L'utilisation ingénieuse des branchages en permaculture : Une seconde vie pour les déchets verts

Illustration de divers branchages empilés ou tressés dans un jardin

Après la taille d’un arbre ou d’une haie vient toujours cette question : qu’est-ce que j’en fais de ces branches ? En France, qui n'a jamais vécu ce moment ? L'élagage printanier ou la taille d'été terminés, reste ce dilemme : que faire de tous ces débris végétaux ? La tentation est grande de tout embarquer en déchetterie - et pourtant, ces branches encombrantes cachent peut-être le secret d'un jardin vibrant, structuré, vivant. Oubliez les allées de bennes surchargées : le trésor insoupçonné du jardinier malin pourrait bien s'appeler… la haie sèche, ou comment donner une seconde vie géniale à vos tailles.

Partout en France, on évacue ces montagnes de végétaux avec application, persuadés de bien faire. Chaque année, ce sont plusieurs millions de tonnes de déchets verts qui quittent les jardins durant la belle saison. Taille des haies de lauriers, branches de lilas, rameaux du cerisier ou coupe sanitaire du vieux rosier : rien n'y échappe. Le tri sélectif du jardinier, c'est souvent la benne ! Débarrassés dans l'urgence, ces matériaux organiques sont considérés à tort comme inutiles voire indésirables. Or, ils regorgent de potentiel : structure, refuge, source de vie… et même solution écologique aux problèmes du sol pauvre ou du manque de vie sauvage. En permaculture, une des philosophies de vie est de recycler un maximum d’issues occasionnées par notre quotidien. Des grosses branches aux petites brindilles, tout ce que vous avez coupé se recycle et trouve naturellement une nouvelle vie au jardin.

La haie sèche, une architecture vivante et écologique

Infographie montrant les étapes de construction d'une haie sèche et ses avantages

Avant l'avènement de la tondeuse et du container, nos campagnes avaient leurs secrets. Parmi eux : la création de haies sèches, aussi nommées fascines. Remise au goût du jour, la haie sèche allie esthétique, fonction écologique et ingéniosité. Fini le gaspillage : chaque branche coupée devient un élément d'architecture vivante, dessinant des allées, protégeant le potager ou abritant mille créatures. Imaginez : une palissade naturelle qui, au fil de l'été, change d'allure, héberge oiseaux, hérissons, lézards ou mille-pattes. Place à une oasis de biodiversité, dissimulant adroitement le tas de branches que d'autres auraient jeté ! La haie sèche, pas ou peu coûteuse, est très simple à mettre en place.

Conception et construction d'une haie sèche

Sauter le pas demande peu d'investissement : la haie sèche ne nécessite ni achats ruineux, ni matériaux artificiels. Il suffit d’entasser des branchages de bois mort, des racines, des rameaux à l’horizontal entre des piquets en bois ou en métal jusqu’à un mètre de hauteur. Pas de panique : nulle compétence de charpentier ou d'architecte requise. Plantez d'abord les piquets tous les 1 à 1,50 m, par deux lignes parallèles à l'écartement voulu. Ajustez le niveau, tordez les pièces les plus souples pour boucher les trous, et n'hésitez pas à glisser des feuilles mortes, brindilles et petits bois au centre.

La réussite d'une haie sèche repose sur une implantation stratégique. On la place aux limites du terrain pour délimiter une zone, cacher un compost ou rompre la monotonie d'une pelouse bien rangée. Le long du potager, elle protège des vents. Privilégiez un coin qui bénéficie d'un peu de soleil et reste facile d'accès : nul besoin de la cacher ! Pour prolonger la vie de votre haie sèche, soignez l'arrosage du sol en dessous (surtout en période sèche) afin de stimuler les micro-organismes décomposeurs. En surface, alternez essences "dures" et bois tendres pour varier les textures, et agrémentez les faces visibles de fleurs sèches, de pommes de pin, ou même de potées suspendues.

