La propreté d'une ferme est fondamentale pour élever des chèvres en bonne santé et épanouies. Le nettoyage quotidien des déjections dans l’abri est impératif, car elles constituent un terreau fertile pour les mouches et autres insectes, en particulier lorsque combinées au foin. Un balayage régulier de l'enclos et de l'abri contribue à maintenir les chèvres à l'écart des parasites. Au-delà de l'hygiène, les éleveurs doivent considérer les différentes manières de valoriser les déchets de leurs chèvres, qui représentent une ressource précieuse.

Une chèvre peut produire une quantité étonnamante de déchets. On estime que le fumier produit par une seule chèvre, incluant ses déjections, le foin et les restes de nourriture, peut excéder 1000 kg par an. Cette quantité substantielle ne doit pas être sous-estimée et offre de nombreuses opportunités de valorisation. Les éleveurs peuvent utiliser ce fumier comme fertilisant pour leurs cultures, le céder à une association agricole locale, ou le vendre à un marchand. Le fumier de chèvre est reconnu comme un excellent fertilisant pour les herbes, les légumes, les arbres et d'autres cultures.
Caractéristiques Uniques du Fumier de Chèvre
Les fumiers de chèvres et de moutons se distinguent par leur forme granulée et leur siccité, ce qui les rend plus faciles à collecter et à épandre comparativement à de nombreux autres fumiers animaux. Cette caractéristique granulaire favorise une meilleure circulation de l'air initiale dans les tas de compost, accélérant ainsi le processus de décomposition. Ces fumiers sont également presque inodores et attirent moins d'insectes, un avantage considérable pour l'environnement de la ferme.
En termes de composition nutritionnelle, le fumier de chèvre et de mouton offre un équilibre de nutriments essentiels (N, P, K) et de micronutriments. Il contient environ 2,2% d'azote, 0,3% de phosphore et 3,0% de potassium, ainsi que 25% de carbone organique. Contrairement à certains fumiers comme celui de poulet, il ne risque pas de "brûler" les plantes lorsqu'il est appliqué directement, permettant une utilisation sous forme fraîche, de paillis ou de compost selon les besoins. Le fumier de chèvre et de mouton n'est pas fortement acide, ce qui est bénéfique pour la plupart des sols.
Le fumier de chèvre est particulièrement riche en potassium, un élément essentiel pour une bonne croissance des légumes, des arbres fruitiers et un développement robuste des racines. Il contient également de l’azote, qui favorise la croissance des « légumes feuilles », et du phosphore, important pour la floraison et la fructification. C'est aussi une excellente source de matière organique, améliorant la structure du sol en le rendant plus aéré et en augmentant sa capacité à retenir l’eau.

Cadre Réglementaire du Stockage du Fumier
L'utilisation efficace du fumier représente un défi majeur tant pour les éleveurs que pour l'environnement. Afin de limiter les impacts sur l'environnement et les nuisances pour les riverains, le stockage du fumier est soumis à une réglementation stricte. En France, les exploitations peuvent être concernées par deux principaux cadres réglementaires : le Règlement Sanitaire Départemental (RSD) et la Directive Nitrates.
Le Règlement Sanitaire Départemental (RSD)
Le Règlement Sanitaire Départemental (RSD) impose des prescriptions en matière d'hygiène et de salubrité et s'applique à tous les détenteurs d'animaux, qu'ils soient amateurs ou professionnels. Ce règlement, consultable en mairie, définit plusieurs aspects cruciaux pour la gestion du fumier, y compris pour les équidés, dont la gestion présente des similitudes avec celle des caprins en termes de stockage et de manipulation des effluents.
Le RSD établit :
- Les distances minimales d’implantation des bâtiments et des zones de stockage du fumier par rapport aux tiers ou à d'autres activités.
- Les dispositions concernant l'entretien et le fonctionnement du logement des animaux.
- Les modes de stockage et d'évacuation des déjections.
Il est impératif de se référer au RSD local avant toute conception ou aménagement d'une structure d'élevage ou de stockage.
