Les courges, légumes emblématiques des récoltes automnales et hivernales, sont appréciées pour leur diversité de formes, de couleurs et de saveurs. Appartenant à la vaste famille des Cucurbitacées, elles sont réputées pour leur croissance vigoureuse et leur capacité à s'étendre, avec des tiges qui peuvent courir sur plusieurs mètres. Cette caractéristique, liée à la présence de stolons, est fondamentale à comprendre pour tout jardinier souhaitant optimiser sa culture, qu'il dispose d'un grand potager ou d'un espace plus restreint.

La Famille des Cucurbitacées : Une Diversité Remarquable
À l'origine, il existe une grande famille qui porte le nom de Cucurbitacées, de laquelle sont nées plusieurs grandes espèces : Cucurbita pepo, Cucurbita maxima, Cucurbita moschata, Cucurbita mixta, et enfin Cucurbita ficifolia. Malgré les apparences, il existe des différences notables entre ces espèces.
Les Cucurbita pepo, caractérisées par leur pédoncule anguleux et leurs feuilles rigides, sont les plus représentées au jardin. On y trouve des variétés comme le pâtisson, la courge spaghetti, la courge d’Halloween et la citrouille.
Les Cucurbita maxima, qui correspondent aux potirons, possèdent les mêmes caractéristiques générales que les Cucurbita pepo mais se distinguent par leur pédoncule cylindrique, devenant liégeux à maturité. Ces courges produisent en général de gros fruits. Moins exigeantes en chaleur que les Cucurbita pepo, elles se prêtent plus facilement à la culture dans les zones fraîches.
Les Cucurbita moschata ne sont ni citrouilles, ni potirons. On les distingue à leurs feuilles molles et à leur calice court. Ce sont les courges musquées.
Les Cucurbita mixta sont très peu représentées au potager. Cette espèce originaire du Mexique, au feuillage vert brillant tacheté de blanc, est très exigeante en chaleur.
Enfin, il y a la Cucurbita ficifolia qu'on identifie comme étant une espèce très coureuse, représentée par la courge de Siam, à son pédoncule mince et anguleux, à six ou sept côtes et ses graines noires.
Cultivées depuis au moins 8 000 ans au Mexique et au Guatemala, les courges ont développé une variabilité de formes et de couleurs remarquable. Originaires d'Amérique et arrivées en Europe avec le retour de Christophe Colomb, leur culture s'est rapidement propagée principalement en bordure de méditerranée. Les gourdes (ou calebasses) du genre Lagenaria étaient en revanche connues depuis longtemps en Europe.
Les Stolons : Le Défi de l'Extension
La caractéristique principale des plants de courges, souvent désignée par le terme "stolons" dans le langage courant du jardinier pour désigner leurs longues tiges rampantes, est leur capacité à s'étendre. Les tiges peuvent courir sur plusieurs mètres, occupant rapidement un espace conséquent au potager. Pour un bon développement, les courges nécessitent une place en plein soleil. C’est un légume qui s’étend et qui prend beaucoup de place.

Optimisation de l'Espace : Gérer les Tiges Coureuses
Dans un petit jardin, mieux vaut cultiver les courges à la verticale, afin de gagner de la surface au sol et de structurer les planches de culture. Pour les contenir, vous pouvez accrocher les tiges à du grillage solidement fixé. Toutes les cucurbitacées ne sont pas adaptées à la culture verticale. Pour réussir, il est recommandé d’opter pour des variétés coureuses à vrilles, capables de s’accrocher naturellement, et portant des fruits de petite à moyenne taille (moins de 3-4 kg). De manière générale, il est préférable de continuer de cultiver au sol les Hubbards, les Calabazas et les citrouilles de gros calibre, et de palisser les courges dont les fruits restent sous les 3-4 kg. Palisser des courges ne s’improvise pas. Sur un site très exposé, les tiges peuvent se casser si le support est trop léger, ce qui est l’erreur la plus fréquente. La végétation est plus exposée, mais un support rigide et des attaches souples réduisent beaucoup le risque de casse.
Pour faire grimper une courge sur un support, plantez fermement dans le sol juste à côté d’un des poquets trois tuteurs, et attachez-les à la cime pour créer un tipi. Assurez-vous de la solidité de votre structure, car même les plus petites courges pèsent leur poids lorsqu’elles portent des fruits.
Les courges palissées ont tendance à se dessécher plus rapidement que les courges cultivées au sol, surtout en cas de vent. Cependant, les fruits sont mieux aérés, moins sujets à la pourriture et au grignotage par les limaces. La culture verticale est un excellent moyen d’optimiser l’espace.
