La Scarification en Afrique : Un Art Corporel Ancestral entre Identité, Beauté et Transformation

Avez-vous déjà vu quelqu’un avec des dessins complexes gravés sur le visage ou le corps ? Cela vous a-t-il surpris ? Vous êtes-vous demandé pourquoi ? La scarification est une forme permanente de modification corporelle. Elle consiste à couper ou gratter la peau selon des motifs précis. Les blessures sont ensuite soignées de manière à favoriser la formation de cicatrices en relief, créant un dessin durable. Bien que souvent associée à l’Afrique, cette pratique existe aussi chez diverses tribus en Asie et en Amérique du Sud, principalement chez les hommes, mais parfois aussi chez les femmes. Aujourd’hui, les tribus africaines utilisent généralement des rasoirs pour la scarification, mais historiquement, elles employaient des outils faits main, affûtés, fabriqués à partir d’écorce d’arbre. Cette pratique, qui peut sembler dépassée ou primitive pour ceux qui ne connaissent pas la vie tribale africaine, perdure comme un élément profondément chéri et respecté du patrimoine et des traditions africains.

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Les Origines Antiques de la Scarification : Un Témoignage Préhistorique

L’existence des scarifications remonte à la préhistoire comme en témoigne leur présence dans l’art rupestre saharien. Des descriptions plus détaillées de la scarification datent du XIXe siècle, et sont le fait de l’anthropologie raciale. Dès le Paléolithique, on retrouve une cicatrice sur le visage de la dame de Brassempouy. Cette petite statuette en ivoire de mammouth, haute de 3,65 cm, est découverte dans les Landes en 1894. La dame de Brassempouy est le plus ancien témoignage de ce rituel. On peut observer une fine et longue ligne sur son visage. Les archéologues l’ont interprété comme une scarification. Intrigués par ces cicatrices, les scientifiques mènent des recherches depuis des siècles. Elles étaient bien connues dans l’Antiquité, l’artisanat romain ou égyptien ayant parfois représenté des Africains portant des incisions verticales sur leurs joues ou des incisions horizontales sur le front. Certains textes de l’Antiquité gréco-romaine en font même mention. Ces transformations corporelles, visibles au sein des sociétés tribales d'Afrique, font partie des pratiques mystifiées dans l'imaginaire collectif et souvent associées à une pratique archaïque. La scarification n’est pas propre à l’Afrique ; différents peuples du monde ont fait usage du corps comme toile d’art, mais aussi comme marqueur d’identité.

Une Carte d'Identité Corporelle : Significations et Symbolismes

La scarification est une « incision pratiquée sur la peau afin d’obtenir des cicatrices en relief ou en creux constituant une marque tribale, un rite d’initiation ou répondant seulement à des fins esthétiques. » La plupart des scientifiques s’accordent à dire que c’est la carte d’identité d’un individu. Dans de nombreuses cultures tribales, la scarification est une norme de beauté très valorisée. Tout comme une carte d’identité est essentielle pour se déplacer dans les villes modernes, des motifs uniques de scarification jouent un rôle similaire dans les zones tribales d’Afrique et au-delà. Pour les tribus vivant éloignées des centres urbains et des systèmes modernes, ces marques faciales et corporelles distinctives indiquent l’appartenance tribale. Chaque tribu possède des motifs de scarification uniques, porteurs de significations spécifiques souvent enracinées dans leur histoire ou leurs activités économiques. En Afrique, elle a été un marqueur d’identification des différents groupes tribaux, mais elle possède également une valeur esthétique, la scarification pouvant être perçue comme une pratique artistique. La société des africanistes relève quelques groupes distinctifs comme les scarifications familiales, tribales, décoratives, rituelles et commémoratives. On peut distinguer différents types de scarifications en Afrique, comme les scarifications tribales, les scarifications décoratives et les scarifications rituelles ou commémoratives.

