La Tonte et le Réttir : Au Cœur des Traditions Ovines en Islande

Moutons islandais dans un paysage verdoyant

L'Islande, terre de feu et de glace, est indissociable de ses paysages époustouflants et de sa faune emblématique, au premier rang de laquelle figurent les moutons. Il suffit de conduire quelques minutes à l'extérieur de Reykjavik pour rencontrer ces animaux, non pas des chèvres de montagne, mais d'authentiques moutons. Leur présence sur l'île remonte aux premiers colons Vikings, entre 860 et 935 apr. J.-C., arrivés avec le bétail importé du continent. Depuis plus d'un millénaire, les moutons islandais occupent une place essentielle dans le patrimoine culturel et l'économie du pays. Avec une population estimée entre 450 000 et 500 000 têtes, ces moutons sont même plus nombreux que les habitants eux-mêmes.

Leur survie était vitale, au-delà de leur rôle de source de nourriture. Ils fournissaient également une matière première indispensable pour les vêtements et les matériaux d'isolation. Au fil des siècles, grâce à l'isolement du pays et à des règles de sélection strictes, les moutons islandais ont évolué en une race génétiquement unique, distincte de toutes les autres races ovines dans le monde.

Le Mouton Islandais : Une Race Unique

Le mouton islandais est un animal trapu, de taille moyenne, pesant généralement entre 45 et 72 kg, les béliers étant nettement plus grands que les brebis. Le mâle (le bélier) et la femelle (la brebis) peuvent être acères (non cornus) ou à cornes. Les pattes sont courtes, et la tête et les pattes sont dépourvues de laine. Une de leurs caractéristiques les plus remarquables est leur toison double, dont les propriétés isolantes sont si efficaces que ces moutons peuvent survivre aux hivers les plus rigoureux, même dans des zones exposées et reculées.

Mouton islandais avec ses cornes caractéristiques

Les moutons islandais présentent généralement des cornes recourbées, dont la forme et la taille varient selon les individus. Certains moutons possèdent deux cornes, tandis que d'autres n'en ont pas. Leurs traits faciaux sont reconnaissables, leurs yeux sont expressifs et leur tempérament est calme. Bien qu'il n'existe techniquement qu'une seule race de moutons en Islande, il existe des variations d'apparence. La plupart sont blancs, mais il est également possible d'en voir de noirs, gris ou bruns.

L'Importance de la Laine Islandaise

Le climat islandais est souvent venteux et frais. Que l'on visite l'Islande en été ou en hiver, il est important de porter des vêtements chauds, imperméables et confortables. Et la laine des moutons islandais est parfaitement adaptée à cet usage. Ce qui distingue la laine islandaise, c'est sa combinaison unique de résistance, de douceur et de propriétés isolantes. Historiquement, elle servait à confectionner des vêtements traditionnels, des couvertures, des chaussettes, des bonnets et d'autres pièces chaudes et durables.

Le lopapeysa, ce pull reconnaissable à son empiècement circulaire décoratif, reflète une tradition artisanale profondément ancrée. Il est devenu un symbole fort de l'identité islandaise et un souvenir très apprécié des voyageurs. En plus d'être chaud et fonctionnel dans le climat islandais, il témoigne d'un savoir-faire transmis de génération en génération.

Un Rôle Culinaire et Historique Essentiel

Les moutons islandais sont également élevés pour leur viande, une ressource qui s'est révélée essentielle à travers l'histoire. En été, les moutons paissent en liberté dans les pâturages ouverts ; en hiver, ils sont nourris de foin. De nombreux plats traditionnels islandais sont à base d'agneau, et ils occupent encore aujourd'hui une place importante dans le patrimoine culinaire du pays. L'un des plus célèbres est le hangikjöt (agneau fumé), souvent servi lors des fêtes. Ces plats offrent un aperçu authentique de la cuisine islandaise.

Plat traditionnel islandais à base d'agneau

Pendant plus de mille ans, les moutons islandais ont été la principale source de produits laitiers en Islande. Avant les années 1940, les agriculteurs ne pouvaient pas produire suffisamment de foin pour nourrir des vaches, ce qui faisait des moutons la principale source de lait. Bien que la traite commerciale ait presque disparu, certaines petites fermes continuent encore de traire les moutons, mais à une échelle limitée. Le lait de mouton islandais est riche et nutritif, et sa rareté le rend d'autant plus précieux.

