Le Citron de Menton IGP n'est pas seulement un fruit ; c'est le témoin privilégié d'une épopée agricole, culturelle et économique qui façonne le paysage de la Côte d'Azur depuis des siècles. Entre les terrasses ensoleillées qui surplombent la Méditerranée et les laboratoires où s'inventent les saveurs de demain, cet agrume incarne une identité forte, ancrée dans la terre mentonnaise.

Les Racines d'une Tradition Familiale : La Maison Gannac
La Maison Gannac, c’est avant tout l’Histoire d’une famille mentonnaise d’agrumiculteurs passionnés et engagés pour la qualité. Laurent Gannac, le père, agronome, sécateur toujours en poche, en impose par son savoir botanique tout autant que par sa voix qui porte. C’est grâce à lui que l’aventure a commencé. Face au bleu qui claque de la Méditerranée, avec le bio comme évidence, il crée dans ses vergers aménagés en terrasses un univers qui lui est propre : un jardin suspendu, éclaboussé d'agrumes, de cactées et de fleurs.
Discret et passionné, c’est dans un laboratoire qu’Adrien s'épanouit le plus. Tout produit peut se révéler grandiose si tant est qu’on sache être à son écoute. C’est la philosophie d’Adrien depuis qu’il a rejoint son père. Comment valoriser l’albedo du Citron de Menton IGP ? Comment faire du Citron de Menton confit un condiment central de notre alimentation voire un « superaliment » grâce à la lactofermentation ? Comment aller puiser le meilleur des feuilles et de l’écorce des agrumes qui renferment les huiles essentielles ? Pour y parvenir, Adrien a fédéré autour de lui une tribu qui devient l’extension de la famille Gannac dont Laurent reste les racines.
L'Âge d'Or et la Structuration du Commerce Mentonnais
L’économie locale se modifie au fil des siècles. Un siècle et demi plus tard un accord avec la Provence devenue Française permet d’importer en totalité le blé du Var. Les Princes de Monaco promulguent plusieurs textes fondamentaux. En 1683, une ordonnance règle la culture et la vente des Citrons. L’âge d’or du Citron dura environ un siècle entre 1740 et 1840.
Une fois cueillis, les citrons étaient apportés dans de grandes salles près du littoral où ils reposaient un certain temps avant d’être triés et calibrés. Ensuite ils étaient enveloppés dans du papier de soie fabriqué à Gênes. Le calibrage s’effectuait avec des spetzins (anneaux). Puis les citrons étaient mis en caisses, les contenances variaient en fonction de la destination. Trois variétés de citronnier sont cultivées sur Menton. Enfin les « Bullotins » peu courant à Menton.