Pendant des siècles, les scarifications ethniques visibles sur le corps et le visage des membres des tribus africaines ont fait partie de leur culture. Il s'agissait d'un symbole de personnalité ou d'appartenance à une tribu. Ainsi, il était plus facile de reconnaître les personnes d'une certaine famille aux scarifications sur leur visage ou les personnes d'une certaine région aux marques sur leur peau. En temps de guerre, les tribus Mossi et Ko se reconnaissaient et évitaient ainsi de s'entretuer. Un Burkinabé, scarifié, a déclaré à la photographe Joana Choumali : "Je n'ai pas besoin de carte d'identité, j'ai déjà mon identité sur mon visage."

Dans l'histoire, les scarifications ont permis dans un premier temps d’identifier les membres de son clan notamment lors des guerres, ainsi que les morts afin qu’ils puissent recevoir les rites funéraires appropriés. De plus, il s’est répandu en Afrique l’idée que la scarification avait émergé au moment de la construction des grands royaumes. Les rois d’Afrique, menant des conquêtes territoriales importantes, ont commencé à scarifier certains membres de leurs familles sélectionnés pour régner sur certains territoires. Ils ont développé leurs propres méthodes de scarification pour marquer les membres de la famille sélectionnés pour régner sur les terres capturées, de sorte que lorsqu'ils retournaient sur les territoires et voyaient les marques, ils savaient qu'ils contrôlaient déjà l'endroit. Ainsi, la pratique s'est également répandue comme un moyen pour les membres de la famille de retrouver des parents qui avaient déménagé dans d'autres territoires. Certaines des tribus qui ont adopté la scarification dans le nord du Ghana sont les Gonja, les Naumba, les Dagomba, les Frafra et les Mamprusi ou encore les Yoruba dans l'empire Oyo.

Au Bénin, au XVIIe siècle, les scarifications sur les visages permettaient d’identifier les membres de son clan, au cours des guerres et des conflits tribaux. Au moment de la traite négrière, les scarifications avaient été réalisées par certaines tribus afin de permettre à leurs descendants « de se reconnaître entre eux et de se souvenir de leurs origines lorsqu’ils se retrouveront loin de leurs terres » comme rapporté par les auteurs nigérians Olu Daramola et Adebayo Jeje. Elles ont aussi été utilisées pour éviter la mise en esclavage à partir du XVIe siècle. Parfois la scarification a été inscrite dans le cadre de mythes cosmogoniques. Ainsi au sein des Mossis, peuple établi au Burkina Faso, les scarifications seraient apparues au nord du Ghana actuel. L’origine des scarifications ethniques des Mossis remonte au temps de la naissance de Ouédraogo, le fondateur du royaume. Selon la tradition orale c’est Rialé, le père de Ouédraogo qui aurait donné à son fils des scarifications afin de le reconnaître parmi d’autres personnes.

scarifications identitaires

Les Marques de la Vie : Rites de Passage et Significations Sociales

Les scarifications africaines sont avant tout des marques de socialisation intervenant à un moment particulier de l’existence soit la naissance ou le passage à l’âge adulte. Pour les tribus africaines, c’est une étape profondément significative dans la vie d’un homme, la transition du garçon à l’homme adulte. Devenir adulte au sein de la tribu apporte de nombreux avantages : plus de respect, l’attribution de tâches importantes, la capacité de gagner un salaire, d’économiser pour une dot, et bien sûr, le droit de se marier. Préparer cette transition est donc essentiel. Presque toutes les tribus organisent des compétitions pour que les enfants ou jeunes hommes prouvent leur préparation à l’âge adulte. Si certaines compétitions sont très difficiles et d’autres plus modérées, la scarification joue généralement un rôle vital dans ce processus.

Les scarifications sont pratiquées pour des raisons religieuses et sociales, véhiculant des messages complexes sur l'identité de l'individu. Elles peuvent souligner les rôles au sein d'un groupe, le statut social, la tribu à laquelle ils appartiennent et les expériences de l'individu. Dans ce cas, les cicatrices sont considérées comme des marques de civilisation, distinguant les humains des animaux. En Afrique de l'Ouest, de nombreuses tribus utilisent la scarification pour marquer les moments importants de la vie des hommes et des femmes, comme la puberté et le mariage. La procédure fait partie d'un rituel de test, qui indique que la personne est capable de progresser dans sa vie personnelle et dans la société dans laquelle elle se trouve.