Tuto jardin - Comment planter des courges
Préparation du Sol et Plantation
Les courges ont besoin d’une terre bien enrichie. Elles apprécient un sol enrichi de compost ou de fertilisant naturel du commerce. Vous pouvez étaler cette matière organique riche en généreuses couches en surface de votre sol, et l’incorporer ensuite à la couche supérieure du sol, ce qui vous permettra d’obtenir un terrain allégé et ameubli, idéal pour le bon développement de vos plants de courges. Les courges peuvent revenir au même emplacement au bout de 3 ou 4 ans.
L’idéal est de semer ses courges en godets sous abri dès fin avril ou directement en pleine terre à partir de la mi-mai. Pour les planter, faites un trou assez large que vous détremperez au préalable, déposez votre terreau ou compost pour enrichir le sol et planter vos plants. Si vous achetez des plants, plantez-les en Mai ou en Juin une fois que les gelées sont terminées. Le semis de courges est très similaire à celui de la courgette et autres cucurbitacées. Les semer directement en place, en poquets de 2 ou 3 graines. Comme pour le semis en place, espacez chaque plant d’au moins 1m, voire 1m50.
Les adeptes du jardinage avec la lune choisiront la lune montante, idéalement 2-3 jours avant la pleine lune. Vous pouvez faire tremper vos graines dans l’eau pendant environ 6h avant le semis, en éliminant les graines qui flottent en surface. Semez 2 ou 3 graines par poquet. Pour éviter que les semis ne filent, ne les commencez pas trop tôt. Hormis dans les départements qui sont au bord du bassin méditerranéen, tous les semis se font en godets en serre froide en milieu protégé, voire au chaud selon les températures, avec une terre au moins à 14 °C.
Entretien des Plants : Arrosage, Taille et Associations
Les courges contiennent pas moins de 95% d’eau, alors cet élément est le point-clé de leur développement tout au long de la culture. Un arrosage hebdomadaire des courges est le minimum, mais vous devrez peut-être doubler la fréquence en cas d’épisode de sécheresse. Arrosez régulièrement pour garder un sol assez frais, de préférence à l’eau de pluie ou avec une eau proche de la température ambiante. Par temps chaud, préférez un arrosage en fin de journée et par temps frais, vous pouvez arroser le matin, lorsque les températures commencent à s’élever. Comme pour de nombreux légumes, l’arrosage et les pluies abondantes ne sont pas favorables à la culture des courges, l’oïdium peut causer des soucis, évitez de mouiller les feuilles lors de l’arrosage et privilégiez les racines.
Pour éviter la corvée d’arrosage, vous pouvez installer du paillage au pied de la plante. Le paillage est intéressant pour la culture des courges car il permet de limiter l’arrosage et le désherbage. Un paillage végétal à base de foin, de paille, de paillettes de chanvre, de lin ou de tonte de gazon permet de fournir des éléments fertilisants au cours de sa décomposition. Il protège également le sol des chaleurs excessives et le fruit du pourrissement précoce par contact avec un sol trop humide. À la pose, optez pour une épaisseur d’au moins 7 centimètres qui va limiter l’évaporation de l’eau due au rayonnement du soleil. Lorsque la surface de production est importante, certains jardiniers choisissent de planter sur une bâche plastique perforée posée sur sol arrosé, afin de s’affranchir du désherbage et de limiter l’évaporation d’eau. Il est tout de même conseillé de couvrir un peu le sol de foin ou paillage végétal avant de poser la bâche.
La taille des courges coureuses favorise une fructification précoce et des fruits plus gros et plus savoureux. Si vous ne taillez pas vos plants, ils peuvent dépasser les 4 mètres et envahir le jardin. La première taille se fait sur les plants, lorsque les plants comportent 4 ou 5 feuilles, en pinçant au-dessus de la 2ème feuille. Le plant se divisera naturellement. Par la suite, il suffira de pincer la tige à 2 feuilles au-dessus de chaque fruit et de supprimer les jeunes pousses. Vous renouvellerez l’opération lorsque ces deux tiges primaires auront dépassé une autre fois cinq feuilles. Recoupez une dernière fois les tiges deux feuilles après les fruits, 2 fruits pour les courges de grandes tailles (ex : potirons et courge de Nice) ou 4/5 fruits (ex : potimarrons et musquée de Provence selon la taille) et huit fruits pour les plus petits (ex : Butternuts). L’éclaircissage consiste à ne garder qu'un plant par poquet.
