laisser des blocs difficiles à reprendre en conditions séchantes.

Le Fissurateur (Exemple : Actisol)

Le fissurateur, à l'inverse du décompacteur, travaille verticalement avec une dent droite (ex: la dent Actisol, de 20 à 30 cm), en créant une onde de fissuration sans retournement de terre, et donc sans bouleversement des horizons. Cette action génère un léger foisonnement de surface propice aux échanges avec l'atmosphère.

Décompacter son sol avec un fissurateur s'inscrit dans une logique d'agriculture de conservation des sols. L'objectif principal est de respecter l'organisation naturelle du sol, en décolmatant tout en conservant ses horizons. Cette technique est particulièrement appréciée des agrobiologistes car elle :

  • Conserve la couche arable fertile : Riche en humus, elle reste disponible pour les cultures. Cet horizon humique, dense en matières végétales, doit rester au contact de l'atmosphère pour isoler et protéger le sol.
  • Laisse en place les couches inférieures du sol : Ces couches, moins fertiles voire parfois stériles, ne sont pas remontées.
  • Respecte la vie microbienne : Les bactéries aérobies (nécessitant de l'oxygène) restent dans la couche arable, et les anaérobies (vivant sans oxygène) dans les couches profondes.
  • Ameublit les terres en profondeur et en largeur sans affiner : Un sol excessivement fragmenté se reprendra plus facilement en masse avec l'eau, augmentant le risque de "croutage". La fissuration réduit ce risque.
  • Respecte la biodiversité du sol : Elle maintient un sol vivant et fertile.

Ainsi, recourir à la fissuration relève d'une volonté de travailler avec le sol et non de le considérer comme un simple support. Il s'agit de permettre au sol de nourrir la plante et de créer les conditions d'un développement racinaire profond. Il s'agit également de travailler en corrélation avec les organismes vivants du sol qui aident au rendement des cultures en leur garantissant un habitat et des ressources.

La dent fissuratrice Actisol, par exemple, est d'une grande polyvalence. En plus de fissurer le sol, elle peut scalper, déchaumer et préparer un lit de semence. Actisol a été un précurseur de la fissuration dans les années 60, avec la méthode Lemaire-Boucher, qui consiste à travailler le sol sans le retourner. La marque Actisol, dont l'étymologie est "l'outil qui active le sol", a été déposée par M. LEMAIRE. La dent Actisol exerce une pression d'environ une tonne à sa pointe. Montée sur un châssis, cette dent "pianote" et produit des impacts qui se propagent sur 20 à 25 cm autour pour fragmenter la semelle de labour. Elle assouplit la structure jusqu'à 30 cm de profondeur selon les conditions. Le double rouleau tandem monté à l'arrière du châssis assure la stabilité et le réglage de la profondeur de travail. Après le passage de l'outil, le sol est nivelé, aéré et conserve toute sa portance.

Sous-soleuse et Décompacteur : Nuances et Applications

Une sous-soleuse (ou décompacteur, ripper en anglais) est un outil agricole de travail en profondeur du sol, généralement à des profondeurs supérieures à celles du labour conventionnel. Les sous-soleuses et les décompacteurs fonctionnent sur le même principe, la sous-soleuse étant souvent considérée comme travaillant plus profondément. La profondeur de travail dépendra du terrain et du profil géologique. Les sous-soleuses sont indispensables à la création de "keylines" et sont à considérer en présence d'un sol très hydromorphe, pour casser la semelle argileuse en profondeur avant que des couverts à racines structurantes ne prennent le relais. Le sous-solage est une action curative, visant à corriger une compaction déjà présente.

La sous-soleuse Keyline, ou charrue Keyline (Keyline Plow), est une version perfectionnée de la sous-soleuse traditionnelle, développée par P.A. Yeomans dans les années 1940. Son soc repose à un angle de 25°, minimisant la surface de contact avec le sol et créant un soulèvement qui favorise une décompaction "explosive" dans des conditions favorables. Les pointes dites "wombat" sont inspirées de l'action de creusement des wombats et visent à optimiser la décompaction avec un minimum de lissage. La sous-soleuse Keyline est utilisée selon un motif spécifique, en combinaison avec une gestion intelligente de la récolte, du stockage et de l'irrigation de l'eau. L'amélioration de l'aération et de l'hydratation du sol stimule la vie microbienne bénéfique. Dans le cadre du Keyline Design, elle suit un motif de culture qui prend en compte la topographie (crêtes principales, vallées primaires). Le motif de culture Keyline est créé en décalant des lignes parallèles à une ligne directrice formée à partir des Keylines et des contours des crêtes primaires.

