Le noisetier, cet arbuste commun de nos campagnes, se révèle être bien plus qu'un simple producteur de fruits. Enraciné dans les traditions ancestrales et doté de multiples vertus, il a traversé les âges en conservant son aura mystérieuse et ses bienfaits avérés. De son étymologie à ses usages contemporains, en passant par les croyances populaires et ses propriétés botaniques, le noisetier offre un voyage fascinant au cœur de la nature et de l'histoire humaine.
Étymologie et Noms Variés : Un Riche Héritage Linguistique
Le noisetier est désigné par plusieurs noms, chacun portant les traces de son histoire et de sa perception à travers les cultures. L'un des noms les plus courants est « coudrier », dont l'étymologie remonte au XIe siècle avec le judéo-français "coldre", puis au latin populaire *cŏlŭrus, une réfection du latin corylus. Le terme corylus lui-même est considéré comme un emprunt au grec, en référence à la forme de casque de l'enveloppe du fruit.
Le fruit du noisetier, la noisette, apparaît sous la forme "noiseite" dès 1225-1230 dans le Roman de la Rose de Guillaume de Lorris. Le mot dérive de "noix" avec le suffixe diminutif -ette. Par ailleurs, le terme "aveline", bien attesté dès le XIIIe siècle sous la forme "avellane" et utilisé pour désigner une « espèce de grosse noisette », tire son origine du latin (nux) avellana. Ce dernier dérive d'Abella, une ville de Campanie réputée pour la qualité de ses noisettes.

En dehors de ces appellations principales, le noisetier est connu sous une multitude de noms régionaux, témoignant de sa présence étendue et de son importance locale. On le retrouve ainsi sous les noms d'Abélanié, Algouanié, Conrère, Courière, Colère, Colieure, Coudrière, Neuhy (en Wallonie), Neûzi, Ninsolé, Noiselier, Nozié, Nougié, et Oulonié. Cette diversité de noms souligne l'ancrage profond de cet arbuste dans le patrimoine linguistique et culturel.
Botanique et Caractéristiques : Un Arbrisseau Abondant et Résilient
Le noisetier, scientifiquement connu sous le nom de Corylus avellana, est un arbuste appartenant à la famille des Bétulacées. Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage "Des fruits" (1994), le décrit comme abondant dans les haies et les forêts de toute l'Europe, ce qui en fait une espèce propre à la cueillette depuis toujours. Son aire d'origine s'étend sur presque toute l'Europe. C'est un arbrisseau "volontaire" qui craint toutefois les températures extrêmes, évitant ainsi les sommets et le pourtour méditerranéen où il se fait plus rare.
Le noisetier peut hisser ses branches jusqu'à quatre mètres de haut. Son écorce est fine et se détache en lamelles le long de ses multiples troncs. Ses feuilles, dentées et poilues, se reconnaissent aisément à leur acumen, une pointe qui pare leur extrémité. Une particularité notable de cet arbuste est sa floraison précoce, qui intervient bien avant l'apparition des feuilles, généralement de janvier à mars. Les fleurs femelles sont discrètes, de petites fleurs rouges posées à même les rameaux, tandis que les fleurs mâles sont plus remarquées, regroupées en de longs chatons pendants.
Le fruit, l'amande comestible de la noisette, régale nos papilles dès septembre, protégée par un péricarpe ligneux. Les Romains l'appelaient corolus, du grec kortus qui signifie "le casque", en référence à cette forme coriace qui protège la graine.

Le noisetier est un exemple de rapidité de croissance. Cette caractéristique lui a valu d'être un symbole de vie et de fertilité chez les Celtes, le rapprochant de l'eau souterraine jaillissant de la source. La France cultive aujourd'hui deux mille hectares de noisetiers dans le Sud-Ouest, mais cela ne couvre qu'à peine 10% de la consommation nationale, le reste étant importé de Turquie, d'Italie ou d'Espagne.
Le fruit est particulièrement riche en matières grasses (60%), ce qui en fait un aliment d'une exceptionnelle valeur nutritive, atteignant 657 calories pour 100 grammes, un véritable record. Elle est également plus digeste que la noix, surtout lorsqu'elle est sèche, car l'huile de noisette ne rancit pas aussi rapidement que celle de noix. La noisette contient beaucoup de magnésium, de vitamines B1 et E, mais peu de vitamine C. Sa très forte teneur en vitamine E en fait un aliment du plus haut intérêt, promis à une brillante carrière, tout comme les autres fruits à coque tels que les noix, les châtaignes et les amandes.
Vertus Médicinales Traditionnelles : Entre Pratique et Croyances
Le noisetier a longtemps été reconnu pour ses propriétés thérapeutiques et a joué un rôle certain à l'époque où la magie florissait. Henri Ferdinand Van Heurck et Victor Guibert, dans leur "Flore médicale belge" (1864), mentionnent que le noisetier a joué un rôle important au temps de la magie, ses jets flexibles étant appelés "baguettes divinatoires" que l'on supposait se courber vers le sol à l'endroit des sources d'eau.