La Vie à la Ferme Islandaise

Une ferme en Islande est généralement isolée de tout. Il y a peu d'habitants, environ 3,3 personnes par km², contre 113 par km² en France, ce qui laisse de gigantesques champs sans perturbation, sans voitures, sans touristes, et sans pollution. Un véritable bonheur pour les animaux ! Les tâches d'une ferme varient en fonction des saisons, rythmant ainsi la vie des éleveurs.

Le Cycle des Saisons

En automne/hiver : La principale tâche est d'affronter le froid hivernal. Les animaux sont maintenus à l'intérieur une partie de l'hiver. Il faut leur donner de l'eau, beaucoup d'eau, car un mouton consomme environ 8 litres d'eau par jour. Des blocs de sel, contenant des minéraux essentiels à leur bon développement, leur sont aussi fournis. C'est également la période où les animaux s'accouplent, il y a donc un temps pour s'accoupler, crucial pour l'organisation et la gestion d'une ferme sur le long terme. Les moutons sont nourris deux fois par jour, le matin et le soir. Les enfants de la ferme se font un plaisir de le faire le weekend. En automne, et parce qu'il fait tout de même froid, les animaux ne sont tondus qu'une partie du corps, se retrouvant avec un drôle de look. En hiver, les moutons ne sont tondus qu'à moitié pour les garder au chaud. Ces tontes partielles sont nécessaires pour les aider à s'adapter aux différentes sortes de vêtements qu'ils porteront en laine, mais aussi pour les garder au chaud et les aider à grandir plus vite.

Un fermier islandais tondant un mouton avec une tondeuse électrique

Au printemps/été : C'est le temps de profiter du bon climat. Les moutons broutent l'herbe à longueur de journée. C'est aussi la période de fabrication du foin, qui permet de constituer une réserve de nourriture pour l'hiver. Le foin provient de l'herbe coupée, puis séchée et roulée en fourrage. Plus la coupe est tardive, meilleur sera le foin, car il peut moisir avec le temps et ne plus être bon à consommer. Il faut également surveiller les moutons pour les protéger des éventuels prédateurs, et un bon chien de berger fait parfaitement bien le travail dans ces cas-là. Le printemps est le moment des naissances, il faut donc aider à la naissance des agneaux, et s'assurer que les mères les allaitent bien.

Le Réttir : Une Tradition Millénaire

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Chaque année, à la fin de l'hiver, les bergers de toute l'Islande libèrent leurs moutons de leurs bergeries. L'objectif est de les laisser se rendre dans les hautes terres, afin qu'ils broutent l'herbe des pâturages tout l'été. En septembre, c'est le grand événement de rassemblement des moutons, connu sous le nom de Réttir. Cette tradition, dont les plus anciens racontent qu'il a toujours eu lieu, remonte au Xe siècle avec la transhumance. Pour certains fermiers, retrouver leurs moutons ne prendra que quelques jours. Pour d'autres, ce sont parfois des semaines de recherche qui les attendent. À pied, à cheval ou en voiture, tous les moyens sont bons pour retrouver leurs bêtes.

Des cavaliers rassemblant des moutons dans un vaste paysage islandais

Une fois les bêtes regroupées, c'est dans le Réttir que s'opère le tri. Des groupes de fermiers, d'Islandais, et tous les touristes qui souhaitent aider, rassemblent les moutons et les trient pour les rapporter à leurs propriétaires. Chaque mouton a une identification dans une oreille. En plus des moutons, le Réttir est connu pour rassembler la plus grande transhumance de chevaux en Islande ! Cette expédition a aujourd'hui tout gardé de sa tradition. Les fermiers travaillent main dans la main à travers les vallées, montagnes et canyons. Dévaler les montagnes à cheval et emprunter des chemins cachés par Mère Nature sont parfois les plus beaux trésors en plus du contact permanent avec une culture autre que la sienne.

Une Fête et une Opportunité Culturelle

Encore pratiquée aujourd'hui, cette tradition est suivie d'une grande fête où tout le monde danse. Traditionnellement, c'est là que les Islandais rencontraient leur amoureux. De nombreux bénévoles participent à ce pèlerinage, non seulement pour découvrir le pays sous toutes ses facettes, mais aussi pour s'ouvrir à une autre culture. Cette transhumance permet de ressentir le contact avec la nature, quelquefois oublié, tout en partageant d'égal à égal ce voyage avec les fermiers. En échange de leur aide apportée durant l'expédition, les bénévoles sont pris en charge. C'est une opportunité unique de découvrir l'intensité de ce périple autrefois réservé aux fermiers de la région, de profiter d'un café partagé et de chanter sans aucun doute des chansons incontournables et typiques.

