L'Art de la Tonte : Entre Tradition, Performance et Bien-être Animal

La tonte des moutons est une activité qui se situe à la croisée des chemins entre une pratique agricole ancestrale, un métier technique exigeant et une discipline sportive spectaculaire. Si le tondeur de moutons récolte un produit agricole, la toison de laine brute, avec une méthode très élaborée, cette opération est avant tout une condition sine qua non du bien-être de l'animal.

Un tondeur professionnel utilisant la méthode néo-zélandaise sur un mouton

La nécessité biologique de la tonte

La laine du mouton est une fibre dont la pousse est continue. Contrairement aux espèces sauvages et à quelques exceptions, la plupart des moutons domestiques ne perdent pas naturellement leur toison. Une laine non tondue se transforme en cocon de laine feutrée, humide, qui moisit et accueille de nombreux parasites : tiques, larves de mouches… Un mouton que l’on ne tondrait pas se retrouverait enveloppé d’un cocon de laine feutrée, sale, humide et moisie.

Au-delà de l'aspect sanitaire, il y a la question du confort thermique. Le mouton a chaud : au-dessus de 25°, il recherche l’ombre, ne mange plus et chaume. En été, les moutons se portent mieux avec moins de laine. Si la tonte est utile à l’homme, pour collecter une matière première naturelle aux qualités uniques, elle est surtout une condition du bien-être animal, indispensable à sa bonne santé. À noter que certains moutons rustiques ne nécessitent pas d’être tondus.

La méthode « Bowen » : L'excellence technique

La technique de tonte la plus utilisée, et préconisée par l’ATM (Association des Tondeurs de Moutons), est la méthode « bowen » dite « méthode néo-zélandaise ». Cette méthode allie au mieux l’efficacité du travail sur toutes les races ovines, le respect de l’animal et l’aisance du tondeur (diminution de la fatigue).

L'apprentissage repose sur une compréhension fine de la contention, qui est l’élément majeur à appréhender avant toute chose, dans le respect perpétuel du bien-être animal. On parle du « toucher » lors des formations débutants. Lors de la tonte de l’animal, la contrainte de la machine oblige le tondeur à manipuler la brebis dans différentes positions pour faire le tour de la toison. Vu que la main droite est prise par la machine et que la main gauche doit préparer la peau pour le passage de la tondeuse, il ne reste que les genoux et les pieds du tondeur pour tourner la brebis. Pour apprendre l’enchaînement de ces différentes positions, l’instructeur fait longuement s’entraîner les novices avec une brebis entre les jambes avant de leur mettre une tondeuse dans les mains.

Tonte d'un mouton

Le métier de tondeur : Une exigence physique et mentale

Le métier de tondeur ne demande pas spécialement une force phénoménale mais plutôt une bonne endurance au travail physique, une souplesse du dos et de toutes les articulations, un bon contact social et une bonne descente pour ce qui est de manger et boire. C’est en tondant qu’on devient tondeur ou qu’on abandonne.

La tonte professionnelle relève d’une véritable performance sportive. La préparation physique intègre du foncier avec de la natation, du football et, lors des compétitions, les tondeurs y ajoutent du cardio. Sur le plan mental, lors des concours de tonte comme dans tout sport, les compétiteurs vont s’isoler pour mieux se concentrer, en s’adossant à des techniques telles que le yoga ou la méditation.

La tonte aux forces : Tradition et précision

Si les tondeurs professionnels utilisent aujourd'hui des tondeuses électriques ou pneumatiques, la tonte « aux forces » (ciseaux manuels) demeure une pratique respectée. Les forces, ou ciseaux à tondre les moutons, sont un outil traditionnel, indispensable en l'absence de bergerie ou de source électrique. Ce n'est pas uniquement l'apanage des tout petits troupeaux ; certains tondeurs professionnels étant capables de tondre de cette manière 300 moutons en une journée.

Il convient de trouver le tour de main pour éviter de mettre excessivement à contribution les phalanges. C'est le poignet qui doit exercer l'effort principal. Comme le soulignent les pratiquants, il faut laisser les moutons debout, idéalement coincés dans un cornadis à une place, pour garantir le calme de tous les intervenants, moutons et berger(e).

Structure et formation : Le rôle de l’ATM

L’A.T.M., association de type loi « 1901 », existe depuis 1985. Elle est la seule structure regroupant les professionnels de la tonte en France et est entièrement indépendante. Chaque année, l’ATM organise plusieurs stages de tonte, allant de l’initiation, au perfectionnement junior, sénior et à la formation de formateurs.

Ces stages s’adressent aux élèves motivés pour tondre leurs propres brebis, mais aussi pour ceux qui souhaiteraient devenir tondeurs. L’objectif est d’apprendre à tondre des brebis selon la méthode Néo-Zélandaise qui s’est avérée la plus adaptée aux outils utilisés et à la collecte de la laine. Pour les tondeurs confirmés, sont proposés des stages de « super perfectionnement » où seront surtout étudiés l’aisance et le rythme nécessaires pour gagner en rapidité tout en travaillant proprement, en étant perpétuellement attentif au respect de l’animal et de la laine récoltée.

Schéma explicatif des étapes de la méthode de tonte néo-zélandaise

Les concours de tonte : Le sport de haut niveau

La profession de tondeur de moutons a la spécificité d’être sportive et spectaculaire, surtout pour les non-initiés. Les concours de tonte organisés dans différentes régions de France attirent et passionnent toujours un large public. Les médias sont aussi gourmands de ce genre de show insolite où les prouesses des athlètes en étonnent plus d’un.

Dans la notation de la tonte, trois facteurs sont pris en compte :

  1. La rapidité : Une tonte effectuée rapidement diminue le temps de stress de l’animal. Le tondeur concède 1 point de pénalité toutes les 20 secondes.
  2. Les recoupes : Les juges de podium pénalisent les « second cuts », là où la laine est coupée deux fois.
  3. La finition : Des juges évaluent les brebis sur la propreté, les coupures, les griffures du peigne et la présence de mèches oubliées.

Vers une valorisation de la filière laine

Le métier de tondeur, peu connu du grand public, l’est encore moins en tant que sport. Faire comprendre ce qu’est la tonte mais aussi quels en sont les objectifs est l’un des créneaux de l’AMTM (Association pour le Mondial de Tonte de Mouton). Aujourd’hui, 80 % de la laine française est envoyée en Chine, faute de filière locale suffisamment structurée.

Cependant, des initiatives comme celles de GreenSheep ou des Moutons de l’Ouest montrent la voie. En collaborant avec des coopératives locales pour valoriser la laine récoltée, dans une démarche de circuit court et de traçabilité, ces acteurs transforment un acte technique en un levier de développement durable. La tonte, en fin de compte, n'est pas seulement une nécessité biologique pour l'animal, c'est le point de départ d'une chaîne de valeur authentique, portée par des passionnés qui, du Lot aux Vosges, perpétuent un savoir-faire indispensable.

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