L'abattage d'un prunier, qu'il soit malade, mourant ou coupé pour diverses raisons, laisse souvent derrière lui une souche tenace. Cette souche, bien qu'apparemment inerte, peut être source de préoccupations pour les jardiniers, notamment en raison de la capacité de certains arbres fruitiers à émettre de nouveaux rejets, parfois vigoureux. Comprendre les mécanismes de la repousse et les différentes méthodes pour gérer une souche est essentiel pour maintenir l'esthétique et la santé de votre jardin.
Les rejets de souche et de racines : Comprendre le phénomène
La persistance de la vie dans une souche coupée se manifeste par l'apparition de rejets, également appelés drageons. Ces pousses peuvent surgir du pied de l'arbre (rejets de souche) ou des racines (rejets de racines), parfois même à une distance significative de l'emplacement initial de l'arbre mère. Ces rejets, au moment de leur apparition, ne possèdent pas de racines propres ; ils puisent leur sève de l'arbre mère pour se développer et, à terme, devenir des arbres indépendants.

Le drageonnage est un comportement naturel chez de nombreux arbustes et certaines espèces d'arbres, mais il peut aussi signaler un stress, un mal-être ou même la vieillesse de l'arbre. Dans un dernier effort pour assurer sa pérennité, un arbre vieillissant tente de perpétuer son espèce avant de mourir.
Plusieurs raisons peuvent motiver l'élimination de ces rejets :
- Esthétique : Des repousses vigoureuses peuvent donner un aspect négligé à votre arbre et créer une association inesthétique avec un arbuste qui dénature le port naturel de l'arbre.
- Santé de l'arbre : Qu'il s'agisse de rejets de souche ou de racines, leur croissance puise dans les ressources de l'arbre mère, l'affaiblissant potentiellement. De plus, les plaies laissées par la coupe des rejets peuvent être des portes d'entrée pour des infections fongiques si elles ne sont pas traitées correctement.
- Valorisation fruitière : Si les repousses proviennent du porte-greffe d'un arbre fruitier, elles risquent de ne pas donner les fruits désirés, voire de ne pas être fructifères du tout. Utiliser ces rejets pour greffer de nouveaux fruitiers est une option à considérer, mais la reformation d'un arbre à partir d'une repousse unique peut s'avérer complexe.
Stratégies pour maîtriser la souche et prévenir la repousse
La gestion d'une souche de prunier et la prévention de ses rejets peuvent être abordées de différentes manières, allant des méthodes douces et naturelles aux interventions plus radicales.
L'approche "paresseuse" : Laisser la nature faire
La méthode la plus simple est de laisser la souche se décomposer naturellement. Toutes les souches finissent par pourrir et disparaître, mais ce processus peut prendre des années, parfois plus de 10 ans, en fonction de la taille de la souche, de l'espèce d'arbre, de son état avant la coupe et du climat. En se décomposant, la souche enrichira le sol environnant en nourrissant une abondance de microbes. Des champignons saprophytes peuvent apparaître sur la souche ou sur les racines enterrées ; ces champignons sont dédiés à la décomposition des matières mortes et ne s'attaqueront pas à vos plantations.
🌳 Détruire une souche d’arbre : méthode simple, rapide et pas chère !
Cette approche est particulièrement adaptée aux milieux naturels ou semi-sauvages, ou lorsque la souche ne présente pas de danger mécanique et que l'arbre abattu n'est pas une espèce drageonnante ou sujette à des maladies cryptogamiques.
Accélérer la décomposition : Solutions naturelles et chimiques
Si l'attente n'est pas une option, diverses techniques peuvent hâter la décomposition de la souche :
- Méthode par enrichissement azoté : Cette technique consiste à percer des trous de 1,25 cm de diamètre ou plus et de 20 à 30 cm de profondeur dans la souche. On y place ensuite un produit riche en azote pour stimuler l'action des bactéries responsables de la décomposition du bois. Le nitrate de potassium (KNO3), un engrais de synthèse concentré, est souvent utilisé comme « destructeur de souches ». Des sources d'azote plus naturelles, comme la farine de sang, peuvent également être employées. Il est crucial d'ajouter de l'eau dans les trous et de maintenir la souche humide par la suite (la couvrir d'une toile peut aider). Lorsque le bois ramollit, après 4 à 6 semaines (ou 1 an pour la farine de sang), le bois pourri peut être retiré manuellement, morceau par morceau, à l'aide d'une hache ou d'un pied-de-biche.
