La tonte de cheveux féminine : entre tradition, rébellion et affirmation

En regardant la série Unorthodox sur Netflix, nous assistons à une scène de tonte intégrale qui reste dans les esprits longtemps après la fin de l’épisode. Esther “Esty” Shapiro, la jeune juive ultra-orthodoxe interprétée par Shira Haas, observe son reflet dans la glace tandis que de longues mèches de cheveux tombent sur le sol et que des larmes coulent le long de ses joues.

Il ne s’agit là ni d’un acte de rébellion ni d’un châtiment, comme souvent lorsqu’une femme est représentée à l’écran en train de se faire tondre la tête. Cela fait partie de la tradition hassidique selon laquelle une femme mariée est censée porter les cheveux courts, cachés sous une perruque. « Comme on ne peut raser son crâne qu’une seule fois, je savais qu’on ne ferait qu’une seule prise et qu’il fallait que j’assure », disait-elle à Vogue en avril, en évoquant les coulisses du premier jour de tournage. « J’étais nerveuse, mais j’étais prête à le faire pour raconter cette histoire. » Plus tard dans la série, ayant fui le carcan religieux et le strict conservatisme culturel de sa communauté Satmar de Brooklyn en se rendant à Berlin, nous voyons Esty jeter sa perruque dans un lac en un acte de libération et de renaissance.

Shira Haas dans la série Unorthodox après sa tonte de cheveux

Partout sur Instagram nous découvrons des gens qui pendant la pandémie se sont rasé la tête en entier. Certaines célébrités, comme l’acteur britannique Riz Ahmed, s’en servent pour récolter des fonds à destination d’œuvres caritatives dans la foulée du « Covhead challenge » ; d’autres par ennui, ou parce qu’ils souhaitent vraiment passer à une coupe plus courte. Mais au fait, quelle signification revêt la buzz cut au cours de l’histoire ?

À travers les cultures et les religions : une pratique ancestrale

L’acte de se raser la tête remonte aux origines de la civilisation. Dans l’Égypte ancienne, les prêtres avaient pour habitude de se défaire de toute pilosité corporelle afin d’échapper aux puces et plus généralement dans un souci d’hygiène personnelle. Cette pratique était également révélatrice de pureté pour les nobles de l'époque qui accordaient une grande importance au fait d'être imberbe.

Dans d’autres cultures de l’antiquité, y compris dans le monachisme bouddhique, c’était et ça reste un témoignage de ferveur religieuse, souvent dans une démarche de renoncement à la vanité. En Islam, le rasage du crâne couronne la fin du pèlerinage (le Hajj, qui se déroule annuellement à La Mecque), tout comme dans nombre de rites Hindous. Et dans l’Amérique du dix-neuvième siècle, nous retrouvons même la trace d’un chef amérindien Potéouatami appelé “Crâne Rasé”, un guerrier dont le nom nous donne une idée de la singularité de sa coupe de cheveux inusitée.

Le contrôle de la chevelure féminine : un enjeu historique

Depuis l'Antiquité, les cheveux des femmes ont été loués par les poètes pour leur pouvoir érotique ; c'est là que se noue la beauté. Lorsque le berger Pâris désigne Aphrodite comme la plus belle des femmes en lui tendant une pomme d'or, c'est qu'elle a su le séduire par une magnifique parure : son unique chevelure. Porter les cheveux longs est alors non seulement vu comme un attribut de la beauté, mais comme un symbole de la féminité, intériorisé même dans sa subversion. Par métonymie : avoir les cheveux longs, c'est faire fille.

Chanté et mythifié, ce cheveu féminin suscite aussi des craintes. On connaît la chanson : la séduction est toujours dangereuse. Il faut maîtriser ces poils ostensibles qui ruissellent de façon impudique autour du visage, ils risqueraient de détourner le croyant de sa foi. Tissée de façon fantasmatique dans des poèmes religieux, captée par un regard masculin, la chevelure féminine charme et déroute. « Les cheveux de ta tête sont comme la pourpre ; Un roi est enchaîné par des boucles ! », peut-on lire ainsi dans le Cantique des cantiques, chant dans lequel le bien-aimé compare aussi la chevelure de l’aimée à un « troupeau de chèvres ». Le poète persan du XIVe siècle Hâfez confie quant à lui : « Le parfum de ta chevelure a fait de moi l’égaré du monde ».

