Le département de la Vienne, situé dans la région Nouvelle-Aquitaine, présente une diversité géologique et pédologique remarquable, dont les sols argileux constituent un élément prédominant et souvent déterminant. Ces sols, façonnés par une histoire géologique complexe et influencés par le climat et l'hydrologie, présentent des caractéristiques uniques qui ont un impact significatif sur l'environnement, l'agriculture, et l'habitat humain. Comprendre la nature de ces terres argileuses est essentiel pour appréhender les enjeux locaux, qu'il s'agisse de la gestion de l'eau, de la préservation de la biodiversité, ou de la résilience des infrastructures face aux aléas naturels.
Une Géologie Ancrée dans le Temps : L'Origine des Argiles Viennoises
L'histoire géologique de la Vienne est intrinsèquement liée à la formation de ses sols argileux. Il y a près de 500 millions d'années, le territoire actuel de la Vienne se trouvait dans l'hémisphère sud, près de l'Australie. La tectonique des plaques a ensuite entraîné un lent déplacement des continents. Vers -300 millions d'années, le continent, incluant le futur Poitou, a entamé sa remontée vers le nord, traversant les zones intertropicales et l'équateur.
C'est durant cette période, entre -100 et -40 millions d'années, que les calcaires qui formaient le soubassement du Poitou ont été portés en surface. Les alternances de saisons des pluies et de saisons sèches, caractéristiques des climats tropicaux, ont entraîné une lente dégradation de ces calcaires. Par hydrolyse et désagrégation, ils se sont transformés en argiles. Ce processus de formation d'argile à partir de l'altération des roches calcaires est particulièrement marqué dans le Poitou, conférant à ses sols une composition argileuse prédominante.

Les cartes géologiques du BRGM témoignent de cette épopée. Elles révèlent une succession de couches géologiques aux couleurs variées, allant du rose au marron, en passant par différentes nuances de bleu. Ces cartes, élaborées à partir des années 50 par des géologues qui ont arpenté le terrain, sont à l'échelle 1/50 000e et fournissent une information généraliste sur les risques de trouver de l'argile. Elles sont essentielles pour informer les citoyens et les aménageurs, servant de référence dans les transactions immobilières et contribuant à l'élaboration du site Georisques, qui répertorie les risques naturels et technologiques.
La Vienne se distingue par ses sols non uniformes. Les couches géologiques varient non seulement en profondeur, mais aussi en surface. Ainsi, dans un même lotissement, une maison peut être construite sur un sol argileux très plastique, tandis que sa voisine repose sur un sol plus stable, plus calcaire, bien que toutes deux puissent apparaître en zone "rouge" sur les cartes de risque de retrait-gonflement de l'argile (RGA). Cette hétérogénéité locale souligne l'importance des études de sol approfondies avant toute construction.
La Diversité des Sols Argileux de la Vienne
Le département de la Vienne est caractérisé par une grande variété de sols, reflétant la diversité de ses formations géologiques superficielles. Bien que les traitements agronomiques, le drainage et l'irrigation aient en partie gommé ces différences, de nombreuses appellations locales persistent, témoignant des paysages et des pratiques d'autrefois.
Parmi les sols les plus représentés, on trouve les groies. Il s'agit de sols limono-argileux calcaires, souvent caillouteux, issus de la décalcification des calcaires durs jurassiques. Ils sont hégémoniques sur les affleurements de calcaires jurassiques et particulièrement aptes aux grandes cultures. Leur nom régional dérive de "groe" ou "groges", évoquant le gravier. La couleur associe généralement une matrice rouge à des cailloux blancs.
Les champagnes et les aubues caractérisent également les sols calcaires. Les aubues sont des sols limono-argileux calcaires, souvent gris clair, sur craie ou argile calcaire. Ils sont également appelés "champagnes" dans d'autres départements et se trouvent dans le Châtelleraudais et le Loudunais.
Les terres de brandes, les terres fortes, les terres rouges à châtaigniers et les bornais se déclinent en fonction des dépôts tertiaires et quaternaires qui recouvrent les plateaux.
Les terres de brandes désignent une lande à bruyère, à genêts à balais, qui se développe sur des sols pauvres. Historiquement, le terme "brande" désignait une lande largement répandue sur les couvertures détritiques tertiaires. Aujourd'hui, il est plutôt réservé aux sols de la partie non cristalline du Bocage Montmorillonnais. Ces sols sont souvent peu ou non calcaires, profonds, parfois caillouteux et fréquemment humides, présents sur marnes et argiles lacustres.
