L'origine de la vigne se perd dans la nuit des temps, une histoire fascinante qui nous mène du plant sauvage à nos meilleurs cépages du 21ème siècle. La viticulture en Asie Mineure est attestée à 9 000 ans avant Jésus-Christ, démontrant une pratique ancestrale de la culture de la vigne et de la production de vin. Les espèces de vignes qui font partie des Vitaceae sont désignées par le terme générique de Vitis. Parmi elles, Vitis vinifera subsp. sylvestris désigne la plante à l’état sauvage, communément appelée lambrusque ou vigne sauvage. Cette vigne sauvage, une liane, pousse souvent en lisières de forêts et s’élève dans les arbres en recherche de la lumière du Soleil. Les pieds de la vigne sauvage sont sexués, et ses grappes portent de petites baies rondes et noires, au goût acide, qui mûrissent les unes après les autres.

Vitis vinifera subsp. Vinifera désigne la vigne cultivée. La palette des cultivars - terme botanique désignant les variétés d’espèces végétales obtenues par croisement et cultivées - s’est considérablement étendue au cours des siècles. On en compte actuellement quasiment 6 000 variétés cultivées, désignées comme cépages en viticulture, à travers le monde. Un peu plus de 200 d’entre elles ont été cultivées ou sont encore cultivées en France.
L'Antiquité et l'Essor de la Viticulture
Durant l’Antiquité, le commerce des vins méditerranéens était particulièrement prospère et fut l'une des raisons premières de l’expansion et de l’implantation de colonies romaines en Gaule, notamment dès le 1er siècle par l’implantation des vignobles de la Narbonnaise. Les amphores, qui transportaient ces précieux breuvages, portaient des inscriptions, des tampons et des timbres indiquant le type de vin et son origine. On comprend aisément l’intérêt économique qu’il y avait à s’affranchir des importations onéreuses des amphores en provenance du sud.
Stabon, en 14 avant J.-C., ne mentionne pas de vignoble à Burdigala, et Pline, en 70, cite la vitis biturica à l’égal de l’allobrogica. On peut donc situer assez précisément, dans cette demi-centurie, la naissance des premiers vignobles bordelais dans la région des Graves. N’ayant pas de cépage local, les Bituriges vont sélectionner et créer un cépage donnant « une vigne féconde, qui s’accommode d’un sol pauvre, qui supporte le froid, qui vieillit bien » selon les auteurs latins. Le nom "Cabernet" serait une déformation linguistique de "carmeneth". L’origine du nom n’est pas certaine, et plusieurs hypothèses s’affrontent : certaines rattachent le mot cabernet à la couleur carmin, tandis que d’autres tendent à dire que l’origine viendrait de l’arabe et signifierait vigne. Au travail de sélection locale, vont s’ajouter des apports extérieurs au gré des aléas historiques.

Le Moyen Âge et l'Influence de l'Église
Au Moyen Âge, les pèlerins de retour de Saint-Jacques-de-Compostelle ont ramené du Pays basque espagnol en France un cousin du cabernet franc, le fer servadou. L'Église a développé considérablement les surfaces viticoles. La vigne s'inscrit dans un contexte où la culture du blé existait, d'où le dicton : « qui dit pain, dit vin ». Les Romains ont apporté leurs coutumes viticoles, mais les Gaulois leur ont fait connaître le fût de bois. La viticulture s'est structurée autour de fiefs et d'exploitations familiales, les borderies de 5 à 10 hectares étant courantes, ainsi que des parcelles de 1 à 2 hectares et ce, jusqu'aux années 1960. La culture annuelle de la vigne exigeait un grand suivi, avec des pratiques telles que la taille, où chaque cépage avait sa propre méthode. Il fallait laisser suffisamment de feuilles sur les rangs. Pour protéger la vigne des rigueurs de l'hiver, on la recouvrait de terre, qui était ensuite enlevée au printemps.
