
Tondre sa pelouse de manière conventionnelle est une pratique qui est de plus en plus remise en question à mesure que l'on prend conscience de l'importance de la biodiversité et des enjeux environnementaux. En effet, la fauche tardive est une méthode alternative à la tonte classique qui gagne à être mieux comprise et appliquée. Cette pratique de gestion des espaces verts, adoptée par un nombre croissant de communes, d'entreprises et de particuliers curieux de la biodiversité, permet de favoriser la vie végétale et animale et de faire revenir les insectes pollinisateurs.
Qu'est-ce que le fauchage tardif ?
La fauche tardive, comme son nom l'indique, consiste à retarder la coupe des prairies jusqu'à la fin de la floraison des espèces prairiales. Généralement, cette coupe intervient après le 15 juillet ou à partir de la fin de l'été dans les zones montagnardes. L'objectif principal de cette approche est de laisser les herbes accomplir un cycle complet jusqu'à leur reproduction, permettant ainsi aux fleurs champêtres de monter en graines et de se reproduire naturellement.
En d'autres termes, au lieu de tondre fréquemment, on fauche une seule fois, à la fin de l’été ou au début de l’automne. À cette époque, les herbes sont montées en graines et ont eu tout le loisir de se reproduire. Cette pratique contraste fortement avec la tonte régulière qui est la mode depuis les années 70 et qui élimine la floraison des fleurs spontanées.
Fauche tardive très néfaste à la biodiversité
Fauche tardive versus tonte différenciée : Quelles différences ?
La fauche tardive et la tonte différenciée sont deux pratiques différentes, même s’il est toujours question de sauver la biodiversité.
La fauche tardive implique de tondre le plus tard possible dans la saison et de laisser les herbes accomplir un cycle complet jusqu’à leur reproduction. C'est une intervention unique ou très limitée dans le temps.
La tonte différenciée, quant à elle, consiste à laisser un maximum de parcelles à l’état sauvage dans un jardin pour favoriser la biodiversité, et à couper l’herbe dans des zones bien définies. Cette approche permet de créer un équilibre entre les usages et la préservation de la biodiversité en adaptant les hauteurs de tonte selon les zones. Par exemple, pour les aires de jeux et de pique-nique, une tonte à 5-7 cm est prévue, ce qui demandera de tondre toutes les semaines. Pour les espaces de passages et d’entrée de ville, on tondra à 7-10 cm, une hauteur qui demande une intervention toutes les deux semaines. Enfin, pour les espaces très peu fréquentés, une tonte à 10-12 cm sera réalisée, avec une intervention par mois. Grâce à cette différenciation, le paysage prend également un autre relief et revêt une belle diversité esthétique.
Ces deux pratiques sont complémentaires et visent toutes deux à restaurer une biodiversité qui déserte les pelouses trop bien tondues.
Pourquoi pratiquer la fauche tardive ? Un écosystème en bénéficie
La fauche tardive présente une multitude d'avantages, tant pour l'environnement que pour le bien-être humain.
Préservation et enrichissement de la biodiversité
La fauche tardive permet à la végétation d’accomplir un cycle complet jusqu’à la montée en graines et aux insectes qui s’y cachent de se reproduire en toute quiétude. Dans les herbes hautes, la faune du jardin trouve un abri idéal et de quoi se nourrir à volonté durant la belle saison. Une expérimentation lancée en 2015 sur les routes nationales a montré un gain de 30 % de pollinisateurs en seulement trois ans grâce à la fauche tardive. Les talus et les fossés ne sont tondus qu’en fin de saison, ce qui laisse aux fleurs champêtres le temps de monter en graines et de se reproduire naturellement. C'est une invitation à "revoir les fleurs !" pour le plus grand plaisir de la biodiversité.
En résumé, plus on coupe, moins ça repousse bien. En laissant les plantes sauvages faire leur cycle complet jusqu’à la graine, on permet à la vie sauvage de s'épanouir. Les tailles rase et très rase, en éradiquant la vie sauvage, ont un impact radical sur la biodiversité. Elles ont également des conséquences contraignantes, nocives pour l’environnement et le bien-être, engendrant des pelouses et sols secs, des racines fragilisées avec une herbe moins robuste et moins verte, une vulnérabilité accrue aux maladies et des sols pauvres.