Les fruits du noisetier, les noisettes, ont une saveur agréable, un peu parfumée, mais peuvent être lourdes pour certains estomacs. Les meilleures sont connues sous le nom d'avelines ou noisettes franches. Elles fournissent par expression plus de la moitié de leur poids d'une huile douce, agréable, un peu odorante, très bonne à manger. Cette huile est plus légère que l'eau et n'est pas siccative, servant notamment à préparer des émulsions.
Du bois du noisetier, on a retiré une huile empyreumatique, réputée odontalgique (contre les maux de dents) et vermifuge à la dose de quelques gouttes. L'écorce est traditionnellement considérée comme fébrifuge, et le pollen a été préconisé contre l'épilepsie. Selon Alfred Chabert, dans "Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie" (1897), la noisette est le seul fruit sauvage récolté pour en tirer de l'huile, certains paysans des montagnes n'en consommant pas d'autres pendant l'hiver.
La médecine des plantes moderne continue d'emprunter au noisetier son écorce, ses chatons, ses feuilles et ses fruits. Il est connu pour ses vertus dépuratives, diurétiques, antihémorragiques, astringentes, cicatrisantes et fébrifuges. Il est également utilisé pour soutenir les traitements de beauté, lutter contre la dermatose, les calculs urinaires, la sénescence, les ulcères et les varices, ainsi que pour chasser les parasites intestinaux et équilibrer les menus des diabétiques.
Croyances Populaires et Symbolisme : Le Noisetier, Arbre de la Magie et de la Fertilité
Le noisetier est profondément ancré dans le folklore et les croyances populaires. La noisette, ronde et enfermée dans une double enveloppe, est souvent perçue comme l'image de l'enfant dans le sein de la mère, d'où son lien étroit avec la fécondité.

Selon une légende relevée en Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique, le noisetier fleurit à toutes les fêtes de la Vierge, mère du Christ. De nombreuses coutumes nuptiales et prénuptiales impliquent l'offrande de noisettes, parfois lancées sur les mariés à la sortie de l'église, comme un symbole d'abondance. En Bretagne, on déposait jadis une corbeille pleine de noisettes auprès de la couche nuptiale pour assurer la fécondité du couple. On dit aussi qu'un garçon qui se marie une année de récolte abondante de noisettes aura beaucoup d'enfants en Basse-Bretagne. À Jons (Rhône), beaucoup de noisettes annoncent de nombreux mariages, et en Haute-Bretagne, on se mariera dans l'année si l'on parvient à couper une baguette de coudrier avec le petit doigt de la main gauche.
Le noisetier est également associé à la fécondité du bétail. Le matin de la Saint-Jean, avant le lever du soleil, les bergers de la Vienne coupent des branches de noisetier dont ils brûlent les feuilles dans le feu traditionnel. Ils conservent ensuite les verges pour toucher chaque bête de l'étable neuf jours durant, afin de faire prospérer les troupeaux. Dans l'Orne, il faut frapper trois fois le flanc d'une vache menée au taureau avec une baguette de noisetier pour qu'elle soit féconde.
La mythologie nordique - Mythes et légendes #2
La Baguette Divinatoire : Un Instrument de Mystère
Mais ce qui a surtout valu au noisetier une grande célébrité, c'est la superstition de la baguette divinatoire, faite avec l'une de ses branches les plus légères. Ces baguettes étaient appelées par les charlatans caducée, verge d'Aaron, bâton de Jacob, puis verge luisante, ardente, transcendante, tremblante, etc. Elles devaient tourner d'elles-mêmes dans la main pour indiquer des sources cachées, des trésors, des mines.
Adolphe de Chesnel, dans son "Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés, et traditions populaires…" (1856), décrit les méthodes d'utilisation de ces baguettes. La manière la plus commune était de prendre une branche fourchue de noisetier, d'environ quarante-huit centimètres de long et grosse comme le doigt. On saisissait les deux branches de la fourche dans les deux mains, sans trop serrer, le dessus de la main tourné vers la terre, la pointe allant en avant, et la baguette parallèle à l'horizon, tout en marchant doucement. Certains prétendaient même qu'il fallait utiliser des bois différents selon le métal recherché : le noisetier pour l'or et l'argent, le frêne pour le cuivre, le pin sauvage pour le plomb, et qu'il était indispensable d'ajouter des pointes de fer à la baguette coupée durant la pleine lune pour trouver l'or.
Jacques Aymar, un paysan du Dauphiné, se rendit célèbre sous la régence du duc d'Orléans pour sa capacité à découvrir, avec sa baguette, non seulement les eaux, les mines et les trésors cachés, mais aussi les cadavres des assassinés et leurs meurtriers. Sa renommée fut telle que le régent le fit venir à Paris, où même une cour d'esprits forts fut émerveillée par ses "miracles". Cependant, son charlatanisme fut révélé lors d'une opération sérieusement suivie.