- Utilisation de substances toxiques naturelles : Des gousses d'ail, insérées dans des trous de 20 cm de profondeur et rebouchées avec de la terre argileuse, peuvent accélérer la putréfaction de la souche. L'ail émet du sulfure d'allyle, une substance toxique qui sera transportée par la sève vers les racines, les empoisonnant. Il est recommandé d'agir au mois d'août, lorsque la sève redescend vers les racines. Le gros sel, placé dans les trous et régulièrement rempli, peut également être utilisé pour dévitaliser la souche. La dévitalisation complète avec ces méthodes prend environ 2 à 4 ans, selon la taille de la souche.
- Compostage direct : Faire un tas de compost directement sur la souche ou y poser un silo de compostage peut accélérer sa décomposition grâce à l'action des micro-organismes présents dans le compost.
- Protection par obscurité et humidité : Couvrir la souche d'un film plastique noir opaque ou la reboucher avec de la pâte à bois, de la cire, ou un cicatrisant, évite la dilution et le lessivage par la pluie et prive la souche de lumière, empêchant ainsi la croissance des rejets. L'eau de pluie peut également être utilisée pour faciliter la décomposition : percer des trous de 18 mm de diamètre tous les 10 cm et de 20 cm de profondeur permettra à l'eau de s'infiltrer et, avec les cycles de gel et dégel, de contribuer à la dévitalisation.
Dévitalisation chimique (avec précautions)
Bien que de nombreuses méthodes chimiques soient désormais déconseillées, voire interdites, en raison de leur impact environnemental, certaines options de faible toxicité sont encore disponibles en jardinerie pour la dévitalisation des souches :
- Chlorate de soude : Utilisé à raison d'1 g par centimètre de diamètre de souche, le chlorate de soude est une option moins chère qui agit à plus faible dose et se dégrade en chlorure de sodium (sel).
- Sulfamate d'ammonium : À raison de 3 g par centimètre de diamètre, le sulfamate d'ammonium est une alternative, bien que plus onéreuse.
- Salpêtre (nitrate de potassium) : Peut être ajouté dans des trous percés dans la souche. Après quelques mois d'imprégnation, et si la législation locale le permet, il est possible de mettre le feu à la souche. Le sel de gemme est parfois utilisé de manière similaire.
Important : L'utilisation de ces produits doit toujours se faire avec toutes les précautions requises pour se protéger (irritants pour les yeux et les voies respiratoires) et en vérifiant les réglementations locales.
Épuiser la souche par coupes successives
La technique d'Alain Pontoppidan est une méthode efficace pour épuiser les souches récalcitrantes, comme celles de prunus ou de figuier qui émettent des rejets malgré d'autres traitements. Elle consiste à :
- Couper le rejet à 30 cm du sol.
- Coiffer le rejet d'un pot opaque ou d'un seau.
- Deux mois plus tard, couper le rejet 10 cm plus bas et recommencer l'opération, toujours en couvrant avec un seau renversé.
- Renouveler l'opération jusqu'à l'épuisement total de la souche.
Selon les espèces, et malgré ces traitements, les rejets peuvent s'exprimer pendant plusieurs années. L'épuisement progressif de la souche en coupant systématiquement les rejets dès leur apparition finit par tarir le système racinaire, mais cela prend également plusieurs années.

Élimination mécanique et manuelle : Les options plus directes
Lorsque les méthodes douces ne suffisent pas ou que l'emplacement de la souche est nécessaire pour de nouvelles plantations ou constructions, l'extraction mécanique ou manuelle devient incontournable.
- Dessouchage manuel : Cette méthode, adaptée aux arbres jeunes ou de petit diamètre en sol meuble, demande beaucoup de temps et d'effort. Elle implique de creuser autour de la souche, de sectionner les racines avec une scie ou une hache, puis d'extraire la masse centrale. Il est conseillé de ne pas couper l'arbuste à ras pour disposer d'un point d'accroche (garder au moins 50 à 60 cm de tronc). Agir par temps sec mais après une bonne pluie rend le sol plus meuble et facile à travailler. Une fois les racines principales dégagées, on les coupe avec une hachette, un taille-haie ou une scie, puis on fait bouger la souche petit à petit jusqu'à pouvoir la retirer.
- Dessouchage par traction : Pour les souches plus importantes, il est possible de fixer une corde ou un câble autour du tronc et de l'arracher avec un tracteur ou un camion. Cela nécessite un bon équipement et de l'espace pour manœuvrer. Creusez tout autour pour dégager les racines et tranchez-les avec une hache, une scie circulaire ou une tronçonneuse.
- Rognage de souche (dessouchage mécanique) : Cette technique fait appel à une broyeuse de souche (rogneuse de souche, dessoucheuse), soit louée, soit via l'engagement d'un arboriculteur ou paysagiste. L'engin, équipé de lames rotatives, réduit la souche en copeaux jusqu'à une profondeur de 25 à 40 cm. L'opération est rapide mais nécessite un accès aisé et un terrain stable.