Si la chevelure incarne la beauté féminine, celle-ci doit donc aussi pouvoir être jalousement tenue à l'abri des regards, se laisser couvrir pour épargner les égarés… Signe de modestie dont la texture légère compense le poids symbolique, le voile couvre depuis des millénaires les cheveux des femmes pour des raisons religieuses ou culturelles. Ce sont les foulards pudiques des vestales antiques, ces prêtresses chastes qui entretiennent le temple de la déesse du foyer, comme les voiles de deuil des épouses de guerre. Ce sont aussi les voiles qui couvrent la tête des sœurs catholiques, les hijabs des femmes musulmanes, les sheitels qui dissimulent en les imitant les cheveux des mariées dans le judaïsme orthodoxe.

Différents exemples de voiles religieux à travers l'histoire

Ces voiles religieux expriment pour les croyantes une forme de sujétion que la femme doit porter sur sa tête. C'est aussi « une question de pouvoir, commente Bertrand Lançon dans Poil et pouvoir, d'Auguste à Charlemagne (Arkhê, 2019). Celui de Dieu sur l’homme et celui de l’homme sur la femme ». On retrouve dans les lettres de Saint Paul (L'Épître aux Corinthiens) l'ambivalence recouvrant l'injonction à couvrir la chevelure féminine : « Toute femme qui prie ou qui prophétise la tête non voilée, déshonore sa tête : elle est comme celle qui est rasée. Si une femme ne se voile pas la tête, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux à une femme d’avoir les cheveux coupés ou la tête rasée, qu’elle se voile. (…) Toute femme qui prie ou prophétise la tête nue déshonore sa propre tête ». Mais, ailleurs, Paul dit aussi que la chevelure féminine peut elle-même faire office de voile naturel… et qu'il est honteux pour un homme de les porter longs : « La nature elle-même ne nous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour l’homme de porter les cheveux longs ; tandis que c’est une gloire pour la femme de les porter ainsi ? Car la chevelure lui a été donnée en guise de voile ». Rasée, la tête est honteuse, dévoilée, elle déshonore la femme.

Dans le Coran (sourate 33, verset 59), le voile protège les femmes de l'injure : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs mantes : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées ». Déjà 1 000 ans avant Jésus-Christ, on trouvait en Mésopotamie la mention des têtes des femmes voilées sur des tablettes de lois attribuées au roi assyrien Téglath-Phalasar 1er, sans que cela se fonde nécessairement sur un caractère religieux. « La tablette A40 dit que toute femme pubère, à partir d’à peu près 13 ans, doit porter le voile », explique l'historien Odon Vallet, interrogé sur France Culture. Le voile peut aussi marquer la différence de statut social : celle qui couvre ses cheveux est généralement une femme mariée et non une jeune fille, et ce n'est ni une prostituée ni une esclave, ces dernières ayant interdiction de le porter. Dans les premiers siècles du christianisme, le voile de prière distinguera aussi les chrétiennes des païennes. « Quand les missionnaires sont arrivés en Afrique, on a souvent appelé la religion chrétienne 'Ebassi', c’est-à-dire la religion du fichu, parce que les missionnaires demandaient aux femmes de se couvrir la tête quand elles entraient dans une église », précise l'auteur des Religions dans le monde (Flammarion, 2016).

La tonte comme outil d'oppression et de punition

Au-delà de l’aspect religieux, la portée oppressive du passage sous la tondeuse est bien connue. Repensez sinon à tous ces films de prison que vous avez vus - avec ses prisonniers en combinaison orange et tondus pour des raisons d’hygiène - ou à l’armée qui en a adopté le côté pratique. Elle équivaut à une dépossession symbolique de l’identité, à une déclaration de stricte conformité. À l’image des grosses brutes de Stanley Kubrick dans son Full Metal Jacket (1987), la boule à zéro devient la marque du dur à cuire, une expression du cran de fer nécessaire pour survivre à la caserne ou à la prison.

Inversement, ce sont les femmes qui tout au long de l’histoire ont été humiliées en se faisant tondre les cheveux, souvent comme une forme de châtiment. Revenons à la mythologie grecque, laquelle nous abreuve d'histoires de toisons. Méduse était une jeune fille si ravissante (« parmi tous ses attraits, ce qui charmait surtout les regards, c’était sa chevelure », insiste Ovide), qu'elle a osé défier Athéna. Pour la punir de cet orgueil, la déesse changea ses cheveux en reptiles. Lorsque quelqu'un avait le malheur de croiser son regard, les serpents dressés sur la tête de la Gorgone sifflaient leur venin, et elle le pétrifiait sur-le-champ. Pour attaquer la beauté de la femme, la rabrouer, c'est à ses cheveux qu'il fallait s'en prendre, trancher la bête. Encore de nos jours, l'image de la méduse est employée pour caricaturer des femmes politiques. Car ce n'est pas seulement la beauté qui est visée quand l'est la chevelure, c'est aussi le pouvoir.

