Le Lierre Grimpant : De l’Ornementation aux Soins Capillaires Naturels

Le lierre grimpant (Hedera helix) est une plante fascinante, souvent perçue comme un simple élément décoratif ou, à tort, comme un parasite destructeur. Pourtant, cette plante robuste possède des propriétés insoupçonnées, notamment grâce à sa richesse en saponines, des agents lavants naturels. Dans une ère où le marché des cosmétiques bio connaît un développement spectaculaire, le recours aux préparations maison à base de plantes s'impose comme une alternative cohérente. Cet article explore les multiples facettes de l'utilisation du lierre, de ses fondements botaniques à ses applications pratiques en phytothérapie capillaire.

Illustration botanique du lierre grimpant (Hedera helix) montrant ses feuilles lobées caractéristiques

Botanique et culture du lierre grimpant

Le lierre compte 9 espèces et de nombreuses variétés, mais l'espèce type, Hedera helix, est la plus répandue. Ses feuilles présentent généralement 3 à 5 lobes, d'un vert foncé brillant. Il existe également des variétés comme Hedera nepalensis (ou himalaica), aux feuilles vert olive formant 3 à 6 lobes dentés.

Facile de culture, le lierre pousse un peu partout : en ville, en sol pauvre, à l’ombre, au soleil. C’est une plante idéale pour cacher un mur disgracieux ou pour courir sur un treillage. Il peut également être installé en suspension dans un pot ou laissé ramper tranquillement sur le sol. Pour le planter, disposez une petite couche de billes d’argiles au fond du trou pour favoriser le drainage, puis utilisez tout simplement de la terre de jardin. Comblez les vides et tassez, de manière à ce que le collet arrive au niveau du sol. Il ne reste plus qu’à tasser et arroser abondamment juste après. Si vous l’avez planté au printemps, arrosez-le régulièrement la première année en été de manière à ce que la terre reste humide. Dans le cas d’une plantation à l’automne, il n’est pas nécessaire d’arroser.

Le lierre est doté de petits crampons qui lui permettent de s’agripper facilement à un treillage ou un mur. Au moment de la plantation, guidez les tiges en les enroulant sur le support ; en se développant, le lierre se fixera tout seul. Il peut être nécessaire de limiter son expansion : deux moments sont privilégiés pour la taille, le printemps et le mois d’août. Rabattez les tiges pour stimuler l’apparition de nouvelles pousses.

Le lierre : un symbole historique et une réalité biologique

Nous avons tous déjà vu un arbre se faire enlacer par du lierre, parfois au point qu’on ne puisse plus distinguer son écorce. Ses guirlandes de feuilles d’un vert sombre trouvent des adeptes parmi ceux qui souhaitent apporter une ambiance romantique à leur jardin. Le lierre est très tôt considéré comme symbole de l’immortalité, notamment en Égypte, où il est généralement appelé « Arbre d’Osiris ».

Cette particularité physique fait que bien souvent, l’on considère le lierre comme un tueur d’arbre. Nous l’avons vu, le lierre peut vivre jusqu’à 400 ans. De ce fait, lorsqu’un arbre à la longévité plus courte ou étant malade meurt avant le lierre, un raccourci se fait : on pense que c’est le lierre qui l’a tué. Alors que non, le lierre n’aurait aucun intérêt à tuer l’arbre qui le supporte. Dès l'Antiquité, Dioscoride fait état du lierre, mais il faut noter que la toxicité du lierre leur était connue pour ces époques. De ce fait, Matthiole, médecin de la Renaissance, préfère se concentrer sur les usages cutanés du lierre lorsqu’il en parle.

Le lierre est un végétal à double tranchant. Il est toxique dans toutes ses parties mais selon le dosage. C’est l’hédérine, principe actif du lierre, qui le rend toxique. Les symptômes d’une intoxication au lierre sont des vomissements, de la diarrhée, et autres troubles digestifs tel que des lésions du tube. Par conséquent, il ne devrait pas être uniquement relégué au rang de plante ornementale, même si le prétexte se situe dans sa toxicité certaine.

Lierre grimpant, un bijou pour la biodiversité

Le lierre dans la salle de bain : une alternative naturelle

Le problème des shampoings industriels réside dans leur composition, souvent riche en substances chimiques aux noms imprononçables. Ces composants, souvent irritants, agressent le cuir chevelu, ternissent les cheveux et les rendent dépendants aux lavages fréquents. Les agents lavants, ou tensioactifs comme le sodium lauryl sulfate ou le sodium laureth sulfate, emprisonnent les salissures mais finissent par fragiliser les pointes et agresser le cuir chevelu qui, pour se défendre, produit toujours plus de sébum. À cela s'ajoutent les silicones, des adoucissants qui partent difficilement avec l’eau et créent une barrière autour du cheveu, l’alourdissant et le desséchant progressivement.