La France : une Histoire de vignoble de l'antiquité à nos jours
L'Intensification des Échanges et l'Arrivée des Fléaux Américains
Au mitan du XIXe siècle, les échanges entre l’Europe et l’Amérique s’intensifient. Des botanistes ont fait venir d’Amérique des variétés de vigne autochtones à titre de curiosité, ou pour produire du raisin de table. Malheureusement, ces vignes ne firent pas seules le voyage. Cette introduction a par ailleurs ramené d'autres maladies de la vigne.
L'Oïdium : Le Premier Signal d'Alarme
L’oïdium est la première des maladies américaines observée en Europe. Elle fait son apparition en 1845, sur les bords de la Tamise, où une nouvelle variété de vigne originaire d’Amérique, l’Isabelle, venait d’être introduite. Il s’attaque aux feuilles de vigne et aux grappes, qu’il recouvre d’une poussière grisâtre qui entraîne leur dessèchement.
Le Phylloxéra : La Catastrophe Infernale
En 1863, quelques ceps morts sont découverts dans le Gard, avant qu’un autre foyer se déclare dans les Bouches-du-Rhône. L’éminent botaniste Jules-Emile Planchon est dépêché sur place. Il arrache quelques souches et découvre sur leurs racines un puceron jaune citron minuscule, qu’il nommera Phylloxera vastatrix. Muni d’un rostre puissant, l’insecte suce les racines de la vigne jusqu’à épuisement de la sève. Son cycle de reproduction est extrêmement rapide. Dix ans plus tard, toute la moitié sud de la France est touchée.
Le phylloxéra est un insecte parasite qui s'attaque exclusivement à la vigne, vivant principalement au niveau des racines. En piquant la racine pour se nourrir de la sève, l'insecte provoque la formation d'excroissances, appelées nodosités et tubérosités. Ces excroissances perturbent le fonctionnement normal des racines en altérant l'absorption de l'eau et des nutriments du plant. Enfin, ces excroissances se nécrosent, ouvrent la porte aux infections et entraînent progressivement le dépérissement, puis la mort de la vigne. Contrairement à de nombreuses autres maladies, le phylloxéra ne s'attaque pas directement aux feuilles ou aux grappes, ce qui le rend encore plus dangereux : ses effets sont lents, invisibles et surtout irréversibles.

Le phylloxéra est initialement originaire de l'est des États-Unis et a été introduit accidentellement en Europe au XIXe siècle, suite à l'introduction d'une vigne sauvage américaine dans les collections des jardins botaniques. Les premiers foyers d'infestation sont dus à l'imprudence de pépiniéristes. Lorsque les premiers ceps commencent à mourir en Europe dans les années 1860, personne ne comprend ce qui se joue réellement à ce moment-là. Les rendements s'effondrent, les vignes jaunissent, et les plants meurent les uns après les autres.
Touchant le sud de la France au départ, dans le Gard en 1861, dans les Bouches-du-Rhône en 1865, puis en Gironde en 1866, l'infestation gagne rapidement du terrain, jusqu'à toucher l'ensemble du vignoble français. Entre 1863 et 1879, la crise du phylloxéra cause la disparition de presque la moitié du vignoble français, soit 1,5 million d'hectares. Puis l'insecte franchit les frontières, touchant les vignobles espagnols, portugais, italiens, allemands. Personne n'est épargné.
Devant l’ampleur de la catastrophe, toutes les solutions de lutte ont été expérimentées, jusqu’à l’inoculation d’urine de vache ou de bouillon d’écrevisses dans la sève de la vigne ! D’innombrables chapelles ont été dressées. L'extension du mal a été rapide. Le Dr. Maxime Cornu, parisien, proposa d'appeler la maladie "phylloxéra" de deux mots grecs qui veulent dire "feuille desséchée". L'hypothèse de l'introduction du phylloxéra en France depuis l'Amérique a été émise, et si jusqu'en 1870, on ne pouvait pas démontrer de manière irréfutable l'origine américaine du phylloxéra, cela est devenu une certitude peu de temps après.