Le moment opportun pour utiliser la sous-soleuse Keyline est crucial : les conditions de sol ne doivent être ni trop humides ni trop sèches. Des tests sont importants pour déterminer le besoin réel de décompaction. Elle peut également être utilisée pour la préparation du sol en vue de la plantation d'arbres et de cultures pérennes. Son adaptation à tous les types de paysages doit être évaluée par des tests rigoureux.

Le sous-solage est une technique ancestrale de reprise des sols. Il permet de décompacter progressivement les horizons de sol. Les dents, souvent amovibles, peuvent descendre de 7 à 48 cm. Ainsi, progressivement, les profondeurs d'enracinement peuvent augmenter à mesure que les horizons de sol sont prospectables, grâce à une structure de sol plus aérée. L'effet de la décompaction débloque les minéraux et relance une dynamique biologique des sols, accroissant la fertilité par l'activité biologique et une profondeur d'enracinement accrue. Enfin, selon le motif de circulation, la sous-soleuse peut modifier la circulation de l'eau et améliorer l'humidité de la parcelle. L'eau gravitaire s'infiltre et suit les sillons formés par les dents.

Sous-soleuse Keyline en action dans un champ

Diagnostic et Choix du Matériel de Décompactage

Avant de recourir au décompactage, un diagnostic précis de la situation est indispensable. Cela implique de connaître les caractéristiques de la parcelle et de définir clairement les objectifs du sous-solage.

Étapes du Diagnostic

  1. Examen du profil de sol : Des examens réguliers sont nécessaires pour connaître la profondeur de la compaction (Weill, 2009; Ball, 2007).
  2. Mesures au pénétromètre : Elles complètent les examens du profil pour évaluer la constance de la présence et de la profondeur de la zone compacte. Elles ne remplacent toutefois pas les examens visuels.
  3. Analyse du drainage et de la topographie : Le plan de drainage souterrain et la topographie du terrain doivent être examinés.
  4. Test bêche : Un outil simple et efficace pour évaluer l'état structural du sol avant intervention.

Si l'observation révèle un état structural favorable (absence de zones compactes ou tassées), aucune restructuration n'est nécessaire. En présence de tassements, trois critères orientent les actions correctives :

  • L'exigence de la culture à venir vis-à-vis de l'état structural du sol.
  • L'intensité du tassement.
  • La profondeur concernée par le tassement.

Les cultures sensibles au tassement nécessitent une restructuration dès qu'un tassement est visible, même si une régénération naturelle a commencé. Pour conserver l'humidité du sol pour la culture ou le couvert suivant, il est préférable d'utiliser un outil qui perturbe le moins possible le sol et qui permet de refermer rapidement le travail. Pour tous les outils à dents, la pointe de la dent doit passer 5 à 10 cm en dessous de la couche tassée pour que celle-ci puisse être fissurée sur toute la surface. Sinon, des zones tassées persisteront entre les dents, aggravant le problème. Il faut cependant veiller à ne pas travailler un horizon qui n'a jamais été travaillé pour ne pas fragiliser sa structuration naturelle, souvent plus stable que celle résultant du travail du sol.

Critères de Choix d'une Sous-soleuse

Le choix d'une sous-soleuse doit être guidé par l'objectif recherché et les caractéristiques du champ, en tenant compte des critères suivants :

  • Le degré de bouleversement de la surface du sol tolérable après l'opération.
  • Le degré d'ameublissement recherché dans l'ensemble du profil.
  • La gravité de la compaction et la profondeur de la zone compacte.

Types de socs de sous-soleuse

Composantes d'une Sous-soleuse

Les trois principales composantes sont le bâti, les étançons et les socs. L'ensemble soc-étançon forme la dent (CPVQ, 2000). Certaines sous-soleuses peuvent être équipées de disques à l'avant des dents et d'un rouleau compacteur à l'arrière, servant également à stabiliser la profondeur de travail. L'espacement entre les dents varie et doit être adapté aux besoins (au Québec, souvent 76 cm pour les grandes cultures sarclées).