Plusieurs ethnologues ont pu observer des séances de scarification pratiquées sur des jeunes garçons, marquant leur passage à l’âge adulte au prix d’une opération très douloureuse comme dans la tribu Nuer à la frontière soudano-éthiopienne ou encore dans la tribu Bëti, en Afrique centrale. Dans les rituels d’initiation chez les Moba et les Gourma du Nord Togo, les scarifications sont pratiquées sur des adolescents à l’issue d’une mise en scène de sa mort et résurrection. Chez les Bambara, les scarifications sont tracées par le forgeron sur le visage du nourrisson à son huitième jour, au moment où l’aîné des anciens, après l’avoir observé, prophétise ses principaux traits de caractère et choisit son nom. Ces scarifications sont faites car l’ancêtre mythique commun à tous les Bambara nommé kuma tigi, “maître de la parole” portait lui-même des scarifications.

LA CÉRÉMONIE D’INITIATION VAUDOU - ENQUÊTE D’AFRIQUE (20/10/20)

La Douleur comme Preuve de Courage et de Résilience

Les scarifications réalisées lors de rituels initiatiques sont pour la plupart réalisées selon la théorie de l’endurcissement. C’est la croyance que tout stress physique et émotionnel exercé sur les jeunes enfants leur permettra de résister à toute tension, tant physique que mentale, dans leur vie ultérieure. Ces marques sont considérées comme irréversibles, scellant le lien entre l'individu et sa tribu. La douleur du processus donne l'occasion de faire preuve de courage. La douleur et la marque laissée par les scarifications possèdent une signification collective, partagée par l’ensemble de la communauté. Les incisions corporelles impriment parfois des mythes cosmogoniques compréhensibles par les membres de la communauté. De ce fait, elles s’inscrivent dans un travail de transmission d’une mémoire collective et de construction d’un lien intergénérationnel puisque « ce sont souvent les anciens qui inscrivent le symbole sur les corps et en dévoilent le sens à leurs cadets » selon Yannick Jaffré, anthropologue spécialisé sur la région d’Afrique de l’Ouest. Le corps devient un support de mémoire, rappelant à l’individu les nouveaux droits qu’il possède en tant que membre de la communauté et les règles qu’il doit suivre.

Au sein de la tribu Mursi, les hommes et les femmes pratiquent les scarifications. Par exemple, les kichoa sont unisexes : trois bandes horizontales sur les muscles abdominaux. Trois lignes de tirets forment les 3 bandes horizontales. Seules les femmes séparent ces kichoa par une bande verticale sur le ventre, préconisée avant la grossesse. Elles portent aussi une scarification spécifique sur l’épaule, leur « carte d’identité ». Les hommes affichent leur courage grâce aux scarifications apparentes sur les bras. Du courage, le Mursi doit en avoir lors du processus de scarification. Le processus dure longtemps, en plus d’être particulièrement douloureux. La peau est soulevée avec une épine d’acacia. Puis le Mursi pratique 2 incisions au rasoir à 90° de la peau tendue. Une fois l’opération terminée, les cicatrices à vif sont rincées à l’eau. Puis, elles sont recouvertes de charbon et de cendre. Le ou la scarifié(e) doit endurer les incisions, sans gémir, ni bouger. À partir de la puberté, l’opération doit être renouvelée de nombreuses années pour recouvrir le corps de jolies chéloïdes régulières.

