Les Matières Fertilisantes : Définition, Rôle et Impacts

La sécurité alimentaire est un défi mondial majeur, exacerbé par une population qui devrait dépasser les 9,6 milliards de personnes d'ici 2050 (ONU, 2013). Pour y répondre, l'agriculture a intensifié sa production, triplant la production céréalière à 2,5 milliards de tonnes en cinquante ans, alors que la population a plus que doublé (FAO, 2016). Cette augmentation spectaculaire n'aurait atteint que 50 % de ce niveau sans l'utilisation d'engrais azotés (Erisman et al, 2008). Les matières fertilisantes jouent donc un rôle crucial dans l'approvisionnement alimentaire mondial, fournissant aux cultures les éléments nutritifs essentiels à leur croissance et à leur productivité.

Schéma de l'évolution de la population mondiale et de la production céréalière

Le terme "fertilisant" est un adjectif qui qualifie toute substance capable de fertiliser la terre, c'est-à-dire de la rendre plus fertile. Il est également employé comme substantif masculin pour désigner ces substances elles-mêmes. Les matières fertilisantes regroupent un vaste éventail de produits d'origines organique et minérale, dont l'objectif principal est de soutenir la croissance des plantes en complément des nutriments naturellement présents dans le sol ou libérés par la minéralisation.

Comprendre la Fertilité du Sol et les Besoins des Plantes

Le sol est un milieu complexe abritant une intense activité biologique, caractérisée par une grande biodiversité d'organismes qui interagissent avec la croissance des plantes. La fertilité du sol est le résultat de l'action humaine à travers ses pratiques agricoles, en interaction avec le climat. Les plantes, après la récolte, laissent dans le sol des racines, des tiges et des feuilles qui constituent une source de matière organique (MO) pour les organismes vivants du sol. Cette MO est en partie décomposée puis minéralisée, tandis que l'autre partie est transformée en humus stable, un constituant important de la fertilité du sol. La MO nourrit la vie du sol, favorise une structure motteuse et aérée, et accroît la réserve utile en eau. De plus, elle augmente la capacité d'échange cationique, qui est la mesure chimique conventionnelle de la capacité d’un sol à stocker de façon réversible des éléments minéraux échangeables, notamment des cations.

Diagramme illustrant le cycle de la matière organique dans le sol

Les plantes ont besoin d'une quinzaine d'éléments minéraux indispensables à leur croissance. Ces éléments contribuent également à la valeur nutritionnelle des aliments pour l'homme et les animaux. Une nutrition équilibrée de la plante en tous les éléments minéraux produit des aliments de bonne valeur nutritive et de haute qualité organoleptique. Des carences, c'est-à-dire l'absence, la présence insuffisante ou un défaut d'assimilabilité d'un élément indispensable à la vie végétale, se traduisent par une qualité dégradée et une diminution du rendement. Des symptômes de carence révèlent les troubles physiologiques subis par les plantes, aussi appelés maladies de carences. La théorie du minimum, formulée par le botaniste allemand Philipp Carl Sprengel, stipule que la croissance des plantes est limitée par l'élément qui est relativement le plus rare, ce dernier étant le facteur minimum.

Les Différents Types de Matières Fertilisantes et leurs Apports

Les matières fertilisantes se classent principalement en deux catégories : les fertilisants organiques et les fertilisants minéraux.

Les Fertilisants Organiques

Les Produits Résiduaires Organiques (PRO) constituent un ensemble considérable de produits organiques utilisables en agriculture. Ils sont retournés au sol pour leurs propriétés fertilisantes (apport d'azote, de phosphore, de potasse, etc.) et/ou amendantes (organiques et basiques). Ces produits ont des origines diverses :

  • Agricoles : produits provenant des bâtiments d'élevage, également dénommés engrais de ferme ou effluents d'élevages (lisiers, fumiers, digestats de méthanisation).
  • Urbaines : produits provenant du traitement des eaux usées (boues de station d'épuration) et des ordures ménagères (composts de déchets).
  • Agro-industrielles : par exemple, les vinasses de betterave, les poudres de viande ou de plume, le sang séché.