Le feu : Une méthode radicale (avec prudence)
Le feu est un moyen très efficace pour détruire une souche. Il implique de percer des trous dans la souche, d'y verser du kérosène ou du mazout (jamais d'essence !) et d'attendre une semaine ou deux avant d'y laisser tomber une allumette allumée. La souche va alors se consumer sur plusieurs jours. Alternativement, des fentes peuvent être réalisées à la tronçonneuse, garnies de petit bois, couvertes de feuilles mortes, petites branches et aiguilles de pin, puis incendiées.
Attention : Cette méthode n'est probablement pas permise dans toutes les municipalités (toujours vérifier auprès des autorités avant de procéder !). Elle réclame une dérogation de la mairie ou au moins une autorisation d'écobuage, ainsi que des précautions d'usage extrêmes : absence d'arbres et autres végétaux inflammables à proximité, présence d'un jet d'eau, absence de vent, et de préférence en dehors des périodes sèches et chaudes. Il est impératif de vérifier régulièrement la combustion et de tenir les enfants et animaux à l'écart en raison des risques de propagation du feu, d'autant plus avec les sécheresses récentes.
Gérer les rejets existants
Si des rejets sont déjà apparus, il est important d'agir sans tarder pour les éliminer.
- Rejets sur le tronc : À l'aide d'un sécateur ou d'une scie, coupez le rejet à sa base, au plus près du tronc, en laissant le collet (l'endroit où le drageon et le tronc de l'arbre mère se rejoignent). Plus le rejet est gros, plus la plaie est grande et plus le risque d'infection par des champignons est élevé.
- Rejets sur la pelouse : Le passage de la tondeuse éliminera la partie aérienne mais pas les racines, qui seront alors plus susceptibles de former de nouveaux rejets. La meilleure solution consiste à repousser la terre et à couper le rejet au plus près des racines.
Limiter l'apparition de drageons
Quelques précautions peuvent aider à limiter l'apparition de drageons sur votre arbre :
- Paillage et fleurs au pied : Pour protéger l'arbre des épisodes de canicule, recouvrez le sol d'un paillage ou plantez des fleurs à son pied.
- Vigilance contre les nuisibles : Soyez attentif aux attaques de nuisibles qui peuvent stresser l'arbre et favoriser le drageonnage.
Que faire après la disparition de la souche ?
La gestion de l'emplacement de la souche dépendra de la méthode utilisée pour l'éliminer.
- Décomposition naturelle : Si la souche s'est décomposée à son rythme, le manque créé par sa disparition sera en grande partie compensé par une terre similaire à du compost. Il suffira de combler totalement, de tasser et de niveler le sol pour retrouver la situation d'origine.
- Dessouchage : Si la souche a été dessouchée, vous obtiendrez un trou plus ou moins grand et irrégulier. Il est judicieux de faire tomber toute la terre restante pour combler réellement ce trou. Se contenter de remplir avec de la terre pourrait laisser des cavités qui, à terme, formeraient des déclivités, voire de petits écroulements de terrain. Il faudra ensuite tasser et niveler le terrain.
Valoriser la souche : Une intégration esthétique
Dans certains cas, une souche n'est pas nécessairement un problème et peut même être intégrée au décor du jardin. Dans les milieux naturels ou peu sollicités, une souche laissée en terre trouve toute sa place. Avec un peu d'imagination, une souche stable peut être transformée en :
- Support de potée fleurie : Un élément décoratif pour mettre en valeur des plantes en pot.
- Sculpture végétale : Une pièce maîtresse du jardin, accentuée par des champignons saprophytes ou des lichens qui lui confèrent un charme particulier.
- Petit banc rustique : Une assise naturelle et charmante pour profiter du jardin.

Le jardinier paresseux, Larry Hodgson, dont le blog offre plus de 2800 billets aux amateurs de jardinage, préférait la méthode 1 : laisser Dame Nature faire son œuvre. Cette approche souligne qu'une souche n'est pas toujours une nuisance et qu'elle peut enrichir l'écosystème du jardin si elle est bien gérée.
Dessoucher ou non est une question qui mérite d'être posée au cas par cas. Les considérations esthétiques, sanitaires, techniques et les contraintes liées à la réutilisation de l'espace doivent être évaluées avec discernement. La coupe d'un arbre ne marque pas toujours la fin de sa présence, et la manière dont nous choisissons de gérer sa souche détermine son impact futur sur notre environnement paysager.