Le lierre contient en fait de la saponine (5 à 8 %) au pouvoir lavant et moussant. Jadis, les femmes tiraient parti de l’abondance du lierre grimpant sur les vieux murs, en utilisant par exemple ses feuilles broyées pour leur lessive. Pour réaliser un shampoing maison au lierre et à l’ortie, il suffit de récolter deux poignées de feuilles de lierre grimpant et quelques feuilles d’ortie. Après décoction, vous verrez une belle mousse blanche se former. Votre shampoing se conservera une à deux semaines au frais. Au début, vous aurez peut-être l’impression que vos cheveux sont un peu différents, c’est normal.

Pour les cheveux blancs, vous pouvez préparer une décoction assez forte en faisant bouillir durant 10 minutes, à couvert, 100 grammes de feuilles de lierre fraîches dans un demi-litre d’eau. Filtrez et laissez tiédir. Cette lotion peut être utilisée en friction, en insistant sur les zones concernées, sans rinçage. En complément, pour un cataplasme anticellulite, mélangez 10 cuillères à soupe d’argile verte en poudre avec cette décoction jusqu’à obtention d’une pâte onctueuse. Appliquez sur les endroits concernés, laissez agir 20 minutes, puis rincez.

Schéma explicatif de la préparation d'une décoction de feuilles de lierre pour usage cosmétique

Principes de préparation : la teinture mère

La préparation d'une teinture mère de lierre grimpant est un moyen efficace pour utiliser cette plante à des fins médicinales. Une teinture mère est un extrait fabriqué à base de plantes fraîches ou sèches et d'alcool. Les principaux principes actifs sont extraits pendant les premiers jours de la macération. Ensuite, plus vous attendez, plus l'alcool est saturé en constituants de la plante. Une bonne teinture maison mérite une bonne identification à l’aide d’une étiquette. Conservez-la dans des flacons en verre teintés, dans un endroit frais et à l’abri de la lumière. Une teinture peut se conserver des années sans perdre ses propriétés.

Il sera plus prudent de ne pas consommer une teinture maison qui semble être oxydée. En pratique de phytothérapie, il faut rappeler que les informations contenues dans ce texte ne visent pas à diagnostiquer, traiter, guérir ou prévenir une maladie quelconque. Les allégations concernant les bienfaits des plantes et des produits à base de plantes sont basées sur l’utilisation traditionnelle. Les progrès futurs en sciences pourraient rendre cet article partiellement ou totalement obsolète.

Colorations végétales et rituels de soin

Bien plus satisfaisantes que les produits de grande surface, on trouve à présent quelques marques de colorations 100 % naturelles. Les colorations naturelles ne feront jamais d’une brunette une blonde platine, mais elles permettent de donner de beaux reflets à la chevelure, d’estomper les cheveux blancs et de renforcer la couleur naturelle. Alors, pour compléter la palette, pensez aux préparations maison.

Le henné donne des reflets roux aux cheveux châtains à brun. Les feuilles de noyer donnent des reflets auburn sur cheveux châtains, tandis que la camomille allemande donne des reflets dorés sur cheveux blonds. Si vous n’avez pas ou peu de cheveux blancs et n’avez jamais employé de coloration chimique, les lotions de rinçage sont faites pour vous. Pour un effet plus spectaculaire, employez des masques.

Si vous êtes un(e) habitué(e) des colorations chimiques, il vous faudra courage et patience pour passer à la coloration naturelle. On peut même suivre au préalable une cure de « détoxination » à base de masques à l’argile. Selon la longueur de vos cheveux, préparez de ½ litre à 1 litre de décoction ou d’infusion forte de la plante de votre choix. Utilisez-la en dernière eau de rinçage après le shampoing. Faites couler doucement, en malaxant la chevelure pour bien répartir et laissez sécher. Pour les poudres, humectez avec de l’eau chaude pour obtenir une pâte homogène, appliquez au pinceau mèche par mèche, puis laissez poser de 2 à 8 heures.

La recette de Floradiane pour une lotion reflets cuivrés pour cheveux foncés est un excellent exemple : versez 1 litre d’eau de source froide sur 4 poignées de pelures d’oignon, portez à ébullition puis laissez bouillir 5 minutes. Couvrez et laissez infuser hors du feu jusqu’à refroidissement. Ces méthodes, bien que nécessitant une implication personnelle, permettent de retrouver une chevelure saine, loin des agressions chimiques quotidiennes.

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