Les teneurs en éléments fertilisants de ces produits sont exprimées en kilogrammes de chaque élément pour 100 kg de produits. La dynamique de l'azote organique présent dans ces fertilisants varie. Par exemple, l'azote organique des composts et des fertilisants à Corg/Norg élevé (> 10 ou 12) tend à rejoindre le stock de matière organique du sol (humus) et se minéralise très peu. À l'inverse, l'azote organique des fientes de volaille et du lisier de porc se minéralise en partie dans les mois qui suivent l'apport. Ce résultat est obtenu par incubation d'un mélange de terre fine avec le fertilisant organique à température et humidité optimales pour l'activité biologique. Au champ, il faut rallonger le temps pour tenir compte des températures réelles au sol et des périodes de sécheresse. Certains fumiers et déchets verts à Corg/Norg élevé entraînent dans un premier temps une consommation de l'azote minéral du sol par les micro-organismes (valeurs négatives).

Tableau comparatif des coefficients d'équivalence azote pour différents produits résiduaires organiques

En agriculture biologique, qui se présente comme une alternative mais s'accompagne d'une baisse de productivité pour des cultures importantes et de coûts de production plus élevés, les fertilisants organiques sont presque exclusivement utilisés. L'azote constitue un facteur limitant important en agriculture biologique car les fertilisants organiques utilisés n'ont pas la même efficacité que les engrais azotés minéraux qui ne sont pas autorisés. Pour fournir de l'azote aux plantes, l'agriculture biologique a recours aux légumineuses pour fixer l'azote de l'air et à des apports organiques plus réguliers. Les engrais organiques rapidement minéralisables (Corg/Norg <8) peuvent également être utilisés, comme les guanos, les fumiers de volaille et les fientes, les vinasses de betterave, les poudres de viande ou de plume, et le sang séché. La mention « utilisable en agriculture biologique conformément au règlement (CE) n°834/2007 » figure sur l'étiquette et/ou la facture du produit.

Les Fertilisants Minéraux

Les engrais minéraux apportent des éléments nutritifs en complément des quantités naturellement libérées par le sol et par la minéralisation. Ces minéraux sont extraits de mines ou de carrières, en Alsace, en Afrique du Nord ou au Chili. L'azote dans les engrais est communément décrit sous trois formes principales :

  • Nitrate (NO3-) : Principalement présent dans les terres arables aérées, il est disponible pour l'absorption directe par les plantes.
  • Ammonium (NH4+) : Provoque l'acidification du sol mais est également disponible pour l'absorption directe par les plantes.
  • Urée (CH4N2O) : Doit être convertie en NH4+ et/ou NO3- pour devenir disponible pour l'absorption par les plantes, grâce à l'uréase, une enzyme qui catalyse la transformation de l'urée en dioxyde de carbone et ammoniac.

D'autres éléments essentiels sont apportés par les engrais minéraux. Le soufre, par exemple, entre dans la composition de trois acides aminés essentiels qui jouent un rôle dans la synthèse et la conformation des protéines. Le calcium, le magnésium et le potassium sont présents sous leur forme minérale dans la plante et sont aussi indispensables à l'homme. Chez la plante, ils favorisent la résistance aux stress physiques (sécheresse, gel, chaleur) et aux attaques de certains agresseurs. Le potassium et le magnésium favorisent aussi le transfert et l'accumulation des sucres vers les organes récoltés, améliorant ainsi la teneur en sucres des betteraves, la teneur en amidon des pommes de terre et le degré alcoolique des vendanges.

Concernant le phosphore, la plupart du phosphore dans nos engrais NPK (Azote, Phosphore, Potassium) est soluble dans l'eau et une plus petite fraction est soluble dans le citrate d'ammonium neutre. Les deux fractions sont disponibles pour les plantes. La proportion soluble dans l'eau est immédiatement disponible, tandis que la proportion soluble neutre dans le citrate d'ammonium devient disponible pour la plante dans un environnement acide tel que la rhizosphère (près des racines de la plante).

Infographie sur les principaux éléments nutritifs et leurs rôles

En agriculture biologique, les engrais azotés minéraux de synthèse (ammonitrates, urée, sulfate d'ammoniaque, solution azotée) sont interdits. Cependant, certains engrais minéraux sont autorisés, tels que le phosphate naturel tendre, le phosphate alumino-calcique et les scories de déphosphoration comme seuls engrais phosphatés minéraux. Le sel brut de potasse, la vinasse et les extraits de vinasse ainsi que le sulfate de potassium résultant d'une extraction physique à partir d'un sel brut sont utilisables directement ou en matière première dans des engrais composés. Le carbonate de magnésium présent dans la dolomie et dans d'autres amendements minéraux calco-magnésiens est utilisable, mais pas la chaux magnésienne qui subit une cuisson. Enfin, la kiesérite d'origine naturelle est utilisable, mais pas le sulfate de magnésium obtenu par réaction chimique.