Amélioration de la qualité des sols et gestion de l'eau
Un sol naturellement couvert, dans sa verdure naturelle, où ni la faux ni la tondeuse ne sont passées, est le plus efficace pour garder la fraîcheur. Un sol à l’état naturel laisse les eaux s’infiltrer et fixe les polluants. Moins intervenir sur les sols permet de préserver leurs qualités. L'herbe haute va maintenir l’humidité du sol et limiter l’évapotranspiration. L’eau est, en effet, une ressource précieuse à ne pas gaspiller pour un jardin luxuriant tout au long de l’année. Pour y parvenir, récupérer l’eau de pluie, en plus de pratiquer la tonte différenciée, sera un atout pour votre jardin. Couper trop ras sa pelouse en augmente l’évaporation, donc son jaunissement prématuré, d’où souvent la nécessité d’arroser, ce qui est problématique certaines années de sécheresse et surtout une aberration d’arroser avec de l’eau potable.
Laisser les résidus sur place enrichit le sol, mais parfois trop. En les récupérant, on peut les valoriser en les utilisant comme fourrage animal ou matière compostable. Mise au compost, l’herbe composte mieux que les déchets de tonte qui moisissent, faute d’air, et qui sont ainsi moins profitables au compost.
Réduction de la pollution sonore et gestion des déchets
Tondre sa pelouse toutes les semaines, comme c’est la mode depuis les années 70, génère une pollution sonore extrêmement désagréable pour ses voisins, source de stress et de mal-être. Le niveau sonore d’une tondeuse thermique est de l’ordre de 90 dB, voire 98 pour une tondeuse autotractée. Le son porte très loin. Une fois la pelouse tondue, c’est souvent le passage du rotofil, puis du taille-haie thermique et pour finir du souffleur de feuilles thermique. Ça peut durer ainsi toute la journée rien que pour un seul jardin. Il n’y aura de la quiétude que le dimanche après-midi si tous les voisins étalent leurs gestions du jardin. En optant pour la fauche tardive, on réduit considérablement ces nuisances sonores.
La tonte de pelouse génère des quantités de déchets verts qui sont de plus en plus difficiles à gérer. En effet, il y a souvent absence de ramassage des déchets verts dans les communes à cause du coût important pour la collectivité. Cela génère des allées et venues en voiture à la déchetterie. Par ailleurs, l’alternative trop souvent pratiquée et interdite est, hélas, souvent l’incinération des déchets verts, ce qui aura comme conséquence d’enfumer tout le secteur (pollution aux particules fines toxiques), en violation de l'article L541-21-1 du Code de l’environnement.
Création d'îlots de fraîcheur
La température du sol est plus basse quand l’herbe est haute. En période de canicule, les îlots de fraîcheur sont les bienvenus. Garder une hauteur d'herbe de 9-10 cm minimum est essentiel pour que le maintien de la fraîcheur du sol se fasse sentir.

Comment pratiquer la fauche tardive ?
La fauche tardive nécessite un changement de mentalité et d’habitudes puisqu’on abandonne les produits chimiques et la tondeuse au profit de solutions plus écologiques.
Les outils adaptés
Si vous avez de petites surfaces, et c’est le cas de la majorité d’entre nous, vous pouvez opter pour la faux. C’est économique, il n’y a pas mieux en termes de quotient environnemental et contrairement à ce que l’on pense, c’est assez simple à utiliser. Le plus dur est d’apprendre à l’aiguiser. Dans la plupart des cas, on peut s’en sortir facilement avec une faux, une fourche et un râteau. Le tout est moins cher et moins bruyant qu’une tondeuse.
Si vous avez des grandes surfaces à faucher, disons plus de 100 m² pour les débutants, vous pouvez opter pour la fauche mécanique et vous doter d’une motofaucheuse. Il est important de régler les lames en position haute pour ne pas blesser les petites bêtes qui ne se seraient pas sauvées. L’entrée de gamme est à moins de 600 €, et ces machines sont très suffisantes pour des particuliers.
La fauche tardive est effectuée à l’aide d’une faucheuse débroussailleuse ou d’une faucheuse à barre de coupe permettant de conserver une hauteur minimum.
Que faire de l’herbe coupée après la fauche tardive ?
Une fois l’herbe fauchée, il est intéressant de la disposer en tas, maintenu par des piquets en bois. Vous aurez ainsi à portée de main de quoi faire du paillage et alimenter votre compost. En les récupérant, on peut les valoriser en les utilisant comme fourrage animal ou matière compostable.