Les pucerons des racines (radicicoles) se nourrissent en piquant leur rostre dans les racines. Les racines et les radicelles réagissent aux piqûres en formant des nodosités et même des tubérosités. La vigne, ainsi affaiblie, se dessèche entièrement en quelques années. Les pucerons des racines se développent très vite en se reproduisant plusieurs fois par an, chaque femelle pouvant pondre une centaine d'œufs. La chaleur et des sols faibles en humidité favorisent leur extension dans les vignobles, notamment avec le transport par les machines agricoles. Les sols des coteaux et les sols peu profonds ont été les premiers touchés, alors que les vignes plantées dans des terrains très sableux résistaient.
Le phylloxéra des feuilles (gallicole) naît à partir de l’œuf d'hiver. Les pucerons ailés sont des radicicoles qui se transforment en nymphes, sortent du sol et produisent des ailés. Ces ailés pondent des œufs sexués mâles et femelles qui peuvent se transporter sur plusieurs kilomètres par le vent, les animaux ou les véhicules. Les sexués sont les seuls qui s'accouplent. Les femelles pondent à l'automne un œuf unique, appelé œuf d'hiver, et le déposent sous les écorces de la souche, où il va passer l'hiver. À partir de 1870, le phylloxéra se répand très rapidement. En 1878, 39 départements français sont touchés. En 1884, plus d'un demi-million d'hectares sont anéantis.
Les Tentatives de Lutte Contre le Phylloxéra
Les premiers espoirs de guérison ont été communiqués par Lalimann au Congrès des agriculteurs de France, à Beaune, en 1869, qui affirma que les vignes américaines qu'il avait introduites dans ses pépinières résistaient à la maladie et suggéra de les utiliser comme porte-greffes. Une commission d'étude a été immédiatement créée pour recenser tous les moyens de lutte existants et les présenter au public.
Parmi les solutions expérimentées, le sulfure de carbone a été proposé par Mouillefert en 1869. Ce produit, fortement toxique, est dangereux non seulement pour ses utilisateurs mais surtout pour la plante si les doses ne sont pas respectées. L'action de l'air et de l'eau le décompose en sulfure de carbone insecticide et en engrais bénéfique pour la vigne. Les résultats étant satisfaisants sur les vignes de la station viticole de Cognac et de Ludon-Médoc, le Ministère de l'Agriculture a encouragé son emploi, en injectant quelques dizaines de grammes autour de chaque souche après avoir aménagé une petite cuvette, puis en arrosant.
Une autre méthode consistait à inonder les parcelles de vigne. Ce procédé permettait de tuer le parasite, mais il fallait de 15 à 30 litres d'eau par cep et 500 kilos de produit à chaque traitement. Cette solution était donc très onéreuse et peu pratique pour la plupart des vignobles, notamment ceux des coteaux. Les vignerons préféraient souvent le sulfure de carbone, utilisé à raison de 150 à 200 kilos par hectare et beaucoup moins dangereux. Le coût est moindre, mais il faut tout de même une dizaine de jours pour traiter un hectare.

Le recours aux produits chimiques ne pouvait être qu'un faible palliatif au mal ; il était donc plus que nécessaire de trouver une solution plus efficace. Une lutte totale, en employant des traitements d'extinction, a également été envisagée, notamment l'utilisation du sulfocarbonate de potassium afin de tuer à la fois le phylloxéra et la vigne dans les foyers d'infection.
Le phylloxéra s'est développé dans le sud de l'Europe, et son extension a préoccupé le gouvernement allemand et les vignerons alsaciens. En 1872, le maire de Beblenheim, Chrétien Oberlin, a proposé au gouvernement allemand de prendre des mesures efficaces pour la protection des vignobles de l'Alsace-Lorraine. Les journaux se sont emparés du sujet, et le phylloxéra a fait les gros titres. Le Dr. R. de Turckheim, président de la commission viticole de la Basse-Alsace à Strasbourg, a alerté sur le risque que le vignoble alsacien soit réduit à la désolation. On a calculé qu'un seul de ces pucerons pouvait donner naissance, dans le courant d'un été, à plus de 25 milliards d'individus.