Formats et Propriétés des Engrais

Les engrais peuvent avoir différents formats de granulés, allant de formes parfaitement rondes à des formes amorphes. Une forme ronde est toujours préférable à stocker et à transporter car les granulés amorphes aux bords dentelés peuvent se casser plus facilement lors de la manipulation, formant ainsi de la poussière dans les sacs. Les engrais prillés sont plus petits et ne sont pas aussi homogènes que les granulés. Les prills ne sont pas de forme ronde, ont des bords pointus et sont donc sujets à la formation de poussière.

La technologie de compactage utilise une haute pression sans réactions chimiques pour produire des granulés complexes. Après broyage, broyage et homogénéisation des différents ingrédients, ils sont pressés en particules de 2 à 7 mm. Les particules reçoivent un traitement de surface qui les empêche de se coller entre elles pendant le stockage. Tous les granulés ont la même composition chimique et les mêmes propriétés physiques. Les propriétés physiques des granulés sont également les mêmes, donnant un motif de dispersion uniforme pendant l'application, par opposition aux engrais physiques mélangés - où une distribution hétérogène des nutriments est typique dans la région. La granulométrie décrit la répartition de la taille des granulés. Elle est exprimée sous la forme d'un nombre qui quantifie la variabilité entre les particules d'un échantillon donné. Plus le nombre est bas, plus l'échantillon est uniforme.

La résistance à l'écrasement indique la pression nécessaire pour casser un granulé. Il s'agit d'un prédicteur de la dégradation due au transport, au stockage et à l'épandage. Une faible résistance à l'écrasement peut provoquer la rupture des granulés et, par conséquent, la teneur en poussière des sacs augmentera. Si la résistance à l'écrasement est faible, alors les granulés se briseront au fond des big bags surtout dans le cas d'un stockage à plusieurs niveaux. Un rapport important est le rapport surface sur volume d'un engrais. Si les granulés ont une plus grande surface, le contact avec le sol est augmenté, ce qui permet une disponibilité plus rapide des ingrédients actifs.

Illustration des différents formats de granulés d'engrais

Mécanismes d'Absorption et de Transformation des Nutriments

Les plantes absorbent les nutriments sous forme minérale. Dans les tissus végétaux, les nutriments (éléments) sont intégrés dans des molécules organiques. Afin de devenir disponibles pour les plantes, ces composés organiques doivent être minéralisés. La minéralisation est la transformation de la matière organique qui conduit à la formation de sels minéraux où les éléments fertilisants deviennent solubles et accessibles aux plantes. Les formes d'azote présentes dans les fertilisants organiques et minéraux se transforment sous l'action des microorganismes et des enzymes présentes dans le sol : minéralisation, hydrolyse de l'urée, nitrification. La vitesse de transformation des formes dépend à chaque étape de la température du sol, de son humidité et de son aération.

L'azote uréique, présent dans l'urée et la solution azotée, est transformé en azote ammoniacal par des enzymes présentes dans le sol appelées uréases. L'azote ammoniacal, présent dans les engrais ammoniacaux (sulfate et phosphates d'ammoniaque, nitrate d'ammonium appelé ammonitrates) et dans certains effluents d'élevage bruts tels que les lisiers et les digestats de méthanisation, est transformé en azote nitrique par des bactéries au cours du processus de nitrification. Les conditions de cette nitrification sont exigeantes, notamment en termes de pH. L'azote nitrique ou nitrate est la forme préférentiellement prélevée par les plantes. Il se trouve sous forme dissoute dans l'eau du sol. Dans certaines conditions d'excès d'eau, il subit la dénitrification qui conduit à des pertes gazeuses (protoxyde d'azote N2O ou diazote N2).

Le sol contient ces éléments nutritifs sous forme d'ions dans sa phase liquide (« solution du sol ») : c'est sous cette forme qu'ils sont majoritairement absorbés par les plantes. Le sol, dans sa phase gazeuse, contient de l'azote moléculaire que certaines bactéries, vivant en symbiose avec certaines plantes (comme les légumineuses), fixent et transforment en azote utilisable. Des tests chimiques et biologiques permettent d'estimer la quantité d'éléments nutritifs sous forme minérale susceptible de participer à l'alimentation des plantes et qui constitue l'offre potentielle du sol.