Participer au Réttir : Une Expérience Authentique

Bénévoles triant des moutons dans un corral pendant le Réttir

Participer au Réttir est une expérience enrichissante, mais il est essentiel de respecter l'espace des animaux et de garantir la sécurité des voyageurs. Cela s'applique d'ailleurs à toute rencontre avec la faune islandaise. Soyez prudent en conduisant, surtout près des routes où les moutons peuvent se reposer. Les moutons se déplacent en troupeau : si vous en voyez un, ralentissez, car d'autres suivront probablement. Évitez de vous approcher de trop près, de faire des mouvements brusques ou de klaxonner, car cela pourrait les effrayer et provoquer une dispersion dangereuse. Respectez les limitations de vitesse, car certaines routes islandaises sont étroites et sinueuses. Gardez toujours vos phares allumés, de jour comme de nuit.

Organisation d'un Séjour Réttir

Un séjour pour participer au Réttir s'adresse généralement à des cavaliers souhaitant découvrir le rassemblement de moutons, mais n'ayant pas encore une parfaite maîtrise de leur monture aux trois allures. Une bonne condition physique est demandée, et une expérience de l'équitation d'extérieur est un atout. Ce voyage demande un réel engagement et une envie de partage de la part du cavalier, qui sera accepté par les fermiers dans leur travail de transhumance annuelle et considéré comme un membre de l'équipe. Il faut être prêt à affronter un temps capricieux. Les bombes ou casques sont obligatoires.

Déroulement typique d'un séjour Réttir :

  • Jour 1 : Arrivée en Islande, transfert libre à l'aéroport et installation à l'hôtel à Reykjavik.
  • Jour 2 : Départ en tenue d'équitation à 10h00 depuis la gare BSI, où le guide vient récupérer les participants. Arrivée à la ferme de Kálfhóll vers midi pour un déjeuner. Rencontre avec les chevaux suivie d'un briefing, puis départ de ce voyage à cheval sur un joli sentier le long de la rivière du glacier Thjorsa. Journée idéale pour apprendre à connaître les chevaux et la technique de monte islandaise.
  • Jour 3 : Il est temps de partir à la rencontre du troupeau de moutons qui descend des montagnes. Les participants les rejoignent sur le chemin du rassemblement et en profitent pour aider les locaux à diriger les bêtes. C'est étonnant de voir un troupeau de moutons long de plusieurs kilomètres ! À l'arrivée au meeting, une pause pique-nique méritée est prévue.
  • Jour 4 : La journée appartient à ceux qui se lèvent tôt, et comme le tri des moutons est un travail de longue haleine, les participants partent à l'aube pour rejoindre le corral en car, leurs montures les y attendant déjà. Ils prennent part à ce grand tri, en aidant un fermier défini à retrouver ses moutons. Un travail intéressant et parfois très amusant, qui rend ce voyage d'autant plus authentique. Une fois que tous les moutons ont retrouvé leurs propriétaires respectifs, le groupe repart à cheval vers la ferme. En chemin, un arrêt est fait au pub local "Hestakráin" (le pub pour chevaux) où est goûtée la soupe de viande, dans la pure tradition islandaise. À l'arrivée à Kálfhóll, un dîner d'adieu est servi et un bain à remous relaxant attend les participants. Pour ceux qui le souhaitent, un transfert peut être organisé pour se joindre aux festivités locales dans un pub aux alentours pour une danse locale (réttarball).
  • Jour 5 : Après le petit-déjeuner, il est temps de faire ses adieux. Transfert pour Reykjavík dans la matinée.

Un cheval islandais avec un cavalier dans un paysage de montagnes

Le Cheval Islandais : Un Compagnon Indispensable

L'encadrement est généralement assuré par un accompagnateur local anglophone depuis Reykjavik, deux guides locaux propriétaires des chevaux, et deux à quatre horsemen en charge du troupeau en liberté. L'équipe logistique prévoit deux à trois chevaux par cavalier, un véhicule d'assistance avec chauffeur, et un cuisinier. Les transports intérieurs se font en minibus.

Le cheval islandais est petit, endurant et très sociable. Il amble et tölt facilement, ces allures rapides de transition entre le trot et le galop étant très confortables pour le cavalier. Le tölt, adopté le plus souvent, est une allure très particulière et stable, rythmée à quatre temps. La succession du posé des pieds est identique à celui du pas. Certains ont aussi un amble (rythmé à deux temps et bipède latéraux) très agréable. En terrain plus difficile, les chevaux reprennent le trot ou le pas.