La Scarification comme Expression Esthétique : Au-delà de l'Identification

La scarification a également une fonction esthétique dans la mesure où elle peut symboliser ou mettre en valeur la beauté d'un individu, notamment chez les jeunes femmes. L'épreuve de la douleur fait des jeunes femmes des individus exceptionnels qui font l'objet d'une admiration collective. Les marques sont ainsi appréciées pour leur beauté, mais l'individu est aussi rendu beau par son courage. L’esthétique est une préoccupation majeure, rendant l'individu plus désirable. En effet, les Bwaba du Burkina Faso s’accordent sur la beauté du corps des femmes aux torses gravés. Ce consensus autour de la beauté est une manière d’honorer le courage des femmes qui ont su supporter ces scarifications. Chez les Tiv au Nigeria, les scarifications contribuent à rendre les corps plus attirants. La beauté corporelle chez les Tiv répond à la conception selon laquelle « chaque personne doit se rendre séduisante et agréable à l’œil afin d’être regardée » selon Michèle Coquet dans son article « À main levée. La scarification comme œuvre ».

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Au Nigeria, la scarification faciale était autrefois populaire dans tout le pays. Des entailles profondes, généralement sur les deux joues ou le front, étaient gravées sur les enfants par les familles et les communautés, le plus souvent comme marque d'identité. Ces marques contenaient également des histoires de douleur, de réincarnations et de beauté. Certaines cicatrices sont faites pour la beauté. Foluke Akinyemi a été marquée dans son enfance, une gorge profonde sur chaque joue supervisée par son père aux mains d'un circonciseur local, qui faisait également des cicatrices faciales. "Mon père a pris la décision de me marquer juste pour le plaisir et parce qu'il trouvait ça beau. Cela me distingue des autres et je remercie mes parents de me l'avoir donné", dit-elle. L'histoire de Mme Akinyemi est similaire à celle de Ramatu Ishyaku de Bauchi, dans le nord-est du Nigeria, qui a de minuscules lacérations en forme de moustaches de chaque côté de la bouche. "C'est pour la beauté", dit-elle, ajoutant qu'elle s'est aussi tatoué le visage à peu près à la même époque. Quand elle était petite, les marques et les tatouages en forme de moustaches étaient populaires dans son village et elle et ses amies allaient chez le coiffeur local pour se les faire faire.

L'Art de la Scarification : Maîtrise et Précision

La pratique des incisions peut être considérée comme une pratique artistique en elle-même tant cela requiert une maîtrise, une technique et une précision particulière. La régularité des incisions, leur parallélisme et l’équilibrage de leurs divisions, témoignent de la maîtrise du scarificateur. L’anthropologue Jean-Baptiste Eczet, dans son étude « Les belles idées de la défigurée : à propos du plateau labial des Mursi (Éthiopie) », propose une interprétation des scarifications : « […]elles sont issues d’un même problème initial (sang qui coule) qui se retrouve dans différents évènements (combats, maladie, physiologie) traités sous une forme commune (découpe de la peau et saignement) de manière individuelle (douleur personnelle) faisant l’objet d’une sanction sociale (trace visible de la scarification) ». Au sein de la tribu Mursi, le sang est un symbole de mort. Grâce à la scarification, ils maîtrisent le sang qui coule. Lorsqu’ils s’infligent des incisions, ils anticipent la mort et la contrôlent. Le sang est un symbole important pour les Mursi. D’ailleurs, ils boivent régulièrement le sang d’un animal sacrifié.

Il existe deux grands types de scarifications : les chéloïdes (saillantes) en Afrique équatoriale et au Cameroun et les dépressives (enfoncées) au Nigeria, au Moyen-Congo, en Afrique de l'Ouest, au Sénégal et au Niger. On peut distinguer différents types de scarification en Afrique comme les scarifications tribales, les scarifications décoratives ou les scarifications rituelles voire commémoratives. Si certaines sont le prolongement de rites anciens, d’autres sont d’apparition plus récente. Les scientifiques expliquent que les Africains favorisent la scarification au tatouage. En effet, les chéloïdes (cicatrices boursouflées) sont plus sombres et donc, plus visibles sur les peaux noires. Si le tatouage ornemental a longtemps été pratiqué dans l’histoire, les Africains en ont peu fait usage, celui-ci étant peu visible sur les peaux noires. Ils lui ont préféré les scarifications.