Il existe deux types d'absorptions minérales basées sur l'implication de l'énergie métabolique. Alors que l'absorption passive ne nécessite pas d'énergie métabolique, l'absorption minérale active nécessite de l'énergie métabolique. Un excès d'un nutriment en particulier peut entraîner la carence d'un autre. Cela peut se produire lorsque deux éléments ont une taille et une charge similaires. Certains nutriments (en particulier le phosphate) peuvent se fixer sur d'autres minéraux du sol en formant des composés insolubles.

Stratégies de Fertilisation et Impact sur la Productivité

Le raisonnement de la fertilisation a pour objectif de tirer parti du progrès continu apporté par l'amélioration des variétés en mettant l'accent sur l'efficacité de tous les apports d'éléments nutritifs (engrais, produits organiques résiduaires). À l'échelle de l'Europe, l'amélioration de 0,3 % par an de la productivité des grandes cultures serait nécessaire pour compenser la baisse de la surface agricole et accroître la sécurité alimentaire calculée en termes de surfaces à partir de la balance d'importations et d'exportations de l'Europe (Von Witzke, 2010).

La fertilisation de base apporte suffisamment de nutriments pour un bon démarrage de la végétation. La dynamique des besoins en azote de la culture est connue par sa courbe d'absorption, celle de la minéralisation de l'azote du sol est plus variable selon le climat. En rapprochant ces deux courbes, on peut faire le choix de plusieurs dates d'apport pour alimenter une culture. Une stratégie en trois apports est classique pour une culture comme le blé d'hiver. La stratégie de fractionnement en deux ou trois apports s'applique aussi à d'autres cultures d'automne (colza, orge d'hiver) et de printemps (orge de printemps, maïs). Le fractionnement est facilité en ferti-irrigation, où les engrais sont apportés dans l'eau d'irrigation, généralement via une pompe doseuse. Un apport hebdomadaire ou bi-hebdomadaire est possible avec une solution nutritive complète et ajustée par élément en fonction de l'âge de la culture.

Optimiser la nutrition azotée du blé au tallage (projet Probe)

L'incorporation de certains engrais azotés minéraux ou organiques au sol est un moyen de limiter le risque de volatilisation de l'ammoniac. La volatilisation se produit à partir des formes uréique et ammoniacale présentes dans des engrais minéraux et des produits résiduaires organiques (lisiers, digestats de méthanisation, fientes et fumiers frais). L'incorporation au sol des fertilisants azotés organiques et minéraux est aussi intéressante pour placer ces éléments à une profondeur de 5-10 cm plus humide et mieux explorée par les racines qu'en surface. Cependant, si l'on réduit le risque de perte d'ammoniac, on peut l'augmenter du côté de la perte de protoxyde d'azote par dénitrification en condition d'excès d'eau. L'incorporation est facilement réalisée dans les dernières préparations lorsque l'engrais est apporté avant le semis. Elle est possible moyennant un matériel adapté pour enfouir l'apport dans l'inter-rang de cultures à grand écartement (type maïs) ou près du rang de plantation en vignes et en arbres fruitiers. Au stade 6-8 feuilles du maïs, le deuxième apport d'azote est plus efficace s'il est incorporé en ligne dans l'inter-rang par un coutre ou un disque afin d'éviter la volatilisation de l'ammoniac.

L'application de l'engrais dans ou à proximité de la ligne de semis de la culture améliore l'efficience de la fertilisation, particulièrement pour l'azote lorsqu'il présente un risque de perte d'ammoniac, ainsi que pour le phosphore peu mobile. Cependant, les besoins quantitatifs sont faibles aux premiers stades des cultures, de sorte que cette application localisée ne représente qu'une partie de l'apport total.

Pour tester la régularité de l'épandage d'engrais, la dose réelle d'engrais épandue sur la distance de projection est mesurée afin de tracer la courbe du profil d'épandage. La régularité d'épandage est exprimée en coefficient de variation (CV) qui quantifie l'écart moyen des doses appliquées par rapport à la dose moyenne et s'exprime en pourcentage. Le CV, tel que défini dans la norme européenne 13739, est le rapport entre l'écart type et la distribution totale moyenne. Plus le CV est bas, meilleure est la répartition.

Impacts Environnementaux et Bonnes Pratiques

La production d'engrais et leur utilisation ont des impacts environnementaux qu'il est crucial de gérer.