Les terres rouges à châtaigniers tirent leur nom de leur couleur due aux argiles rouges et à la présence de châtaigniers. Comparables aux "argiles rouges à silex", elles sont généralement moins riches en silex, moins argileuses et moins hydromorphes, les rendant mieux adaptées à l'agriculture.
Les bornais sont des sols limoneux, parfois argileux (bornai lourd) ou sableux (bornai léger), souvent hydromorphes, sur dépôts tertiaires ou quaternaires. Ils se trouvent notamment dans le sud de l'unité des Terres de brandes et le Bocage Montmorillonnais.
Les varennes désignent les sols sur sables verts du Loudunais, un terme moins fréquemment utilisé dans la Vienne mais qui indique des sols non calcaires sur sols sableux du Crétacé, développés à proximité de la vallée de la Loire.
Il est important de noter que tous les sols de la Vienne ne sont pas nommés. Les sols des fonds de vallées, des terrasses alluviales, certains sols sur sables, calcaires ou tuffeaux, ainsi que ceux des roches cristallines du Montmorillonnais, constituent d'autres catégories.

Les Caractéristiques Spécifiques des Terres Argileuses Compactes
Au sein de cette diversité, les terres noires sur argiles compactes présentent des particularités notables. Il s'agit de matériaux récents déposés dans le lit majeur des rivières, pris dans le secteur cristallin en amont. Le caractère très compact et imperméable de ces argiles favorise la stagnation de l'eau en hiver, entraînant une asphyxie des sols. Cet excès d'eau en hiver est une caractéristique récurrente.
À l'opposé, les terres rouges des plateaux de bordure sont issues de l'altération du granite par hydrolyse, menant à des arènes acides. Sur ces sols pauvres et très perméables, à faible capacité de rétention d'eau, s'installe une végétation acidiphile.
L'Impact du Retrait-Gonflement des Argiles
Un phénomène majeur lié à la présence d'argiles dans le Poitou, et donc dans la Vienne, est le retrait-gonflement. Ce phénomène, exacerbé par le réchauffement climatique, menace des millions de maisons en France, particulièrement celles construites sur des sols argileux.
Lorsque l'argile s'assèche, elle se rétracte, perdant du volume. Inversement, lorsqu'elle se gorge d'eau lors des périodes de pluie, elle gonfle, augmentant significativement son volume, agissant comme une éponge. Cette alternance de retrait et de gonflement rend les sols instables, pouvant entraîner des fissures sur les murs des maisons, des déformations des fondations et des dommages structurels importants.

Le cabinet d'études AIS réalise annuellement plus de 400 études de sol pour évaluer ce risque. Les analyses en laboratoire permettent de mesurer le retrait potentiel d'une argile, qui peut dépasser 10% sur un mètre de profondeur, soit une variation de 10 cm. Cette caractéristique, bien qu'extrême dans certains cas, est assez courante dans le Poitou.
La carte du risque de retrait-gonflement de l'argile (RGA) pour la Vienne est majoritairement couverte de rouge, indiquant une forte prévalence de ces sols argileux. Il est donc crucial, avant toute construction, de réaliser des sondages et des études de sol pour déterminer la nature précise de l'argile présente et anticiper son comportement face aux variations d'humidité. La présence d'argiles de différentes natures, même sous une même maison, peut entraîner des réactions distinctes au phénomène de retrait et gonflement.
La Sécheresse et ses Conséquences sur les Sols Argileux
La sécheresse est un facteur aggravant majeur du phénomène de retrait-gonflement des argiles. Les périodes de sécheresse prolongée entraînent un retrait prononcé des sols, fragilisant les constructions. Inversement, le retour de pluies après une longue période sèche provoque un gonflement rapide et potentiellement destructeur.
En 2021, plusieurs communes de la Vienne ont été reconnues en état de catastrophe naturelle pour sécheresse. Cette reconnaissance permet aux habitants de demander une indemnisation auprès de leur assurance. La liste des communes concernées, publiée par la préfecture de la Vienne, atteste de l'impact de ces phénomènes climatiques sur le territoire.
Risques majeurs : le retrait-gonflement des argiles
L'Eau dans les Sols Argileux de la Vienne
L'humidité des sols dans la commune de Bonneuil-Matours, illustrative de la Vienne, a connu des variations significatives. Entre 1969 et 2023, le mois d'octobre 1989 a enregistré les sols les plus secs avec un indice d'humidité de -80,1 %. À l'inverse, février 1977 a connu les sols les plus humides avec 23,7 %. Ces chiffres soulignent la sensibilité des sols, et particulièrement des sols argileux, aux cycles de sécheresse et d'humidité.
