La formation des futurs professionnels de santé repose aujourd'hui sur un changement de paradigme profond. L'adjointe à la direction de l'IFPP et l'adjoint de pôle en hôpital, à travers leur expérience concrète, démontrent que le partenariat entre les instituts de formation (IFSI) et les structures de soins est essentiel pour envisager de façon constructive et optimale le rôle du tuteur de stage. Ce modèle repose principalement sur la construction des compétences par les étudiants, tout en rendant l’apprenant autonome, responsable et réflexif. Ces éléments sont essentiels dans l’approche pédagogique et constituent la colonne vertébrale de cette réforme.

Les fondements de la compétence en milieu de soin
La notion de compétence, très en vogue actuellement, intègre différents milieux et devient une référence incontournable pour la professionnalisation. Il s’avère que la compétence est inséparable de l’action et ne peut être appréhendée qu’au travers de la pratique professionnelle. Cela précise bien qu’elle ne prend vie qu’au travers de la pratique quotidienne infirmière, autrement dit : le milieu de soins.
Cette réforme des études implique donc de nouveaux rapports entre les personnels des structures de soins et l’IFSI, ainsi que de nouvelles organisations pour encadrer les étudiants. Il s'agit notamment de la définition d'un triumvirat, avec un positionnement stratégique des tuteurs de stages, au centre des collaborations entre le formateur référent de l'IFSI, le maître de stage, et les professionnels de proximité. Ces tuteurs, investis d'une mission de formation et d'évaluation renforcée, acquièrent et mobilisent de nouvelles compétences.
La mutation de la posture encadrante
Un changement majeur s'opère dans la posture des encadrants : il s'agit de passer d’un mode de transmission de savoir basé sur la démonstration et la reproduction à une pédagogie qui repose sur la sollicitation, la réflexion (analyse de pratique), l'action et le transfert ; en somme : « construire avec l’étudiant ». L’accent est donc mis sur le stage. Non seulement il est un lieu d’apprentissage privilégié, mais il nécessite des exigences de qualité. C’est une véritable aubaine pour les équipes pédagogiques.
À Dreux, cette opportunité a été saisie pour enrichir le partenariat avec l’établissement support, le centre hospitalier Victor Jousselin. Ce projet commun de tutorat se décline selon trois axes fondamentaux : la rédaction des livrets d’accueil, la formation des tuteurs et l’harmonisation des modalités d’encadrement.
6 La posture soignante et les objectifs de l’hospitalisation
L'outil indispensable : le livret d’accueil
La rédaction des livrets d’accueil a été confiée à un groupe de travail constitué de cadres de proximité et de formateurs, tous volontaires spontanés représentant l’ensemble des secteurs de l’établissement. Pour l’élaboration de ce document, à partir d’une base documentaire, un accord a été trouvé quant à la construction d’une trame commune, intégrant l’illustration de chaque compétence par des situations de soins et activités inhérentes à la spécificité de la structure.
Après une répartition sectorielle de pôles et de services, chaque membre du groupe a accompagné les cadres et leurs équipes pour la rédaction de ces livrets. Une fois validés, ces outils sont disponibles sur un logiciel documentaire institutionnel et auprès du centre de documentation de l’IFSI, accessibles par l’ensemble des professionnels et des étudiants. Ces derniers les consultent avant de choisir et négocier leur lieu de stage, ce qui leur apporte des renseignements précieux pour éclairer leur représentation et favoriser leur choix quant à leurs objectifs d’apprentissage. David, étudiant de 3ème année, le souligne : « Cet outil est essentiel pour préparer notre stage dans de bonnes conditions ».
La formation des tuteurs : un enjeu de structuration
Des informations relatives à ce nouveau référentiel de formation ont été dispensées à plusieurs reprises au centre hospitalier, auprès de tous les professionnels de services. Via les cadres de proximité, les personnes volontaires pour adopter cette fonction de tuteur ont été recensées. La formation de deux jours, en discontinu, permet de préciser les objectifs, les compétences, le contenu et les moyens mis en place.
Les apprentis tuteurs ont montré un réel intérêt à la formation avec une participation active. Le contexte de travail, souvent difficile à cause de l’absentéisme professionnel et du turnover des patients, n’a pas altéré leur motivation à cette fonction ni leur dimension constructive quant à l’élaboration et l’appropriation de nouveaux outils d’apprentissage. Yoan, tuteur en psychiatrie, témoigne : « Être tuteur, c’est centraliser les informations et favoriser un encadrement de qualité au niveau de l’équipe de soins. Je suis le référent et garant du suivi pédagogique de l’étudiant pour l’équipe pluridisciplinaire. Ma fonction me confère un statut de médiateur entre les collègues et l’IFSI ».

Harmonisation des pratiques d’encadrement
L'harmonisation des modalités d’encadrement a été envisagée car des écarts de pratique parasitaient l’apprentissage des étudiants. Le groupe de travail s’est enrichi de tuteurs formés et d’étudiants infirmiers de 3ème année. Le premier travail a consisté à se mettre d’accord sur les termes employés : encadrement, tutorat, apprentissage, responsabilité. Des dossiers documentaires ont été distribués pour favoriser l’appropriation des concepts.
La fiche action qui a suivi a été élaborée en fonction des expériences des professionnels, des exigences réglementaires, du projet pédagogique de l’IFSI et des attentes des étudiants. Des questionnaires d’évaluation de la qualité du stage sont effectués auprès des étudiants et des responsables d’encadrement. Néanmoins, même si les graines sont semées, il faut les faire vivre au quotidien, ce qui nécessite une implication et une persévérance de tout instant. Malgré les visites individuelles de stage et les temps de regroupement planifiés par les formateurs, les échanges avec les tuteurs ne sont pas toujours effectifs compte tenu de leur disponibilité.
Le cadre national des formations tutorales
La fonction de maître d’apprentissage ou de tuteur est primordiale dans la réussite du parcours en alternance. Les formations proposées par des organismes comme Croix-Rouge Compétence visent à déterminer les étapes clés du parcours de l’apprenti et les outils adaptés, tout en mettant en œuvre la fonction sur les aspects juridiques, relationnels et pédagogiques.
Les modalités pédagogiques comprennent généralement 40 heures par module, divisées en sessions de regroupement. Chaque module est organisé autour de trois fonctions : l’organisation du parcours, la co-construction des savoirs et la supervision du parcours de formation. Les méthodes pédagogiques s’appuient sur l’individualisation afin que chaque tuteur puisse construire des outils adaptés à son contexte institutionnel.
En tant que tuteur de branche ou maître d'apprentissage dans le secteur sanitaire, social et médico-social, le professionnel accueille et accompagne un stagiaire ou un salarié en contrat de professionnalisation. Il lui transmet des savoirs et des connaissances, ce qui nécessite la mise en place d’un parcours d’apprentissage suivi de l’acquisition des compétences. La formation habilitée par les OPCO permet de soutenir ces professionnels qui, au-delà de la technique, deviennent les architectes de la montée en compétences des générations futures.