La gestion des adventices, communément appelées « mauvaises herbes », constitue l'un des piliers fondamentaux de la réussite agronomique et de la pérennité des exploitations. Dans un contexte où la transition écologique s’impose comme une priorité mondiale, le secteur agricole et celui de l’entretien des espaces verts connaissent une transformation profonde. Les bonnes pratiques agronomiques et d’élevage limitent le recours aux herbicides, plaçant la prévention au cœur des systèmes de culture. L’implantation constitue le premier facteur de performance et de longévité de votre prairie. Dans ce cadre, la maîtrise des adventices est un enjeu clé.

Comprendre la dynamique des adventices et le besoin d'intervention
Dans toutes les discussions qui se tiennent entre professionnels de l’agriculture et non-initiés, la lutte contre les mauvaises herbes semble être un sujet compliqué à traiter. Commençons par un constat : les mauvaises herbes portent sans doute mal leur nom. Ce terme désigne en fait des plantes qui apparaissent spontanément dans les champs cultivés. Elles ne sont pas mauvaises en soi, mais simplement à l’endroit où elles se trouvent. Par exemple, le datura (Datura stramonium) comme le coquelicot (Papaver rhoeas) servent de plantes d’ornement dans nos jardins, mais sont toxiques et donc indésirables dans les champs. Le vulpin (Alopecurus myosuroides) et le ray-grass (Lolium perenne L.) ne sont pas toxiques, mais entrent en compétition avec la plante cultivée. Les scientifiques préfèrent pour cela le terme d’« adventices », qui vient du latin adventicius, signifiant « qui vient de l’extérieur ».
Les prairies et pâturages sont composés d’une multitude de plantes. Pour les animaux qui s’y nourrissent comme les vaches, chevaux, moutons et chèvres, il est essentiel que ce mélange constitue une bonne matière fourragère afin de pouvoir couvrir leurs besoins nutritionnels. Il est évident également que certaines plantes doivent être éliminées pour éviter à ces animaux de se faire empoisonner par leurs substances toxiques. Il y a d’autres plantes qui ne sont pas forcément dangereuses, mais qui ne couvrent pas les besoins des animaux. La flore adventice pose en fait divers problèmes à l’agriculteur. Directement, elle peut réduire le rendement de la culture en entrant en concurrence dans l’accès aux ressources telles que l’eau et les éléments nutritifs du sol. De plus, en produisant des graines, les adventices peuvent devenir de plus en plus nombreuses d’année en année jusqu’à atteindre un nombre de pieds par mètre carré difficilement contrôlable par l’agriculteur.
Leviers agronomiques et gestion des prairies
La gestion efficace et sur le long terme des adventices prend tout son sens lorsqu'on mobilise des leviers agronomiques diversifiés. Le choix de la rotation culturale, c’est-à-dire de la nature des cultures et de leur ordre de succession, représente un levier de première importance. La répétition trop fréquente des mêmes cultures dans la rotation va favoriser les adventices qui présentent des cycles de développement similaires à la plante cultivée. La gestion de l’interculture, période entre deux cultures principales, présente également des opportunités pour contrôler les adventices. Le maintien d’un couvert végétal au sol permet d’éviter de laisser le sol nu, propice au développement des adventices.
Lors de l’implantation de graminées pures, par exemple, l’utilisation d’un herbicide peut s’envisager en présence de dicotylédones et/ou de vivaces ou bien pour optimiser la production des premières coupes en graminées temporaires. Toutefois, dans le cas des mélanges de graminées et de légumineuses, peu de solutions herbicides sont disponibles. Lors de la rénovation d’une prairie permanente, le désherbage peut constituer un levier efficace afin de redonner l’avantage aux graminées, fragilisées par des périodes de sécheresse. Pour les prairies et pâturages permanents, il est nécessaire de soigner régulièrement les parcelles pour que les plantes nuisibles ne s’installent pas et que les animaux continuent d’avoir une alimentation de qualité.

Techniques de désherbage : entre mécanique et précision
Pour le soin aux prairies, il s’agit de supprimer les mauvaises plantes et de favoriser les meilleures. Dans les prairies, on favorise la lutte plante par plante. Cela signifie que l’agriculteur utilise un produit phytosanitaire dans une petite pompe ou sous forme de granules et le dépose uniquement sur les plantes à enlever. Il existe également la lutte mécanique. Elle prend plus de temps et demande vraiment plus d’huile de coude. De plus, il n’est pas toujours possible de pratiquer de cette manière si le sol est trop dur ou trop collant. Cette lutte mécanique est très astreignante pour les agriculteurs car il n’existe, pour l’instant, aucune machine pour effectuer ce travail et tout est réalisé à la main, avec des outils.