Construire une haie sèche

Les multiples fonctions de la haie sèche

La haie sèche remplit un bon nombre de rôles : refuge pour la biodiversité locale, brise-vent ou réservoir à matière organique. En érigeant une haie sèche, on ouvre une auberge cinq étoiles pour la petite faune. Dans les fragments de bois, les insectes utiles nicheront. Les perce-oreilles chasseront pucerons et chenilles, les coccinelles s'y installeront pour l'hiver. Loin d'être statique, la haie sèche se transforme peu à peu en humus. En se décomposant lentement, les branches relâchent carbone, minéraux et nutriments. Ainsi, même sans composteur élaboré, le sol gagne en fertilité. Plus besoin d'ajouts chimiques : les légumes poussent dans un milieu mieux structuré, les fleurs s'épanouissent. Dans nos régions, ceux qui adoptent la haie sèche constatent des transformations remarquables. La structure s'intègre progressivement au paysage après quelques semaines, attirant souvent l'intérêt des visiteurs.

L’idée d’Herman Benjes est de créer les conditions propices à l’établissement d’une haie variée naturellement constituée d’essences locales. Voilà un exemple où je me suis inspiré de la haie sèche ou la haie de Benjes. J’ai créé là un cercle qui deviendra peut-être un potager plus tard. Donc ça, c’est un cercle de branchage. L’intérêt c’est que je mets du branchage à l’intérieur et je vais m’en servir pour créer son ossature, les piquets, et je vais tresser en fait un simple branchage autour. Une structure de bois mort inspirée de la haie sèche ou haie de Benjes, entourant le potager, place celui-ci sous haute protection en attirant de nombreux auxiliaires tels que le lézard vert, l’accenteur mouchet, le rouge-gorge ou encore le troglodyte mignon. Et puis l’autre intérêt, c’est qu’on va en faire une planche de culture. Au printemps, il suffit simplement d’écarter la paille qui va être au milieu, de mettre un petit peu de compost à la rigueur, et de mettre le plant que vous avez envie de faire partir. La permaculture au jardin potager, c’est vraiment pour tout le monde et pour tous les terrains ! Que vous soyez jardinier débutant, poussé par l’envie de prendre en main votre alimentation, de manger des légumes bons et sains.

Photo d'une haie sèche en milieu rural, intégrant parfaitement le paysage

Autres utilisations structurelles des branchages

Pourquoi s'arrêter à la haie sèche ? D'anciens morceaux de bois peuvent former des bordures esthétiques, des hôtels à insectes, ou servir de support à des lianes ou courges grimpantes. Pour les plus créatifs, de nombreuses variantes existent : murets de branchages tressés, spirales aromatiques avec remblais de bois, clôtures vivantes à base de fascines renouvelées chaque année. À bien y regarder, chaque geste de récupération au jardin apporte une double satisfaction : moins de déchets évacués, plus de vie autour de soi. Les branches peuvent être tressées pour obtenir des fascines. Les branches de saule, de sureau ou d’aulne durent 1 ou 2 ans au maximum. Elles peuvent servir de piquets pour les légumes du potager (pieds de tomates, haricots rames, concombres palissés, …) et pour les nouvelles plantations d’arbustes et d’arbres.

Le bois mort : un atout majeur pour la biodiversité

Diagramme illustrant les différents habitats créés par le bois mort pour la faune

Vous souhaitez augmenter la biodiversité dans votre jardin ? Le bois mort est d’une richesse étonnante. Tout ce qui tombe de l’arbre revient à l’arbre en quelque sorte. La permaculture, c'est la nature est notre professeur principal que nous essayons d’imiter au mieux pour augmenter la résilience et l’autonomie de nos lieux.