Accélérer l'arrivée des espèces florales
Les espèces florales arrivent seules, en deux ou trois ans, mais vous pouvez accélérer le processus en les semant à la volée, en tout début de printemps et sans préparation du sol. Cette technique s’appelle semi sous couvert, et consiste à utiliser des mélanges de graines « prairie fleurie » ou « jachère fleurie » en choisissant des variétés locales, voire anciennes afin que l’écosystème s’y retrouve.

Les fausses bonnes idées et les pièges à éviter
On entend souvent que la végétation haute favorise les départs de feu. Ce n’est pas tout à fait vrai. Cependant, des bandes de propreté, en bordure de terrain ou de maison, peuvent être exigées par certaines communes ou lotissements pour des raisons de sécurité (limiter les risques d’incendie par exemple).
Certaines municipalités pratiquent la « fauche tardive », ce qui pourrait sembler une action positive. Or, pour la paix sociale, les mairies font souvent couper en juin, en pleine période de reproduction des insectes qui pondent sur les fleurs notamment à cette époque. Finalement cette pratique devient un piège mortel pour les insectes et le but recherché est annihilé. Idéalement, il faudrait couper l’herbe en fin de saison pour le respect de la biodiversité comme c’est annoncé. Avant de sortir la faucheuse, mieux vaut savoir ce qui pousse (et vit) sur votre terrain.
Il est important de noter que les tondeuses robots ont l’avantage de faire très peu de bruit, cependant, si elles tournent la nuit, elles estropient les hérissons qui se retrouvent avec les pattes coupées. Ces engins massacrent également les amphibiens qui ont une activité nocturne. Alors que toutes ces espèces sont des espèces protégées.
Adapter la fauche tardive à son jardin
Au jardin, il est tout à fait possible de pratiquer la fauche tardive et la tonte raisonnée.
Créer des zones de biodiversité
Laisser la mousse pousser là où elle pousse. C’est doux aux pieds et de toute façon elle reviendra. Cela permet de limiter la hauteur de l’herbe. Laisser pousser l’herbe là où on n’a pas besoin de marcher. Créer des chemins d’accès qu’on tondra de temps en temps quand l’herbe fait plus de 8 cm et mettre la tondeuse en position haute. Répartir le secteur non tondu en 3 parcelles. Tondre en automne une fois seulement une des trois parcelles et changer tous les ans de parcelles. Avec la tonte raisonnée, les jardiniers ont le pouvoir de restaurer une biodiversité qui déserte les pelouses trop bien tondues.
Cette astuce s’applique sur les zones de loisirs, c’est-à-dire pour des surfaces relativement grandes. Ça a l’air de rien, mais ça change beaucoup de choses pour la biodiversité. Si on ne fauche pas ces zones au moins 1 fois par an, elles vont redevenir vraiment sauvages et évoluer vers la forêt qui est le stade ultime, le « climax » de la succession écologique en climat tempéré. Ces zones vont donc peu à peu voir se développer des espèces végétales ligneuses, des arbustes pionniers jusqu’aux grands arbres de forêt.
Repenser le design de son jardin
En faisant vos choix de zones à tondre pour la tonte différenciée, vous allez voir votre terrain sous un nouvel angle en mettant en évidence des zones intéressantes. Le design, c’est la conception en permaculture d’un terrain, inspirée par la nature, pour répondre à des objectifs dans un contexte particulier. Ce travail se fait en plusieurs étapes qui permettent d’aboutir à un plan sur le papier. De ce plan découle une feuille de route avec les aménagements et installations concrètes à mettre en œuvre sur le terrain sur les années qui suivent.
Il est important de noter que beaucoup de gens voient encore d’un mauvais œil les terrains qui ne sont pas entièrement tondus à ras. Cela souligne la nécessité d'un changement de mentalité et d'une meilleure compréhension de ces pratiques.
L'éco-pâturage : Une alternative complémentaire

Chez GreenSheep, on pratique l’éco-pâturage professionnel avec des moutons et des chèvres rustiques, parfaitement adaptés aux terrains complexes. Cette méthode constitue une solution d’entretien écoresponsable pour les collectivités et les entreprises, offrant une approche naturelle et efficace pour la gestion des espaces verts. L'éco-pâturage s'intègre parfaitement dans une démarche de fauche tardive ou de gestion différenciée, offrant des avantages supplémentaires en termes de fertilisation naturelle et de réduction de l'empreinte carbone.