La vie du sol en permaculture : Comprendre et cultiver un écosystème vivant

La permaculture est un mouvement écologique et social fondé à la fin des années 70 en Australie. Organisée autour du bien-être humain et du respect de la Terre, la permaculture propose un cadre théorique et des outils méthodologiques pour concevoir des systèmes humains durables en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels. Préparer le sol en permaculture, c’est tout simplement permettre à celui-ci de vivre sa vie de sol, avec ses spécificités. C’est ne pas le travailler et le laisser couvert en permanence, car où voit-on dans la nature un sol nu, mis à part dans les déserts ?

Schéma illustrant les différentes strates de la vie du sol (bactéries, vers de terre, champignons)

L'écosystème souterrain : Un monde en pleine effervescence

Un sol vivant, c’est un écosystème complet où bactéries, champignons, vers de terre, insectes, micro-organismes, et tout ce beau monde travaillent ensemble. Chacun a son rôle : recycler les nutriments, aérer le sol, décomposer la matière organique ou encore réguler l’eau. Grâce à cette coopération, le sol peut nourrir les plantes et rester en bonne santé. Sais-tu que, selon la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, un quart de la biodiversité mondiale se trouve dans les sols ? Sous nos pieds, une incroyable diversité d’organismes interagissent pour maintenir les cycles naturels essentiels à la vie.

Les organismes du sol sont classés en quatre principaux groupes :

  • La microflore : bactéries, archées, cyanobactéries, algues, diatomées, champignons.
  • La microfaune : mycétozoaires, protozoaires, rotifères, tardigrades, nématodes.
  • La mésofaune : collemboles, acariens, enchytréides, protoures, diploures, pauropodes, symphyles.
  • La macrofaune : ensemble des organismes qui vivent durant tout ou partie de leur cycle biologique à la surface ou dans le sol.

Leurs fortes interactions entre eux, avec les constituants physiques et chimiques du sol (roche-mère notamment), avec les plantes ou avec la nécromasse, contribuent à la formation des sols et à l’entretien de leur fertilité. Les processus essentiels impliqués sont d’une part la dissolution des matières minérales et d’autre part la fragmentation, la décomposition et l’humification de la nécromasse puis la minéralisation de l’humus ainsi créé.

Les piliers de la fertilité biologique

Un sol vivant repose sur trois piliers fondamentaux. Premièrement, les micro-organismes décomposent la matière organique en nutriments directement assimilables par les plantes. Ce processus naturel évite le recours intensif aux engrais chimiques. Deuxièmement, les organismes vivants, comme les vers de terre, créent des galeries qui améliorent l’aération et le drainage. Une bonne structure permet aux racines de mieux se développer et d’accéder à l’eau et aux nutriments. Enfin, un sol vivant retient mieux l’eau, ce qui aide les plantes à traverser les périodes de sécheresse. Il est aussi plus résistant à l’érosion et aux variations climatiques.

🐟 Qu'est-ce qu'un réseau trophique ? 🦐

Le maraîchage sur sol vivant (MSV) est une méthode agricole qui met la vie du sol au centre de la production. L’objectif est de préserver et d’améliorer la fertilité naturelle du sol en travaillant avec ses écosystèmes, plutôt que de les perturber. En permaculture, le sol n'est jamais perturbé ni laissé à nu. L’objectif est de favoriser la prolifération des êtres vivants comme les vers de terre, les cloportes, les champignons et les bactéries, essentiels à un sol fertile.

Pourquoi le travail du sol est une erreur stratégique

On croit souvent que retourner la terre, c’est la rendre plus fertile. Mais en réalité, c’est tout l’inverse : on dérange les organismes qui vivent tranquillement en dessous et on abîme la structure naturelle du sol. Mieux vaut travailler en douceur, en grattant juste en surface si besoin, et laisser la vie souterraine faire son travail.

En effet, les 10 premiers centimètres de terre contiennent une pédofaune nombreuse, qui a beaucoup d’influence sur le sol en lui-même et sur les végétaux qui y poussent. Les champignons mycorhiziens permettent aux végétaux de se nourrir au mieux des nutriments et de l’eau contenus dans le sol. Ils ont également un rôle important dans la stabilisation des sols. Une autre raison de ne pas labourer est la préservation des réseaux mycéliens dans le sol. En effet, les champignons contribuent pour beaucoup plus que l’on ne croit à la santé de nos végétaux, en créant notamment des associations vertueuses avec les racines des plantes. Ils mettent à disposition des plantes eau et nutriments en échange de sucres et autres éléments nécessaires à leur survie que les plantes peuvent leur procurer.

Techniques de gestion du sol : Biomimétisme et observation

Le biomimétisme consiste à s’inspirer de la nature, de ses formes, de ses processus et de ses écosystèmes pour concevoir des solutions durables aux problèmes humains. Préparer le sol en permaculture, c’est ne pas le travailler : travailler moins pour récolter plus, telle est la devise du permaculteur !