En Alsace, comme en France, l'origine du premier foyer provenait de vignes américaines implantées chez des pépiniéristes. Le phylloxéra a été découvert dans une plantation isolée de 67 vignes américaines chez Messieurs Simon Louis et Frères, pépiniéristes à Plantières près de Metz, dans une collection de vignes américaines et européennes implantée en plein vignoble. Un cordon sanitaire de 20 mètres de rayon a été aussitôt mis en place autour du foyer. Les terrains ont été désinfectés au sulfocarbonate de potasse, et les vignes brûlées. Quelque temps après, une deuxième désinfection a été effectuée.
En 1876, la chancellerie de l'Empire allemand a pris la sage précaution de prohiber l'introduction en Allemagne des replants et des boutures de vignes françaises. Une précaution similaire a été prise à l'égard des arbres fruitiers, attendu que la présence du dangereux insecte venait d'être signalée au gouvernement par M. Blankenhorn, viticulteur distingué du grand-duché de Bade.
Dès 1880, des négociations internationales ont été engagées pour empêcher la progression de "l'insecte malfaisant" d'un pays à l'autre. La France a signé une convention avec l'Autriche-Hongrie, l'Italie, le Portugal et la Suisse, interdisant l'introduction de plants de vigne d'une région à l'autre, à l'exception du raisin. De plus, chaque État s'est obligé à l'organisation d'un service intérieur de surveillance et à l'établissement de conditions de transit garantissant l'absence de tout danger de propagation du phylloxéra. Pour obliger chaque État de l'Empire à prendre les mesures nécessaires, une loi d'empire a été édictée le 3 juillet 1883.
En Lorraine, la situation était réellement catastrophique. De nombreux foyers ont été signalés dans le Haut-Rhin et dans le Bas-Rhin. En 1886, on a signalé l'apparition du phylloxéra à Hegenheim et à Lutterbach, puis à Pfastatt ainsi qu'à Rouffach, à Thann en 1895, un an plus tard à Vieux Thann et à Steinbach en 1897. Très vite, les ressources budgétaires n'ont plus suffi à compenser les dépenses occasionnées par la lutte, qui ont atteint environ deux millions de Marks, soit une moyenne de 200 000 Marks par an, dépassant largement le budget alloué. Les vignerons remettant régulièrement les décisions administratives en cause, les polémiques se sont développées.
Le Mildiou : Un Nouveau Fléau Américain
Le mildiou est apparu pour sa part en 1878 en Gironde, peu après que la maladie fut identifiée dans le Médoc, toujours sur des vignes américaines. En provenance d’Amérique, ce champignon parasite se développe rapidement, favorisé par l’humidité du climat. Il est essentiel pour tout vigneron d’identifier rapidement et avec exactitude les attaques des diverses maladies sur son vignoble pour réagir rapidement et éviter des pertes de rendement ou de qualité.
Le mildiou, également appelé péronospora ou mehlthau en Alsace, provoque l'apparition de taches translucides sur les feuilles, qui se couvrent d'une moisissure blanche sur la face inférieure. Les grains de raisins restent verts et durs, quand ils ne tombent pas. Le vin mildiousé a mauvais goût et ne peut se conserver. Le mildiou touche la France trente ans exactement après l'oïdium. La pluie et le temps chaud favorisent le développement de la maladie qui n'atteint pas seulement les vignes européennes mais aussi les vignes américaines. La récolte peut être irrémédiablement compromise.
Contrairement à l'oïdium qui prolifère à la surface des parties vertes, le mildiou pénètre à l'intérieur des tissus. Après une période d'incubation, le mycélium produit par les stomates des feuilles, des filaments qui portent des conidies (spores). Cette semence d'été propage le parasite au cours de toute la période de végétation. Les feuilles touchées noircissent et ne tardent pas à tomber. Les rameaux et les baies sont atteints en second lieu.

L'ampleur des dégâts a encouragé la recherche. Alexis Millardet, professeur de botanique à Bordeaux, a découvert par hasard en 1882 à Saint-Julien du Médoc que le cuivre
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