Les courges aiment la compagnie du haricot et du chou. Une association très connue est celle de la « Milpa », une technique sud-américaine qui associe courges, maïs et haricots à rames. Les haricots enrichissent le sol en fixant l’azote de l’air et grimpent sur le maïs. Mais c’est une technique assez difficile à réussir. Le timing de la plantation et la densité des plants sont importants. Comme les courges s’étalent beaucoup, vous pouvez les utiliser comme couvre-sol pour les cultures proches. Lorsque vous plantez vos courges, vous pouvez y semer en même temps des radis ou planter des salades.

Pollinisation et Fructification
La pollinisation des courges est extrêmement importante et éphémère. La fleur femelle de la courge s'ouvre le matin pour accueillir le pollen des fleurs mâles. Au bout de 3 heures, elle se ferme et tombe si elle n'est pas fécondée. On peut faire confiance aux abeilles qui viennent butiner mais, on peut aussi pratiquer la fécondation manuellement. Pour optimiser la récolte, pensez à semer des fleurs mellifères à proximité des courges. La proximité de fleurs mellifères mettra toutes les chances de votre côté pour optimiser la récolte !
Il arrive que le plant de courge, même s'il est bien développé, ne forme pas de fruits. C'est un problème fréquent rencontré chez de nombreuses plantes de la famille des Cucurbitacées. Deux explications à ce problème :
- Trop fortes chaleurs : Il arrive que les fleurs portées par les pieds ne soient que des fleurs mâles (on différencie les fleurs femelles par la présence d'un renflement à la base, ressemblant à un très jeune fruit). En effet, les fortes températures affectent la formation des fleurs femelles et la qualité du pollen des fleurs mâles. Malgré la présence d'insectes pollinisateurs, il n'y a donc pas de fruits. Il faut donc protéger les plants avec un bon paillage, ou l'installation d'un ombrage en cas de trop fortes chaleurs.
- Absence de pollinisation : Si le jardin ne contient pas suffisamment d'insectes pollinisateurs, alors la pollinisation et donc la fructification n'aura pas lieu.
Ravageurs et Maladies
Les courges souffrent des mêmes maladies et ravageurs que les autres légumes de la famille des cucurbitacées (melons, concombres, cornichons etc.).
L’Oïdium apparaît assez souvent en fin de culture estivale. Sa présence ne met pas vraiment la culture en péril et il n'est pas forcément nécessaire de le traiter. C’est le signal de la fin du cycle de vie des courges et l’annonce de récoltes prochaines. L'oïdium peut causer des soucis ; coupez les feuilles atteintes et, en préventif, pulvérisez un purin de prêle ou de fougères ou une décoction d’ail.
Le puceron noir s'attaque parfois aux feuilles dont il suce la sève. Le puceron des racines s'attaque quant à lui au collet des plantes. Les pucerons peuvent être éliminés à la main ou avec une pulvérisation de savon noir. On peut aussi éviter qu'ils s'attaquent aux courges en plantant de la camomille dans le potager : les pucerons préféreront s'y attaquer et les laisseront tranquilles.
Il faut aussi faire attention aux gastéropodes qui s'attaqueront aux jeunes plants. L'installation d'un cordon de cendre ou de coquilles d’œufs et la culture en godet suffisent pour s'en prémunir.
Enfin, les rongeurs peuvent s'attaquer aux graines fraîchement semées ou au fruit en plein développement. Glissez une ardoise ou des briques pour surélever la courge et lui éviter l’humidité du sol et la voracité des limaces.
Récolte et Conservation
La récolte se déroule en Septembre/Octobre, 3 à 5 mois après le semis en fonction des conditions de culture et des variétés. Pour une bonne maturité du fruit et une conservation optimale, il faut récolter lorsque le pédoncule est bien sec (c’est la queue du fruit). La récolte se fait en fin de mois d’octobre quand les feuilles sont jaunies, le pédoncule doit se détacher.
Lorsque vos courges sont bien formées, détachez-les en gardant la tige ou pédoncule située à la base du fruit. Coupez à l’aide d’un sécateur ou d’un couteau. Il est très tentant de saisir les courges par leur pédoncule, tant il semble avoir été conçu pour servir de poignée, cette manœuvre ne manquerait pas d’occasionner d’invisibles lésions, causes certaines de pourrissement. Les fruits doivent être coupés au plus près de la tige. Laissez les fruits le plus longtemps possible sur la plante pour que leur goût s’épanouisse au maximum. Pour savoir quand récolter vos courges, le plus simple est de taper doucement sur les fruits. S’ils renvoient un son creux, c’est qu’ils sont prêts à être récoltés. Utilisez des sécateurs pour couper les tiges et laissez une bonne longueur sur le fruit.