  • Bâtis : Ils peuvent être en V ou droits. Un bâti en V ou un bâti droit à deux rangées de dents alternées demande moins de puissance qu'un bâti droit à une seule rangée de dents.
  • Étançons : Il existe trois types principaux : droits, incurvés et paraboliques. Leur action et la puissance requise sont liées à leur angle d'attaque.
    • Étançon droit : Angle d'attaque de 90°, ne remonte pas la terre, limite le bouleversement du sol, mais requiert plus de puissance.
    • Étançon incurvé : Partie inférieure avec un angle d'attaque inférieur à 90°, force la terre à remonter, bouleverse souvent les sols argileux. Si la partie supérieure penche vers l'avant et que la profondeur de travail est excessive, la dent peut pousser le sol vers le bas, augmentant la puissance requise (Raper et Bergtold, 2006).
    • Étançon parabolique : Incliné latéralement, ne remonte pas la terre, ne bouleverse pas le sol et requiert un peu moins de puissance. La proportion de sol ameubli est également supérieure (Raper, 2006, 2007).
  • Socs (ou pointes) : Ils se distinguent par leur largeur, leur hauteur de soulèvement des ailettes ("wing lift height"), leur angle d'attaque et leur longueur.
    • Largeur des socs : Les socs peuvent être étroits (2.5 à 12.5 cm) ou larges avec des ailettes (15 à 30 cm). Les ailettes, fixées sur le soc ou l'étançon, permettent d'ameublir une proportion de sol beaucoup plus importante, de diminuer la puissance requise par unité de volume ameublie et d'augmenter la profondeur critique. Bien qu'une dent avec ailettes augmente la puissance requise de 10 à 20%, l'augmentation du volume de sol ameubli permet d'augmenter l'espacement entre les dents de 30% et de diminuer le nombre de dents pour une largeur donnée d'ameublissement.
    • Angle d'attaque et longueur du soc : Pour une bonne pénétration et un ameublissement optimal, l'angle d'attaque devrait être de 20 à 25°. Un angle plus faible par rapport à l'horizontale facilite la pénétration. Pour une même hauteur de soulèvement, un soc plus long pénètre plus facilement. Un angle d'attaque trop important (rare sur les sous-soleuses commercialisées) pousse le sol vers l'avant au lieu de le soulever, entraînant une compression plutôt qu'une décompaction.

Effets du Sous-solage : Ameublissement ou Compression ?

Selon l'état du sol (densité, humidité), les dents de sous-soleuse peuvent soit ameublir soit compacter le sol.

  • Ameublissement du sol : Il est obtenu par fissuration par compression ou par tension. Dans le premier cas, le soc exerce une force de compression qui fracture et soulève le sol. Les mottes résultantes se déplacent vers le haut et se réorganisent en retombant. Le sol se dilate et s'ameublit. Pour que le sol s'ameublisse, il doit être suffisamment sec pour être soulevé par la force du soc. Dans le second cas (fissuration par tension), le sol est simplement soulevé, créant des fissures, notamment lorsqu'il passe sur des ailettes.
  • Compression du sol autour du soc : Lorsque la profondeur de sous-solage augmente, la résistance du sol au soulèvement croît. À une certaine profondeur (profondeur critique), il devient plus facile pour le sol de se déplacer latéralement plutôt que vers le haut. Le sol se comprime alors le long du soc et de la partie inférieure de l'étançon, entraînant une compaction ou un lissage en profondeur. Plus la profondeur de sous-solage est importante et plus le sol est argileux, plus le risque de compression est grand.
  • Profondeur critique : C'est la profondeur de travail maximale à laquelle le sol se fissure et se soulève du soc vers le haut. En dessous de cette profondeur, il se comprime latéralement. Si la sous-soleuse travaille à une profondeur supérieure à la profondeur critique, l'effet de fissuration est moindre et la puissance requise du tracteur est plus importante.
    • Humidité du sol : Plus l'humidité est élevée, plus le sol est plastique, se déforme et se comprime facilement autour du soc, réduisant la profondeur critique. Plus le sol est sec, plus il est dur, et plus la résistance au soulèvement est élevée. Si le sol est humide en profondeur (facile à comprimer) et sec en surface, la pointe de la sous-soleuse comprimera le sol humide, réduisant la profondeur critique. Il faut donc une humidité optimale, quand le sol est friable.
    • Densité du sol : Un sol argileux très compact, dense et dur contient peu d'eau et aura tendance à se fracturer plutôt qu'à se comprimer, augmentant la profondeur critique.
    • Règle empirique : Pour une dent unique en conditions friables, la profondeur critique est d'environ 6 fois la largeur du soc. Pour un soc de 7.5 cm, la profondeur critique serait de 45 cm. Il est essentiel de vérifier le travail par des profils de sol.
  • Conséquences du travail sous la profondeur critique :
    • Puissance requise beaucoup plus importante.
    • Volume de sol ameubli moindre, objectif d'ameublissement non atteint.
    • Le sol est compacté (lissé) en profondeur.
    • Des passages répétés sous la profondeur critique créent une couche compacte mécanique irrémédiable.