Le Cycle de Vie du Citronnier : Rythmes et Rendements
Le Citronnier « cet arbre si productif, écrit PAPON en 1804, donne 4 à 5 fois dans l’année et peut être davantage ». En effet lorsqu’il est sain et qu’il n’a pas subi les attaques des intempéries il produit toute l’année. Les fleurs du mois de Mai donneront les fruits qui sont appelés "PRIME FIOU" (première fleur) et qui se ramassent d’octobre à février. La récolte de ces citrons se fait en plusieurs fois. En mars viennent les fruits de "SEGUNDE FIOU" (seconde fleur). Ceux-ci sont plus fragiles et se gardent moins bien aussi pour les exportations lointaines, les marchands optent pour les 1ères fleurs.
Dans un rapport d’expertise sur l’agriculture Mentonnaise en 1810, l’expert Richard estime que les meilleures terres peuvent contenir 120 citronniers par sétérée soit 780 arbres à l’arpent. De même l’expert Richard estime que les meilleures terres de citronniers rendent 22.000 fruits par sétérée, soit 143.000 à l’arpent. Ensuite le prix de 8 journées d’hommes pour faire un fossé autour des citronniers et y enterrer l’engrais soit 12 francs mais comme cette opération s’effectue tous les 2 ans, on ne comptabilise que 6 francs. L’engrais intervient à raison de 12 francs de chiffons et de fumier par arbre soit 65 francs. Les citronniers sont arrosés une fois par semaine pendant les 4 mois d’été et l’entretien des rigoles nécessitent 5 journées d’hommes à 1,50 francs.
C’est ainsi que Jérôme Monléon récolte dans sa seule propriété 435.000 citrons en 1809, 481.000 en 1810 et 610.000 en 1811. Mais les grandes propriétés sont rares à Menton et la production d’agrumes provient surtout des petites exploitations. Ainsi, dans les jardins de Carnolès et de Saint-Roch qui appartenaient au Prince de Monaco sous l’Ancien Régime, on a cueilli, du 19 frimaire au 14 nivôse an III : 22.450 citrons pour le compte de Carlès-Falquet, 20.350 oranges pour Horace Pretti et 20.350 oranges pour Jean-Baptiste Trenca.
Selon Jérôme Monléon, Maire de Menton, le nombre d’oranger dans l’étendue du territoire communal peut s’élever à 6.000 environ, qui produisent de 800.000 à 900.000 fruits. Les bigaradiers sont moins nombreux. Il y en a, à peu près, 2.000 localisés dans les jardins les plus exposés aux rigueurs de l’hiver. En effet, dans les quartiers bien abrités on ne rencontre pas de bigaradiers, exceptés dans les pépinières. En 1810, soit deux ans plus tard, le Maire déclare que « les terrains plantés en limoniers ne peuvent rapporter, année commune, qu’une quantité moyenne de 108.000 fruits par arpent métrique ».
L'Administration et la Protection de la Culture
La culture des citrons représente l’activité économique dominante du pays et constitue l’une des principales préoccupations des Mentonnais. Sous l’Ancien Régime, la législation princière est assez favorable aux petits exploitants qu’elle protège d’une domination éventuelle des gros négociants. Au plan communal, les syndics et les conseillers de la commune délibèrent fréquemment sur ces questions et c’est à eux qu’il appartient de désigner les « sensali », c’est-à-dire les courtiers en citrons. Ils procèdent également, chaque année, à la nomination des deux « compteurs » des citrons, accompagnés plus tard dans leur tâche par les assistants aux récoltes.
La première grande ordonnance connue réglementant la principale culture de la région date donc de 1671. C’est à cette date qu’un conseil spécial est institué ; il est composé de dix-huit personnes nommées chaque année par le Prince et soumis à un règlement inséré dans les Statuts de Louis 1er de 1678. Ces mêmes statuts consacrent également plusieurs articles à la vente des citrons de Menton et à leur taxation. Cet organisme a ses lois et ordonnances particulières afin d’exercer sa juridiction sur la culture et le commerce des agrumes. Le magistrat des citrons, qualifié de Prud’hommes par Fodéré, est une institution extrêmement utile puisqu’elle soustrait « le peuple au monopole des principaux marchands ».
Les Défis du XIXe Siècle : Déclin et Mutations
L’agrumiculture locale atteignit son apogée dans les années 1820 - 1840. L’âge d’or du Citron Mentonnais dura environ un siècle. Aucune cependant n’avait réellement mis en danger l’infrastructure du commerce local. A partir de 1850 plusieurs causes d’un nouveau genre vont mettre un terme à l’agrumiculture Mentonnaise. Pour les causes d’origines locales il y eut d’abord le gel qui a à deux reprises décima un grand nombre de citronniers. Ensuite le morcellement extrême des surfaces cultivables et le nombre important des chemins ruraux, plus de 450, que l’administration refuse d’entretenir à partir de 1861.
Pour terminer les causes locales, Menton ne dispose toujours pas d’un véritable port de commerce permettant la venue de grosses unités. Autre cause importante, la naissance du tourisme, qui provoque une vague de spéculation foncière qui se traduit par la vente des terres agricoles pour l’édification de grands hôtels et de villas. Des causes extérieures toucheront également l’agrumiculture : la signature de deux traités économiques abaissant les droits de douane en 1861 et 1866. Les fruits produits en Italie et en Espagne sont bien moins chers, et donc plus concurrentiels. Autre paramètre important, la navigation autrefois à voile, aujourd’hui à vapeur, permet des transports plus rapides. Menton voyait disparaître lentement ce qui avait fait sa richesse, l’agrumiculture et le cabotage.
Puis ce fut la première guerre mondiale et la disparition de toute une jeunesse active. Quelques vieux agrumiculteurs tentèrent bien de sauver ce qui pouvait l’être encore. On relève en 1950, la présence de sept marchands de citrons à Menton. Mais la profession avait changé et les débouchés étaient exclusivement locaux.
L'histoire du Citron de Menton
La Renaissance : Menton, Terre d'Agrumes Aujourd'hui
Aujourd’hui, la Ville incite les propriétaires à replanter citronniers, orangers, clémentiniers et autres kumquats. Au cœur d’une région unique en Méditerranée, les producteurs cultivent naturellement leurs agrumes en plein champ à Menton. Le climat méditerranéen, aux hivers doux et à l’ensoleillement exceptionnel, confère aux agrumes une saveur unique. Afin de révéler le goût véritable des fruits, les agrumiculteurs œuvrent chaque jour pour fournir des agrumes d’exception qui sublimeront vos plats. Au rythme des saisons, les arbres s’épanouissent au cœur d’un îlot de biodiversité.
À Menton, deux institutions en matière de production de citron IGP vous ouvrent leurs portes pour partager ce savoir-faire : la Maison Gannac et la Ferme des Citrons.
La Ferme des Citrons
La plus grande exploitation de citrons de Menton IGP se cache dans les collines, sur les hauteurs de la ville. La mer au loin, une délicate odeur citronnée, des oliviers centenaires et même, une forêt d’avocatiers géants. Ici, vous trouverez l’endroit parfait où profiter d’un déjeuner champêtre à base de spécialités mentonnaises. La Ferme des Citrons, avec ses 60 pieds d'avocatiers formant une forêt unique en France, est non seulement le plus important producteur de Citrons de Menton IGP mais également le plus gros faiseur d'avocats de France métropolitaine.

Maison Gannac, la Maison du Citron
Chez les Gannac, le citron de Menton est chez lui. Agrumiculteurs passionnés depuis des générations, Laurent et son fils Adrien sont des fous d’agrumes ! Dans leur verger, ils donnent leurs secrets de culture, dévoilent leur savoir-faire, partagent leurs engagements et vous font déguster confitures, limoncello, pâtes d’olive ou terrines. C’est un petit havre de paix, où se cultivent les agrumes et la curiosité, offrant la plus belle collection d’agrumes d’Europe.
Une Expérience Immortelle : De la Terre à la Mer
Au-delà des vergers, la découverte du citron de Menton s'étend jusqu'au littoral. Pour parfaire le tableau, un embarquement immédiat au vieux port de Menton, sur le Brigantin, permet de découvrir la côte depuis les flots. Direction le Cap Martin, la Baie de Menton et la Baie de Monaco : un moment simple mais précieux, rendu magique au coucher de soleil, qui complète l'immersion dans cet univers où chaque détail, de la terre à l'arbre, raconte l'excellence d'un terroir préservé.
tags: #verger #citronnier #menton