Comprendre le bois et la structure du bonsaï : guide complet

La pratique du bonsaï est un art vivant qui demande une compréhension intime de la physiologie végétale. Parmi les questions qui préoccupent souvent les amateurs, celle de l'aspect du bois et de la gestion de la croissance est centrale. La transformation du bois, passant du vert tendre au marron lignifié, est un marqueur essentiel pour agir sur la ramification et la santé de l'arbre.

La transformation du bois : de la pousse à la lignification

La taille d’entretien consiste à couper le rameau dès qu’il a commencé à lignifier, c’est-à-dire qu’il se transforme en bois (sa couleur est passée du vert au marron). Il faut toujours tailler en laissant deux feuilles ; il va alors se former deux bourgeons qui donneront naissance à des rameaux. À chaque taille, le nombre de rameaux est multiplié par deux.

La taille d’entretien permet de créer la ramification, et sur des bonsaïs tels que les ormes de Chine, cela suffit à créer de beaux plateaux bien denses. Le pincement, qui consiste à couper le bourgeon qui vient de s’ouvrir en bout du rameau, ne se pratique que sur un bonsaï qui est en « phase de finition », c’est-à-dire que la structure est bien établie, que les branches sont bien ramifiées.

Schéma illustrant la différence entre une pousse verte herbacée et un rameau lignifié marron

La taille de structure : sculpter l'architecture

Tailler un bonsaï est l’une des étapes les plus importantes, aussi bien pour un but esthétique que pour assurer une bonne croissance. Pourtant, l’amateur débutant se sent souvent désemparé avec sa paire de ciseaux dans les mains.

Les règles d'or de la structure

  1. Ne jamais conserver 2 branches qui partent du même endroit sur le tronc, sinon cela va entraîner la formation d’une « boule » à cause de l’afflux de sève à cet endroit.
  2. Les ramifications ne font toujours pas par paire ; un rameau se sépare en deux, qui vont ensuite se séparer en deux, etc. C’est comme cela que l’on forme de jolis plateaux.
  3. Certaines essences, telles que les érables du Japon ou bien les ormes de Chine, ont tendance à avoir de nombreux bourgeons qui partent d’un même point. Si vous les conservez, vous allez avoir une inversion de conicité.
  4. La conicité du tronc doit être massive à la base (au niveau du nebari) et doit progressivement devenir de plus en plus fine. Même sur un bonsaï mature, c’est parfois une opération nécessaire car la végétation s’est allongée et les parties en bout de branches sont devenues trop grosses.

Quand intervenir ?

La taille de structure se réalise à partir de la fin de l’automne, lorsque l’arbre entre dans sa période de dormance. Sur les feuillus, c’est lorsque quasiment toutes les feuilles sont tombées. Vous pouvez alors mieux voir la structure de l’arbre et des branches. Il est important d’utiliser des outils prévus spécialement pour ce genre de travail ; la pince concave est idéale, elle permet d’effectuer une coupe de façon à ce que l’arbre puisse cicatriser plus facilement.

COMMENT UTILISER UNE PINCE A COLSON

La gestion de la vigueur et la technique du tire-sève

La plupart des arbres ont une « tendance apicale », c’est-à-dire que la tête et le bout des branches sont plus vigoureux que ce qui se trouve plus à l’intérieur de l’arbre. En taillant pendant la période de croissance, vous allez stopper temporairement la pousse.

Faire grossir les branches et le tronc

Sur un arbre en formation, il peut y avoir un déséquilibre. Vous pouvez avoir une branche basse qui est plus fine que celles au-dessus. Il faut donc la faire grossir, et pour cela il faut la laisser pousser. En ne taillant rien sur cette branche, vous allez voir se développer beaucoup de rameaux, beaucoup de feuilles, et plus il y a de feuilles, plus la branche va grossir.

Cette technique fonctionne également si vous voulez faire grossir le tronc : dans ce cas, vous devez laisser pousser l’arbre librement, surtout au niveau de la tête. Vous pouvez alors avoir une tige apicale qui peut faire plus d’un mètre de haut, et vous verrez que le tronc se mettra à grossir. Pour éviter les grosses cicatrices lors du rabattage, taillez chaque hiver ce tire-sève en laissant un centimètre de bois.