Les Mursi : Une Tribu emblématique de la Vallée de l'Omo

Peuple semi-nomade, les Mursi vivent dans la vallée de l’Omo, au sud de l’Éthiopie. Comme de nombreuses tribus d’Afrique, les Mursi décorent leur corps avec des scarifications et des peintures de guerre. En fines lignes parallèles ou en cercle, la peau boursouflée symbolise le courage d’un homme ou la beauté d’une femme. Munis de kalachnikovs, les Mursi ont l’esprit guerrier. Avec force, ils protègent le village et le bétail des autres tribus. Avec leur plateau labial, leurs imposants bijoux et peintures de guerre, les Mursi impressionnent. La kalachnikov sur l’épaule, le corps scarifié et le regard noir profond composent le portrait de ces combattants. Et ce sont de sacrés guerriers ! Ils attaquent quiconque menace le troupeau ou le groupe. Les Mursi ont engendré de nombreux conflits. Estimés à près de 10 000, les Mursi occupent un territoire étroit situé entre le fleuve Omo et la rivière Mago.

Mursi et scarifications

La vie est dure en Éthiopie, dans la vallée de l’Omo. C’est une région isolée. Le climat est sec et les paysages désertiques. Les rares oasis provoquent des affrontements violents. L’eau est une ressource précieuse pour nourrir le bétail vénéré par les Mursi. Signe de richesse, les bovins sont autant décorés que leur propriétaire : peintures, bijoux et même découpe des oreilles. Lors de la saison sèche, de septembre à février, les hommes se déplacent au plus près de la rivière l’Omo. Durant plusieurs semaines, les bêtes pâturent et s’abreuvent. Seuls dans les villages, les femmes et les enfants demeurent vulnérables. Les Nyangatoms les ont déjà délogés à coup de kalachnikov et de lance-roquettes. Comment ? Grâce à l’extraction de l’or, ils ont acheté des armes pendant la guerre civile du Soudan, en 1983. Progressivement, les balles ont remplacé les flèches, plus efficaces. Depuis, la kalachnikov fait partie intégrante de la parure des Mursi. C’est même devenu une image d’Épinal : plateau labial, kalachnikov et scarifications.

Dès l’adolescence, les jeunes hommes Mursi doivent prouver leur virilité au cours de la cérémonie thagine. Cette tradition populaire dure plusieurs jours. L’événement festif marque la fin des récoltes. C’est un duel au donga (bâton) qui se déroule une fois par an. Le donga de 2 mètres de long est taillé en forme de phallus, à sa pointe. Avant de se battre, les jeunes guerriers portent le tumoga, un costume traditionnel protecteur. Ils ont fière allure avec leurs défenses de phacochères sur la tête, peau de léopard et jambières en cuir de zébu. Lorsque le combat débute, les jeunes Mursi se dénudent et s’affrontent. Les guerriers doivent faire couler le sang, mais ne pas tuer. Pour gagner, le jeune guerrier esquive les attaques et renverse l’adversaire. Les anthropologues considèrent cette cérémonie comme une forme de violence ritualisée. Ainsi, le thagine symbolise les conflits des Mursi avec les autres tribus : un jeu de guerre sous contrôle. Les kwethani (arbitres), des hommes plus âgés, veillent au bon déroulement du thagine. Les jeunes Mursi doivent faire preuve de dignité et perdre avec fair-play. Les hommes du même âge que le vainqueur le portent autour du champ. Puis les dole juge doivent l’entourer. Ce sont les femmes célibataires qui appartiennent au clan de sa mère. Elles déposent des peaux de chèvre au sol pour que le vainqueur puisse s’asseoir. Elles étirent un tissu de coton au-dessus de la tête du vainqueur. La cérémonie du thagine joue un rôle décisif dans la société des Mursi.