Caractéristiques du Lieu de Stockage : la Fumière
Selon le RSD, hors zone vulnérable ou en zone vulnérable, les fumiers doivent obligatoirement être déposés sur "une aire étanche, munie d'un point bas permettant de collecter les liquides d'égouttage et eaux pluviales à l'aide de canalisations vers des installations de stockage étanches ou traitement des effluents" (fosse). La gestion et l'entretien de ces ouvrages de stockage doivent garantir la maîtrise de tout écoulement dans le milieu naturel, ce qui est interdit par la réglementation. Toutes les eaux de nettoyage des bâtiments et annexes, ainsi que les eaux susceptibles de ruisseler sur les aires bétonnées, doivent être collectées par un réseau étanche et dirigées vers des installations de stockage ou de traitement des eaux résiduaires ou des effluents, afin qu'aucun écoulement ne se produise dans la nature (référence RSD Article 155-2). Les fosses peuvent être couvertes pour éviter de stocker des eaux de pluie ou prévenir les émissions de gaz à effet de serre.

La Directive Nitrates
La Directive Nitrates (directive européenne du 12/12/1991 et arrêté du 19/12/2011) a été instaurée pour lutter contre la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole. Elle concerne l'azote sous toutes ses formes provenant des effluents des structures agricoles. En France, elle est transposée en un plan d’action national (PAN) que chaque région décline en un plan d’action régional (PAR), définissant les mesures de stockage et d’épandage des effluents.
Des zones dites « vulnérables » sont définies selon les bassins, et des mesures spécifiques y sont appliquées : maîtrise de la fertilisation azotée, gestion de l'interculture, mise en place de bandes enherbées le long des cours d'eau, etc. Les zonages et les PAR sont révisés tous les quatre ans.
Lorsqu’une exploitation est située en zone vulnérable, la Directive Nitrates vient s’ajouter aux prescriptions du RSD. Toutes les terres et tous les animaux de l'exploitation, qu'ils soient ou non en zone vulnérable, sont pris en compte dans l'application de cette directive.
Capacité de Stockage
La capacité de stockage nécessaire est calculée en fonction du nombre et des catégories d’animaux. La durée réglementaire de 2 mois de stockage s'applique également s'il est démontré que l'utilisation du fumier, au cours de l'année, sur des terres agricoles ou par des exports de fumier datés sur le calendrier, permet une gestion adéquate des effluents avec une capacité de fumière inférieure à 5 mois. Cette démonstration est réalisée par un diagnostic établi par un conseiller agricole selon la méthode DeXeL.
Les calculs de la capacité de stockage sont établis avec la méthode de diagnostic DeXeL, mise en œuvre et actualisée par l’Institut de l’Élevage (Idele) et reconnue par le Ministère de l’Écologie et du Développement Durable, le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche et les Agences de l’eau. Ce diagnostic est établi par un agent technique agréé et détermine les facteurs potentiels de pollution de l’eau provenant des bâtiments, des équipements et des pratiques d’épandage des effluents. Il est recommandé de contacter un conseiller « bâtiment » de la Chambre d’Agriculture pour calculer la capacité nécessaire de la surface de stockage du fumier.
Du fumier au fertilisant : la boucle du digestat, un engrais naturel issu de la méthanisation
Dépôt au Champ du Fumier
Le dépôt au champ du fumier directement sorti des écuries est interdit, quel que soit le lieu ou la zone. Une distance d'éloignement d'au moins 50 mètres des habitations est établie. Il est crucial de se renseigner auprès de la mairie et de consulter le RSD local concernant l'autorisation de dépôt au champ.
Nature de l'Effluent
Lors de la constitution du dépôt au champ, le fumier doit être compact et tenir naturellement en tas, sans produire d'écoulement latéral de jus. Le tas doit être constitué de façon continue pour obtenir un produit homogène et limiter les infiltrations d'eau. Les mélanges avec des produits différents qui n'auraient pas ces caractéristiques sont interdits. Le fumier de cheval, par exemple, issu d'un curage régulier des boxes, est généralement pailleux et considéré par les instances réglementaires comme du fumier « très compact, non susceptible d’écoulement ».
