Si, au jardin, il y a un arbuste agréable à cultiver mais surtout « à déguster », c’est bien le mûrier. La ronce à fruits est un arbuste qui produit facilement des drageons, c’est sa façon de s’étendre, il marcotte également très facilement. Vous connaissez bien le mûrier sauvage qui pousse spontanément dans les campagnes, le long des chemins dont les fruits sont souvent excellents. La ronce serait originaire du Caucase en Asie mineure. Des graines trouvées sur des sites du néolithique sous-entendent que la mûre était consommée par les chasseurs-cueilleurs. Plante sacrée des druides, issue du sang des titans dans la mythologie grecque… La mûre est l’objet de nombreuses chimères.
La ronce est un arbrisseau coriace aux rameaux épineux et aux feuilles semi-persistantes et dentées. Ses longs rameaux s’étalent ou grimpent jusqu’à 4m de long et accueillent des petites fleurs blanches au printemps. Le mûrier, ou ronce fruitière, est un arbuste grimpant mesurant entre 1,5 et 3 m. Ce petit fruitier est doté de feuilles caduques ou semi-persistantes selon les variétés et de petites fleurs blanches qui poussent de mai à août. Il est important de noter que ce n’est pas la même plante que le mûrier arbre (mûrier blanc ou noir) : la ronce fait partie de la famille des rosacées tout comme les rosiers et les framboisiers.

Les enjeux du palissage et des supports de culture
Le mûrier est un arbuste buissonnant et très vigoureux qui prend rapidement beaucoup de place dans un jardin. Par ailleurs, le mûrier forme en grandissement de très longs rameaux qui peuvent atteindre jusqu’à plusieurs mètres de hauteur. Il est donc très important de conduire les rameaux sur des tuteurs, de manière à identifier facilement les rameaux à couper. Sans cela, le mûrier très volubile mélangera les rameaux entre-eux. Palisser la mûre consiste à attacher ses rameaux sur un support au fur et à mesure de leur développement afin de faire pousser cette ronce grimpante en hauteur.
Généralement, on utilise le mûrier le long d’un mur, d’une part il est protégé des vents froids - c’est important dans certaines régions, en fonction des variétés cultivées - mais ensuite ces ronces à fruits décorent, habillent ce mur. On peut d’ailleurs le conduire le long d’un support de pergola ou d’un arceau de passage. Mais pour les cultiver d’une manière plus optimisée dans une partie réservée au potager, plantez 2 poteaux fermement et tendez plusieurs fils de fer entre les deux. Les espaliers sont des structures composées de fils fins de fer tendus, espacés de 30 à 40 centimètres. Le premier fil doit se trouver à environ 50 cm du sol. Certains jardiniers préfèreront peut-être un treillis métallique robuste, qui sera peut-être plus simple à utiliser.
Il est vivement conseillé de le palisser dès sa plantation. Choisissez une première branche, à la base de l’arbuste, proche d’un fil de fer et nouez-la horizontalement. Conduisez les jeunes rameaux sur les fils-tuteurs, forcez-les tous du même côté, répétez l’opération tout au long de l’année, car le mûrier peut avoir une croissance importante. Sélectionnez un beau rameau et rabattez-le vers le sol sans le casser. Il faudra alors attacher régulièrement les nouvelles tiges avec des liens en raphia.
Techniques de plantation et préparation du sol
La meilleure période pour planter un mûrier, c’est l’automne, entre fin octobre et début décembre. L’automne convient particulièrement bien, car le sol est encore réchauffé par les chaudes journées d'été, mais l'air s'est déjà resté frais et les précipitations augmentent. Si vous plantez plusieurs arbustes au même endroit, le mûrier se plante en tranchées plutôt profondes, dans lesquelles vous incorporerez une bonne fumure. Pour les trous de plantation, ils doivent être suffisamment larges : environ deux fois la taille de la motte. Un espacement insuffisant peut provoquer une concurrence racinaire et réduire la croissance de chaque arbre… Les branches risquent aussi de se croiser et d’entraver la circulation de l’air, augmentant le risque de maladies.
Pour les variétés à port semi-érigé, qui prennent leurs aises en largeur, il est conseillé d’espacer de trois à quatre mètres. Pour les variétés à port érigé, une distance de 150 cm suffit. Peu importe le type de sol, le mûrier (Rubus fruticosus) s’en accommode même s’il sera plus à l’aise dans une terre légère, drainante, humifère et peu calcaire avec un pH compris entre 5,5 et 6,5. Un ameublissement en profondeur et l'apport de sable s’avèrent bénéfiques lorsque le sol est lourd. Le sable améliore la circulation d’eau et d’air dans le sol, ce qui soutient la croissance et prévient l’humidité stagnante.
S'il s'agit de mûriers à forte croissance, il est recommandé d'installer une barrière anti-racines de 30 cm de profondeur pour éviter que le mûrier ne prolifère et ne s'étende involontairement dans tout le jardin.