Scarifications à des Fins Thérapeutiques : Au-delà du Rituel

La scarification peut également être pratiquée pour trouver un soulagement à des conditions médicales distinctes et pour améliorer la fonctionnalité physiologique. Elle peut être utilisée pour nettoyer et désinfecter des lésions infectées ou pour détourner l’attention d’une source de douleur intense, comme les maux de dents, les maux de têtes et autres neuropathies. Chez les Nouba soudanais, des coupures temporales profondes sont appliquées pour traiter les maux de tête, tandis que les cicatrices supra-orbitales sont administrées pour améliorer la vision. Les scarifications curatives peuvent être utilisées pour traiter des bronchites récurrentes comme au Congo ou le paludisme infantile comme au Nigeria. Enfin, elles peuvent aussi être pratiquées pour appliquer des remèdes traditionnels. En Côte-d’Ivoire certaines scarifications thérapeutiques paraissent fonctionner comme un vaccin, puisque la plaie est mise en contact avec une petite dose de poison local ; d’autres sont faites au coin de la bouche et frottées de remèdes. Il convient de mentionner qu’il n’existe aucune preuve avérée de relation de cause à effet entre la scarification et le succès thérapeutique d’une maladie quelconque.

Le Déclin d'une Pratique Ancestrale face à la Modernisation

Mais avouons-le, cette pratique est confrontée aux diktats de la modernisation. Elle est en voie de disparition. L'avenir de la scarification, comme celui de nombreuses autres pratiques tribales, semble être la disparition progressive. De nombreux parents choisissent aujourd'hui de ne pas marquer leurs enfants, afin qu'ils ne se distinguent pas de la masse et ne soient pas discriminés dans les villes, notamment lors de la recherche d'un emploi. La pratique est toutefois en train de disparaître depuis qu'une loi fédérale a interdit toute forme de mutilation des enfants au Nigeria en 2003. Les porteurs actuels de ces marques faciales sont donc la dernière génération, dont les traits sont aussi variés que les nombreux groupes ethniques du Nigeria.

déclin de la scarification

Avec l’arrivée des religions abrahamiques, qu’il s’agisse de l’islam ou du christianisme et de la colonisation, la pratique de la scarification est en voie de disparition. Les missionnaires chrétiens notamment, ont radicalement interdit cette pratique, en préconisant le respect de la « création » et donc l’intégrité du corps humain. Similairement dans l’islam certains hadiths tendent à interdire la pratique des entailles rituelles. L’administration coloniale elle-même les interdit dans un souci de préservation de l’intégrité corporelle des mineurs. De plus, les opposants à cette pratique invoquent les risques sanitaires de la scarification. L’évolution des sociétés a largement marginalisé cette pratique, notamment face aux défis de modernisation. Néanmoins certaines communautés souhaitent tout de même préserver cette tradition. Ainsi au Bénin, dans la ville de Ouidah, la scarification est encore largement pratiquée par le peuple Ouidah en l’honneur de leur ancêtre, le roi Kpasse. Certaines populations font de même dans la commune de Moaga au Burkina Faso.

Aussi combatifs soient-ils, les Mursi sont en danger. Étonnamment, ce ne sont pas les tribus voisines qui les menacent, mais « l’homme blanc » dans toute sa splendeur. Dans son livre « Du corps humain comme marchandise », l’anthropologue Serge Tornay déclare que la vallée de l’Omo est devenue un piège à touristes. Cette région de l’Éthiopie s’est transformée en mise en scène des origines de l’humanité. Les descendants de Lucy attirent les touristes et les photographes. Pour des salaires de misère, les Mursi prennent la pose. L’anthropologue Serge Tornay déclare que la vallée de l’Omo est devenue un piège à touristes. Désormais, les Mursis ont choisi de vivre du tourisme. Ils ont délaissé le bétail et l’agriculture. Sans ces activités quotidiennes, les hommes se sont mis à boire. Ils sont vite saouls durant la journée. Le tourisme accru a déconnecté la tribu Mursi de ses traditions. Cela fait quelques années que le Gouvernement éthiopien souhaite intégrer la tribu Mursi dans la société moderne. Les scarifications sont un patrimoine essentiel de certaines tribus africaines, tant elles portent des significations culturelles et sociales en elles.

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