Malgré les démentis scientifiques, la croyance en la baguette divinatoire persista. En 1850, un journal des Hautes-Pyrénées, "La conciliation", relatait les exploits d'un jeune de quatorze ans, Romain Ortigué, qui, à l'aide de sa baguette fourchue de coudrier, aurait doté de nouvelles sources la vallée, permettant l'irrigation de prairies et l'approvisionnement en eau de hameaux. Des expériences où il retrouvait des pièces d'or ou d'argent enfouies, les yeux bandés, renforçaient la conviction en son "don merveilleux".
Le noisetier était également le bois des baguettes magiques des druides et des bardes. Selon la légende, si l'on dormait sous ses branches, il arrivait que l'on fasse des rêves prophétiques. C'est pour cela que les sourciers se servent de ses branches comme baguettes pour découvrir des sources cachées sous la terre. Le noisetier est associé aux puits et est souvent planté non loin d'eux afin d'en assurer la protection. Dans la mythologie celtique, il était le gardien de la source des sciences. Les licornes et les fées, initiatrices de l'enseignement druidique, se cachaient dans ses branches. Le noisetier était l'un des sept arbres sacrés du bosquet des druides.
Un Symbole de Sagesse et de Réconciliation
La noisette symbolise la sagesse, c'est pourquoi le noisetier est associé au puits et à un enseignement caché, difficile d'accès. Méditer près d'un noisetier porterait sur la connaissance et le savoir, l'expérience dont on tire des fruits, et la manière dont on doit s'ouvrir afin de recevoir de nouvelles connaissances. Dans le langage floral, les fleurs du noisetier désignent le désir et la capacité de réconciliation.
Un vieux dicton, "De Saint-Jean la pluie / Fait la noisette pourrie", annonce que la récolte de noisettes ne sera pas bonne s'il pleut le jour de la Saint-Jean. Ce présage météorologique pourrait être un rappel aux paysans que le mauvais temps de la fin du mois de juin est néfaste pour le mûrissement de ce fruit.
Le Noisetier dans la Littérature et l'Histoire
Le Corylus est l'une des rares espèces de l'ère secondaire (- 70 millions d'années) à avoir survécu jusqu'à nos jours. De tout temps, le coudrier apparaît dans la littérature, si l'on s'en réfère notamment à Virgile, qui, dans les Bucoliques, mentionne que les coudriers et les fleuves ont été témoins de la douleur des nymphes occasionnée par la mort de Daphnis.
Par ailleurs, dans le mythe de Tristan et Iseut, l'amour existe à la seule condition que le coudrier puisse s'enlacer au chèvrefeuille. Dans le cas contraire, les deux dépérissent, soulignant le lien indissociable et fatal entre les deux.
Le coudrier a toujours été source d'histoires magiques. Il était utilisé pour des incantations par les druides. Il a aussi été utilisé par les sourciers et les chercheurs d'or. Selon la légende, le noisetier était même utilisé par les sorcières pour fabriquer leur balai.
Bienfaits Actuels et Bijoux en Noisetier : Une Redécouverte des Vertus
Au-delà des croyances anciennes, le bois de noisetier est aujourd'hui redécouvert pour ses bienfaits potentiels sur la santé. Une expérience personnelle a révélé un soulagement rapide d'une tendinite après le port d'un bracelet en noisetier, le bois étant même devenu noir, signe de son efficacité supposée. Ce bois est utilisé depuis des siècles pour soulager de nombreuses affections.
Pour une efficacité accrue, les bijoux en noisetier sont souvent agrémentés de pierres semi-précieuses. L'améthyste, par exemple, est un décontractant musculaire pour la nuque et les épaules, et favorise le calme mental, apaisant les personnes sujettes au stress, à l'excès de pensée ou à la dépression. Mentalement, elle apporte la confiance en soi et favorise la communication en évitant les conflits.
Le bois de noisetier et l'aromathérapie peuvent également être combinés. Des perles de pierre de lave sont utilisées à cet effet. L'huile essentielle de lavande fine, reconnue pour être anti-stress, apaise les tensions et calme la nervosité. L'huile essentielle de lavande aspic, avec son odeur agréable, stabilise les émotions et aide à se relaxer. Pour des bijoux encore plus esthétiques, des perles en verre de Murano ou Swarovski sont parfois ajoutées, leurs couleurs étant souvent envoûtantes.
Pour un usage thérapeutique, il est recommandé de porter les bijoux en noisetier le plus possible, de jour comme de nuit. Il est cependant préférable de les retirer pour se laver, aller à la piscine ou utiliser des produits ménagers qui pourraient altérer le bois. La durée de vie d'un bijou en noisetier dépend du corps de chacun. Si le corps a beaucoup d'inflammation, le bijou durera moins longtemps que s'il y a seulement de rares douleurs. En moyenne, il dure entre 4 et 8 mois. L'usure est visible à la couleur intérieure du bois, qui devient noire.