Les variétés précoces comme les pâtissons se consomment dès l’été et se conservent quelques jours au frais. Les variétés à conserver en hiver se récoltent avant les gelées d’automne. Si des gelées sont annoncées, récoltez toutes les potirons et courges. Elles y sont très sensibles. Les potirons et les courges récoltées trop tôt ne peuvent pas être conservées longtemps.
Pour les conserver, il faut les nettoyer en les brossant puis les entreposer à l’intérieur dans un endroit chaud et sec. Entreposez-les dans la maison, dans une pièce à 15/20°C, sans qu’elles ne se touchent. L’idéal est de faire un peu sécher vos courges quelques semaines à l’intérieur de la maison, en pièce chauffée, avant de les stocker pour l’hiver, sur paille ou en cagettes, dans un endroit frais et ventilé, si possible aux alentours de 10 à 15°C. Les laisser sécher une journée au soleil, puis les rentrer au chaud, sans les heurter, dans un local bien sec et ventilé : entre 12 et 20 °C. Vérifiez régulièrement la présence de courges malades et éliminez-les.

Récupération des Graines et Hybridation
Lorsque les courges sont à maturité, vous ouvrez votre courge et vous récupérez à l’aide d’une cuillère les graines qui sont à l’intérieur. Passez les graines sous l’eau jusqu’à ce qu’elles soient débarrassées des salissures et mettez-les à sécher sur un papier absorbant jusqu’à ce qu’elles soient totalement sèches. Stockez-les dans une enveloppe en n’oubliant pas de préciser de quelles graines il s’agit.
Si vous achetez des plants élevés par des maraîchers et, que vous ne souhaitez pas conserver vos graines, vous pouvez regrouper vos cultures et cultiver plusieurs variétés, il est très rare qu’il y ait une hybridation, voire ce serait exceptionnel. Si vous récoltez vos graines, par prévention, on ne sème pas les Cucurbita Moschata à côté des Cucurbita Pepo. Si une hybridation se fait, les graines sont en principe stériles ; les hybridations se font plus facilement dans la même espèce. Pour éviter l’hybridation, faites des groupes de courges et espacez-les (ex : 1 plant de courgette avec 1 plant de potimarron) pour pouvoir récupérer des graines reproductibles.
Aspects Nutritionnels et Culinaires
Malgré la diversité de formes et de couleurs que l'on retrouve chez les courges, il serait étonnant de n'y retrouver qu'une seule saveur. Elles ont presque toutes cette saveur sucrée, légèrement musquée mais certaines d'entre elles ont des saveurs plus originales. Il semble curieux d’affirmer ne pas aimer les courges, tant les saveurs peuvent varier de l’une à l’autre.
Qu’on ne s’y trompe pas, de taille monstrueuse ou plus modeste, elles ne contiennent quasiment que de l’eau, 90 % en général, voire 95%. D’un point de vue nutritionnel, avec son taux très élevé de bêta-carotènes, le potimarron tient une place à part. Les courges sont des fruits destinés à la consommation hivernale quand, théoriquement, nous n’avons plus à disposition que des légumes-racines et des graines. Elles sont alors un précieux apport de matière "fraîche". Finalement, ce sont en fait leurs graines, dont on extrait de l’huile, qui sont les plus intéressantes. Les potirons sont pauvres en calories, riches en fibres et contiennent de nombreuses vitamines et minéraux. Les fleurs du potiron sont également comestibles et délicieuses. En outre, les graines sont également comestibles et saines.
La charlotte courge curry coco est un bon exemple des nombreuses recettes à cuisiner avec les courges. En effet, l’incroyable diversité de saveurs et de textures des courges permet de quasiment tout tenter en fonction de l’espèce et de la variété retenues. La liste est longue, certaines pouvant se consommer crues râpées, d’autres en tartes ou flans, sautées à la poêle ou en frites, farcies, en soupes ou purées, et bien sûr les variétés à chair filandreuse s’apprêtant comme des spaghettis, à la bolognaise ou à la carbonara. La courge est le légume star en automne et en hiver, mais elle se consomme aussi en été. En soupe, en gratin, farcie, la courge est un légume-fruit qui se savoure à toutes les sauces.

Le Rendement des Courges
Le rendement de la courge est de 2 à 3 kg par M², chaque plant dépasse largement la quantité moyenne de consommation. La consommation moyenne pour une famille de 4 personnes est de 1,3 kg par an. Le rendement de la courge est de 2 à 3 kg par M², chaque plant dépasse largement la quantité moyenne de consommation. Les courges sont des légumes polyvalents qui peuvent offrir une production abondante et qui se conservent longtemps.