L'importance vitale de la photosynthèse

Plus il y a de feuilles, plus il y a de photosynthèse, mais tailler peut améliorer ce processus. Il faut comprendre une chose essentielle : pour que les feuilles puissent faire la photosynthèse, il faut qu’elles soient à la lumière. Les parties qui se trouvent plus à l’intérieur de l’arbre vont se retrouver à l’ombre.

Même en taillant les longues pousses qui dépassent du profil du bonsaï, il peut y avoir tellement de feuillage que l’intérieur se trouve complètement à l’ombre. Il est important de conserver certaines petites branches qui se trouvent proches du tronc, car elles permettent de créer de jolis plateaux. Pour cela, nous pouvons tailler les feuilles. La défoliation totale est quand même un peu traumatisante et ne doit être pratiquée que sur un arbre en pleine santé.

Diagramme montrant la répartition de la lumière à travers le houppier d'un bonsaï

Identifier et interpréter les signaux de l'arbre

Savoir mettre en pratique les différentes tailles tout au long de l’année est un concept fondamental. On ne taille jamais un arbre faible. Comment le savoir ? Sur un pin, vous devez avoir des aiguilles bien rigides qui piquent au bout. Un arbre peut subir un stress suite à un changement de place ou lorsqu'il arrive chez vous.

Si les feuilles de votre bonsaï jaunissent, noircissent ou présentent des taches brunes, c’est souvent un avertissement d’un soin inadapté. Le noircissement, l’apparition de taches noires sur le feuillage ou des feuilles marron sur un bonsaï sont souvent les signes d’un arrosage excessif. À l'inverse, le jaunissement accompagné d’un flétrissement du feuillage est souvent le signe d’un manque d’eau.

Spécificités des essences et adaptation aux climats

Tous les bonsaïs sont des arbres comme ceux de la nature et donc toutes les espèces sont censées être maintenues à l’extérieur comme leurs grands frères en pleine nature. La différence se fait essentiellement au niveau du climat et de la position géographique.

Les conifères : le bois mort et la structure

Le genévrier est une espèce très courante en bonsaï. Le Jin et le Shari soulignent bien l’âge d’un genévrier ; le genévrier tolère extrêmement bien ces techniques sur bois mort. L'écorce peut être enlevée sur de grandes surfaces. Le genévrier peut survivre seulement si de fins chemins d'écorce entre les branches et les racines sont laissés.

Concernant l'aspect du bois et des aiguilles, sachez que pendant la saison froide, les aiguilles des genévriers sont généralement brunâtres à rouge-marron. Si un bonsaï de genévrier avec un feuillage écaillé est trop réduit d’un seul coup, il forme alors un feuillage ressemblant à des aiguilles. Une formation lente, sur de longues périodes, est hautement recommandée.

Les feuillus et les arbres à fleurs

Le cerisier japonais est un arbre avec un tronc rugueux et sombre et une sublime floraison rose au printemps. Les vieux cerisiers japonais ne doivent pas être taillés trop brusquement au niveau des racines car elles peuvent être sujettes aux maladies fongiques.

L'azalée satsuki - Rhododendron indicum - est très commune en bonsaï et propose des centaines de beaux cultivars. Les azalées ont besoin d’un sol particulier, d’engrais, une eau sans calcium (eau de pluie) et ne doivent pas connaître de sécheresse.

Carte des zones climatiques pour la culture des bonsaïs en extérieur

Le substrat : le socle de la culture

Le substrat devra être drainant pour éviter que l’eau ne stagne dans le pot et éviter ainsi la pourriture des racines. Il permettra aussi une bonne aération pour laisser les racines respirer.

  • Akadama : Terre argileuse japonaise séchée, très utilisée pour sa rétention en eau et nutriments.
  • Kanuma : Terre acide idéale pour les azalées et rhododendrons.
  • Pouzzolane : Roche volcanique très drainante.
  • Zéolithe : Roche minérale au pH neutre qui dispose d'un fort pouvoir de rétention.

Le rempotage va permettre de rééquilibrer le pain racinaire dans son conteneur en taillant les racines et en renouvelant le substrat. Pour les feuillus, l'idéal sera à la fin de l’hiver ou au début du printemps, quand la terre se réchauffe et juste avant l’éclatement des bourgeons. Pour les pins, le rempotage peut se faire un peu plus tard au printemps quand les bourgeons grossissent mais avant qu’ils ne se transforment en chandelles.

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