Qualité des Eaux et Eutrophisation

La qualité des eaux doit être protégée pour ses nombreux usages (eau potable, eaux de baignade, milieux naturels). L'azote et le phosphore sont les principaux éléments nutritifs qui contrôlent la prolifération des plantes aquatiques et des algues. En excès dans les eaux de surface, ils sont à l'origine de l'eutrophisation, une augmentation du taux d’éléments nutritifs dans les eaux, conduisant à une multiplication excessive d’algues et d’autres espèces non désirables. L'azote, le phosphore ainsi que les autres éléments nutritifs sont présents dans nos eaux usées et dans les effluents d'élevage, ainsi que dans toute matière d'origine organique et dans les engrais apportés au sol.

L'azote apporté au sol, quelle que soit son origine, va être en partie transformé en nitrate qui circule avec l'eau du sol. Le nitrate est la forme d'azote que les plantes préfèrent, elles l'absorbent rapidement lorsqu'elles sont en croissance active. Lorsque la quantité d'azote minéral dépasse la capacité d'absorption de la culture, il y a un risque d'entraînement en profondeur avec l'eau du sol, un processus appelé lixiviation. Le cheminement du nitrate vers le cours d'eau est plus rapide par ruissellement que par infiltration dans la nappe. Pour réduire la perte d'ammoniac et le drainage/lixiviation, les recommandations incluent l'ajout à l'urée granulée d'un inhibiteur d'uréase, l'évitement des apports trop précoces en sortie d'hiver qui pourraient être suivis d'une période pluvieuse, et le fractionnement en plusieurs apports de la quantité d'azote calculée par la méthode COMIFER. Les engrais à libération progressive et contrôlée offrent une alternative à ce fractionnement. Les retardateurs de nitrification limitent les risques de dénitrification et de lixiviation de l'azote nitrique. Les engrais enrobés limitent les risques de volatilisation et de lixiviation grâce à une libération progressive de l'azote à travers la coque du granulé, contrôlée par la proportion d'azote enrobé et l'épaisseur de l'enrobant.

Le phosphore est fortement retenu par le sol. Seulement 0,1 % du phosphore total d'un sol se trouve à l'état dissous dans la solution du sol. L'eau en excès qui s'infiltre vers les nappes n'entraîne que très peu de phosphore. L'érosion, par contre, arrache des particules de terre ou MES (matière en suspension) sur lesquelles du phosphore est fixé. La quantité de phosphore entraînée par l'érosion est faible, de l'ordre de 400 grammes de P par hectare et par an (soit 1 kg de P2O5). Cependant, les phénomènes exceptionnels tels que coulées boueuses ou inondations entraînent ponctuellement des quantités plus importantes. D'autres éléments présents dans les sols peuvent être entraînés vers les eaux comme le sulfate (élément aussi mobile que le nitrate), le calcium, le magnésium et le potassium (éléments bien retenus par le sol mais qui peuvent sous forme dissoute être aussi lixiviés). Ces éléments ne semblent pas avoir un rôle dans l'eutrophisation.

Schéma illustrant les processus de lixiviation et d'érosion des nutriments

Qualité de l'Air et Émissions Gazeuses

Améliorer la qualité de l'air est reconnu comme un enjeu de santé publique. L'agriculture est en partie à l'origine de la pollution aux particules fines. Cependant, il existe des marges de progrès importantes pour limiter l'émission de poussières ou particules primaires et pour réduire la volatilisation. Les particules contribuent à l'aggravation des pathologies respiratoires et des maladies cardiaques. Les plus fines (PM 10 et PM 2.5 pour « particulate matter » de taille < à 10 ou < à 2.5 microns) atteignent les bronches et les alvéoles pulmonaires. Le travail du sol, les opérations de récolte et les élevages sont les sources principales d'émissions de poussières en agriculture. Pour l'éviter, les engrais granulés sont tamisés, dépoussiérés et dans certains cas traités avec un anti-poussière avant d'être livrés aux agriculteurs. Beaucoup d'amendements minéraux basiques sont apportés sous forme de poudres fines (ex : carbonates de calcium pulvérisés).

Les principaux polluants gazeux conduisant à la formation de particules fines sont les oxydes d'azote (NOx), le dioxyde de soufre (SO2), l'ammoniac (NH3) et les composés organiques volatils (COV). L'agriculture contribue peu à l'émission des NOx et du SO2 qui sont produits par le trafic routier et le chauffage urbain, mais elle est à l'origine de 97 % de l'ammoniac émis. La réduction des pertes dues à la volatilisation (perte d'azote, à partir du sol ou d'une matière fertilisante, par dégagement direct dans l'atmosphère de N2, d'oxyde d'azote ou d'ammoniac) entraîne une amélioration de l'efficacité des apports azotés d'origine organique ou minérale. Des solutions comme l'utilisation d'une rampe à pendillard pour les pulvérisateurs (dispositif souple ou rigide équipant les pulvérisateurs afin de rapprocher les buses du sol) ou d'urée traitée avec un inhibiteur d'uréase permettent de limiter fortement ces pertes.