Quantité et Durée
Le volume du dépôt doit être adapté à la fertilisation des parcelles réceptrices. La durée de stockage au champ ne peut dépasser 10 mois, et le retour du stockage sur un même emplacement n’est pas autorisé avant un délai de trois ans. Le stockage au champ est parfois précédé d’une maturation du fumier de 2 mois en bâtiment.
Lieu d'Épandage
Le dépôt peut être réalisé sur prairie ou sur un lit de matériaux absorbants (paille, copeaux…). Si l'épandage est effectué sur des terres labourables à moins de 100 mètres des habitations, il doit être immédiatement suivi d'un labour (enfouissement au plus tard le lendemain). L'épandage de fumier/compost peut être réalisé toute l'année, même sur des sols pris par le gel. Pour le fumier de cheval, considéré comme un fumier compact pailleux de type I (rapport C/N>8), il n'y a généralement pas de période d'interdiction d'épandage et le dépôt temporaire au champ est autorisé. La quantité d'azote organique issue des effluents que l'exploitant peut épandre est plafonnée à 170 kg d'N/ha.
Le stockage au champ est interdit ou limité en hiver - particulièrement en zone vulnérable - car les plantes ne peuvent absorber le nitrate durant cette période d'arrêt végétatif. Le volume de dépôt doit être adapté à la taille des parcelles où aura lieu l’épandage. Le fumier au champ est disposé en andains (bande continue). Le tas doit être constitué en cordon de 1,5 mètre de hauteur maximum afin de limiter les infiltrations. Les fumiers de volaille, par exemple, doivent être recouverts d’une bâche.
Compostage du Fumier de Chèvre : Une Stratégie de Valorisation Optimale
Le compostage est la manière la plus courante et efficace de valoriser pleinement le fumier de chèvre. Le fumier frais ne doit généralement pas être appliqué directement. D'une part, les crottes de chèvre fraîches contiennent des agents pathogènes, des parasites et leurs œufs, ainsi que d'autres substances nocives. D'autre part, la fermentation des crottes de chèvre fraîches dans le sol peut générer de la chaleur, risquant de brûler les racines des plantes.
Le compostage permet aux micro-organismes de digérer les matières organiques et de les convertir en nutriments. La chaleur produite pendant le processus de compostage, qui peut atteindre 60 à 70 °C, est suffisante pour tuer les agents pathogènes et les graines de mauvaises herbes. Cette méthode est également appropriée pour d'autres fumiers animaux, comme le fumier de cheval ou la bouse de vache.
Processus de Compostage
Pour un compostage réussi du fumier de chèvre, il est essentiel de se concentrer sur l'humidité (idéalement entre 50% et 60%), la température et la teneur en oxygène. Le processus de compostage est intrinsèquement une activité microbienne. Ces micro-organismes consomment de l'oxygène et de l'eau pour transformer les matières organiques en nutriments. Une chaleur excessive, si elle n'est pas gérée, peut nuire aux micro-organismes eux-mêmes.

Préparation des Matières Premières
En plus du fumier de chèvre, il est judicieux d'ajouter des matières auxiliaires telles que la sciure de bois, la paille ou les coques de riz. Ces ajouts permettent d'ajuster l'humidité, la perméabilité à l'air et le rapport carbone/azote (C/N). L'ajout de farine de maïs, par exemple, peut fournir des glucides aux micro-organismes et aux cultures fermentées, stimulant ainsi le processus.
Mise en Tas et Brassage
Les matières premières, composées du fumier de chèvre et des auxiliaires, peuvent être empilées en longues rangées (andains) ou placées dans des fosses de fermentation. La dernière étape cruciale est de retourner régulièrement le tas de compost jusqu'à la fin de la fermentation. Le compost caprin est réputé plus sec (43% de matière sèche en moyenne, soit 8 à 10% plus élevé que les composts d’ovins ou de bovins), ce qui peut rendre le compostage légèrement plus délicat, mais le produit final est d'excellente qualité.