La tête de Méduse, par Pierre Paul Rubens, vers 1617. Musée d'histoire de l'art de Vienne (Autriche).

Les femmes accusées de sorcellerie au Moyen Âge « étaient ratiboisées, puis brûlées vives », racontent Louise Vercors et Pierre d’Onneau dans Ça décoiffe ! L’histoire des hommes par les cheveux (La Martinière, 2019). On disait que se nichaient dans leurs cheveux des amulettes capables de les aider à supporter la torture ou, pire, jeter de mauvais sorts… Brefs, ils étaient considérés comme maléfiques et devaient être vaincus par le ciseau. L'époque contemporaine offrira d'autres exemples de châtiments capillaires. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les déportés des camps de concentration sont tondus. Par mesure d'hygiène, disent les geôliers. Armand Giraud, résistant déporté à Buchenwald en 1943, témoignait de cet acte déshumanisant : « On nous fait déshabiller complètement. […] On nous fait monter sur des escabeaux. Ce sont des tondeuses. Et on va nous raser, nous tondre, nous mettre à nu, de la tête aux pieds, les cheveux, la barbe, les moustaches, tout le corps, même les parties les plus intimes seront passées à la tondeuse. Ces tondeuses qui en ont déjà dépouillé des milliers et des milliers. Et alors, nous ne reconnaissons même plus le camarade qui était devant nous. Nous ne reconnaissons même plus l’ami avec lequel nous avions souffert et avec qui nous avions juré de ne plus nous séparer. Nous ne nous reconnaissons plus ». Dans un ultime geste d'étouffement et de réification, « des centaines de tonnes de cheveux sont récupérées par les nazis et transformées industriellement en feutrine, une matière isolante », écrivent Louise Vercors et Pierre d’Onneau.

La tonte des femmes à la Libération : un châtiment sexué

En France, au lendemain de la Libération, plus de 20 000 femmes sont soupçonnées d'avoir entretenu des relations avec l'occupant allemand. Elles seront tondues sur la place publique. Dans un geste vengeur, les coiffeurs coupent ras les cheveux de ces « coupables », ne laissant dépasser qu'une seule mèche sur le devant du crâne. « La coupe des cheveux n’est pas le châtiment d’une collaboration sexuelle, mais le châtiment sexué de la collaboration », décrit l'historien Fabrice Virgili revenant en détail sur ces événements dans La France "virile". Des femmes tondues à la Libération (Payot, 2000). Des événements qui, contrairement à ce que l'on a pu laisser penser, se sont déroulés sur une longue période, de juin 1943 à mars 1946.

Bien sûr, les cheveux peuvent repousser et c'est pourquoi cette mutilation capillaire est peut-être d'abord l'expression d'une violence psychologique que l'on veut alors faire subir aux femmes. Elles sont attaquées sur les attributs conventionnels de leur féminité, à savoir leurs cheveux, mais aussi leurs bustes dénudés, parfois peinturlurés de croix gammées, et exposés aux crachats d'une foule inquisitrice. « Le châtiment est symbolique, mais les femmes, privées de leur chevelure, sont mises littéralement à nu. L’homme les rase pour les purifier et pour effacer l’arme du crime, leur séduction. En perdant leur dignité humaine, elles expient pour tout le monde », commentera Jean-Paul Sartre dans Combat, en 1944. Poussant plus loin l'interprétation de cet acte violent, couper les cheveux des femmes, c'était comme raviver une virilité nationale défaite par la guerre. Ce « dérivatif à la surexcitation née du désir d’exécution » fut évoqué par le poète Paul Éluard dans Comprenne qui voudra (1944) : « En ces temps-là, pour ne pas châtier les coupables, on maltraitait les filles. On alla même jusqu’à les tondre ».