Variétés sélectionnées et caractéristiques
Le choix de la variété est primordial selon l'espace disponible et le goût recherché :
- ‘Darrows’ : C’est une variété de mûrier à épine, très productive et vigoureuse.
- ‘Jumbo’ : Variété sans épine, assez vigoureuse et productive. Les fruits sont gros et très noirs, parmi les plus grosses mûres du marché. Généralement la récolte des mûres est progressive mais chez Jumbo il vaut mieux attendre que la majorité des fruits du plant atteignent leur maturité pour faire une grosse récolte.
- ‘Navajo’ : C’est une variété sans épines. Elle produit des rameaux puissants, qui ne nécessite pas la conduite par tuteur. Les fruits sont de taille moyenne mais très savoureux.
- ‘Smouthern’ : Mûrier à fruits noirs, sans épine. Cette variété bénéficie d’une très belle production.
- ‘Loch Ness’ : Feuillage persistant. Super productive. Des gros fruits bien fermes de mi-juillet à fin août.
- ‘Triple Crown’ : Des fruits énormes à récolter entre août et septembre.
- ‘Dirksen’ : Une variété qui résiste très bien au froid, jusqu’à - 23 °C ! Excellente productivité.
On lit parfois des choses fausses sur le mûrier blanc, notamment qu’il produit des fruits blancs, sous-entendu, exclusivement et de son côté, le mûrier noir produirait des fruits noirs. Bien que le mûrier se montre très facile de culture, il est conseillé de bien choisir sa variété selon ses besoins en termes de support.
Entretien, taille et gestion du bois fructifère
Le mûrier produit ses fruits sur le bois de l’année précédente et pendant une année, passé ce temps, ces branches ne produiront plus. Il est donc très important de couper les branches qui ont donné les fruits (rameaux de 2 ans), car elles n’en donneront plus. À la fin de l’automne, coupez à ras les tiges qui ont donné des fruits. Ainsi, les jeunes pousses vont pouvoir croître et vous n’êtes pas envahi par les lianes. Retirez aussi le bois mort.
En dehors de la taille, vous pouvez pailler son pied pour le protéger l’hiver et lui garder un peu de fraîcheur en été. Chaque printemps, donnez-lui au pied un peu de compost ou d’engrais organique, car c’est un gourmand. En été, s’il fait sec, arrosez-le pour l’aider à bien fructifier.
c- Comment réaliser une taille de formation?
Gestion des ravageurs et maladies
Le jardinier doit rester vigilant face à certaines menaces :
- Pucerons : Les pucerons s’installent au-dessous des feuilles, les feuilles se déforment, changent de couleur. Qui dit pucerons… dit fourmis ! Le purin d’orties et le purin de consoude sont des préparations naturelles totalement biologiques, obtenues par macération de feuilles dans l’eau (1 kilo pour 10 litres) et utilisées diluées.
- Ver de la mûre (Byturus tomentosus) : Ce coléoptère attaque les boutons floraux. Le traitement consiste à utiliser du purin de tanaisie en préventif ou en curatif pour éloigner l'insecte.
- Maladies cryptogamiques : La pourriture grise attaque souvent les boutons floraux ou les fruits, provoquant un duvet blanchâtre. Les traitements à base de soufre sont efficaces.
- Oïdium : Cette maladie apparaît surtout en été et en automne, se manifestant par un duvet blanc sur les feuilles et les fruits. Les traitements cupriques (à base de cuivre) sont efficaces pour traiter ces champignons.
Récolte et conservation des fruits
De juillet à octobre, les petites baies charnues peuvent être récoltées quasiment sans interruption, car elles mûrissent sur plusieurs semaines. Les mûres sont prêtes à être cueillies lorsqu’elles ont une couleur bien noire et qu’elles sont légèrement ramollies. Les mûres possèdent, comme les framboises, des « anthocyanines », des flavonoïdes qui produisent les pigments rouges et noirs des fruits.
La mûre ne se conserve pas longtemps, 1 ou 2 jours tout au plus. Le meilleur moyen de conserver votre récolte de mûres non-transformées, c’est la congélation. Vous pouvez les congeler en les étalant dans un plat. Lorsqu’elles ont pris, mettez-les en sachet. Attention que le sachet ne soit pas trop chahuté au congélateur sous peine de retrouver une partie des fruits abîmés. Vous pouvez également réaliser des confitures, des gelées, ou des coulis. Vous pouvez d’ailleurs congeler les coulis, c’est un bon moyen de conserver le produit sans lui ajouter de sucre.

Le mûrier est ainsi une plante gratifiante pour tout jardinier, offrant une production généreuse avec un minimum d'efforts, à condition de respecter son besoin vital de support et une taille annuelle rigoureuse.