Des équipements spécifiques facilitent ce processus :
- Retourneur de compost d'andains de bouses de chèvre : Il existe des retourneurs automoteurs (à quatre roues, flexibles et faciles à utiliser) et des retourneurs sur chenilles (stables pendant le travail). Ces machines, généralement alimentées au diesel, ne nécessitent qu'une seule personne pour leur fonctionnement.
- Retourneur de compost à rainure : Ce type de machine se déplace le long des parois parallèles d'une rainure, et son appareil de brassage retourne le fumier de chèvre. Il est contrôlé par une armoire électrique, ce qui simplifie son utilisation.
Le compost de fumier de chèvre résultant est meuble, noir et inodore, constituant un excellent engrais organique.
Transformation du Compost en Produits Commercialisables
Au-delà de l'usage personnel, la production et la vente d'engrais organiques à base de fumier, qu'il soit séché, composté ou granulé, peuvent générer des revenus.
Fabrication de Poudre Fine de Fumier de Chèvre
Après le compostage, le fumier fermenté peut présenter une certaine agglomération. Pour obtenir une poudre fine, il est nécessaire de :
- Broyage : Utiliser un broyeur de compost pour éliminer l'agglomération et produire une poudre fine. Un broyeur à marteaux capable de traiter des matériaux semi-humides est efficace.
- Tamisage : Un tamis à compost est indispensable pour garantir la pureté de l'engrais et améliorer sa qualité. Les matériaux surdimensionnés sont redirigés vers le concasseur.
Production de Granulés d'Engrais de Fumier de Chèvre
La transformation du compost de fumier de chèvre en granulés d'engrais offre des avantages significatifs en termes de commodité pour l'application, le transport et le stockage. Le processus de production complet des granulés inclut plusieurs étapes :
- Processus de Broyage : Avant la granulation, le compost de fumier de chèvre doit être finement broyé pour obtenir des matériaux en poudre uniformes, ce qui est crucial pour le mélange et la granulation. Un nouveau type de concasseur vertical, un broyeur de matériaux semi-humides ou un broyeur à marteaux peuvent être utilisés.
- Processus de Tamisage : Similaire à la production de poudre, un tamisage est effectué pour garantir la finesse et l'uniformité du matériau avant granulation.
- Processus de Granulation : Le matériau en poudre est acheminé par tapis roulant vers un granulateur. Avec l'aide de machines de fabrication de granulés de fumier et d'eau, la poudre d'engrais se transforme progressivement en granulés. Des granulateurs utilisant une force d'agitation mécanique, une force de friction et de l'eau sont recommandés, produisant des granulés plus durs. Un plateau de granulation vibrant ou l'extrusion peuvent également être employés.
- Processus de Séchage et de Refroidissement : La méthode de granulation humide augmente l'humidité des granulés. Un séchoir à tambour rotatif est utilisé pour réduire la teneur en eau à un taux approprié (la chaleur peut atteindre 80°C). Ensuite, une machine de refroidissement ramène la température des granulés à température ambiante.
- Processus de Sélection (tamisage supplémentaire) : Un second tamisage permet de séparer les granulés de taille inférieure ou supérieure à la norme, garantissant l'uniformité du produit final. Les granulés non qualifiés peuvent être réutilisés.
- Processus de Revêtement : Le but de l'enrobage des granulés de fumier de chèvre est d'empêcher l'agglomération entre les granulés pendant le transport et le stockage, en apportant un film protecteur à leur surface.
- Processus d'Emballage : Les granulés sont ensuite emballés, souvent en sacs, pour la vente et le transport.
Le compost de chèvre composté est facilement compressé en granulés d'engrais organiques, qui sont pratiques pour le transport, le stockage et l'épandage. Ces processus permettent non seulement d'obtenir un compost de haute qualité, mais aussi de maximiser la valeur économique du fumier. L'utilisation du fumier de chèvre dans l'industrie des éco-engrais représente un défi, mais le compostage est la meilleure méthode pour fabriquer de l'engrais à partir de ce précieux effluent. Un système de gestion des déchets agricoles ovins est très utile pour améliorer l'environnement écologique et l'avancée de l'industrie des engrais.
