L'art de transformer le substrat : Utiliser les champignons pour accélérer le compostage

Dans un contexte où la gestion durable des ressources devient une priorité, la réutilisation des substrats de culture de champignons s'inscrit pleinement dans une logique d'économie circulaire. Plutôt que de considérer le substrat usagé comme un déchet encombrant, il est requalifié comme une ressource précieuse. Après plusieurs cycles de culture, le substrat utilisé pour la production de champignons devient moins productif. Le rendement diminue sensiblement. Les espaces de culture étant généralement limités, après 1, 2 ou 3 récoltes, les sacs sont habituellement rejetés. Cela dépend notamment des variétés de champignons cultivées, des conditions de culture et de l'espace dont dispose le cultivateur.

Schéma illustrant le cycle du compostage et la réutilisation du mycélium

Les substrats de champignons : Une matière organique transformée

Contrairement à d'autres matières organiques, le substrat mycélien a été partiellement décomposé par des enzymes fongiques. Une étude récente par Khalil et al. confirme que le substrat épuisé issu de la culture de champignons lignicoles (shiitake, pleurotes, hydne hérisson…) est une ressource riche en matière organique partiellement décomposée par des enzymes fongiques. Les résidus fongiques contiennent encore des enzymes lignolytiques, telles que la laccase ou la peroxydase. Le substrat usagé des champignons poussant sur bois est une excellente base pour l'élevage d'insectes décomposeurs.

Il existe des types de substrats qui sont utilisés pour les champignons de compost, également appelés décomposeurs secondaires. C’est le substrat typique d’un champignon que tout le monde connaît… le champignon de Paris ! La fermentation du substrat convient particulièrement bien au champignon que l’on appelle donc décomposeur secondaire, comme Agaricus bisporus. Ce type de matière organique peut être substitué par le savoir-faire humain. Il peut être fabriqué simplement à base d’un mélange classique de paille fraîche à 75 % et de fumier de chevaux ou autres gros mammifères à raison de 25 % environ.

La dynamique du compostage à chaud

Le but du compostage est de faire monter la température du substrat grâce à l’activité microbienne présente naturellement. Après le mélange des matières, les micro-organismes vont commencer à consommer les nutriments facilement assimilables, notamment l’ammoniac, qui donne cette mauvaise odeur aux matières organiques animales fraîches. C’est cette activité biologique qui va faire monter la température du futur compost. Un pic autour de 80°C est nécessaire pour un bon compostage. Durant les jours qui suivent, le tas doit être retourné pour que la fermentation soit homogène.

En effet, on trouve plusieurs zones dans notre futur tas de compost. Le centre est chaud et c’est là que la phase de compostage est la plus active. Sous le substrat, il peut y avoir des zones anaérobies dues au manque d’oxygène provoqué par le poids du substrat. À l’extérieur, le substrat en contact avec l’air ambiant est froid, et donc l’activité bactérienne est faible, voire nulle. Le substrat est prêt pour la phase suivante lorsque la paille est ferme, mais peut être découpée assez facilement. Sa couleur est également devenue d’un brun uniforme, et lorsque le substrat est pressé avec le poing, seulement quelques gouttes en sortent. Si vous pouvez tester le pH, il doit être entre 8 et 8,5.

Pasteurisation et optimisation du substrat

Comme pour la culture des champignons en général, le substrat composté doit ensuite être nettoyé des micro-organismes concurrents ou pathogènes restants, qui pourraient gêner la croissance du futur mycélium. Le champignon de Paris aime la présence des actinomycètes qui favorisent sa fructification, ainsi que celle de Scytalidium thermophilus, qui est un autre champignon thermophile, qui se développe parfaitement autour des 58°C et qui est inactif sous les 40°C environ. On réalise généralement une pasteurisation à la vapeur autour de 60°C.

Certains cultivateurs professionnels ajoutent des suppléments dans le substrat juste avant la pasteurisation. Ce supplément est une nourriture riche qui va être rapidement consommée par les micro-organismes restants, ce qui va augmenter la vitesse du processus de pasteurisation. C’est un peu contre-intuitif, mais vu que les micro-organismes vont faire chauffer le substrat en se nourrissant, celui-ci va atteindre plus rapidement la température de 60°C. Certains myciculteurs chinois vont chercher à économiser cette énergie en conditionnant et en pasteurisant le substrat composté juste après son pic de chaleur durant la phase de fermentation.

🍄 PASTEURISATION, SUPERPASTEURISATION, STÉRILISATION [SUBSTRAT À CHAMPIGNONS]

L'utilisation des champignons comme activateurs naturels

Vous avez peut-être remarqué que des champignons poussaient dans votre tas de compost ou votre bac de compostage. Les champignons se développent dans des conditions de température fraîche, d’humidité élevée et de présence de matières organiques en décomposition. Ces champignons aident à décomposer les matériaux ligneux dans le compost, tels que les feuilles et les branches. Ils font partie d’un réseau d’organismes qui aident ces déchets à redevenir des ressources pour les autres êtres vivants.