Le travail du sol regroupe un ensemble de techniques utilisées depuis longtemps en agriculture. Le labour est ainsi une technique emblématique particulièrement efficace, qui consiste à retourner la couche de terre arable d’un champ cultivé sur une certaine profondeur. Avant de semer la culture, cela permet d’enfouir efficacement les semences d’adventices et d’éviter ainsi leur germination. Pour être plus efficace, il est important de ne labourer que tous les 3 ou 4 ans. Le désherbage mécanique va lui réduire la quantité d’adventices au champ par une action physique, grâce à des équipements spécifiques. Par exemple, les socs de la bineuse pénètrent dans le sol sectionnant les adventices présentes dans les inter-rangs. De nombreux systèmes de guidage existent aussi pour positionner ces machines au plus près du rang de culture sans les endommager : guidage manuel, par GPS de précision, par caméra ou autres systèmes de détection par capteurs.
La gestion des broussailles : protocoles et sécurité
Pour la grande majorité des éleveurs interrogés, le débroussaillage est réalisé de manière mécanique, par broyage. Dans le cas d’un débroussaillage chimique, les doses des produits homologués en litre par hectare (L/ha) sont généralement retranscrites en litre de produit pour 100 litres de bouillies de traitement (L/hL) sur l’usage « Dévitalisation des broussailles ». Vous pouvez appliquer jusqu’à 100 litres de bouillie par section de 10 cm de broussaille, soit entre 400 et 1 000 litres de bouillie par hectare, selon le développement des plantes à contrôler.
Les bonnes pratiques de traitement des broussailles peuvent se synthétiser en quatre points clés :
- Protégez-vous en utilisant les équipements de protection individuelle (EPI) adaptés et respectez scrupuleusement les conditions d’emploi des produits, tels que précisés sur les étiquettes.
- Veillez à toujours traiter avec la buse de traitement orientée vers le sol.
- Appliquez le produit sur une végétation « verte », après reprise de croissance.
- En cas de broussailles volumineuses, le débroussaillage mécanique reste indispensable en cas d’infestation envahissante, car l’effet visuel est immédiat.
Techniques de désherbage mécanique en grandes cultures
Innovation et perspectives technologiques
L’émergence de l’agriculture dite « numérique » offre des solutions innovantes. Cette agriculture repose sur l’utilisation des sciences et technologies du numérique permettant l’acquisition de données, leur transfert, leur stockage et leur traitement, notamment grâce à l’intelligence artificielle. Divers capteurs ont été développés pour détecter les adventices au champ, permettant ainsi un désherbage localisé. L’imagerie couplée à l’IA permet de distinguer les adventices de la culture principale et de les éliminer par pulvérisation localisée d’herbicide ou par une action mécanique de travail du sol.
L’utilisation de bioherbicides d’origine végétale représente une autre alternative écologique aux pesticides de synthèse chimique. Actuellement, le seul produit utilisable en grandes cultures est l’acide pélargonique, mais d’autres produits sont à l’essai. La robotique représente aussi un domaine en plein développement pour les productions végétales. Pour exemple, un robot de désherbage autonome est déjà utilisé en France en culture betteravière sur de petites surfaces. Il permet de semer mais surtout de désherber de façon mécanique jusqu’à 6,5 ha par jour, alimenté par un panneau solaire, permettant d’être totalement autonome énergétiquement.
Enjeux réglementaires et environnementaux
L’utilisation répétée d’herbicides peut avoir un effet contre-productif : celui de conduire à la sélection et développement de résistances aux substances actives chez les plantes dont on cherche à se débarrasser. Par exemple, deux espèces d’adventices dans les champs de céréales d’hiver, le ray-grass et le vulpin des champs, posent actuellement des difficultés de désherbage aux agriculteurs français. De plus, l’utilisation de ces herbicides, et plus généralement des pesticides, peut présenter des risques pour la santé humaine, en premier lieu pour les agriculteurs car des expositions prolongées peuvent entraîner des pathologies reconnues comme maladies professionnelles.
Les herbicides peuvent également avoir un impact négatif sur l’environnement en contaminant les milieux aquatiques et les ressources en eau potable. Cette pollution génère des coûts de dépollution de plus en plus importants pour les acteurs de la gestion de l’eau et les consommateurs. Le retrait d’un bon nombre d’herbicides du marché, en raison de leurs effets négatifs sur la santé et l’environnement, a donc poussé les agriculteurs, les conseillers agricoles et les chercheurs à améliorer les usages des herbicides et à trouver des alternatives. La Stratégie Ecophyto 2030 favorise une nouvelle approche en prévoyant le financement de recherches pour des solutions alternatives aux pesticides les plus dangereux. Ces enjeux touchent également les espaces non agricoles, où l’interdiction des produits de synthèse pousse les distributeurs et les jardiniers vers des solutions de biocontrôle et des méthodes de jardinage raisonné.