Une puissante nouvelle affirmation : la buzz cut comme symbole de rébellion et de liberté

Au début des années 1960, une nouvelle forme de contreculture fait son apparition parmi la jeunesse d’East London, faisant du crâne rasé un étendard effronté et réfractaire. Ces skinheads de la classe ouvrière, accoutrés de rangers et de bombers, s’étaient fabriqué une identité à l’opposé des “chevelus” (ou hippies) de la classe moyenne. Pour beaucoup, ce nouveau look n’était rien moins que menaçant, et le devint d’autant plus par la suite lorsqu’il fut récupéré par la mouvance raciste et néo-nazie. Non sans une certaine ironie, étant donné que la sous-culture d’origine avait émergé de la scène antiraciste et multiraciale issue du reggae et du ska.

Jeunes skinheads à Londres en 1969

Pour d’autres sous-cultures musicales, la boule à zéro devint un élément incontournable. Kathleen Hanna, pionnière du mouvement féministe punk “riot grrrl” au début des années 1990, aurait été aperçue plus d’une fois avec le crâne rasé - ce qui semble aller de soi pour un groupe conçu comme un doigt d’honneur lancé aux conservatismes culturels et aux stéréotypes de genre. Un même esprit anticonformiste porté à l’écran par l’actrice Robin Tunney dans le film de 1995, Empire Records, lorsqu’on la voit se tondre les cheveux avec Free de The Martinis en fond sonore. Un moment de ravissement émancipatoire pour une jeune fille en pleine réappropriation de son identité, indifférente au qu’en-dira-t-on.

Au milieu des années 1990, on observa une augmentation des femmes dans la musique ayant adopté le look. Dont le cadrage serré d’une Sinéad O'Connor aux cheveux courts pour le clip de Nothing Compares 2 U, un événement qui fit les choux-gras des médias de l’époque. Ou encore la dégaine de Skin, leadeuse du groupe de Brit-rock Skunk Anansie, qui respirait la rebelle assumée par tous ses pores. Et pourtant, la tendance n’a jamais vraiment pris chez la gente féminine - à l’évidence, du fait de la mauvaise réputation que traîne toujours la buzz cut. Comme le résume à la perfection l’épisode de Friends dans lequel Ross est pris de panique à la vue de sa copine rasée de frais. (Puisqu’il est impossible pour une femme d’être belle avec un crâne rasé, n’est-ce pas ?)

Skin de Skunk Anansie à New York en 1999

Au même moment, Sigourney Weaver se rasait la tête à l’occasion du film Alien 3 (celui où personne n’a de cheveux), évocation d’un monde post-genre. La pratique se voulant une forme d’émancipation du genre, une sorte de nivellement entre son personnage, Ripley, et les hommes. Une démarche que l’on retrouve chez Demi Moore dans le film G.I. Jane de 1997. Toutes deux jouant des rôles de teigneuses en brouillant les stéréotypes de genre, à la fois gain de pouvoir et libération.

Demi Moore dans le film G.I. Jane en 1997

Les stars qui n’ont pas besoin de cheveux pour être sexy !

Puis il y a eu Britney Spears en 2007, bien entendu. Laquelle s’est rasé le crâne en sortant d’une cure de désintox et après que son mari lui a refusé de voir ses enfants. Était-ce une façon de reprendre sa vie en main ? Sa façon d’échapper aux griffes despotiques des majors qui contrôlaient son image publique jusque dans les moindres détails ? Ou bien, comme l’ont proclamé les médias misogynes, les signes indéniables d’une femme en déroute ? Plus récemment, nous avons découvert Emma Gonzalez, militante pour la régulation des armes à feu. La jeune survivante de la fusillade du Lycée Stoneman Douglas de Parkland, Floride, en 2018, est devenue le visage du courage et de l’espoir en s’adressant au monde entier, micro en main et crâne rasé, accentuant son implacable détermination à se faire entendre. De la même façon, Rose McGowan a incarné la détermination et l’insoumission féminines en rendant publiques les agressions et attaques de la part du magnat d’Hollywood et violeur, Harvey Weinstein. « Me raser le crâne était pour moi un cri de guerre », écrivit-elle en 2017 dans i-D. « Fuck Hollywood. Fuck les convenances. Fuck la propagande. Fuck les stéréotypes. »