Leur présence dans le compost n’est donc pas mauvaise ; au contraire, ils peuvent même accélérer le processus de compostage. Les champignons lignivores (décomposeur primaire) préfèrent la matière fraîche, alors que les champignons de compost (décomposeurs secondaires) préfèrent la matière âgée. Les champignons contribuent activement à la décomposition des matériaux ligneux dans le compost. En décomposant ces matières plus résistantes, les champignons permettent d’accélérer le processus de décomposition et d’obtenir un compost mature plus rapidement. De plus, ils forment des réseaux de mycélium qui aident à répartir les nutriments et l’humidité de manière uniforme dans le compost.

Le "Champost" : Une innovation en fertilisation naturelle

Le compost de champignons, également appelé "champost", représente une innovation majeure dans le domaine de la fertilisation naturelle. Le substrat pour champignons se compose essentiellement de paille, de fumier de cheval et de fientes de poule, créant une matrice organique complexe et équilibrée. Le compost de champignons améliore l’aération et la rétention de l’eau dans le sol, créant des conditions optimales pour le développement racinaire. Une découverte récente révèle que le compost de champignons améliore la croissance des légumes et réduit significativement la pression des maladies racinaires. Ce produit naturellement exempt de mauvaises herbes et sans risque de brûlure offre une sécurité d’utilisation totale.

Infographie comparant les nutriments du compost classique et du compost de champignons

Il est important de noter une mise en garde : l’utilisation d’un substrat frais trop tôt peut causer une compétition azotée. Le compost de champignonnière est fabriqué par compostage à chaud de matières organiques telles que la paille de blé, le foin, les épis de maïs, la litière d’écurie et le fumier de cheval ou de volaille avec du gypse. Beaucoup de gens ont l’idée fausse que le compost de champignonnière est acide. Cette notion incorrecte vient de l’utilisation incorrecte du compost, qui fait mourir les semis. Cela est causé par l’utilisation de compost chaud dans le sol. Lorsque les graines ou les semis sont plantés, la chaleur tue les racines de la plante ou empêche les graines de germer. Il contient souvent de la chaux ou du gypse, ce qui le rend alcalin (basique).

Stratégies pour accélérer le compostage au quotidien

Pour assurer une décomposition optimale, le bac à compost doit respecter un bon équilibre entre les matières sèches et les matières humides. Les activateurs de compost sont des produits naturels qui accélèrent le processus de décomposition des matières organiques. En augmentant la quantité de micro-organismes présents dans le compost, ou en les rendant plus actifs, la décomposition des déchets organiques est plus rapide.

  1. La taille des matériaux : Les petits morceaux de matériau organique se décomposent beaucoup plus rapidement que les plus gros.
  2. L'oxygène : Retourner votre tas de compost tous les quelques jours permettra d’introduire dans le mélange l’air dont votre compost a besoin.
  3. L'humidité : L'ajustement régulier du niveau d'humidité est un excellent moyen d’accélérer un compost, car cela offre aux bactéries les conditions optimales.
  4. Les activateurs maison : Ajouter des activateurs de compost naturel maison comme du fumier vieilli, du marc de café ou même de la terre de jardin peut introduire des micro-organismes bénéfiques.
  5. Le compostage à chaud : Il consiste à faire atteindre au tas de compost des températures plus élevées, ce qui accélère le processus.

Pour fabriquer votre accélérateur de compost maison, vous pouvez mélanger 100 g de marc de café (riche en azote), 150 g de coquilles d’œufs broyées (calcium), 50 g de mélasse (sucre pour les micro-organismes), 50 g de son de blé (matière carbonée) et 20 g de levure de bière (vitamines B). Saupoudrez uniformément l’activateur sur chaque couche de déchets déposée dans votre tas de compost.

Intégration dans l'écosystème du jardin

Le compost de champignons est excellent pour les potagers. N’utilisez pas de compost de champignonnière sur des légumes qui préfèrent les sols acides. Les tomates sont faciles à cultiver et un choix de légume courant pour les nouveaux jardiniers. Le compost de champignonnière est bon pour les tomates. La teneur élevée en calcium dans le compost aide à la production de fruits dans le plant de tomate (évite la « nécrose apicale » ou « cul noir »). Le compost de champignonnière fonctionne bien dans les roseraies puisque ces plantes aiment le fumier de cheval bien décomposé comme engrais. Cependant, vous ne devriez ajouter que de petites quantités de compost de champignonnière comme alimentation périodique pour les roses car les roses préfèrent un sol légèrement acide.

Certains agriculteurs utilisent le substrat comme litière sèche pour la volaille, les chèvres ou le bétail. En résumé, intégrer le substrat utilisé dans un circuit d’économie circulaire signifie transformer une contrainte en une opportunité, pour la terre, pour les humains et pour l’environnement. Il fait du champignon un acteur du sol. Le compostage est un processus naturel qui nécessite parfois du temps et de la patience, mais c'est aussi un geste gratifiant qui a un impact positif sur la planète. En compostant efficacement, vous enrichissez non seulement votre jardin, mais vous faites aussi un geste pour la planète.

tags: #utiliser #champignons #pour #accelerer #compostage