Il existe différentes structures de sols :

  • La structure particulaire : caractéristique des sols majoritairement sableux, elle ne permet pas au sol de retenir l’eau et les nutriments essentiels aux plantes.
  • La structure compacte : caractéristique des sols majoritairement argileux, elle rend le sol saturé en eau, imperméable à l’air, ce qui crée un milieu asphyxiant pour les plantes.
  • La structure grumeleuse : c’est la structure idéale, caractéristique d’un sol où sables et limons sont liés entre eux par l’argile et forment des agrégats permettant d’avoir un sol à la fois perméable à l’eau et à l’air.

Pour nourrir le sol, plusieurs techniques simples peuvent être utilisées : le compostage de surface, qui consiste à étaler les déchets verts directement sur le sol ; le paillage pour protéger et nourrir la terre ; ou encore la culture en lasagne, où des couches de déchets végétaux se transforment progressivement en humus grâce à la vie du sol.

La méthode BREF (Bois Raméal Entassé Foulé) permet d’obtenir un sol prêt à planter avec peu de travail et en utilisant des ressources naturelles : installez des tailles d’arbustes sur une bande enherbée que vous souhaitez cultiver de façon à ce qu’elles recouvrent totalement le sol. Les branchages vont priver la végétation de lumière et l’étouffer. Celui-ci va de ce fait s’ameublir.

L'intégration des cycles naturels et la gestion des intrants

Les produits chimiques dans un sol vivant : ça détruit tout, même les organismes utiles. Adieu bactéries, champignons et insectes qui régénèrent le sol. En optant pour des alternatives naturelles comme les purins de plantes, le compost ou les engrais verts, tu redonnes de la vitalité à ta terre, sans la polluer.

Les engrais verts, ce sont des plantes comme le trèfle, la moutarde ou le seigle qu’on sème entre deux cultures. Leur mission ? Protéger le sol, enrichir la terre en matière organique et en nutriments, et empêcher les mauvaises herbes de s’installer. Une fois fauchés, ils se décomposent sur place. En automne, les feuilles tombent : riches en carbone, elles vont avoir besoin de beaucoup d’azote pour se décomposer. Ça tombe bien, le sol en est gorgé ! C’est donc le moment d’apporter des matières carbonées : feuilles sèches, BRF, paille, voire branchages fins.

Infographie montrant le cycle de l'azote et l'importance des engrais verts en automne

En plus de rendre les sols plus productifs, ces pratiques sont bénéfiques pour la planète. En effet, un sol vivant peut stocker jusqu'à 500 kg de carbone par hectare et par an, contribuant ainsi à la lutte contre le changement climatique. Ce système auto-fertile et résilient est une solution durable pour jardiner de manière respectueuse de l’environnement.

Vers une agriculture de précision et de résilience

La permaculture se montre l’opposé des monocultures intensives. On y multiplie les espèces végétales pour conserver une bonne diversité. Un large choix de variétés de la même espèce permet également des récoltes étalées dans le temps. La permaculture accorde beaucoup de place aux plantes potagères pérennes ou perpétuelles : elles se multiplient seules, ne demandant pas de travail au jardinier durant des années une fois qu’elles sont plantées.

La conservation d’une zone sauvage est elle aussi le gage d’une biodiversité importante. Les végétaux sont rarement installés en lignes par genre, ils sont plutôt mêlés pour utiliser au mieux les associations de plantes et limiter la circulation des organismes pathogènes. On y utilise les animaux d’élevage qui vont contribuer au système : poules, canards, chevaux, moutons. Les poules par exemple se nourrissent de limaces, de chenilles, limitent la pousse des adventices, fournissent du guano qui nourrit le sol, donnent des œufs.

Initialement développés pour concevoir des projets d’autonomie et de résilience locale dans un contexte d’après-pétrole, les principes de la permaculture sont de plus en plus adaptés à des fermes à vocation commerciale. Le peu d’études scientifiques disponibles sur le sujet montrent que ces pratiques peuvent être viables économiquement et qu’elles semblent avoir des impacts positifs sur les sols : augmentation de la biodiversité vivant dans les sols, stockage accru de carbone, diminution du risque de lessivage des nutriments par la complémentarité des horizons racinaires explorés par les différentes strates végétales et par une couverture vivante dense du sol quasi constante.

Cependant, la permaculture n’est pas une panacée et de nombreuses pistes d’amélioration sont possibles dans ses applications. La vision globale très théorique prônée par cette approche a tout à gagner à s’enrichir de l’expérimentation concrète menée par des agriculteurs depuis des décennies en agriculture biologique ou en agriculture de conservation. Certaines pratiques phares de la permaculture, inspirées par des techniques pertinentes en milieu tropical ne le sont pas forcément en milieu tempéré et doivent donc être questionnées ou réadaptées. De plus amples recherches sont souhaitables pour préciser en quoi la permaculture pourrait être une source d’inspiration intéressante pour la transition agroécologique à plus grande échelle.

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