Emma Gonzalez lors de la

La mode comme reflet d’une société en mutation

La boule à zéro, bien entendu, a aussi sa place dans la mode - voyez Kristen Stewart et sa coupe de cheveux tapageuse de 2017. Tout comme le mannequin Ruth Bell qui est passée sous la tondeuse, certes pour des raisons plus prosaïques, comme une campagne pour Alexander McQueen, mais qui disait dans Out Magazine : « Je détestais mes cheveux. Je n’arrivais pas à les aimer. Je détestais y penser. » Adoucie au moyen de tonalités sucrées, d’imprimés léopard et de notes acidulées, la coupe archi-courte s’est élevée au rang de marqueur individuel et de créativité. Et comme il apparaît dans l’épisode de fin de Unorthodox - attention spoiler - lorsque le mari de Esty, Yanky, finit par la retrouver à Berlin et la confronte en pleine rue, lui reprochant de montrer ses cheveux courts, elle sourit et lui répond : « Tu ne vas pas le croire, mais ici, c’est à la mode. »

Jazzelle Zanaughtti lors d'un événement Louis Vuitton à Londres en 2017

Aujourd’hui, le crâne rasé n’est plus seulement un signe d’attachement religieux, ou un acte de rébellion, la marque d’un châtiment ou encore une prise de position esthétique. Celles et ceux qui se rasent la tête le font pour toutes sortes de raisons : ennui, pouvoir, créativité, ou tout simplement parce que les cheveux ne semblent plus revêtir la même importance dans le contexte d’une pandémie.

Plus récemment, les manifestations menées par les Iraniennes depuis plusieurs semaines ont montré une nouvelle dimension de cette symbolique capillaire. Comme de petits fils noirs, les cheveux fragmentent les images qui nous parviennent des manifestations ; on imagine ces cheveux, lâchés devant leurs yeux, teinter leur propre vue. Le 16 septembre dernier, Mahsa Amini est morte, trois jours après son arrestation par la police de "la conduite locale". La jeune femme kurde de 22 ans avait été interpellée à cause des quelques mèches qui dépassaient de son voile, une infraction au code vestimentaire de la République islamique. Du Kurdistan à Téhéran, le drame a provoqué une vague de manifestations violemment réprimées. On y a vu des femmes se dévoiler dans la rue en scandant « Femmes, vie, liberté », jeter au sol ce voile imposé depuis la révolution de 1979, et même le jeter aux flammes en dansant. D'autres encore, couper ces cheveux interdits au-dessus des cercueils des victimes du soulèvement. C'est sur ce même terrain de la chevelure que, dans le monde, d'autres femmes ont répondu pour exprimer leur solidarité avec le peuple iranien. Regard fixé sur la caméra, des artistes ont saisi leur paire de ciseaux pour se couper quelques mèches, répétant le geste de contestation des Iraniennes. Ces coiffures mutilées « seraient alors l’expression d’un deuil collectif », commente la sociologue iranienne Chahla Chafiq dans Le Monde. Elles deviennent le symbole d'une colère plus grande contre la négation des libertés fondamentales par le régime des mollahs. Comme d'autres objets, ces cheveux contrôlés acquièrent une valeur emblématique lors de ces manifestations, et contribuent à donner une couleur et une visibilité particulières à cette révolte. Plus largement, ce combat fait écho à une histoire de la chevelure féminine comme objet de lutte. Convoitée, contrôlée ou instrumentalisée, cette partie du corps des femmes a été le nœud de conflits. Chevelures cachées, rasées ou exhibées : que revêtent ces gestes d'humilité, d'humiliation ou de défi qui se jouent au sommet des têtes des femmes ?

L'évolution de la coupe courte féminine : du scandale à l'acceptation

« Remy de Gourmont [un essayiste du XIXe siècle] souhaite que la femme porte ses cheveux flottants, libres comme les ruisseaux et les herbes des prairies : mais c’est sur la chevelure d’une Veronica Lake qu’on peut caresser les ondulations de l’eau et des épis, non sur une tignasse hirsute vraiment abandonnée à la nature, écrit Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe (1949). Plus une femme est jeune et saine, plus son corps neuf et lustré semble voué à une fraîcheur éternelle, moins l’artifice lui est utile ; mais il faut toujours dissimuler à l’homme la faiblesse charnelle de cette proie qu’il étreint et la dégradation qui la menace. » Il fallait bien se délester de quelques mèches, détourner les formes éternelles du casque fleuri et se défaire du regard insidieux, fétichiste ou censeur, qui pèse sur la chevelure féminine. De la coupe à la garçonne des années 1920 initialement appelée coupe « à la Jeanne d'Arc », aux innombrables couleurs chimiques, en passant par la libération du cheveu crépu, la chevelure féminine s'est aussi rebellée en s'exhibant hors des cadres.