Géométrie de la Zone Ameublie

La forme de la zone ameublie dépend de la texture du sol et de l'importance de la compaction :

  1. Sols légers ou argileux peu compacts : Les plans de moindre résistance se situent entre les petites unités structurales (grains de sable, limon ou petits agrégats). La zone ameublie est en V ou en U évasé.
  2. Sols argileux compacts avec plans de faible résistance : Le sol se brise le long de plans de faible résistance entre les grosses mottes ou fissures. La géométrie de la zone ameublie n'a pas une forme de V.
  3. Sols argileux compacts sans plan de moindre résistance défini : Le sol se brise entre les petites particules ou en grosses mottes massives et irrégulières, avec une géométrie similaire aux situations 1 ou 2.

Géométrie de l'ameublissement du sol par une sous-soleuse

Volume de Sol Ameubli

Il est influencé par l'espacement entre les dents, la largeur des socs, la profondeur de travail et la présence de dents travaillant à faible profondeur à l'avant. L'ajout d'ailettes augmente le volume de sol ameubli.

  • Profondeur de travail : En sols très argileux et compacts, si les dents passent plus de 5 cm sous la couche compacte, les socs risquent de comprimer le sol meuble sans effet d'éclatement. Les étançons ne font alors qu'une fente dans la couche compacte.
  • Ajout de dents plus petites et superficielles : Une rangée de dents travaillant à plus faible profondeur à l'avant des dents standards peut augmenter le volume de sol ameubli sans augmenter significativement la puissance requise.

Règles du Sous-solage et Bonnes Pratiques

Outre la géométrie des dents et leur espacement, l'ameublissement du sol est influencé par la vitesse d'avancement et la capacité des dents à travailler à la bonne profondeur, qui dépendent de la puissance du tracteur et du mécanisme de sécurité des dents.

1. Vitesse et Puissance

En général, la vitesse d'avancement doit être de 5 à 6 km/h pour un effet de fissuration suffisant. La puissance requise pour travailler un sol compact peut être 10 fois supérieure à celle d'un sol non compact. L'ajout d'ailettes (augmentant l'espacement entre dents de 30%) et de dents superficielles à l'avant des dents profondes (augmentant l'espacement de 25%) permet de diminuer le nombre de dents et de réduire la puissance totale requise. Le type d'étançon et son angle influencent beaucoup moins la puissance que le type de soc.

2. Mécanisme de Sécurité des Dents

La plupart des sous-soleuses sont équipées d'un système de sécurité par dent pour éviter la casse en cas d'obstacle (roche). Il peut s'agir de boulons de sécurité qui cassent, de ressorts ou d'un mécanisme hydraulique. Les systèmes à ressorts ou hydrauliques permettent à la dent de se soulever et de redescendre dans le sol.

3. Problèmes Observés en Sol Très Compact

Le problème le plus fréquent est un manque de puissance du tracteur, limitant la vitesse et obligeant à réduire la profondeur de travail. Il est possible de retirer des dents pour faciliter le travail et maintenir la profondeur choisie, en enjambant les passages précédents, même si cela prolonge le temps de travail. Avec certaines sous-soleuses, la décompaction profonde des argiles peut entraîner la formation de gros blocs, rendant le sol très inégal. Pour éviter cela, on peut décompacter progressivement, en commençant par un passage moins profond, ou travailler avec une rangée de dents plus petites.

Environnement : le rôle clé des cultures de couverture dans la préservation des sols

La Transition vers l'Agriculture de Conservation des Sols (ACS)

Arrêter l'utilisation de la charrue et s'engager dans l'agriculture de conservation ne se fait pas du jour au lendemain. Pour répondre au premier enjeu de l'ACS, l'arrêt du labour est inévitable. La mise en place de Techniques Culturales Simplifiées (TCS) est efficace pour atteindre progressivement l'objectif de non-travail du sol. Le décompactage est utile pendant cette transition avant d'arriver au semis direct pur. Il vise à ameublir le sol, réduire les zones de compaction et casser les semelles de labour. Il aère également le sol et forme des galeries.

Quelle que soit la texture du sol (argileux, limoneux, sableux), la période optimale de décompactage se situe généralement d'août à octobre, sur des sols ni trop secs ni trop humides. Avant l'intervention, il est toujours préférable de surveiller l'état du sol avec un test bêche. Une restructuration du sol sera nécessaire ou non selon la culture implantée, certaines étant plus sensibles au tassement (maïs, tournesol, betterave sucrière, chicorée, pomme de terre).

On distingue différents types de décompacteurs : portés, semi-portés, repliables, à dents Michel, à dents droites, etc. Les décompacteurs équipés de dents droites répondent aux exigences des TCS car ils travaillent par fissuration, perturbant moins les couches du sol que les dents courbées. Sur un sol très compacté, certains agriculteurs combinent leur décompacteur à un outil de préparation du sol (herse rotative) et à un semoir.