La nature compacte et imperméable des argiles favorise la stagnation de l'eau en hiver, comme mentionné précédemment. Cet excès d'eau peut entraîner une asphyxie des sols, nuisible à la végétation et aux cultures. Inversement, lors des périodes de sécheresse, ces mêmes sols argileux, une fois asséchés, peuvent devenir très durs et difficiles à travailler, limitant la capacité de rétention d'eau et affectant la disponibilité de l'eau pour les plantes.
La commune de Bonneuil-Matours se situe dans les bassins versants, aires de collecte des eaux pour les cours d'eau et plans d'eau. Elle est également concernée par des aquifères. L'eau potable dans cette commune a un prix de service de 2,23 €/m³. Les informations concernant le prix du service d'assainissement ne sont pas disponibles, invitant à se renseigner auprès des syndicats d'eau ou des mairies.
La commune est classée en Zones sensibles, nécessitant une élimination plus poussée de l'azote et du phosphore dans les eaux usées afin de lutter contre l'eutrophisation, phénomène de développement anarchique de végétaux aquatiques dû à un excès de nutriments.
La Directive Cadre sur l'Eau et la Préservation des Ressources
La Directive Cadre sur l'Eau (DCE), adoptée en 2000 par l'Europe, impose l'atteinte d'un bon état des eaux. Aucune action de reconquête ou de préservation de l'eau n'est actuellement en cours sur la commune de Bonneuil-Matours, ce qui souligne l'importance de développer des stratégies locales pour la gestion durable des ressources hydriques.
Biodiversité et Continuités Écologiques dans la Vienne
La perte de biodiversité est une préoccupation majeure, soulignant l'urgence de fournir aux espèces des milieux naturels propices à leurs déplacements, à leur alimentation, à leur reproduction et à leurs migrations. La Trame Verte et Bleue (TVB), constituée de réservoirs de biodiversité et de corridors écologiques, vise à préserver ces continuités écologiques.
Cependant, les infrastructures de transport contribuent à la fragmentation des espaces naturels, impactant négativement la biodiversité. Bien qu'il n'y ait pas de passage à faune répertorié sur la commune de Bonneuil-Matours, des projets en faveur de la biodiversité peuvent être labellisés "SRB" (Stratégie Régionale pour la Biodiversité). L'évaluation environnementale joue un rôle clé dans l'intégration des enjeux environnementaux dans les projets et l'information du public.
Le Pinail, une zone humide de 920 hectares, est un exemple de réservoir de biodiversité important dans la Vienne. Les massifs forestiers, le relief, le climat, ainsi que la nature des sols, influencent grandement la biodiversité locale.
Défis Agricoles et Occupation du Sol
La nature des sols argileux de la Vienne a historiquement façonné l'occupation du sol et les pratiques agricoles. Les groies, par exemple, sont particulièrement aptes aux grandes cultures. Les terres rouges à châtaigniers, moins hydromorphes, sont également bien adaptées à l'agriculture.
Cependant, les sols argileux compacts et imperméables posent des défis, notamment en hiver avec l'excès d'eau, et en été avec la formation d'une croûte sèche et dure en surface. L'altération du granite en sols acides et très perméables, avec une faible capacité de rétention d'eau, favorise une végétation acidiphile et des sols pauvres, nécessitant des adaptations culturales spécifiques.
La commune de Bonneuil-Matours a des surfaces agricoles par commune et par an, et des parcelles en bio fournies par l'Agence Bio. L'association Prom'Haies Nouvelle-Aquitaine n'a pas réalisé de plantations de haies sur la commune, alors que ces aménagements contribuent à la préservation de la biodiversité et à la structuration des paysages.
L'amendement des sols a permis par le passé d'accroître les terres mises en culture au détriment des brandes, autrefois largement répandues. Les paysages actuels sont le résultat de l'interaction complexe entre les conditions naturelles et les transformations humaines au fil du temps.

Conclusion Provisoire
Les sols argileux de la Vienne (86) constituent un élément fondamental de la géographie et de l'environnement du département. Leur origine géologique complexe, leur diversité, et leur comportement face aux variations hydriques, notamment le phénomène de retrait-gonflement, présentent des défis considérables pour l'agriculture, l'urbanisme et la préservation de la biodiversité. Une compréhension approfondie de ces sols est indispensable pour une gestion durable du territoire et une adaptation aux enjeux climatiques actuels et futurs.