Hébergement et Restauration

L'hébergement se fait à la ferme des éleveurs, en chambre de deux à quatre personnes avec draps fournis. À Reykjavik, deux nuits en hôtel*** avec chambre et salle de bain privatives. Les hôtels sont généralement implantés dans le centre-ville de Reykjavik, à quelques pas des nombreux restaurants locaux, et proposent également un petit-déjeuner à emporter lors des départs très matinaux. La pension complète est généralement prévue, du petit-déjeuner du jour 2 au petit-déjeuner du dernier jour. Les déjeuners sont pris sous forme de pique-nique simples, et les dîners sont copieux. Les boissons et extras personnels, ainsi que deux dîners et un déjeuner libres à Reykjavik, ne sont généralement pas inclus. L'entrée à la soirée de célébration du dernier soir est à payer sur place.

Climat et Préparatifs

Le climat général de l'Islande, contrairement aux idées reçues, est tempéré et frais. Seul l'intérieur du pays enregistre de grands froids en hiver. En été, la température moyenne est de 10 °C à 12 °C, mais varie de 5 °C à 25 °C. Les chutes de neige sont vraiment exceptionnelles. L'inconstance du temps, qui provient de la rencontre entre les masses d'air polaire dense et sec du Groenland avec un front d'air tiède et humide d'origine tropicale, est la caractéristique essentielle du climat islandais. C'est pourquoi il est recommandé de s'équiper à la fois en vue du grand soleil et de la pluie. Attention, en septembre les nuits peuvent être plus fraîches (en dessous de 0 °C).

Il est toujours bien perçu de donner des pourboires aux guides locaux et au chauffeur du circuit lorsque vous êtes satisfait du service, en cohérence avec le niveau de vie du pays et à votre discrétion.

Consignes Sanitaires et Équipement

Pour des raisons sanitaires, il est important de noter que les chevaux islandais ne sont pas vaccinés et vivent en autarcie depuis plus d'un millénaire sur leur île. Il est donc nécessaire de respecter certaines consignes. Pendant les transhumances, de nombreuses heures sont passées en extérieur, parfois par des températures fraîches. En automne, l'Islande offre de magnifiques couleurs, mais aussi tous types de temps. Il est indispensable de prévoir un casque d'équitation obligatoire (les fabricants proposent aujourd'hui des casques ventilés, solides et légers, agréables sous toutes les latitudes) et des Compeed pour les ampoules.

Tourisme Responsable en Islande

Panneau sur le tourisme responsable en Islande

Voyager en Islande, c'est vivre une expérience incroyable. Cependant, il est crucial de respecter quelques consignes pour un voyage responsable :

  • Voyagez léger : Le poids des valises impacte négativement les émissions de CO2 du kérosène et de l'essence.
  • Supprimez le plastique : Emmenez votre gourde réutilisable préférée, un mug et des couverts durables pour les nuits en tente ou pendant votre vol.
  • Préservez la nature : Prévoyez une "poubelle de voyage" pour vos déchets pendant la randonnée. Laissez les plantes à leur place, elles sont plus belles ainsi, observez la faune à distance pour ne pas les déranger. Utilisez des produits cosmétiques biodégradables afin de protéger votre peau et l'environnement.
  • Faites du tourisme éthique : Refusez de prendre part à toute activité exploitant les animaux sauvages (spectacles, caresses avec touristes, etc.).
  • Soutenez les populations locales : Découvrez leur culture, respectez leurs coutumes, achetez des souvenirs locaux.
  • Partagez : Sensibilisez votre entourage au tourisme responsable.

Observer les moutons islandais paître dans la campagne est une expérience enrichissante, surtout en été, lorsqu'ils se déplacent librement dans les pâturages. Dès le mois de mai, il est possible d'observer les nouveaux agneaux faire leurs premiers pas, ainsi que les troupeaux profitant des températures plus douces. On peut en voir presque partout le long des routes les plus fréquentées, comme la Route Circulaire, le Cercle d'Or, ou encore la côte Sud, où ils paissent souvent près des bas-côtés, offrant de superbes occasions de photos avec de magnifiques paysages en toile de fond. Pour une expérience encore plus immersive, planifiez votre voyage au moment du Réttir, en septembre. Pour vivre pleinement cette expérience islandaise, louez une voiture afin de rencontrer des moutons tout en explorant d'autres sites incontournables du pays.

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