L'action d'ameublissement doit être raisonnée. Un bon diagnostic est indispensable pour évaluer l'ampleur des tassements. Si le sol est très sec, l'interprétation peut être difficile. Pour conserver l'humidité, il est préférable de privilégier un outil qui bouleverse le moins possible et qui permet de refermer immédiatement le travail. Il est impératif d'intervenir sur un sol friable : une motte doit s'émietter sans coller (ou peu pour les argileux) et donner de la terre fine. Si elle colle ou se déforme, le sol est trop humide. Si elle est difficile à briser, le sol est trop sec. L'observation de la surface n'est pas suffisante, il faut s'assurer que le sol est friable sur toute l'épaisseur travaillée.

Une fois la porosité régénérée, il est important de la pérenniser et d'éviter que les pluies n'entraînent la terre fine en profondeur ou que le sol ne se reprenne en masse pendant l'hiver. Le meilleur outil pour cela est la colonisation racinaire rapide du sol par un couvert ou une culture.

Agriculture Biologique de Conservation (ABC) : Une Nouvelle Voie

L'Agriculture Biologique de Conservation (ABC) émerge comme une solution face à l'érosion galopante et aux impasses du bio industriel. Sans pesticides ni labour, des pionniers expérimentent cette approche. Des arboriculteurs de la Drôme, confrontés à la dégradation de leurs vergers, ont réussi à décompacter leurs sols "sans mettre aucune machine dans le verger", mais grâce au vivant. Cette démarche illustre la volonté de l'association "Les Décompactés de l’ABC" de refuser les dogmes et d'inventer une agriculture capable de nourrir sans détruire.

L'ABC est née d'une double préoccupation historique : l'érosion éolienne (Dust Bowl) et l'érosion hydrique. Malgré les défis économiques, notamment en grandes cultures où des conversions ont échoué faute de résultats viables, l'ABC persévère. Les demi-tours sont souvent liés à des modifications de modes de culture insuffisantes face aux exigences de l'agroécologie. Les adeptes de l'ABC ont décidé de "toucher le moins possible au sol pour ne pas le dégrader". Réussir le non-labour sans herbicide ni engrais chimiques a nécessité quinze ans d'expérimentations.

Face au manque de recherche académique sur l'ABC, l'association adopte une posture originale : "On a une association de recherche, mais sans chercheur". Les équipes innovent sur le terrain, puis sollicitent les scientifiques pour comprendre les mécanismes à l'œuvre. Le slogan de l'association, "Décompacter les cerveaux avant les sols", souligne l'importance de remettre en question les idées reçues. Philippe Nouvellon, administrateur des Décompactés de l'ABC, affirme la nécessité de l'agroforesterie : "L’arbre remonte l’eau, remonte les éléments fertilisants, stabilise les sols, augmente le taux de carbone bien plus vite que les couverts végétaux." En grandes cultures, le constat est sévère : "On a tout perdu en matière d’agroécologie, on n’a plus d’animaux, ni d’arbres". La réintroduction de bandes agroécologiques tous les cinquante mètres, avec des trognes et des haies diversifiées, offre une solution. L'argument de la perte de production est balayé : "Ce n’est rien du tout par rapport à la production de la parcelle."

Arbres dans les champs pour l'agroforesterie

Idées Reçues sur la Compaction

Certaines idées reçues persistent concernant la compaction des sols :

  • "Si je ne marque pas, je ne compacte pas" : Faux. Les pneus larges peuvent réduire les ornières, mais cela ne garantit pas l'absence de tassement en profondeur. Les ornières se forment surtout lorsque les sols sont saturés en eau, tandis que les tassements surviennent dans une plage d'humidité plus étendue autour de la capacité au champ.
  • "Plus j'ai de la MO, moins j'ai de compaction" : Faux. Le taux de matière organique a peu d'incidence directe sur la sensibilité du sol à la compaction. Le mulch de surface peut éviter la formation d'ornières sans empêcher un tassement plus profond. L'intérêt de la matière organique réside dans sa capacité à abriter davantage d'organismes vivants, créant une microporosité liée à la macroporosité plus résiliente face au tassement, à condition que celui-ci ne soit pas trop sévère.
  • "Les cultures pérennes empêchent la compaction" : Vrai. Les cultures pérennes ont un système racinaire beaucoup plus performant que les cultures annuelles, contribuant à structurer et à stabiliser le sol en profondeur, réduisant ainsi le risque de compaction.

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