Refuges pour la faune

Un tas de bûches ou de branches, bien rangé, en fascine ou pêle-mêle, constitue un véritable refuge pour la faune sauvage. Comment faire pour un tas de branches ? Récupérer un cageot en bois et créer une ouverture sur un des 4 côtés. Le mettre au sol et le retourner, le couvrir de branchages puis de feuilles sur une bonne épaisseur. Et en pratique, pour un tas de bois ? La base du tas est aménagée d’espaces de refuges en disposant des ½ ou des ⅓ de bûches. Ensuite, le tas est constitué normalement au-dessus. Un tas de bois mort au jardin servira de gîte à de nombreux animaux sauvages à commencer par le hérisson ou encore la musaraigne, tous deux excellents auxiliaires du jardin dévoreurs, entre autres, de limaces et d’escargots. On a déjà parlé du hérisson, des musaraignes, ces petites cousines, c’est le genre de choses qui va leur convenir, mais pas que.

Photo d'un hérisson nichant dans un tas de bois mort

Un arbre mort sur pied, on ne va pas le couper. Cet arbre mort était debout il y a encore quelques semaines et avec un coup de vent, il s’est couché. Je peux vous certifier que j’ai notamment de la petite biche qui est un gros coléoptère qui va avoir son intérêt, et comme du lucane cerf-volant également qui vont être présents dedans notamment quand les femelles pondent et ont besoin de ce bois mort pour pondre. Le bois mort au jardin en permaculture abrite de nombreux insectes utiles comme la petite biche (à gauche) ou le lucane cerf-volant (à droite). Aujourd’hui, j’ai quatre espèces différentes de ces coléoptères dans mon jardin qu’on appelle les carabes ou carabidés. Ce sont des coléoptères rampants (qui ne volent pas). Le bois mort au jardin en permaculture abrite de précieux insectes auxiliaires comme les carabes, coléoptères rampants dévoreurs de limaces et d’escargots. De gauche à droite : carabe doré ou jardinière (Carabus auratus), carabe violet (Carabus violaceus ssp. purpurascens) et carabe chagriné (Carabus coriaceus). Voilà du bois mort, du piquet, un bois mort fiché au sol, une vieille souche au sol. Belette (Mustela nivalis) au pied d’une vieille souche de bois mort laissée au jardin. Jeune rouge-queue à front blanc (mâle immature) perché sur une vieille branche morte dans le jardin d’où il peut facilement s’envoler pour chasser des insectes.

Culture de champignons et micro-organismes

En plus d’attirer la biodiversité, le bois mort au jardin peut aussi servir à cultiver des champignons comestibles ! Exemple chez Gilles Leblais avec ces pleurotes en huîtres (Pleurotus ostreatus). Plusieurs bûches peuvent aussi être percées de trous de 3 à 9 mm de diamètre et de 4 à 5 cm de profondeur.

Photo de pleurotes en huître poussant sur un tronc d'arbre mort

Création de planches de culture et amélioration du sol

Le bois mort a été empilé sur la moitié des murets, ensuite litière de feuilles mortes et ensuite, un paillage classique à la paille. C’est la deuxième saison que ces murs ont été faits donc j’ai commencé des tests, notamment avec des courges. Un tas de bois, quelques coupes dans la haie qui ont été posées là et puis au fur et à mesure du temps, c’est le lierre, une plante grimpante qui a pris le dessus.

Le recyclage des branchages en paillage et broyat

Image d'un jardin où les branchages broyés sont utilisés comme paillis au pied des plantes

Pour broyer ces tailles, il suffit de les laisser au sol, puis de passer avec sa tondeuse. Vous craignez pour votre tondeuse ? Elle, n’a pas peur ! L'arrivée des beaux jours a ce parfum particulier, fait de gazon fraîchement tondu, de fleurs qui explosent de couleurs… et, parfois, de montagnes de branches accumulées au fond du jardin.

Le paillage avec des broyats de branchages est une technique fondamentale en permaculture. Il permet de retenir l'humidité du sol, de limiter la pousse des adventices, et d'apporter progressivement de la matière organique qui enrichit le sol en se décomposant. Ce processus naturel mime ce qui se passe en forêt, où les feuilles et branches mortes forment une litière protectrice et nutritive.