S'il faut chercher des icônes, avec toutes les précautions qu'imposent l'usage ce mot, Jeanne d'Arc a pu incarner une forme de liberté en termes de conventions capillaires. Celle qui leva une armée contre l'ennemi anglais avait choisi de porter ses cheveux courts, comme un homme. Avec cette coupe en « écuelle » ou « sébile », cheveux taillés en bol au-dessus des oreilles, la nuque et les tempes rasées, la jeune fille ressemblait à un chevalier et pouvait plus aisément porter le casque. Exposant son visage frondeur, elle se rendait surtout pleinement libre de ses mouvements. Cette coiffure lui est reprochée lors de son procès comme une atteinte à « l’honnêteté du sexe féminin, interdit par la loi divine, abominable à Dieu et aux hommes ». Avant son supplice enflammé, l'hérétique est rasée.

Jeanne d'Arc représentée avec sa coupe courte

Il y a un siècle, comme une déclinaison de la couronne de Jeanne d'Arc, on arbore la coupe à la garçonne par anticonformisme. Dans La Garçonne de Victor Margueritte, roman publié en 1922, l’héroïne rompt avec son fiancé et sa famille, ouvre un magasin d'art, conduit sa propre voiture, vit sans entrave sa sexualité avec des hommes comme des femmes et… se coupe les cheveux. Toute sa subversion comme contenue dans cette scène des mèches qui tombent au sol. Une image d'émancipation, qui ne fait pas oublier aujourd'hui que la coupe courte qu'arborent les femmes n'est pas forcément synonyme d'une libération des injonctions capillaires.

Le terme « buzz cut » est dérivé du son émis par la tondeuse électrique, en anglais, « buzz ». Aujourd'hui, la coupe buzz cut pour hommes n’est plus seulement adoptée au quotidien par ces derniers. En effet, certaines femmes se séparent aussi de leur longue chevelure. Cette décision ne concerne pas uniquement l'apparence physique, mais peut aussi être perçue comme un acte libérateur, permettant de se raser la tête au moins une fois dans sa vie. Les personnes arborant cette coupe courte perçoivent leur propre identité différemment et apprennent à se connaître sous un nouvel angle.

Pendant des décennies en Occident, la coupe buzz cut était réservée aux hommes et très connotée pour les femmes. Elle était considérée comme masculine et dure et peu de femmes auraient envisagé de se séparer volontairement de leurs longs cheveux pour cette coiffure. Un buzz cut chez les femmes place le visage au centre de l'attention, le mettant ainsi automatiquement en valeur. Le crâne rasé accentue les contours du visage s’adaptant parfaitement aux personnes ayant des traits fins et délicats ou une forme de visage ovale. Avant d’opter pour cette coupe, assurez-vous de connaître la forme de votre tête, bien qu'il n'y ait pas de forme idéale pour la coupe buzz cut. Si vous avez, par exemple un arrière de tête légèrement plat, que vous avez jusqu'à présent, masqué sous vos cheveux longs, vous pouvez envisager de le dissimuler avec une coupe buzz cut dégradée. Vous trouvez que passer au buzz cut très court est un peu trop radical pour vous ? Un compromis élégant est la coupe pixie, qui peut être plus courte ou plus longue selon vos préférences. Il est préférable de demander conseil dans un salon de coiffure ou de faire un test rapide pour savoir si les cheveux courts vous vont.

On l'admet, le buzz cut demande beaucoup de courage. Mais parfois, ce changement de style assuré est nécessaire pour souligner une nouvelle étape de sa vie ou faire une déclaration forte. Un autre avantage du buzz cut est la possibilité d’expérimenter librement les colorations de cheveux. Vous vous êtes toujours demandé si une certaine couleur vous irait ? Ou peut-être aimeriez-vous tester des couleurs de cheveux vives ? Le buzz cut se prête merveilleusement bien aux motifs ou au style arc-en-ciel. Avant de décider de se raser les cheveux, il est important de se demander ce que vous pouvez faire si le buzz cut ne vous convient pas. Bien sûr, avec une coupe aussi radicale, vos cheveux mettront un peu plus de temps à repousser. En moyenne, les cheveux poussent d’environ 1 cm par mois. Si une coupe mulet ne vous tente guère, vous pouvez toujours vous faire raccourcir vos cheveux sur les côtés et sur la nuque au bout d’un mois ou deux. De cette manière, vos cheveux du haut de la tête redeviennent longs en toute discrétion. Ainsi, vous pourrez transformer votre buzz cut en coupe pixie jusqu’à atteindre la longueur d’un carré.

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