La France a signé la convention internationale de réduction des émissions de polluants atmosphériques transfrontaliers et particulièrement le protocole de Göteborg sur l'émission d'ammoniac. Des engagements de réduction des émissions nationales en 2020 et 2030 sont prévus dans la réglementation européenne NEC pour National Emission Ceilings.

Éléments Trace, Composés Organiques Trace et Micro-organismes Pathogènes

Des éléments trace (ET, improprement appelés "métaux lourds") sont susceptibles d'être présents dans l'ensemble des matières fertilisantes d'origine minérale ou organique. Des flux annuels réglementaires à ne pas dépasser ont été définis pour chaque élément. Les composés trace organiques (CTO), parmi lesquels figurent des polluants organiques persistants tels que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), sont également contrôlés. Enfin, les micro-organismes pathogènes des animaux et de l'homme peuvent se retrouver dans les déchets d'origine animale ou humaine (lisiers, fumiers, boues de station d'épuration) et présenter un risque éventuel de contamination dans la chaîne alimentaire. Les producteurs de matières fertilisantes contrôlent leur production en pratiquant des analyses régulières sur leurs matières premières, en favorisant la diminution du potentiel pathogène au cours du traitement de déchets organiques d'origine animale ou humaine (hygiénisation, compostage).

Importance de la Matière Organique et Acidification des Sols

Les engrais minéraux entraînent-ils une diminution du stock de MO des sols ? C'est une idée fausse largement répandue qui tient à la confusion avec le rôle du système de cultures. Un système qui ne restitue pas au sol assez de matière organique issue de la photosynthèse entraîne une diminution du stock de matières organiques. Les engrais contribuent à augmenter la production végétale, mais il faut laisser au sol une part de résidus suffisante pour nourrir la vie du sol. L'effet favorable des amendements organiques et minéraux basiques sur la fertilité et la vie du sol peut être mesuré par des indicateurs tels que la quantité de biomasse microbienne vivante ou l'activité des microorganismes (respiration, minéralisation, nitrification) mesurés après un apport.

Graphique montrant l'impact des résidus de culture sur la matière organique du sol

L'acidification des sols est un processus naturel mais est accéléré par l'agriculture. L'exportation de calcium et l'utilisation d'engrais à base d'ammonium sont les principales raisons de l'acidification des sols agricoles. La toxicité de l'aluminium et la disponibilité limitée des nutriments sont les conséquences d'une acidité élevée. L'acidité est mesurée par le pH du sol. Plus le pH du sol est bas, plus l'acidité est élevée. Les sols calcaires sont caractérisés par une teneur élevée en CaCO3 et des valeurs de pH élevées. Le chaulage signifie l'application de matériaux riches en calcium et en magnésium tels que la poudre de calcaire. Les cendres de bois, bien que riches en potasse et phosphore, sont alcalinisantes et doivent être utilisées avec discernement sur les sols déjà calcaires pour éviter d'aggraver le problème de chlorose des végétaux. Sur un sol neutre, une dose annuelle de 100 à 150 g/m² est recommandée, tandis qu'un sol acide peut supporter jusqu'à 170 g/m². Il est important de les épandre en cours de culture ou juste avant.

Optimiser la nutrition azotée du blé au tallage (projet Probe)

Perspectives : Agriculture Raisonnée et Agro-écologie

C'est pourquoi l'exploration d'autres voies comme l'agriculture raisonnée ou l'agro-écologie est essentielle. L'agriculture raisonnée est un mode de production d'une exploitation agricole qui vise à concilier le respect de l'environnement, la sécurité sanitaire et la rentabilité économique. L'agro-écologie est une discipline cherchant à développer une agriculture durable, permettant une production qualitativement et quantitativement en phase avec les besoins alimentaires, tout en respectant l'environnement. Elle tente de développer notre connaissance des interactions biotiques, en particulier plantes-plantes et plantes-microorganismes, au sein des agrosystèmes. Ces approches visent à optimiser l'utilisation des matières fertilisantes tout en minimisant leurs impacts négatifs, pour une agriculture plus durable et résiliente face aux défis futurs de la sécurité alimentaire.

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