Les cendres de bois : un amendement précieux et multi-usages

Représentation visuelle des minéraux contenus dans la cendre de bois

La lutte contre le réchauffement climatique impose de nouveaux modes de chauffage. L’emploi de poêle à bois de dernière génération répond à cette demande. La cendre issue de ces poêles à bois est d’excellente qualité. Conservez donc les cendres des feux d’hiver du poêle ou de la cheminée. Elles contiennent du calcium, du potassium, du magnésium, du phosphore, du fer, du cuivre, du bore, du sodium, du zinc et du manganèse. Donc un apport très riche. Mais malheureusement, elle se dégrade vite sous l’effet de l’humidité. C’est pour cela qu’il vaut mieux faire de petits apports répétés.

Enrichissement du sol et nutrition des plantes

La cendre plaira surtout aux tomates, poivrons, aubergines, courgettes. Pour ces « légumes fruits », c’est la potasse et le calcium qui sont alors les plus précieux. Les « légumes-bulbes » (oignons, échalotes, ail) sensibles à l’apport de fumures organiques fraîches apprécieront aussi des apports de cendres. En bref, toutes les cultures des arbres et arbustes fruitiers aux fleurs en passant par tous les légumes du potager profitent des apports de cendre.

La cendre de fougère est particulièrement riche. 30 % de potasse pour la cendre de fougère. Si vous avez la chance d’habiter le piémont Pyrénées ou une région de landes, récoltez les fougères sèches à l’automne. Stockez-les à abri de l’humidité en meule par exemple. Juste avant un apport dans un récipient métallique, faites brûler des fougères sèches et récupérez la cendre.

Photo d'une brassée de fougères sèches récoltées pour la cendre

Contrôle du pH du compost et protection des semis

En été, le compost en s’acidifiant peut dégager de mauvaises odeurs. La cendre neutralise sa tendance acide en relevant doucement le pH. Protégez vos semis avec de la cendre. Pensez à répandre des cendres dans les sillons, avant vos semis de légumes.

Barrière contre les nuisibles et cicatrisant

Éloignez limaces et escargots avec de la cendre : formez un cercle complet de cendres autour des plantes à protéger. Particulièrement jeunes pousses de vivaces comme les delphiniums, les hostas, les iris. Faites un barrage autour de vos semis de fleurs annuelles avec un cordon de cendres. C’est le côté pulvérulent de la cendre qui freine l’ardeur des gastéropodes.

Protection des arbres fruitiers avec un badigeon à la cendre : Les formes hivernantes de certains insectes parasites du verger ne survivront pas sur un tronc badigeonné. Une simple pâte de cendres obtenue en mélangeant celles-ci avec de l’eau étalée avec un gros pinceau. Mais ce badigeon est vite lessivé. Par conséquent, renouvelez l’opération deux fois pendant l’hiver. Pour un meilleur résultat du badigeon à la cendre, ajoutez des éléments qui augmenteront son adhérence à l’écorce. Lors de travaux au jardin si vous blessez un arbre, un arbuste badigeonnez-les promptement avec un lait de cendre. (Voir plus haut badigeon.) Vous pouvez y rajouter un peu de bouillie bordelaise.

Aide à la bouture et au stockage des bulbes

Lorsque vous faites des boutures, trempez-les dans de la cendre tamisée. Lorsque vous arrachez les bulbes de fleurs pour les entreposer cet hiver à l’abri, saupoudrez généreusement de cendre les bulbes abîmés lors de leur arrachage.

L'impact environnemental des pratiques de gestion des branchages

Le fait de brûler des branchages à l'air libre s'ajoute à la pollution atmosphérique déjà importante. L'évacuation systématique en déchetterie représente un coût énergétique et logistique non négligeable. En réintégrant les branchages au jardin, on diminue considérablement ces impacts négatifs, tout en enrichissant le milieu. Les mares naturelles et les zones humides en général se raréfient de plus en plus sur nos territoires. Leurs comblements et destructions au profit de zones industrielles, commerciales ou autres vont, hélas, bon train. C’est toute la biodiversité liée à ces milieux aquatiques naturels qui en pâtit de plus en plus. L'intégration du bois mort et des branchages dans la conception paysagère permet de recréer des micro-habitats et de compenser en partie la perte de ces milieux naturels.

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